SANS HÉSITER
Des Français se demandent si nous n'excédons point notre droit en ripostant aux bombes asphyxiantes ou chargées de pétrole enflammé par des engins de même sorte, et au bombardement aérien de Paris et des côtes anglaises par le bombardement aérien de Carlsruhe. En toute simplicité d'esprit, il m'est impossible de voir dans ce puéril débat autre chose qu'une absolue méconnaissance des causes, des proportions, des résultats éventuels, et, par là même, du caractère profond du plus vaste et du plus sanglant conflit qui ait dévasté les rassemblements ethniques des humains.
... La fameuse doctrine de l'évolution universelle se complique, comme on sait, de régressions partielles ou généralisées, plus ou moins durables, qui ont souvent dérouté le plus attentif observateur. De la chute d'Athènes, de la décadence de Rome se dégagea, avec le cours des siècles, un renouveau de progrès. Mais nous ne disposons pas des siècles et nous sommes peut-être excusables de nous opposer, autant qu'il est en nous, aux forces régressives dont la violence se prononce contre nos développements les plus timides d'idéalisme humanitaire. Il reste seulement à
savoir si nous résistons pour la forme, « pour sauver l'honneur », ainsi qu'on se plaît à dire, ou parce que Tintangible résolution nous est venue de vaincre atout prix.
Dans un duel de chevalerie, chacun se pique d'observer des règles de générosité réciproque. Mais, lorsqu'un régressif assassin se précipite dans la chambre où je sommeille, pour me surprendre de ses instruments de meurtre, je n'ai d'autre ressource que de lui riposter par tous les moyens de défense qui se trouvent sous ma main. Si cela est en mon pouvoir, aucune autre considération que de l'exterminer. Je ne découvre pas comment l'assassinat en masse changerait rien du problème de légitime défense que l'assassinat individuel s'obstine, de temps à autre, à nous poser. Sans doute, il s'est établi dans la rencontre des armées un certain nombre de règles que les hommes de cette violence atténuée qu'on dénomme civilisation se font gloire d'observer, mais il est trop clair que, lune des deux parties venant à en systématiser la violation, l'adversaire, s'il ne prend pas son parti de la défaite inévitable, n'a plus d'autre recours que de se conformer lui-même aux méthodes qui lui sont opposées.
Que seraient les restreintes morales que nous nous imposons, sans un retour de réciprocité ? Où se rencontreraient-elles si ceux qui en sont les meilleurs représentants commençaient par se livrer, pieds et poings liés, aux basses créatures qui ne sont capables d'exercer aucune contrainte sur leurs impulsions de sauvagerie? Je comprends que des doutes assiègent encore l'âme de patriotes mal < I les
brumes pacifistes. Nous qui n'avons jamais recherché la guerre, mais qui l'acceptions parce qu'une vue plus claire nous la montrait inévitable, nous qui votions les préparatifs militaires, nous à qui la France doit, tels quels, les moyens de défense qu'il fut possible d'accumuler, nous qui avons voulu la défense pour vaincre et pour vaincre à tout prix, si nous n'avons pas connu l'hésilal ion avant même l'ouverture des hostilités, comment faiblirions-nous, dans notre volonté supérieure de salut, parce qu'il plaît à l'en-