‹ La France devant l'Europe Jules MicheletChapitre 13 sur 19 · SYSTÈME RUSSE DES PRUSSIENS · texte numérisé non relu

SYSTÈME RUSSE DES PRUSSIENS

grand mouvement national, fureur sincère. Tout imprévu. En 4870, tout est prévu, dirigé par une main froide et sûre. Tout est combiné d'en haut pour l'effet d'un indigne terrorisme.

Un droit nouveau de la guerre s'est établi cette fois. C'est la première fois qu'on a vu des villes ouvertes bombardées, des places où l'on lirait par-dessus les remparts, au-delà de leurs batteries, en oubliant le soldat , n'écrasant que l'habitant , les familles , enfans et femmes, pour que l'excès de leur terreur trouble, amollisse le soldat, décide la reddition. Bombes, obus, ce n'est pas assez pour l'incendie. On l'active, on le rend inextinguible, en jetant sur tous les bois, portes, fenêtres, solives, le pétrole dont la flamme gagne de maison en maison.

L'Europe, a dit un Anglais, semble avoir rétrogradé de plusieurs siècles. Dans le droit des "gens d'autrefois, les vaisseaux en péril étaient secourus, môme en terre ennemie. Ici la navigation si hasardée des ballons, n'a trouvé nul ménagement, nul égard d'humanité. Leurs dangers sont effroyables. L'un se perd dans l'Océan. L'autre, porté par une trombe, s'est trouvé accroché aux pics de la Sainte-Baume. Tout cela n'est pas assez. On tire sur eux au passage afin de les précipiter. Les infortunés qui tombent , ont une dure captivité. Leur crainte n'est pas de périr , mais bien de tomber en Prusse. • Heu! Fuge crudeles terras, fuge littus avarum! » Partout ailleurs , quel accueil! L'autre jour,

FUREURS BARBARES

ceux qui se croyaient tombés, naufragés en Prusse, sachant qu'ils étaient en Belgique, pleurèrent de joie, leurs hôtes aussi, en se jetant dans leurs bras.

Il ne s'agit pas de guerre seulement, mais de destruction. Au point de vue de la haine éternelle, avoué par M. de Bismarck, il ne suffit pas de vaincre, il ne suffit pas de briser; il faut • qu'il ne reste rien. » Le soldat allemand n'aurait su faire les choses si complètes le pillage si parfait, la place si bien nettoyée. Il l'avoue. Mais il a ses ordres. Les sa vans états-majors ont ordonné, enseigné qu'on suive la méthode des Russes, ces maîtres en destruction. Toute chose est mise par ordre, dans des sacs, malles ou coffres, et tout cela numéroté dans tel et tel charriot. En Pologne , dès le dernier siècle, la consigne était si précise, si sévère, de tout emporter, qu'une fois il y eut trois voitures chargées de poupées brisées, qu'on avait trouvées dans les riches châteaux. En 1849, les Russes, en Hongrie, emportèrent jusqu'à de petits morceaux, parfaitement inutiles, de glaces brisées. Une file non interrompue de charriots se prolongeait depuis Pesth jusqu'au fond de la Russie.

Et tout cela sans vengeance ? Ne le croyez pas. Ce n'est qu'un commencement. « La guerre s'ouvrira au printemps, » a dit l'un des nôtres.

Dans une ville on a vu ce que peut l'énergie du désespoir. La sotte municipalité avait désarmé le peuple.

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