‹ La France en alarmeChapitre 29 sur 79 · ELLE · texte numérisé non relu

ELLE

parce qu'il a son dogme à lui, faconné de bric et de broec, .

dont il est fier. Le dogme religieux est pour lui un rival. L S'il n'avait pas dépassé les limites du relatif, qui sont les . bornes mêmes de la science, afin de discuter sur l'absolu, : sur les raisons que la raison ignore, il n'aurait ni: cette aigreur, ni cette colère, il “changent ce ridicule

ditributions pour insulter et Énbhalire re sen. en ae bb nullement du ressort de sa cul-

notre ignorance, que la science défriche peu à peu. Ils

disent : « L'homme, un jour, réalisera son idéal. » Parole

absurde. Car l'homme, ce jour-là, privé de stimulant, sans motif pour agir ni se mouvoir, tomberait dans le sommeil de la mort.

HeN” ‘espérons pas, d'ailleurs, que té belle découverte de

M. Curie impose silence, pour quelque temps, à nos pédants de bibliothèque et de laboratoire. Forcés d’ac- cepter le camouflet que le radium donne à leur rudiment,

plus! belle à affirmer ce faux antagonisme de la science et de la religion qui est le Credo du primaire et le. «Syl- Jabus » de l’Apache. 1 Songez que la science moderne à cent ans à peine :

JOee NA

pareille à un enfart précoce, elle constate des faits dont la cause lui échappe et balbutie des hypothèses vite .. écroulées et remplacées par d’autres, comme elle cons-

truirait des châteaux de sable. Ses meilleurs adeptes, ses

plus illustres guides se préoccupent de la voir si vaine de :

| ses succès, Si satisfaite de soi.

NE

caré membre de l'Institut, mathématicien admiré de

LE

e “ii des choses; IL dément 1 l'état de doute

le eo ne nets jamais le radium Car le le.

c’estla lueur divine qui court sans cesse devant les humains et ne se laisse jamais saisir, mais dépose en passant, sur les phénomènes de la vie, une clarté qui permeltra au sage deles interpréter demain. Les matérialistes croient que le miracle, c'est le champ obscur de

ils redresseront. bientôt la tête et recommenceront de

Dans un ouvrage récent et remarquable (4 }; M. Pois é

ivers, S 'effrayait de cette tendance à faire des idoles | ave e des suppositions, à prendre la paille des mots pour

permanent est 16 Sul qui ot nis.

premiers principes de toute Un sont eux- mêmes

postulats incertains. ? Fin on

Les connaissances, si vastes et si précises so ee

ne changent pas le moral d'un individu. Elles ne font

point du ‘fanatique un libéral, ni de l’avare un généreux, à

ni de l’outrecuidant un modeste. Elles ne transforment

point davantage son tempérament national et, pas. | plus qu'elles ne touchent au tuf du caractère, elles n entament le tuf de la race. Elles sont un bagage qui se plie

à la capacité, qui se modèle sur la forme du chargeur. Nous ne sommes pas seulement des êtres intelligents,

des raisonneurs. Nous sommes aussi, et surtout, desêtres

sensibles. Or, jamais la sciènce, si dominatrice qu'on la suppose, ne réglera la sensibilité, ne modifiera, dans no$ intimes blancs l'équilibre de la joie et de la douleur, de l'espérance et du renoncement. Elle exaltera, par l’ re tonnement, la stupeur de paysages et d'horizons nou-. veaux, des néophytes. Mais plus ils s’habitueront à “ee

“ets douplironte à sa contrainte, moins elle sera apte à.

. les consoler, à les élever, à les ennoblir, moins elle aura de prise sur leurs âmes. PE Je pense sincèrement que beaucoup 1 nn. :

analogues à celle du radium rendront de plus en plus

Ve AE ou ji

nette à ligne de démarcation entre la curiosité du relatif et la confiance dans l'absolu, entre les réponses partielles : à à | «en-decà » et la réponse globale à l'au-delà, entre | l’appétence du cœur et la convoitise de l'esprit. Il y aura toujours, bien entendu, dés sorciers pour brouiller les : genres et crier qu'ils réfutent le Paradis en pilant du sulfate de potasse. Il y aura toujours sur le Forum des arracheurs de dents et d'espérances.. Mais on les écoutera d'autant moins, que le nombre augmentera des sages respectueux, de ceux auxquels l’idée de Dieu ne | parait point un trop mauvais guide à travers la pénombre . des laboratoires, que l'Etoile au- ne de eue Pape ‘ne gêne pas. | ;

f ffcielles, si. mes et si did. par les le gouvernement cherchait à accaparer la gloire. > Victor Hugo, furentsurtout, comme on pouvait

ndre, les fêtes du lieu commun. Ils ’épanouit sur

lèvres de défense républicaine. On nous affirma que

ou les HU éclatent, la Are: S étend d

: a à déchire le UT PE images .

x au-dessus de qui brilla l'étoile flambante, furent

sans cesse, au. courant des aie exaltés et nourris ue

leurs ancêtres. . ie MEN EN

ne est ainsi que, dans Victor x Hugo nous admirons le is.

