‹ La France en AfriqueChapitre 11 sur 16 · LIVRE DErXIF.ME · texte numérisé non relu

LIVRE DErXIF.ME

lUJ GOUVEHNEMKM LOCM. I)K I/M.GÉRIE

§VIH.

L ALGÉKIt : AVAMA(.ES l'OMÏlyitS, MAniTIMICS, MILlTAlUtS, COMMtKtlAUX i;r AGKICOLKS DE NOS ÉTABLISSt.MENTS.

Nous nous sommes réservé peu de chose à dire, après le § iV de cet écrit, sur les avantages politiques de notre possession dans le nord de l'Afrique. Ils frappent toutes les intelligences, tous les jeux : un littoral de deux cent cinquante lieues de longueur sur cent ou, quand on le \oudra, deux cents lieues de profondeur ; de nombreuses rades où nos flottes trouveront un abri; un pays sain, fertile, qui otfre à notre population un écoulement avantageux, à notre industrie un débouché pour ses nombreux produits ; cnlin un Etat continental qui n'est séparé de la métropole (jue par un intervalle de mer de cent vingt lieues, et qui, par sa situation géographique, doit augmenter puissamment l'importance de nos ports de la Méditerranée !

L'Algérie offre toutes les denrées nécessaires à l'alimentation : les cultures les plus riches y réussissent à souhait, sans faire concurrence à la mère patrie. Elle promet en outre de procurer à notre industrie toutes les matières premières que nous voudrons lui demander, pour nous allVanchir du tribut que nous payons à des contrées étrangères et lointaines.

N'oublions pas les avantages déjà recueillis, l'abolition de

lii piraterie, la cajjturc d'un matériel assez considérable, l'occupation (l'une position militaire, l'établissement d'un comptoir commercial, la fondation d'un grenier abondant situé entre une chaîne de montagnes, qui le préservera du pillage, et une mer qui conduit à tous les marchés du midi de l'Europe; le siège d'une école pratique de marine et d'un camp d'exercice toujours actif; un emploi fructueux offert aux capitaux qui n'attendent depuis quinze années qu'un mot d'encouragement.

Prétendre que, au premier ébranlement du système européen, nous risquerions de perdre cette importante possession et le fruit de tous les sacrifices qu'elle nous aurait coûté, c'est (à part tout amour-propre national) oublier qu'il nous a fallu à nous-mêmes, contre le gouvernement barbare que dous allions renverser à Alger, 35,000 hommes de troupes de terre et 28,000 marins; déploiement de forces qui devrait être beaucoup plus considérable de la part de quelque puissance que ce fût, s'attaquant à la domination française établie et aflermie durant une longue paix. L'Angleterre n'avait-elle pas échoué devant Alger peu d'années avant notre succès?

Sous le point de vue de notre politique intérieure, tenons compte des avantages que nos établissements du nord de l'Afrique procureront aux populations du midi de la France qui s'étaient montrées le moins favorables, il faut le dire, à la révolution de Juillet. Marseille, dont l'importance commerciale est si prépondérante et qui mérite toute la sollicitude du gouvernement, a déjà prolité largement de l'exploitation des côtes de l'Algérie. Sa prospérité importe au pays tout entier, car elle a une grande influence dans les départements du iMidi. C'est un intérêt de localité qui devient presque un intérêt national.

Quant aux avantages maritimes, tout en répudiant cette dénomination de lac français appliquée à la Méditerranée, qui est une mer européenne^ plus européenne que jamais, de-*

puis que de nouvelles puissances y ont (U^ployo leurs voiles, nous ne pouvons méconnaître de quel prix est pour nous un nouveau développement de côtes trois fois supérieur à celui que possédait la métropole sur cette mer, et quels éléments de force nous puiserons dans les ports et rades que ces côtes nous offrent en regard de Miuseille et de Toulon, et à deux jours de traversée. Le port d'Alger doit être mis en état de recevoir, au besoin, 25 vaisseaux de ligne et 300 navires de commerce.

