LE VERTIGE DE LA MORT
: | Les affreux accidents qui “ont ensanglanté la course
; Paris. Madrid devenue en quelques heures Paris-Charnier, ces conséquences inévitables d'une vitesse folle et sans contrôle, soulèvent un tourbillon de réflexions. Nous sommes plongés en ce moment dans une sorte d’atmosphère tragique. L émeute et la catastrophe sont. dans l’air. Le beau et chaud soleil, qui brille au-dessus de tant de deuils soudains, en prend quelque chose d’implacable. À force d'invoquer le Grand Pan, nos néopaïens l'ont fait venir. Pour nos imaginations épouvan- tées, cette longue route dorée et poussiéreuse entre les champs et les hameaux, cette voie douloureuse, semée . de débris et de cadavres, apparaît ainsi qu’un immense - ruban d’autel consacré aux dieux aveugles du fatalisme, momentanément vainqueurs du Dieu chrétien, lequel | : pesait la charité et la mansuétude et donna son prix àla vie humaine. ne
. Je ne sais guère de mort plus Spor que cette mort par éclatement, par fracas brusque de la substance. Elle est instantanée, horrible et sans gloire. Elle est sinispement matérialiste, issue d'un soubresaut du métal et.
. träinte sociale et du besoin.
Il en est ainsi de la dou se mineur. La mort del’ ou rier.
dans son métier, qu'il tombe du toit ou soit saisi par un Fe engrenage, nous émeut parce qu'elle relève de. la con ;
Ce sont là, en quelque facon, des morts par solidarité. et qui elles-mêmes - n’assassinent point. Elles re vont point saisir cette proie illicite du soldat qui passe sur le chemin, de l'enfant qui joue, de la vieille dame qui n'a pas le loisir de se garer. Notre pitié pour les’ na listes victimes de leur imprudence se trouve diminuée par celle que nous inspirent leurs victimes collatérales qui ne. faisaient point, elles, du 143 à l'heure. : 2 Je ne parle point ici de la mort philanthropique du. médecin, de l’expérimentateur, ni de celle du mission naire, ni de celle du soldat, les plus nobles de toutes puisqu'elles résultent du sacrifice à un idéal. Si l'on pou- 4 vait lire dans l'esprit de ceux-ci, au moment où les : ténèbres l'envahissent, on y découvrirait l'image d’un. . haut devoir, d’une maladie à combattre, d’une foi à pro- . ë pager, de l’étendard à défendre. Que trouverait- on, hélas ! dans cette cervelle éparpillée entre deux bornes kioi métriques, en dehors du désir désordonné et forcené fe la vitesse ?
Ge désir est devenu un délire. Les Goncourt rapportent | dans leur Journal cette admirable phrase de Gavarni, lequel avait, comme l'on sait, la passion des mathématiques: « À quoi sert de multiplier la vitesse si l’on multiplie en même temps l'appétit de la vitesse? » Une véritable frénésie d'accélérer l'allure s’est emparée de les chauffeurs et, ce qui est prodigieux, c’estque, dans de K3 telles bodies le nombre des catastrophes n'ait pas il encore été, avant-hier, plus considérable. Tous les 4
témoins de celte fantastique course à la mort, tous les M spectateurs postés sur la route de Chartres, nous rap 4 portent le même frisson de terreur et d' admiration qui . les saisit devant ces voitures proiechles ces ODA où ù
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ent Pot, avec “ Moon 46. la vague.
n avait à peine le temps de distinguer la silhouette insmtanée de la machine et du coureur que l'une et l'autre vaient déjà disparu. Un tel paroxysme de rapidité ne isse à ceux qui s’y livrent aucune possibilité d'éviter. obstacle, aucune chance HÉCRADEOR à la mort Br PAS À d'accident. En Sans doi il faut, pour afoonter de telles épreuves, un rare sang-froid, des muscles souples bridés par une
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attention sans défaillance et une extraordinaire intré- * pidité. Ce doit être un état de conscience bien spécial que celui de ces êtres en pleine vigueur qui savent ce. qui les guette et montent néanmoins allègrement sur leurs torpilles roulantes au milieu des bravos de l'assis- je ‘tance. La griserie du départ et des kilomètres né peutpas tre continue. Elle a ses effarements, ses rémissions, sa stupeur. C’est alors qu il faut faire appel à cette suprême énergie que tiennent en réserve, derrière l'habitude et l'accoutumance, un goût du risque sans cesse renouvelé et un parfait mépris de la mort.