Parfois il se pin ets or sûr succès final, mon-

. Chalamment musard et victorieux. Parfois il se concentre, :

serre les rangs, forme le carré. Oui, cette âme a chanté

« dans les nn d’airain ». Elle envahit et brûle notre

. mémoire. Encore quelle fasse, à ses heures, l'orgueil des pacifiques et la joie de ik internationale, elle a la furie

militaire.

Voilà ce que ne pourront jamais comprendre fe. S0-

lennels nigauds du laboratoire artistique et de la clinique sentimentale, les Lombroso, contre-Lombroso et sous= Lombroso qui décrètenl, la main sur un moulage de: cerveau, que le génie est frère de la folie, que Shakes-

peare, le Dante, Montaigne, Gæœthe ou Victor Hugo s'ex-

pliquent très Snpleriont par la rougeole, les oreillons Où. une vieille épilepsie dans la famille. Ces cuistres s’ima-

ginent avoir fait une grande trouvaille quand ils ont dé-.

couvert qu'un cousin de Byron se rongeait les a ou que la tante d’ Érasme était scrbfulètiée,

Je n’ai jamais saisi, pour mon humble part, l'intérêt de

ces prétendues analyses. Elles sévissaient surtout à

l'époque où l’on disait réalisme au lieu de réalité et naturalisme au lieu de naturel. Il est délicieux, pour les.

ignorants, de coiffer le bonnet de Diafoirus et de juger.

les hommes de génie du haut de vingt lecons d'anatomie.

Aujourd'hui ce travers, hetheisement. décroiît. Nous

reviendrons peu à peu à l'idéal par l’utile détour de la

connaissance, et la bonne culture de demain sera, on.

peut le conjecturer, mêlée d'humanisme et de Science.

En revanche, la question des origines apparait, quant : à la genèse des honimes de pere, comme de toute pre-

mière importance.

Victor Hugo a indiqué, pour lui-même, dans une pièce:

fameuse, qui il étaitné « dans Besancon, vieille ville espa-.

gnole.…. d° un sang breton ét lorrain à la fois ». Maurice

Barrès, en de récents. articles, s’occupa du filon lorrain

avec sa compétence ordinaire pour tout ce qui touche à

PA

ces questions FRA Il nous pit de remarquer (RE |

< reflux + conserva que le éatradiclonre: avec cette grâce trouble des pays brumeux, par quoi il rennes la Grâce. Fe

C’est une satisfaction | pour notre esprit, Dour la filière

de nos remarques, que. Montaigne et Montesquieu soient | presque « pays ». Nous nous émerveillôns de ce véri-

table frisson lyrique, de ce contraste du froid et du à a

chaud qu'on remarque en l'hérédité du poète russe Pouchkine, petit-fils d’une Slave et d’un esclave abyssin. Edouard Drumont a parfaitement mis au jour le côté no-

made-juif de Henri Heine, ce vagabond de la sensibilité

qui promène partout son sarcasme et la douloureuse

raillerie d'un nerveux sans attaches traditionnelles. Le à profil dogmatique de Jean-Jacques Rousseau fut modelé “2

sans doute par la pédante Genève.

“lier, selon la foulée dun raisin qui vient de la Touraine,

de l'Hérault, des coteaux de la Seine. J'ai, dansmabi- bliothèque, un exemplaire de Rabelais appartenant à mon

père, à la fin duquel il s'était amusé à noter les idio-

tismes, les locutions proverbiales et provinciales, ce qui

: fleure le champ, la rivière, le bois et le village.

On pourrait multiplier à l'infini les exemples. Prenez . -

le cas de Frédéric Mistral qui, lui aussi, bien que très ‘vivant, doit être considéré comme un homme de génie, cär ila remis en honneur la langue d'oc et écrit des poèmes immortels. Sans doute, comme un Gœæthe ou un Hugo, il convient à l'humanité toutentière, mais seuls le oûteront à fond ceux de son sol et de son climat.

