LA FIN DES SNOBISMES
Les nus graves et douloureux qui assombrissent la France d'aujourd'hui, je veux dire la guerre religieuse, la désorganisation de l’armée, la tyrannie abjecte des primaires, offrent au moins cette minime | compensation qu'ils nous ramènent à l'essentiel et nous détournent du colifichet, de l'accessoire, des snobismes. À
Dans les heures plates et d'acceptation qui préparèrent : ! le Panama, l'affaire Dreyfus et la dictature jacobine, de 1880 à 1897” très exactement, ce furent l'usage et la mode des’ enthousiasmer pour des riens : cesriens étaient tantôt littéraires, tantôt artistiques, tantôt philosophiques. Récemment ils devinrent politiques et sociologi- queset cela nous fut un présage que les affaires allaient se gâter. Car les snobismes, ces enfantillages de la matu= rité, se tiennent tous, forment une filière, un courant qui a sa source dans la vanité et son embouchure dans la désorganisation, dans l’anarchie. Le faux engouement … __ annonce et prépare le désordre.
Je n’ai pas besoin de vous rappeler le triomphe re __ mère du naturalisme et l'extraordinaire issue de fumier qui nous empuantit pendant dix ans. On nous affirmait que la Vérité — elle avait déjà son grand V — tenait ses séances ordinaires dans l'égout et que les éléments du
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\ nez. La chasse au « document humain » devint plus fruc- tueuse que la chasse aux truffes. Cette besognen'exigeait … nulle culture, nul goût, nul talent. Il suffisait d'avoir de
| à l'école du soir que chacun veut tenir la férule.
proses versifiées. bi TI
léurs élucubrations de jadis. Sans doute, il ya le pro-
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beau den être servis de une ‘auge. our: ce naval esthétique, les faux groins remplacèrent les
l'estomac, de l'aplomb, de prendre un air docte et sentencieux. Dans tout primaire il y a un pion. C’est surtout
: Quand cette pluie de boue s’apaisa, le pâle soleil du . symbolisme commença d'éclairer l'horizon. Cette fois lave Vérité — elle conservait toujours son grand V — prit des |
aspects de sphinx bleu, de stryge violet, de démone à.
crinière et à roulettes. L' incompréhensible fit La loi, uns pauvre incompréhensible bien grêle, bien puéril, quine dissimulait généralement dans sa papillote qu'un calem- : bour ou une niaiserie. C’est un amusement prodigieux, je vous l’assure, que de parcourir les innombrables petites revues de l'époque où des jeunes gens terribles, impassibles, pleins d'énigmes. se tordaient l’âmecomme un bigoudi pour en faire de des vers libres oudes
Beaucoup de ces anciens éphèbes à la lune sont aujourd’hui de braves commerçants, avocats, médecins, substituts,rangés, assagis el qui ne relisent pas $ans sourire
verbe : cela vaut mieux que d'aller au café... Oui, mais ils y allaient tout de même, au café, et plusieurs sont. morts prématurément, les malheureux, pour avoir voulu imiter Villiers de l'Isle-Adam ou Verlaine dans leur … bohème impénitente, intransigeante et ambulatoire. ê
À la mêmé époque, suscitée par le symbolisme amoureux de toute étrangeté, commenca de sévir l'admiration 4 fanatique pour les étrangers. La musique de Richard Wagner, proclamé le Dieu d'une époque sans Dieu où la crédulité remplace la croyance, cette musique où le sublime et l'ennuyeux se disputent la prééminence, se mit : à nous inonder de ses gnomes bavards, de ses insuppor= tables ondines, de ses oiseaux mécaniques, de ses sur-
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ème er a de moe el vouppelande d'antimili-