Quand l'Angleterre recherche tous les points de la iMéditerranée où elle peut s'établir, avec tant de persévérance que si un rocher s'élève à fleur d'eau, elle court y planter son drapeau ; quand la Russie se ménage si soigneusement le passage des Dardanelles pour faire de la mer Noire un bassin d'où elle puisse lancer ses flottes sur le midi de l'Europe; quand le commerce maritime, poussé depuis le quinzième siècle vers les Amériques, semble se retourner vers l'ancien monde, redevenu presque nouveau par l'abandon où il avait été laissé ; quand la Turquie oublie jusqu'à sa religion pour se constituer comme puissance européenne; quand l'Egypte, cette terre féconde et nourricière, appelle de tout son pouvoir les arts et les sciences pour prendre rang de nation ; quand tous les intérêts politiques et commerciaux tendent à se concentrer autour de cette mer qui lie tant de peuples entre eux; quand l'Angleterre et la Russie occupent les deux portes de la Méditerranée : à quels intérêts intérieurs nos elTorts pourraient-ils &tre plus heureusement consacrés qu'à fonder des établissements qui nous rapprochent à la fois de Constantinople, de Vaples et de Cadix?

Posséder en face de notre littoral européen un littoral africain trois fois plus étendu; occuper les deux flancs de cette Tier, de manière à y garder un rang digne de nous; pouvoir îrotéger notre commerce du nord et du midi, sur cette vaste oute où voyagent tant de richesses; avoir, en temps de

guerre, «les ports et des arsenaux qui se regardent et se secourent; c'est une position si belle, si forte, si supérieure, que, pour la conserver, après l'avoir conquise, rien ne doit coûter au génie de la France!

Exposer les avantages maritimes, c'est définir, en même temps, les avantages militaires ; car on voit que, dans une guerre continentale, nos positions de l'Afrique du nord ne seraient pas moins puissantes sur l'Italie et sur l'Espagne que sur la Méditerranée, et surtout si nous continuons d'entretenir en Algérienne armée nombreuse, disponible, en grande partie, pour toutes les éventualités.

Les avantages commerciaux sont déjà prouvés par les faits.

En ne remontant qu'à 1840, époque où l'Algérie ne comptait encore que 23,000 colons, on \oit que les importations qui, en 1830, ne s'étaient élevées qu'à 3 millions, dépassaient 30,000,000 francs. Il ne faut pas dire que cet accroissement de commerce résultait de l'elTectif de l'armée ; or les eflets d'armement, de casernement, de campement, les blés, les fourrages, tout le matériel militaire envoyé de la métropole était en dehors du chiffre donné par la douane, et, défalcation faite de tout ce qui pouvait ;jppartenir au service du Gouvernement, il restait encore plus de 30 millions d'entrées, somme qui représentait le commerce civil des indigènes et des 23,000 colons. Et, dans ces 30 millions de produits importés, un dixième au plus était consommé par les indigènes; le reste l'était par la population européenne. Quels résultats ne devait-on pas espérer, à mesure que s'accroîtrait le nombre des colons! Le chiffre s'en élève aujourd'hui à 100,000; aussi les résultats n'ont pas trompé les espérances. Dans un banquet, donné par le commerce de Marseille au gouverneur-général de l'Algérie (10 mars 1845), M. le maréchal avait déjà déclaré que le mouvement du commerce entre la France et l'Algérie s'était élevé, pour 1 84i, à 80 millions! Il y a eu progression en 1845.

Prenons un é\pm|jlo, (l'autiUil plus remarquable qu'il eoncerne un article important de notre industrie, qui avait dU' frappé d'une grande défaveur. En 1840, l'Algérie avait reçu, en tissus de coton, des manufactures françaises, la valeur do 1^466,996 fr., et, des manufactures étrangères, une valeur de 2,206,695 fr. C'était déjà un résultat fâcheux. Ce fut bien pis en 1842. Les manufactures françaises fournirent en Algérie pour 1,970,718 fr. de tissus français; les manufactures étrangères pour 6,386,715 fr.!

Le Gouvernement a pris un parti décisif. Une ordonnance royale, en date du 16 décembre 1843, a placé sous le régime exclusif la navigatioîi entre la France et l'Algérie» et elle a, en même temps, modifié le tarif des douanes applicable à ces possessions, de manière à y réserver une plus grande place à la consommation de nos produits.

Admettre dans la métropole, à des droits réduits, les fruits et denrées provenant du sol de l'Algérie ; empêcher que les marchandises étrangères ne profitent de cette concession de la France à sa colonie ; favoriser l'introduction en Algérie des produits des fabriques françaises par l'élévation des droits imposés sur les tissus étrangers qui approvisionnaient presque exclusivement les marchés de la colonie ; combattre eflicacement la fraude et prévenir les fausses déclarations de valeur, en substituant le mode de perception au poids, au mode de perception à la valeur; réserver à notre marine marchande tous lea avantages conciliables avec les besoins de notre colonie naissante; telles étaient les principales améliorations que l'ordonnance du 16 décembre 1843 se proposait d'obtenir, et elle les a obtenues.