Ce qui nous ravit dans l’œuvre de Rabelais, c’est la

- multitude de saveurs de terroirs, de « bouquets », qu'elle mêle dans une sorte de cuve formidable. Cela bout et cela fermente pour l' éternelle ivresse humaine. Iei le 1y= risme devient satire, ici le dieu Pan cède au faune fami-

Cela est tellement vrai qu Hi Y. a pas de génie uni-

et familiale, qu'un abrégé de leurs ancêtres. Ils ont écrit,

‘vigne natale autour duquel s’enroulent, sur lequel se . ent toutes les plantes et herbes folles de l’hérédité.

vie à tant de personnages. Il ne fait que dénommer ses .

car il renferme autant d'humanité dE: que Hugo. ren-

| ferme de moi exaspéré. Victor Hugo lui-même n’est cé- |

lèbre que par les races latines. L'Allemagne pensante l'ignore et l'Angleterre poétique ne tient pas compte de

lui. Un jour que nous serons de loisir, nous cherie A

ensemble, si vous le voulez bien, les A saxonnes, si différentes des caractéristiques pour les : riverains de ce grand lac qu'on appelle Méditerranée. …

Pour moi, l’homme de génie tient d’abord à son sol, à

sa grande patrie (France, Italie, Allemagne, pteNaee si

petite patrie (nord, sud, centre, province, etc.). C’est cette localisation sur un terrain précis qui donne à son œuvre : un goût unique. Le re c'est moins l’homme que l'em- |

placement.

Ensuite, l’homme de génie tient à ses ancêtres qui à mêlent, eux, des saveurs de races parfois très multiples et même opposites. Il offre en outre cette particularité d'une sensibilité si étendue et si vive que, dans sa course

à travers la mémoire, elle réveille incessamment des : fantômes. Le perpétuel frisson épique, héroïque ou Iy-

rique, fait surgir, des profonds abimes de la mémoire |

À r La Æ LA L ancestrale ou héréditaire, des figures d’avares, de pro- : digues, de chastes, de luxurieux, de mécontents, d’al- …

lègres, de mélancoliques, des aptitudes de sentiments, .

de vices, de vertus, et presque de métier, des habitudes, … des manies, des tics même, des facons de voir et des . tours de langage. {

La personnalité géniale est ainsi +oUo qu'un cep la

C'est ce qui permet à l'homme de génie de donner la.

propres fantômes. Dites-vous bien que l'œuvre d’un Sha- | kespeare, si anglais, ou d’un Balzac, si français, n’est, en quelque sorte, que le cri de leur conscience nationale …

] de sentir. us ae aussi ane £a à: e, tramée de plusieurs âmes, possède une Ne

e changeante. Sans trève, il bouge etse modifie, Ce, lui donne la cohésion, ce qui forme le faisceau de 1e

qui

tant de baguettes, c'est le sens profond de la race. C’est ê ee ce au est en lui le plus susceptible et le ne

: citoyens les ts Rnb L' amour de la ie Ê "est. le pain qu'on partage aux hauts bouts de la table ainsi 4 qu'aux E bas-côtés, l'aliment foncier et nepnisenle

L'ASTRONOME se

| Le drame très adroitement tiré par M. Henry Bataille du beau livre de Léon Tolstoï, Résurrection, les tristes nouvelles des Doukhobors, ses disciples, commentées ne par notre confrère Lucien Descaves, remettent au pre- - mier plan de l actualité le penseur d’Iasnaïa- Poliana. Le . vieil astronome marche à l'étoile avecune sérénité magnifique. Mais, tandis que lui-même tient la tête levée vers un idéal impossible, ses doctrines hagardes, vio-. lentes et funestes comme:des mains d'aveugle, re choir dans le puits ceux qu'elles étreignent. et Les Doukhobors sont ces illuminés qui, ayant pris au

= sérieux le précepte de la non- -résistance au mal par 4 violence, refusent de porter les armes, de payer les \ impôls, de posséder et de cultiver la terre autrement . qu’en collectivité, de légaliser l'union libre, de fournir le. moindre renseignement au recensement et à à l’état civil, de tuer les animaux, de se vêtir de leur cuir ou de leurs 4 poils, de manger leur chair, de se laver... On se demande k pourquoi ils admettent la marche, qui humilie le sol, et la respiration, qui vicie l'air. ce) D'abord relégués au Caucase, puis émigrés au Canet

et dans l’île de Chypre, insociables par excès d’humilité, : intolérables par frénésie de simplicité, ces adeptes du

| le vieil apôtre leur adresse ‘des chbdurape des admonestations et des épîtres. Il leur crie de Ja rive : « Nagez toujours ! » Le dernier terme de l’éga- Jité kde la justice n'étant réalisable que par la mort, il attend sans impatience, la main sur l'encrier, le regard

sur les aiguilles du destin, que son auguste parole s’accomplisse, que les infortunés Doukhobors soient enfin, ps porte du néant, entrés dans la béatitude éternelle.

élèves, le Douddttere et ja chtistianisme.

