SANS HÉSITER
nemi de changer les conditions acceptées d'un combat que nous avons subi ?
A l'arme blanche, au fusil, au canon, à la mine, à la bombe, nous nous battons comme l'autre se bat. Il invente de nouveaux appareils. Ainsi allons-nous faire. Il projette des liquides enflammés sur les nôtres. De môme feronsnous pour les siens. Il tente de nous asphyxier. A notre tour nous l'enfumerons. Et si son ingéniosité barbare découvre de nouveaux moyens de massacrer les Français, nous lui ferons voir que nous pouvons trouver des procédés nouveaux pour massacrer les Allemands. Il n'y a pas de choix, d'ailleurs. Si nous ne nous sentions pas la force d'âme nécessaire pour opposer le fer au fer de toutes les façons, alors il faudrait aller au-devant de l'envahisseur avec des mains tendues aux chaînes et des hymnes de remerciements.
Mais, objeete-t-on, nous avons bombardé Carlsruhe, ville ouverte? Pour ne rien dire de nos villes ouvertes (la dernière est Co.mpiègne, je crois), où des femmes et des enfants ont trouvé la mort sous les bombes des aviateurs allemands, qu'est-ce donc que les Taubes du Kaiser se proposaient de faire lorsqu'ils lançaient leurs projectiles sur Scarborough, station balnéaire de la côte anglaise, ou sur les faubourgs de Londres, — ville ouverte, apparemment? N'est-ce donc pas hier encore qu'un coup de torpille prémédita envoyait par le fond \d,Lnsitania, navire de commerce non armé, noyant, d'une volonté criminelle qu'aurait répudiée notre dernier Bonnot, douze cents non-combattants, parmi lesquels une centaine de bébés?
Et l'on voudrait que nous répondions autrement que par un haussement d'épaules aux explosions dela« fureur allemande » sous les bombes fie Garlsruhe ! La Belgique en a vu bien d'autres, et le Nord de la France aussi. Nous n'en ferons jamais trop. Nous n'en ferons jamais assez. Que l'œuvre de mort s'accomplisse, qui fut déchaînée parmi rous, malgré quarante ans de nos persévérants efforts pour détourner Je l'Europe cette effroyable épreuve.
Vous avez voulu la guerre. Vous l'avez, vous l'aurez jusqu'à la dernière goutte de saug. Vous la voulez par tous les moyens. Il en sera fait ainsi. Jamais nous ne commettrons de ces atrocités sauvagement raffîne'es où vos dignes soldats ont mis le plus beau de leur gloire. iMais, pour sauver la civilisation de votre ignoniinieuse maîtrise, nous répondrons à une guerre d'extermination par une guerre d'extermination, puisque vous n'en connaissez point d'autre. La loi de force brutale que vous prétendez faire, nous saurons vous apprendre à la subir. Patience, encore. La guerre, dit-on, sera longue. Ce n'est qu'un commencement.
L'Homme Enchaîné, 23 juin 1915.