Goût du risque et mépris de PR EN qui sont. aussi familiers à à certains individus qu'à d’autres TE crainte et la chair de poule. C’est une affaire de tempérament d’abord, d'éducation ensuite. Il y a ceux qui naissent braves et ceux quis ‘entrainent à être braves, et le mérite des seconds est, ra foi, supérieur à celui des premiers. Il y à des dilettanti, des amateurs et des dégustateurs de bravoure comme il en est de la lâcheté. Je sais que, our ma part, je mets cette vertu au-dessus de Lune te elle est Ha et morale, individuelle
: Le
dit La Aobhetootecld est in Pond de L. vertu Lu que le
vice, » Il y a de la ressource dans un homme brave. On peut attendre toujours de lui repentir, relèvement ou rachat. Il reconnaîtra son erreur. Il n'est pas de recours contre un lâche. Sa cruauté, sa perfidie, sa vilenie profonde sont sans remèdes. La lâcheté est à mon avis le plus grand poison de l’âme et du COrps.
Ceci me fait reconnaître volontiers l'héroïsme des coureurs automobilistes. Je regrette seulement que cet hé-
roïsme se galvaude en manifestations à la fois dange-
reuses et presque vaines. Sans doute, il est bon que cette industrie, toute française et dorsale ; progresse. Mais un perfectionnement de moteurs, de freins et d’en-
grenages ne réclame point des hécatombes. Il y a dispro-
portion entre le résultat à obtenir et la dépense de vie et de sang faite pour l'obtenir. Ce massacre à tendances commerciales a quelque chose de POSE + bien moderne et de révoltant.
, Tellement il est vrai que la somme de vaillance et
Jamour du risque demeurant des valeurs humaines
constantes, on emploie ce risque et cette vaillance à des besognes amoindries quand les vrais motifs de sacrifice et d’abnégation leur font défaut. Nos crocodiles de l’hu-
manitarisme, qui versent tant de larmes sur les guerres
de jadis et à la pensée des guerres de demain, accepteront tranquillement l’immolation de nos inconséquents héros au Moloch des grands records et du 130 à l'heure. Ils réserveront leur indignation et leurs apostrophes pour les insolations au cours des manœuvres ou les dures nécessités des compagnies de discipline. Cependant que des tempéraments magnifiques s’useront et se détruiront dans des tentatives insensées, dans des prouesses sans lendemain et sans portée mors — aul-. lement exemplaires.
Je songe, malgré moi, qu'un de ces infortunés projetés | contre un passage à niveau, contre un arbre ou dans un champ, avait peut-être en lui, inconsciente, la graine
d'un Lassalle, d’un Lannes ou d'un Murat et que cette ;
: de 1 LAN de sa formidable vigueur, il vs amusait à abattre des chênes. Il passait son génie sur le bois. S'il avait vécu de nos jours, en France, dans notre € envieuse démocratie, il n’eût jamais été qu’un bücheron. Ne croyez pas que pour cela il eût évité sa “a disgrâce. Mais il l’eût tenue du maître d’un chantier au lieu de la recevoir d’un empereur. Il est des niveaux pour chaque catastrophe. Le tout est d'être dans son emploi. On n'échappe pas à sa destinée, mais l’état de la race et de la nation détermine la forme de cette destinée, Fa costume sous lequel on la recoit. | Ne préféreriez-vous pas ce valeureux et charmant ps Renault, mort dans une charge, le sabre à la main, avec le frisson de la gloire, plutôt que gisant dans une vague auberge pour avoir trop présumé de son habi- leté de chauffeur ? Il fut un héros, je n'y contredis pas, … mais un héros de l'étage inférieur et de l'étape kilomé- | trique, où se discutent des te ea indus= triels, non du sommet où flotte le drapeau. C'est son : pays qui est fautif vis-à-vis de ce brave et de ses pareils | pour ne les avoir pas mis en leur place, pour ne leur avoir point réservé la forme de martyre qu'ils méritaient.
et Quand la hiérarchie est détruite, quand les cadres sont à MS quand l'idéal est en suspicion, les plus hautes vertus perdent leur rang et leur résultat. Le trépas luiée se banalise. Le champ d'honneur devient un simple champ où expire infertile, pour l'amour de sa marque, celui qui, dans de plus justes circonstances, eût: par sa mort sublime, augmenté la patrie.
