‹ La France en alarmeChapitre 62 sur 79 · WERTHER ET GOËTHE · texte numérisé non relu

WERTHER ET GOËTHE

Que Papprendrai-je à ane tout ?

Apprends-moi à sauter par-dessus mon ombre, Te

(Pensée de Gœthe)

Pat la toute-puissance du génie, l'apparition dé We er- Si ther en 1774 est une date dans l'histoire sentimentale de l'humanité aussi bien que dans la biographie de Gœthe. Cette œuvre si simple, si pénétrante obséda toutes les … imaginations allemandes depuis le moment où elle fut publiée jusqu’à nos jours. Le dernier frisson en est transmis par la plainte mortelle de Tristan sur la terrasse de ; son vieux château et l’on peut dire que Wagner a concen- "4 tré, magnifié, puis libéré sur les ondes sonores de son drame lyrique, Zristan et Yseult, toutes les complaintes | nées, sous divers climats, des tragiques souffrances du jeune amant de Charlotte, depuis René, Adolphe et Ober- 4 mann jusqu aux poèmes de Nicolas Lenau et de Léopardi * jusqu'aux mélodies de Robert Schumann. La France, par le cataclysme révolutionnaire, fut plus lente à recevoir | * l'empreinte. j ee De

L'amour mêlé à la nurure et suivant le cours des se 53 sons, l'amour décrit harmonieusement et M oi É ment depuis la 10e initiale du prose regard jen à LE b

æ to sad rables et vireusés,

Les en quelques semaines par un jeune héae LE ans qui se a ainsi de sa fièvre. Il Ya

; | ne intérieurs ne ces trois personnages sut. Eu à refléter le feu le . rase de PAUPAAIRES Is.

5; Ceux qui ont étudié ue de Gta savent qu ‘elle He fut qu’ une confession détournée. Ce grand homme le in 1 entait si bien di il nous a laissé Jui- -même ses rep à

tains détails nous avons sa correspondance et les entre= Le ‘tiens avec Eckermann. Nous pouvons ainsi Nous assurer A u’il eut comme collaboratrices idéales toutes celles vers « jui se tourna son désir, et que. la palpitation de ses nu :

roïnes est faite des battements de son propre cœur. Mais, en magique simplificateur qu ‘ilétait, ilsuperposait parfois les images; et c'est ainsi que la délicieuse Charlotte de … Werther, qui donne des tartines aux petits enfants et ne sait consoler son amoureux qu'en pleurant beaucoup plus fort que lui, c'est ainsi que cette aimable et inoubliable ponte est non Reuement Charlotte Kestner,

ui Au: sur la tige parfumée di génie, l'immortelle idylle de Sésenheim. ie ur |

La courte passion pour Lotte, à la robe blanches avec : des nœuds couleur de rose pâle, s'intercale sb otages ve quement entre l'amour pour la douce et candide Frédése qui disait 5e Jai ue tard : « Al était ce. ne 1

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plus DE de: sa vie. Chacune dé. ces s raVissantes figures suscite, dans l’âme tumultueuse mais vite rassérénée du poète, un groupe de rêveries distinctes que perfectionna. l'âge mûr, que divinisa la vieillesse. Ceux qui possèdent

à fond l’œuvre la plus parfaite et la plus variée qu'ait léguée au genre humain le dix-neuvième siècle peuvent s'écrier à coup sûr : Tel trait est de Frédérique, tel autre. de Charlotte. Celui-ci appartient à Lili... Quand teurs maitre les mêle et les confond, c'est qu'il vent alors généraliser ou respirer toutes à la fois les fleurs féminines de son beau domaine. Sa mélancolie se plaisait à ces jeux. |

À celui qui a ete sage ne fait jamais de petites folies » et « le bon sens est le génie de l'humanité », le suicide n apparut Jamais que comme un dénouement te É téraire. On sait qu’il en emprunta le thème à la mort du … jeune Jérusalem, fils d’un théologien qu'il avait connuà Wetzlar, au plus fort de ses souffrances bizarres aux pieds de Charlotte Kestner. Je dis « souffrances bizarres », : car Gæthe la savait fiancée et très vraisemblablement ‘1: ne se complut autant dans ce désir que parce qu'il en jugeait la réalisation impossible. L’obstacle, en l’exaltant, le rassurait sur les suites. Nous avons là-dessus des données caractéristiques. Au sortir de sa douloureuse rupture avec Frédérique, qui, elle, était libre et ne deman- à dait qu'à le suivre, il s’'adonna à la fréquentation des jeunes ménages — Lotte et Kestner, Maximilienne et. Brentano. Il pouvait, en se désespérant, considérer la porte entre-bâillée. Son horreur des tiraillements, des . conflits et des responsabilités sensuelles lui rendait de la sorte le chagrin moins cuisant.

Le plus comique de l'aventure, c'est que le brave. 5 Kestner, l'apprenti diplomate qui fait dans son rôle de consolateur CON jugal une si cocasse figure, écrivitle 2n0- 0 vembre 1772, à Gœthe, lequel, mécontent d'avoir dû ‘4 quitter Lutte nt Werther en sourdine, un long LS récit circonstancié de la mort par suicide de Jérusalem: « Bravo, j'ai ma fin, j'ai mon dernier chapitre! » dut

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d'un épilogue emprunté. Kestner, furieux des analogies, he furieux encore des Aus; “écrivit à son illustre ami :

| vous avez peinte. Dir 1 fond, il trouvait Albert - — . c’est-à-dire son sosie — peu flatté.