AIR ICT dans cette: attitude de pédagogue te et-de : faiseur d’ anges. à à distance, quelque chose d'âprement | ‘comique qui réclamerait, pour ce Socrate plus dangereux, la verve d'un notivel Aristophane. Mais notre époque, irrespéctueuse de la tradition, a placé à fonds perdus. son culte, son fétichisme et sa superstition dans un ertain nombre de personnes représentatives, au prenier rang desquelles figure l'implacable théoricien de Résurrection. À l'affût de tout ce qui peut troubler et. perturber l'Etat, les Juifs ont adopté Tolstoï. Il n’est pas un fils ou un cousin de financier israélite qui ne soit. prêt à partir pour les faubourgs, la Puissance'des ténèbres ce sous le bras, afin de l'expliquer au peuple. ;

. Dans Ia salle de l’Odéon, l’autre soir, tandis que le. Ai

prince Nekhludoff, bourrelé dé remords et de scrupules, s’efforçait, en un magnifique langage et par une méthode impraticable, inhumaine à force d'humanitarisme, de racheter l'âme de la Maslova (c'est toujours, sous une autre forme, la vieille histoire du D' Faust et dé Marüerite), dans cette atmosphère luxueuse et philänthro- :9 j'admirais l'attendrissement des HÉBREUX, et de

dromadaite qui, plus tard, sous Jar comme monsieur son papa les noix.

caise. Il sanglotait, le vénérable juge “AA D qui laissa fuir tant de grands escrocs. Li ne “pouvait plus supporter le spectacle de cette prostituée incomprise, nn trafiquant de chair humaine qui tient sa boutique à ue Hambourg ou Palerme et hoquète de pins. à Paris. È J'ai vu le rejeton d’un voleur de terrains (a-t- il. dû. en exproprier, des pauvres, ce coquin-là!) qui tenait sa. tête chauve dans ses mains frémissantes, avec un zèle de Doukhobor, et expliquait à un vénérable sénateur de. sac et de corde la sublimité d’une telle compassion. Vous savez qu'israël aujourd’hui déclare que tous les. | - hommes sont frères, pour les détrousser plus facilement: Il emporte le sucre, le lard et la bougie, mais il allume. pieusement un cierge de deux sous sur l'autel de la fédé- : ration universelle. nu :

Le théâtre est une grande école, non pas seulement | -par ce qui s’agite sur a scène, mais encore et surtout | par le public. J'ai pu me rendre compte, pendant cette représentation de Résurrection, de la vogue actuelle du. tolstoïsme et de quelques-unes de ses raisons profondes. Ë

Les sans-patrie et les exploiteurs vont chercher là des motifs nobles pour leurs déprédations et leur lâcheté. L'’abandon des biens apparait aux manieurs d’argen comme une doctrine tout à fait souhaitable, puisqu'il seraient là pour recueillir les terres et les richesses des: princes Nekhludoff. Il n’est pas de zélateur plus passionné de l’altruisme AE le plus rapace flibustier du ghetto , d'or. 3

Dans la « non-résistance au mal par la violence » », ;

mement, qu'une apologie de la lächeté. Ce qui leur sn dans Bas les armes! .c'est la Pr pee de Haut és

eais-je tandis que le prince Nekhludoff D :

ieusement la poitrine et dénoncait, par le bel ntissant de M. Dumény, les mensonges COn- Je de “ha société. Je dun à. tout autour de

Je: raie aux ie de la rampe et de génie titté aire indéniable, cette hypocrisie bien contemporaine 1 ( mploie les idées généreuses à excuser les vilenies, S'apitoie e exclusivement sur les prostituées et sur les” oleurs, qui organise autour des monstres des cortèges pleureuses et d'administrateurs. Tandis que le musien. Charpentier, dans des séances que Chaumié préside, dresse les petites ouvrières au cabotinage et, avec les r illeures intentions du monde, ouvre un conservatoire : déclassées, nous voyons monter un peu partout les onséquences de la pitié russe, de l’agenouillement as devant les dégénérés, les défaillants et les coupables. Das ‘utopie fonctionne devant nous, depuis son origine ntirationnelle et antisociale jusqu'à l'épave humaine, on aboutissement. Le courage, en se retirant, laisse aux œurs la sensiblerie. Tu Pur Et j'imagine le dernier Daubiobar s'il en réchappe so un, venant trouver dans sa tour d'erreurs le vieux maître imprudent d’'Iasnaïa-Poliana, lui montrant ses à plaies et son squelette, lui reprochant ainsi sa déchéance : « Pourquoi, toi qui portes la lumière Sacrée 7 de l'intelligence, nous as-tu engagés dans de mauvais hemins? Tu as retracé dans Aésurrection les remords le celui qui, par luxure, s'est trouvé perdre une destinée tér une créature au bagne et au ruisseau. Mais que: ses-tu de celui qui, par entêtement d’ascète et dépran de rêveur, suscite des vagabonds et des réfrac-

: des illuminés de la mort lente Re |

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