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L'EMPEREUR ET LA SOCIALE se.
ie Le succès foudroyant du paré socialiste en Allemagne, 2 cet échec formidable et imprévu à à l'autorité impériale, mérite, à tous les points de vue, notre attéñtion. Voici … nos voisins en proie à des difficultés intérieures dont il . leur sera bien difficile de sortir sans secousses violentes. Voici, dans un pays de. discipline et de hiérarchie, lac cession en bloc aux affaires des disciples de Karl Marx et de Lassalle. S'il est vrai que les révolutions survien= | nent quand les partis modérés s’amincissent sous la | pression des partis extrêmes, cette juxtaposition immédiate ou presque immédiate-des Conservateur agräriëns et des révolutionnaires soso comme lourde de ine- “à naces. | Se Je n'ai pas la prétention de docümentés en quelques. ÿ lignes mes lecteurs sur les progrès constants et Soutenus … du socialisme allemand depuis les années qui suivirent k la guerre de 70-71 jusqu'à cette dernière et historique élection de juin 1903. Il ne m'est pas facile non plus dé : leur retracer un abrégé des projets mondiaux de Guüil- Jaume Ilet de ses sujets demeurés loyalistes, dé cette : politique nationaliste et d'Empire, qui est juste Lier 3 des aspirations ouvrières et internationales. Je renvoie donc ceux que ces passionnantes questions intéressent à
\- f +” x ‘ " eu L a # LEE L : | NE # pa 4e à
PRET EE brin 7
te non cé qui flatte notre NOIRE et ne sert qù "à nous engourdir. . | È .
Je m'en vais donc essayer dé vous dire ce que L'OR 18 1e “trouve point exposé dans les livres, ce qui CeDERRANE AT crève les yeux et sera, demain, une banalité. Ce MS Formée de races et d'aspiration économiques diffé rh - rentes, conglomé érat de provinces autochtones, DIULOE UE. AUS | nationalité, l'Allemagne contemporaine, sortie tout ar mée du cerveau de Bismarck, est une sorte de gros cr istal instable, en LRU FAR EIGS De pe
e, es lois organiques varient: là Prusse est mili- 0 sn is L'Est est Fe féodal; “
: et de ui | propreté foncière se An sans . transition, aux régions industrielles, aux centres HEC niers, aux Zones dé défense commerciale où guerrière. En d'autres termes, dans ce vaste pays, tous les pro- blèmes actuels sont à vif, toutes les séparations soût tränchées. L'Allemagne est un immense laboratoire de adition et de tévolütion. Quand nous voyons l'empe- GR RAT eur Guillaume Il changer Chaque jour dé Costume, Ce aque mois de tendance politique, chaque. année d’alliance ét d'orientation, disons-nous que ses oscillations et métamorphoses sont en quelque sorte calquées sur s nécessités ethniques et sociales du pays qu’il dirige ou par lequel il est dirigé — avec plus de pompe et nphase que de ARE et de bonheur.
180 à se :
os qu'ailleurs, la question Rene tout. ni < la religion est le seul lien qui, passant au-dessus des divergences d'intérêts, puisse assurer la force et l'en-
tente; et elle demeure, comme mobile politique, le
plus pressant élément de concorde ou de discorde entre
les humains. Il n’y a ici-bas que deux questions : celle
du ventre et celle du rêve. Que mangerons-nous? À seu À
réverons-nous ?
Je prie mes lecteurs de considérer que j'entends: ne
choquer ici aucune croyance. IlIme plaît d'être momentanément un observateur, non plus un polémiste. Or,
s’il est exact de dire que le catholicisme est, depuis les. luttes implacables du Kulturkampf, le grand terrain d'en-
tente des divers partis conservateurs et du centre, il
n’est pas moins vrai que le protestantisme est à la base des multiples fractions du parti libéral et démocratique.
Remarquez d'autre part que ces étiquettes ne correspon-
dent qu'à des illusions, car le fond du catholicisme, c'est le libéralisme, alors que la Réforme, après une période de discussion et de libre examen, iénd vers un mode d'autorité parlementaire assez voisin de la tyrannie. Seulement c’est la tyrannie réelle de là masse, au lieu d’être la domination apparente d’un seul.