L'effet de cette ordonnance a été tel, que l'exportation dé nos tissus de coton à destination de l'Algérie, qui n'avait été, en 1842, on \ieiit de le voir, que de 1,900,000 francs, s'est élevé, en 1844, à 24 millions'": Ajoutons que l'Algérie a

' Discours de ^^. r.iinin-riridaini>, dans la S('ano(> d'oinpitiire de la sos-

lirjà pris rang, tlans l'ordre d'importance de nos échanges au dcliors, avant nos colonies des Antilles et de Bourbon. C'est M. le ministre du commerce qui l'a déclaré devant les Conseils réunis du commerce et des manufactures.

Si les progrès commerciaux de l'Algérie continuent dans cette proportion (et ils continueront, quand on aura doté ce pays d'une administration éclairée, forte, laborieuse et bienveillante), on peut compter que celte magnifique possession rendra à sa mère patrie l'important service de l'alfranchir d'une grosse part du tribut qu'elle paye à l'étranger. Les produits étrangers, ayant ou pouvant avoir leurs similaires en Algérie, et qui sont annuellement importés en France, ont été évalués, en produits du règne animal, à 169,577,020 francs, et, en produits du règne végétal, à 272,492,008 francs; total , 442,069,028 francs. C'est au système d'administration et de colonisation qu'on adoptera pour l'Algérie à lui faire conquérir une forte part dans ces importations ; ce sera pour elle un riche avenir; ce sera pour la métropole un immense profit ' !

Les avantages agricoles sont aussi certains, et ils seront aussi manifestes, quand la colonisation ne rencontrera plus, en Algérie, que la faveur qui lui est due.

Les jours d'engouement aveugle sont passés; ceux aussi de découragement; durant (|uinze ans, on a étudié froidement les lieux , le climat, les terres, les eaux, les saisons. De nombreuses expériences ont été faites. Des fermes modèles, des pépinières, des exploitations privées, dirigées par la science, et constamment améliorées par la pratique, ont éclairé tous

sion des Couseils généraux liu ooiiiiuerce et îles iiiainifactiires, le 17 déeemlire 1845.

' La Commission de rolunisalion de l'Algérie a enleiidii un ra|)poi'l Irèsreniarquable de i\L le baioii Diipin sur lis moyens de dévelopiier l'industrie agricole et la richesse roniinerciale de nos possession*. C'est à ce rapport que l'on est redevable, en grande partie, de l'ordonnance du 16 décembre I8i3, qui a déjà produit <ic si heureux résultai-;.

les intérêts. On sait à quoi sVn tenir, d'après le témoignage (les ruilivateurs, qui sont les meilleurs livres à ronsuller en matière de colonisation. Le règne des s|)écu!aleurs est lini ; c'est le tour des colons sérieux, et ceux-ci ne se sont décidés qu'après une étude raisonnée du pays. Les terres de Bone sont peut-être meilleures que celles d'Alger. A Bone, la température est plus élevée qu'à Oran ; mais sur ces trois points également toutes les productions coloniales peuvent prospérer. On avait annoncé d'abord qu'elles ne pourraient ]»as réussir dans la plaine de la Métidja. La tenipéralure y est |)lus élevée qu'en Espagne ; et cependant on a fait du sucre à iVlalag.i, et du coton à Motril et à Iviça. La température de la Nouvelle - Orléans ne s'élève (|u'à 25 ou 20 degrés; à Alger, pendant quatre n.ois d'été, elle est constamment à 34 ou .36. Il y a donc plus de chances d'y faire prospérer la canne à sucre. Le café y viendrait aussi; mais ce ne serait peut-être pas une bonne spéculation. Les terres du massif d'Alger et les collines du Sahel sont très-propres à la culture de l'olivier et du mûrier, ce qui nous dispenserait d'acheter aux étrangers pour 100 millions environ d'huiles et de soies; les terres de la iMétidja fourniront l'indigo, le chanvre et la garance autant qu'il en faudra pour notre consommation, et même pour alimenter les marchés étrangers ' .