orce du poignet, un ‘criminel, ou Abe la société nes Les bases nouvelles. Une multitude de sous-Ibsen nous imposaient des drames à thèse où chaque personnage, en se mouchant, ébranlait l'univers, où l'on baissait tout e e temps la lampe, où le moindre geste avait sa signifiation profonde. Une nuée de sous-Tolstot rachetaient, à our de bras, les empoisonneuses, les incendiaires et les cambrioleurs. Cette fermentation saugrenue nous préparait la levée des bons juges en aus de réclame néorusse. | à Dorrière ces écrivains, eénaidémbies et respectables, : en somme, se pressait cependant, comme il arrive, le L'oupeau. des nigauds et desadaptateurs : « Pourquoi pas moi “22 songeait envieusement M. Bjoernstern-Bjornson. « Pourquoi pas moi? » gémissaient le cuistre Georg À Sands le surcuistré Lombroso et tous les ratés de la ‘ critique, du roman, de l'anthropologie, de l'art dramaique, SUiSSO- belges, g germano- -danois, anglo-suédois, italojonégasques. Car ces messieurs sont généralement à heval sur deux races et trois nationalités, Je glisse légè-
fours des victoires mutilées ft et qui, ne sachant plus je on altirer l'attention sur son modeste génie, jte
ment sur ce délicieux M. d'Annunzio, qui intitule ses
dans le noble étranger, dont personne Rardt Au. une “ ligne, le rénovateur de ceci, le restaurateur de cela, line trépide champion de telle grande cause; les vieux lutteurs du romantisme réapparaissaient sous cette forme exotique. Je crois bien que, pour sa part, M. Georg ë Brandès, le plus favorisé, n’a pas participé, en cinq ans, . à moins d'une vingtaine de ces agapes. Il semble, d’ailleurs, insatiable de popularité, celui-là. À peine sorti de . table, il faut qu'il recommence. Mal assuré de son laurier danois, il le cherche éperdument dans nos | Sauces. ; ui Or, et c'est là que je veux en venir, tous ces snobismes, ; par des voies diverses, conduisent invariablement à la ré- | volution, Nous avons commencé par rire des riches de- . . meures où, entre la plus savoureuse des poires et le plus onctueux des fromages, la pâmée pour Tolstoï, la lectrice jusqu’à l’aube d’Ibsen, le dégustateur de Karl Marx et de : Stirner, le prostré devant Georg Brandès, le frissonnant aux pieds de Bjornson appellent à grands cris le grand soir, la dynamite, la revanche du peuple et autres san-. glantes fariboles. Nous nous sommes complaisamment divertis des prêches au dessert, de la veillée d'armes sous … les orchidées, de la croisade anticléricale menée, aunom d’Ernest Renan, par les plus ignorantes snobinettes. ‘ Nous avions tort de rire et de nous divertir. Ces outrances, d'aspect inoffensif, ouvraient la brèche aux. théories scélérates qu'essaient d'appliqueraujourd'huiles ennemis de l’intérieur. L'affaire Dreyfus a, en quelque. sorte, fait le trust de tous les snobismes. Le pédant et. lourd naturalisme a donné le signal. Il s’est placé en. tête avec son étendard maculé, ses tabliers souillés, ses tombereaux d'ordures. Le déchet du symbolisme a suivi. avec la cohorte des intellectuels, des aïssaouas du botticellisme, des extatiques de la Vérité et des contournés de la Lumière.
Dès que la cloche d’alarme eut sonné dans le camp du. traître, accoururent aussitôt en hurlant, sousles prétextes les plus variés, les Georg Brandès, les Bjornson, les
voit un hui se dresser sous ses fenêtres, sans équi- voque possible, le drapeau rouge. Le badinage fleuri de ï T'apostat Renan nous a directement menés aux menaces
de l'apostat Combes, à la pratique hardie de M&œrdès. - Regardez-y de près et vous constaterez entre ces mul-
tiples mensonges littéraires, sous et sociaux, une Lane bien étrange.