- Gœthe répondit allègrement : « Je vous adore, je suis : désolé, mais il est trop tard pour changer quoi que ce | soit. » C'est le sens, sinon la teneur exacte de ses excuses.

que Charlotte fut ravie d’accaparer l'attention de lAlle-magne. Quelques années plus tard, le cher Kestner luimême s’attendrit quand le grand ami manifesta l'intendon de retoucher le portrait d'Albert, de le représenter 5 de telle sorte que, «S il est méconnu encore par le jeune homme passionné, il ne le soit plus par le lecteur ». Projet qui demeura platonique, mais donne une certaine : = Saveur au propos suivant, tenu, vers la fin de Sa vie, par | Gœthe au fidèle Eckermann : « J'ai nourri Hbc comme le pélican, du sang de mon propre cœur. : Lei livre, je ne l’ai relu qu'une fois depuis sa Ro Er je me garderais bien de recommencer. Il me ferait mal Le été ai de retomber dans Pétat pathologique qui l’a produit. » De la jaunisse du pauvre Albert il n’est pue du tout question. Ce que c'est que d'héberger un grand écrivain | “+

Le tous les hommes ajoutait que chacun a dans sa vie une époque où Werther semble avoir été composé exprès . pour lui. Ceci explique le rayonnement qu’eut tout d’abord l'ouvrage. Le suicide devint à la mode, surtout la … conversation sur le suicide. Il faut se rendre compte ru ‘une \epie frénésie sentimentale et Jos te- |

de ie comme on dat aujourd’ hui, toute saignante

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Le succès et le temps firent l’apaisement. Il semble bien | .

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Le plus humain de tous les auteurs et le plus « auteur» .

baptisée « 18 tempête et. dat HU ue sur PUn

court espace de vingt années, toutes Lu ou de sagesse | |

et d'aberration. Jean-Paul: Richter, au centre d’un vrai sérail intellectuel, écrit ces poèmes étranges où de grandes lueurs traversent les ténèbres; la philosophie | demi-historique, demi-fantasmagorique de Herder pas- : sionne de jeunes intelligences que grise, par ailleurs, la métaphysique la plus originale qui soit. L'esprit de la

Renaissance et celui, Cobitadietaiels de la Réforme bouil. A

Jlonnent dans la même cuve lyrique.

On veut tout apprendre, tout énoncer, tout forritler et x

tout éprouver. Les Schlegel fouillent l'Inde et la Grèce,

Winckelmann renouvelle l'étude de l'antiquité. Bientôt ‘ Novalis inaugurera le mysticisme de la beauté. Un autre

mystique, Schleiermacher, écrit, dans l'Afhenæum, Fe 2

Décalogque des femmes romantiques, recueil de préceptes

bizarres, de sentences morales et immorales par les-

quelles l'écrivain prélude à des études de théologie!

Tieck pastiche Werther dans son William Lovell. Arnim

.le démarque dans sa Vie amoureuse de Hollin. Aux dou- - leurs, aux larmes, aux songes-creux, aux apostrophes du jeune-amoureux en babit bleu, en gilet jaune, tel que ve

lillumine la flamme d’un pistolet, aboutissent et convergent toutes les curiosités, tous les malaises, toutes les

ardeurs d'une de ces formidables montées de sève comme

en déterminent, au printemps des siècles, les lois obscures de la vie nationale. Sur le paroxysme du désir germe l’appétence du tombeau, surgit le bourgeon noir

du pessimisme en qui se calcine, à he ne l'espérance.

Quand j'ouvre mon exemplaire de Werther j AteR AN derrière ce récit dépouillé d'artifices et d'autant plus sai sissant, bruire et se presser le peuple des morts. Les uns sont illustres et chargés de lauriers. Je puis les nommer …

à la file, Les autres, anonymes, me renseignent aussi,

parce qu'ils firent cortège aux premiers, aidèrent instine e

tivement à leur triomphe. L'échec sentimental de Gæœthe à Wetzlar entre une fille sensible et raisonnable, un

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ne Poire: a ce » témoin dans sa ie : noue se

r la défaite. Gœthe, non sans une certaine rappelait dans la suite à . Eckermann, et il con- , ce propos : « Les blâmes ne m ‘inquiétaient nullew ces jugements tout personnels d’esprits remarpris en masse, se compensaient. Celui qui m'ési hi I un million de lecteurs ne devrait pas écrire. » on pu d diré un million d’' Ris ee

» € di. où fe ot tout. Il Ah une vertu de sUpn et une us de pasdeon. Dans l'âme du

lèren 1 plainte du venti de murmure de la : source te os de la bien- aimée.

par cad nn ours de dx de la dé.

ception, de la nostalgie du néant qu ‘entraîne avec soi l'amour le plus pur. Fra

e est. ainsi qe Werther nait du sceptciame pour

jumann à a “pu ‘rendre par le son, il donecate en même L. . ps, gere CES certain, au rachat de ce e déplorable Wer- 4, # Es

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