Les expériences sur le coton sont de plus en plus favorables. De grands manufacturiers, consultés sur ce produit dont des échantillons ont été envoyés à plusieurs chambres de commerce, en France, en ont reconnu l'excellence. Sa finesse le rend précieux surtout pour la fabrication des mousselines de Tarare. Le coton d'Alger vaudrait celui que nous lirons de la Caroline du sud, de la Géorgie et de la Louisiane. Le climat favorise également la vigne, que les Arabes cultivaient dès

* Nous avons conijiillé, sur ce sujet, les léni()if,'nages t'iiiistle MM. Aioll, Hardy, de Lesseps, Sauiè^, Li.uiiaïul, de Miiliel, C. KIol er, d'Omiizu- Gabriele-Costa, Huicq, Lebesi-lm, elc, et',

longtemps, cl (jiii. (!nii!i des ((nirs nnilis |ii(:<lni«nil un \iii icnoninK'; l'opium, d'une qii.ililé supérieure ; le sésame, l'olivier nain, le riz de montagne, l'arbre à thé, l'oranger, le limonier, le cédratier, etc., etc. La profondeur des terres végétales, le long repos dont elles ont joui, leur analogie avec celles du midi de la France, garantissent le succès de toutes ces cultures; et les productions intertropicales s'y seraient naturalisées dès longtemps si les habitudes nomades des indigènes ne les rendaient pas impropres aux soins assidus d'une culture attentive et suivie.

Les plantations se sont élevées, année commune, depuis trois ans, de 25 à 30,000 pieds d'arbres jetés, soit autour des villages, soit sur les bords des routes, soit môme à travers les terres arables, dont elles jirotégent les récoltes contre l'ardeur du climat. Un savant agronome, M. Moll, a publié des instructions précieuses pour nos colons. H a reconnu que l'olivier prospérerait en Algérie au point de procurer un produit triple de celui que l'on tire en France de cette culture. Ajoutez-y l'amandier, le figuier, le houblon, le pistachier, le bananier, le gayavier, le grenadier, le câprier, le dattier, le palmier, l'arachide, dont les plants, entremêlés de vignes et de mûriers, seraient tous d'essence supérieure. Le nopal convient parfaitement à l'Algérie, où il croît en abondance, et, d'après des expériences récemment faites, il porte d'excellente cochenille. Lecarthame, ou safran bâtard, se plaira également sur le sol algérien ; sa culture acquerrait d'autant plua de prix qu'on aurait multiplié les magnaneries et la culture du coton; car, indépendamment de son huile et de la qualité purgative de ses graines, il fournit la meilleure teinture on rose pour le coton et pour la soie. On tirera bon parti do la culture du caroubier et de celle du bambou. L'Algérie compte aujourd'hui 70,000 hectares de bois et autant de broussailles à convertir en taillis.

Enfin le tabac deviendrait |)our l'Algérie une source de revenu féconde, si les planteurs, en observant les prescriptions

qui leur ont été tracées par les hommes «le la scicnre et recommandées instanimcnl par l'administration, se moltaienl en mesure de fournir à la régie de la métropole des feuilles de bonne qualité. Au reste, il faut croire que ces recommandations ont déjà produit des résultats, puisque le Gouvernement a consacré 170,000 fr., en 1844, pour achat de feuilles de tabac en Algérie, et que l'on annonce, pour 1845, une récolte de 200,000 kil.

Des observations approfondies ont été faites sur les races d'animaux et les moyens de les améliorer (car elles sont généralement chétives, et il importe d'en relever les types par de bons croisements). On a constaté le déboisement de plusieurs parties du pays ; on a étudié la culture des Arabes, et les mesures à prendre pourlui donner une meilleure direction; M. Bouvier a publié, sur ces matières, des notices intéressantes, qu'il saurait appliquer mieux que personne. L'éducation des abeilles promet aussi de bons résultats, à raison de l'abondance des plantes qui leur conviennent le mieux. On peut y tailler les ruches deux fois par an.

On le voit, les richesses agricoles ne manqueront pas au travail. La sollicitude de l'administration doit y aider, de son côté, par de grands travaux de canalisation, ayant le triple avantage de contribuer au dessèchement des parties insalubres du pays, d'alimenter un système d'irrigation favorable aux cultures, et de se relier à un système de défense militaire. M y a dans l'Algérie des cours d'eau magniJiques, qui n'ont besoin que d'être utilisés par un curage, des endiguemenls et des barrages bien entendus. Il existe 234 mètres de pente du pied du petit Atlas au bord ih) la mer. Avec ces données, on sent qu'il est facile de créer de la salubrité, de la fertilité et delà sécurité. M. le colonel Sainf-Hippolylea présenté, sur ce sujet, des vues dignes d'examen.