Dans le cri de combat Los von Rom ! — Libérons-nous de Rome! — il faut reconnaître, poussé par Bismarck, le dernier appel de Martin Luther au principe de force et de
séparatisme qui fait le foud de la religion réformée. La
puissance toute morale et idéale de la papauté est préci-
sément indestructible parce qu'elle repose sur l’assenti-
ment, non sur un ensemble d'intérêts irréductibles ou 14 +
domination d'un homme de génie.
Enfin il est indéniable que, fondé par Marx et Lassalle,
le socialisme international ait, à travers ses nouveaux ; champions Bebel et Liebknecht, Vollmar, Bernstein et …
Kautsky, conservé l'empreinte de ses fondateurs. Il porte
dans ses flancs l'idéal d'Israël, cette forme de commu- nisme hébraïque que l’on a appelée avec raison le nou-.
LA
eux qui viennent dos mener, au-delà du
À socialisme. Martin Luther perd du terrain. Le catholi- cisme conserve ses positions. Toutes les fois que vous
l'Europe ou de l'Amérique, rappelez-vous que la monar-
lementarisme despotique l'aboutissement de la Réforme,
lité, non plus sur une fiction nominale. Ajouterai-je que
à grouper, sous un seul drapeau étendu au-delà des mere ces éléments antagonistes et disparates ?
Ilest bien entendu qu'il s’agit ici de directions géné-
rales, dont la plupart des dirigés sont incapables de se
nent de donner leur suffrage à des représentants socialistes hausseraient sans doute les épaules, si on leur disait qu’ils assurent la victoire d’une doctrine hébraïque. Ils s’imaginent de bonne foi qu'ils se rappro-
chent de l’âge d’or et de la paix universelle. [ls ne savent
K ‘4 > ‘pas que chaque parti a son âge d'or et son âge d’ airain,
ses convaincus et ses rhéteurs, sa vérité et ses men-
songes, selon le tempérament religieux qu’il représente.
“la guerre, la gêne économique qui, par un châtiment
des cinq milliards, pendant les « années de gaspillage »,
temporain, ont contribué à ce résultat. Mais ce furent là
ire défendu par des forteresses, forme visible de l’Alleiagne de tout à l'heure, succède une usine en lutte avec
Rhin, la lutte électorale. En fait, Israël triomphe avec le
considérerez les manifestations politiques ou sociales de chie libérale est l'aboutissement du catholicisme, le par-
# le socialisme collectiviste l'aboutissement du judaïsme. Cette classification a l’avantage de reposer sur une réa-
… l'impérialisme est un effort, territorial et colonial, pour
rendre compte. Les trois millions d’ ‘électeurs qui vien-
Evidemment les progrès industriels accomplis depuis :
inattendu, n’a pas cessé d'augmenter, depuis la rançon
le besoin de jouissances immédiates et l'effacement de Tr esprit traditionnel, conséquence du matérialisme con-
des causes secondaires. Voici maintenant qu’au labora-
Er
montrerais ou qui sort de l Reise cu | re lé LETi = culture ou dans l'armée, revenant au sol ou à ce qui défend le sol; celui quisort du temple, entrant au Jlabora- a toire ; celui qui sort de la synagogue, entrant dans l'industrie, comme serf, ou dans la banque, comme maître.
Ces alléos et venues traduiraient assez exactement les ne
de VAllemagne. |
Si nous envisageons maintenant ra Le et non le
chefs, nous voyons que le catholicisme entraine les ; : grands propriétaires fonciers, une partie de la bourgeoi- 4 Sie et des paysans ; le protestantisme entraîne les. grands :
industriels et le reste de la bourgeoisie et de la popula- 4 tion rurale, les savants de l'Université ; le judaïsme en-.
traine le quatrième Etat. De nouveau retentit la farouche
chanson des Tisserands : « Mais nous tissons sur 05
métiers ton linceul, Ô vieille Allemagne ! » :
Et, maintenant, que va faire l'Empereur ? Il a jusqu'i ie. tellement parlé que nous n'avons plus guère confiance se qu'en son silence. Sa dernière manifestation oratoire, à après la mort sicilienne de son grand ami Krupp, n'a pas.
été fort heureuse. Il devait terrasser l'hydre socialiste. “0 | 1 voici menaçante, hérissée de plus de têtes que jamais ns
et peu respectueuse d’un Hercule verbal qui brandit trop