‹ La France devant l'AllemagneChapitre 87 sur 133 · UN TEMOIGNAGE · texte numérisé non relu

UN TEMOIGNAGE

. Avec une muette simplicité qui déconcerte l'admiration, avec une inlassable résolution d'héroïsme dont ils sont seuls à ne pas s'étonner, des enfants, des hommes qui seront bientôt des vieillards, ont pris magnifiquement ces sacrifices à leur compte, et payent, à toute heure du jour, sans jamais se plaindre qu'il leur soit trop demandé. Aussi, un étranger nous cause-t-il particulièrement une très vive joie quand, pour louer dignement nos hommes, il lui suffit de dire, en toute impartialité, les spectacles de faction quotidienne dont la haute satisfaction lui fut donnée. C'est ce qu'a fait M. Wythe Williams dans le New- York Times y avec une abondance de détails où se révèle Le témoin scrupuleusement précis.

J'avoue que sur l'installation matérielle des tranchées, son optimisme, d'ailleurs corroboré par d'innombrables témoignages, n'a pas laissé de me surprendre par d'inattendus raffinements de confort. Sans le danger qui fait le principal charme de cette installation, peut-être le séjour y perdrait-il sa plus puissante séduction. Ici même, cependant, la plaisante substitution d'un très modeste superflu à ce qui est de nécessité première est la touchante marque d'un état d'esprit dont Fomni-présente menace de la mort n'a pu altérer ni le sang-froid ni la gaieté. Dans le tableau en raccourci où s'est complu le journaliste américain, nous avons reconnu nos hommes tout vivants, ces enfants

comme Bourgoin, qui, à dix-huit ans, éveillent, sans y prendre garde, l'admiration attendrie des cœurs les plus professionnellement durs chez un implacable ennemi, ou ces « Vieux » comme Gollignon, tout près de son déclin, qui mourut, drapeau sur la poitrine, ayant décidé qu'il n'y avait pas, pour lui, de dignité plus haute que celle de simple soldat. Comment les dira-t-on jamais, tous ces grands cœurs dont l'envolée fait éclater l'ordinaire mesure de nos communs jugements ? On ne les racontera pas. On prendra tel pu tel, au hasard, et Ton dira: « Ils étaient tous comme cela. » Et le beau, l'ineffable, c'est que ce sera rigoureusement vrai.

11 y a là de ces phénomènes que nul ne semblait attendre et qui ne se peuvent produire que chez des peuples capables de maintenir, aux pires extrémités de la fortune, des ressources d'énergie supérieures à tout événement. Ce sont les Français d'aujourd'hui. Il faut que ce soient les Français de demain. Ces héros silencieux parlent plus haut que toute Tavocasserie gouvernante. En eux la France s'est reconnue, retrouvée. Du même cœur dont la firent les grands ancêtres de l'histoire, ils la refont, vivants ou morts, en une volonté continue d'héroïsme où leur glorieuse ingénuité ne voit rien que le simple devoir.

C'est ce qui fait que M. Wythe Williams, passant le jour de tranchées en tranchées, causant avec les chefs, de paternelle bonhomie, avec les soldats collés au rebord du parapet ou se reposant sur la paille — un peu fraîche, quoi qu'il en dise — du « réduit », nous a rapporté c gement dont il nous est permis de nous enorgueillir pour nos amis, pour nos frères, pour nos enfants:

Avec toute la considération possible pour les nombreuses affirmations que L'armée allemande est la plus grande machine de combat que le monde ait jamais vue, tout ce que je peux dire, c est que la plus grande machine de combal que j'aie jam -i l'armée française.

Lille me paraît invincible, du point de rue de la puissance, de

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