Les produits de la terre se divisent en deux grandes catégories : les fruits agricoles et les minéraux.

Établis d'hier dans les montagnes de l'Atlas, nous n'avons pu encore les explorer suffisamment. Tout annoiiec pourtant que l'Afrique possède des richesses minéralogiques varicîes et considérables. On est déjà sur la voie de mines de fer, de cuivre, de soufre, etc. On parie aujourd'hui de mines de houille. Des recherches sont suivies à ce sujet; elles n'ont pas été infructueuses. Nous ne mentionnerons ici qu'une découverte récente qui peut avoir d'heureuses conséquences pour plusieurs de nos industries.

On a signalé, tout nouvellement, des minerais de fer spathiques, susceptibles de remplir, dans la fabrication de l'acier, la place qu'occupaient les fers du Nord. Ces minerais, traités en France et en Afrique, pourraient devenir la base d'un mouvement industriel non moins utile à nos aciéries que favorable à nos établissements algériens. Les minerais de l'Algérie sont, en effet, d'après le dire de M. l'ingénieur en chef Fournel et d'après les recherches préalablement faites par les explorateurs, d'une abondance et d'une tjuaiité (|ui doivent faire espérer que bientôt la France n'aura plus à demander à la Suède et à la Norwège les fers qu'elle est obligée de se procurer pour ses aciéries. C'est principalement dans la province de Gonstantine, sur le littoral depuis Bone jusqu'à Philippeville, que se trouvent les mines de fer qui ont lixé l'attention publique.

Après les explorations qui ont eu lieu, conformément au vœu de la loi de 1810, sur les mines, appliquée en Algérie, plusieurs concessions de mines de fer ont été faites, par ordonnances royales, dans les monts Bou-Hamra, Belelita et Bellout. Les forêts qui existent dans ces localités fourniront le moyen d'alimenter les hauts-fourneaux que les compagnies sont tenues d'y établir, et l'on doit espérer que, dans peu de mois, outre que l'Algérie aura trouvé, sur ce point, un nouvel élément de population et de colonisation, par toutes les industries qui se rattachent à l'exploitation du fer, la

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France, qui en recevra les produits, se trouvera peu à peu exemptée du tribut qu'elle payait jusqu'ici à l'étranger.

Des économistes, ou plutôt des financiers, ont insisté, à plusieurs époques, sur des mesures fiscales à prendre pour asseoir l'impôt en Algérie, l'impôt direct, avec toutes ses exigences. C'est, à leurs yeux, le premier des avantages à retirer de notre colonie. Nous ne partageons point cet avis. Le premier principe à poser, en matière de taxes et d'impôts, dans une colonie naissante, c'est qu'il faut, s'il en est établi, les modérer de manière à ce qu'ils ne soient pas un obstacle aux progrès de la colonisation. Il faut créer un capital, avant de lui demander des intérêts; il faut féconder un sol, avant d'en réclamer un revenu. Un système fiscal sacrifierait de grands avantages à venir à des profits incertains et très-médiocres dans le présent. Nous ne disons pas qu'il faut subventionner les colons, comme on l'a l'ait, comme on était forcé de le faire dans les premiers jours ; mais il ne faut pas exiger des colons qui apportent en Algérie une petite somme pour l'accroître par le travail, qu'ils en prélèvent une part pour payer un impôt anticipé; c'est le produit de leur travail, ce n'est pas leurcapital qui doit fournir plus tard une contribution à l'État. Attendez qu'ils aient retiré quelque fruit de leur industrie. Ce que nous disons des colons, nous l'appliquons également aux Arabes. Nous démontrerons, ailleurs, que la première redevance qu'ils aient à nous payer, et la plus productive pour nous, c'est la paix ; car elle économisera au Trésor tous les frais de la guerre, et elle nous procurera les ressources de la colonisation.

L'Angleterre ne procède pas fiscalement avec ses colonies ; ce qu'elle demande à l'Inde, ce sont des produits indirects qui s'élèvent à |)rès de 200 millions; elle n'en exige j)as rim|)ôt direct. Il en est de même sur tous les points où se porte son industrie. Elle est si persuadée de la haute destinée de ses colonisations, que vous la voyez, dans la Nouvelle-Zélande, corn-

iiicnccr, jioiir ainsi dire, une seconde Amérique anglaise; elle la peuple avec (ies éniigranls qu'elle encourage par tous les moyens humainement possibles. Sans doute le nombre des colons sur celte nouvelle terre est maintenant peu nombreux. Il faut accumuler sacrifices sur sacrifices; n'importe! L'Angleterre ne recule devant aucune dépense lorsqu'il s'agit de préparer l'avenir ; elle se dit : « MesefTorts devront peut-être durer deux cents ans, trois cents ans même ; maisaprès deux cents, après trois cents ans, j'aurai dans la Nouvelle-Zélande une population consanguine plus nombreuse que la race qui peuple maintenant les Klats-t'nis, et le Canada, et le New- Brunswick, et la Nova-Scolia, et le New-Faindiand. Quelques révolutions imprévues m'enlèveront peut-être ces dernières contrées, comme elles m'ont ravi les Etats-Unis ; il me restera mon autre Nouvelle-Angleterre, pour perpétuer l'opulence de mon commerce, l'immensité de ma navigation, et ma prépondérance sur les mers! » Yoilà ce qu'on aj)pelle compter aM'c les siècles à \(,Miir, et toute colonisation est une œuvre de longue haleine ; c'est une substitution au |)rofit de la troisième génération !

D'autres financiers a\aient calculé \v produit de la vente des terres ; ils su|)posaienl d'abord i^ce (|ui est encore contesté et contestable) que, par le seul l'ait de la conquête, nous de\enions pro|)riétaires du sol entier de la régence, qu'ils évaluaient, ceux-ci à 18 millions d'hectares, ceux-là à 30 millions. Admettons le premier chitl're.

De 18 millions d'hectares, ils en défalquaient un neuvième, *2 millions, en montagnes incultivables, rochers, cantons sablonneux et peu fertiles; ils voulaient bien en abandonner deux autres neuvièmes aux Arabes nomades et aux Berbères ; deux autres neuvièmes encore aux Maures et Arabes cultivateurs; cnlin, ils altribunient un neu\ième réservé, un million d hectares, au domaine du Koi ; puis encore un neu- >ième, en terres et forêts, pour la dotation du clergé, la fou-

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dation des hôpitaux, et les distributions gratuites à l'armée et aux colonies militaires. Restaient, d'après ces calculs, 6 millions dont on proposait la vente, sur enchères, et par annuités, à des compagnies nationales ou européennes ; ce(jui, en n'élevant le prix de l'hectare ([u'à 100 IV. , produisait 600 millions.

C'est-à-dire que pour un produit net, une l'ois per^u, de 600 millions, la Krance aurait organisé en Algérie l'agiotage des terrains par des com|)agnies; l'inculture, car la spéculation sur les terres s'inquiète peu de leur fécondation ; l'indiscipline des propriétaires, presqui; tous étraiîgers et iiidépeiidants, qui n'auraient cru rien devoir à la inétropole; la destruction, en germe, des revenus à vciiirde la colonie, disons mieux, l'aliénation en niasse et instantanée de i'iidluence et presque de la domination française! La France aurait conservé une suzeraineté nominale; les étrangers auraient ac(juis toute la propriété territoriale ; et l'Algérie, française de nom, eût été allemande ou anglaise de fait.

Aucun plan ne pouvait être plus funeste; ce n'est pas ainsi que l'on fondera une colonie, et une colonie nationale. Le système des concessions, longtemps médité, et récemment établi par une ordonnance royale en date du 21 juillet 1845, est le mode le plus favorable aux intérêts français, à l'influence gouvernementale, à la bonne exploitation du sol, dont il faut assurer à tout prix la culture réelle et immédiate. Ces concessions de terres conditionnelles étant proportionnées à l'importance des capitaux dont le cessionnaire dispose , on peut compter, en eflet, sur une exploitation sérieuse, qui doit être le premier objet de tous nos efforts, puisqu'elle garantit, en cas de guerre maritime, l'indépendance de la colonie, suffisamment pourvue de tousses moyens d'alimentation. Or, pour que cette exploitation contribue à la prospérité coloniale , il faut (ju'elle soit heureuse et productive, pour la communauté comme pour le propriétaire ; il ne faut donc pas

1(1 surcharger d'avaiiic; d'impôts prématurés et ruineux. Établissez des redevances minimes, qui ne s'élèveront qu'à mesure des bénéfices ; donnez autant de garanties que vous en exigez; procurez à la culture, par les moyens généraux d'action qui appartiennent à l'administration locale ou centrale, toute l'assistance possible; c'est semer pour recueillir; la coonie ne s'enrichira que du bien-être des colons.

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