C'est ainsi qu'en se jouant dant une partie de là France a commencé à s’écarter du génie français. Quand j'écrivis les Xamichatka — un assez piètre livre d’ailleurs k et bien inférieur au sujet — beaucoup d'excellents esprits me reprochèrent d’avoir pris trop au sérieux des plaisan- teries et des excentricités qui ne faisaient de mal à per- sonne. Elles faisaient sournoisement du mal au pays. Elles l'intoxiquaient peu à peu. Elles préparaient le térrain où plus tard devait pousser le mancenillier. Brutal Ou précieux, élégant ou sauvage, sacrilège ou blasphé- mateur, le snobisme disloquait la tradition, nous mettait nu en état d’infériorité. vu Rite Mais présentement nous sommes avertis, Le Français È n’est jobard que jusqu’au jour où il reçoit une tuile sur la tête. À plus forte raison le toit de notre maison, qui S écroule, commence-t-il à nous, réveiller. L’esprit de la race en travail se met à éliminer les snobismes. Il tran-
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dans la forêt. Il serait cruel d'insister sur la débâcle actuelle du naturalisme, descendu d’un coup, en soixante he tomes, dans la fosse sans fond d’où ne reviennent jamais e les œuvres mauvaises, les œuvres fléaux. Le public fran- çais, sisage,"si honnête dans ses diversés couches, quand on ne l’affole point, est maintenant fixé sur la valeur litté-. Le raire de ces manuels et sur leur portée morale. Il a fini
che au ras ces arbustes parasites, tel le bon bûücheron
RE dé + MRieleston ie ce qu’ o8 ÿ __ comprend pas à l'apologie de la trahison. La clarté est Salubre et vengeresse. l'obscurité est propice aux mau- La vais coups. | à Les amis et Su pbôts dé Hinigièrs Méerdès peuvent bien élever uné statue à Renan. Déjà nous la voyons qui x vacille. Elle ne se tient pas plus debout que sa méthode de critique venimeuse, de raillerie appliquée aux choses saintes et respectueuse des politiciens, d'aplatissement devant les plus forts. L’horizon est plein de statues bran- Jantes comme celle-ci, d’effigies qui s’effritent, de mé- daillons qui tombent par morceaux. Finis le symbolisme __ etle naturalisme! Morts où mourants le tolstoïsme, le wagnérisme, l’anarchie nn l'anticléricalisme à . :. l'eau de rose! É. | HA ie Appelée par la circonstance, par la nécessité, bér | le . péril, la Sincérité monte et rougeoie. Elle est le soleil de la France et n’éclaire les autres qu'après nous. Je vousjure Mi qu'elle est bonne chrétienne, patriote et ‘qu elle à le Lo “à des militaires.
LE SGHISNATIQUE ET L'APOSTAR
| Résurrection remet en pleine lumière Ja Agure mis a ustique, mi-seigneuriale du vieux. philosophe. d'Ias= naïa-Poliana. D'autre part, les zélés fonctionnaires que ai comptent dans leurs rangs les « Bleus de Bretagne » s'agitent, sous l'œil attendri du ministre Chaumié, (POBr F4 | tatue sacrilège à Tréguier du mauvais prêtre Ernest Nés nan: Ceci me permet de rapprocher, comme influences politiques, sociales et contemporaines, ce schismatique de cet apostat.
. Tolstot, en effet, c'est le schismatique, eb Je m'éiütine à que cette. définition ne soit pas encore apparue, avec évidence, aux divers critiques qui l’ont étudié. Il est, : pour le schisme d'Orient, ce que George Eliot, pt : “exemple, fut pour le schisme anglican, un idterprèté di littéraire et sentimental. Tant il est vrai que les formes | É religieuses, même désaffectées et sournoises, demeurent, pour l’esprit, dés guides 0 auxquels nulne peut soustraire. ne Dans ses remarquables études sur le itde slave, . Louis Léger fait cette juste observation que, de bonne ieure, la religion et la race furent étroitement soudées en ussie par lé menaçant voisinage de la Pologne catho- | ei de la Suède luthérienne et des tärtares musulmans: