‹ La France en alarmeChapitre 63 sur 79 · HENRIK IBSEN · texte numérisé non relu

HENRIK IBSEN

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MÉAE | VERRE /

Ibsen, le vieux d'amatuiee. est, nous onicnl les ; journaux, moins malade. 4 moment où paräîtront ces lignes, il n'aura peut-être pas disparu d’un monde oùil ‘aura jeté en passant de géniaux et singuliers fantômes. Je dis fantômes, car en vérité les personnages d'Henrik Ibsen sont moins des êtres de chair et d'os que des appa- + ritions de rêve, mais d’un rêve logique, enchaîné, où.le. : relief est parfois plus dur, plus âpre que dans la vie, où les paysages et les événements contractent entre eux de ces liens de fatalité, de ces relations symboliques dont . le réveil gardera l'empreinte, la persistance. Ceite demi- : matérialité des protagonistes, cette flexibilité brumeuse . de leurs âmes et de leurs COFpS, de leurs sentimentsetde - a instincts, voilà ce qui donne à ce théâtre son caractère inquiétant, intermédiaire. Tout ce monde-à habite le purgatoire. L'éclairagemême y devient douteux. Pa: Est- ce le jour, la nuit, le- crépuscule ? La douleur éclate au plein soleil. La joie se perd, se dissout dans les D udarde de pareils contrastes déroutent notre besoin NS —latin de réctitude et d'harmonie. in viens derelire, dans l'ordre, tous ces s drames, depuis due

‘puissant jalon pour des idées qui nous sont chères.

200 Le FRANCE E AL cet exiraordinaire testament do vieu poète : Quand nous nous réveillerons d'entre les morts. I m' ‘est apparu qu'entre ces conceptions diverses et tumultueuses, il. M avait un accord profond et latent, que cette œuvre hautaine et troublante avait une flèche de direction. C'est | ce que je voudrais exprimer en peu de mots, et le plus

simplement possible. Aussi bien nous trouverons là un de

L'œuvre d'Henrik Ibsen est un schisme, comme la oi plupart des grands témoignages contemporains sur ces problèmes moraux si pressants dont la pointe sun l'homme moderne. CS

La diminution, le reflux de la foi dans des cœurs de ie croyants et d’apôtres, dans des imaginations de créateurs, laisse ces imaginations et ces cœurs dans un désarroi Vue -infini. C'est proprement l'angoisse par manque d'ün Dieu : Angor Dei. De là le drame primordial, invincible. et profond, dont toute la série des drames philosophiques n'est que la conséquence et en HAE sorte la pro jection. | ; FN EN

Des hommes représentatifs, des sommets de pensée e comme Ibsen pour la Scandinavie, Tolstoï pour là Russie, Meredith et Swinburne ‘pour l'Angleterre, Walt :Whitman pour l'Amérique sont pareils à des pèlerins . que la foi en route abandonne. Privés de leur support, ils tombent soudainement en proie à toutes les horreurs et les terreurs de l'analyse. Ils ont leur enfer sur terre, la gloire par-dessus le marché, mais ce sont là des o Manuel conjointes et qui nes ’exeluent nullement. lue Po

Ils sont, par rapport à l'amour divin, dans cette situa RE tion déchirante que connait bien l'amour humain, be: où l'absence, l'abstinence de l’objet aimé décolorent l'E ciel et laterre, empoisonnent les tranquilles bonheurs de la journée, les forces insurmontables de la mémoire, a font de la monotone succession des heures une suite : de cruels petits sacrifices. | id

« La race peut-elle être sauvée?» » 86 ; demande hab, ee un héros d'Ibsen. Et sur toutes 18 belles, "AroRreusess Ÿ o

‘6 "cn ‘de toutes Ve bras ne et SUN les R re le déchaînement contradictoire amène > les ed

at To n'a rene que “cela : Dauer son.

angoisse en plusieurs morceaux qui dialoguent d'ailleurs : é admirablement. Ces. troncons cherchent à à se rejoindre et

Fi païenne, c'est Orphée en proie aux furies, furies inté-

espagnol qui formule ceci : € Damné pour manque de L. foi. DR OR RSS

Vous comprenez maintenant à mérvaille pourquoi ce. théâtre est si troublant, si complexe, à rebutant et douloureux, - à certaines autres attrayant comme un fruit étrange dont on chercherait la saveur ique. S'il nous prend en état de gràce, il nous effraye et

vi ar c’est un théâtre rusé et subtil. “Henrik thai est. ieux mage. Il connait les détours du cœur humain,

“ ne

ne se rejoindront jamais. Si vous voulez une image

rieures qu'il déchaïna lui-même. Il est un proverbe

certaines beures

s déconcerte. S'il nous saisit en état de cspaneeee, sa

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les are, les “éryptes, les labyrinthes. Il connait. l'influence au bon moment d’un paradoxe cuisant et hardi. [1 sait comment la destinée se grime, comment: telle petite action, tel regard insignifiant, telle parole sans portée apparente acquerront, par l'entraînement des circonstances, une valeur exceptionnelle. Il sait les ferments du désir. Un homme et une femme se sourient au tournant d’un sentier et dans ce sourire furtif tiennent leur amour de demain, leur haine d'après-demain, toutes les laides grimaces des choses qui empirent. Dans … Solness le constructeur une petite jeune fille sauvage, doucereuse, tendre et criminelle arrive en vêtement de Lu voyage chez un architecte philosophe. Dès son entrée, dès son premier mot, elle a porté dans le logis la ruine morale et la détresse. Il m'a toujours semblé, en cet instant, voir le premier doute entrer ee l'âme Fe d'Ibsen. ue , L'auteur du Canard sauvage, dé Un du pen à de la Dame en mer, de Romersholm, est l'observateur attentif des bizarreries nerveuses qui passionnent notre époque, des influences des êtres les uns sur les De des attractions, des fascinations, des pressentiments. Ses héros ont soif d’ imagination ; ils rêvent de sociétés idéales où, la règle n’existant plus, la bonté fleurira, spontanée. S'ils ne rassemblent point sur terre les éléments de leur construction, ils demanderont des formes et des contours aux nuages, une substance à la vapeur bleue. Ils seront des demi-vivants, des tente de prophètes aux confins de la folie et de la divination, des « sur-hommes », dirait Nietzsche. Tels Brendel dans - Rosmersholm et Grégoire dans le Canard SAUVAGE, TEEN AE Dans ce théâtre révolutionnaire, où tout fermente et ; s’agite, les femmes surtout — Vora, Hedda Gabler, Hilde Wangel, la Dame de la mer — sont des révoltées : impressionnables, maladives, mystérieuses, de décision saugrenue et contradictoire, avides de grand air, de pleine mer, d'inconnu, de voyages, promptes à secouer le lien conjugal, maispures, austèrement passionnées, ou, quand |

Dar. a “ Dume a trente ans, la HE

-che de l'absolu. Ces coïncidences indéniables tiennent

sans doute à ceci que, pour aboutir au tourment de

| analyse, Ibsen traversa un romantisme fait de défor-

mations, de grossissements, de contrastes et d’antithèses,

lequel fut le même pour toute l’ Europe, et, sous tous les climats, comme une crise nécessaire des esprits.

Dans son drame légendaire de Peer Gynt, Henrik Ibsen représente le diable sous l'aspect saugrenu d'un

successifs et contradictoires d’où elles ressortent bosselées et tordues. IL semble bien que l'esprit du mal procède, pour nos plus notoires contemporains, d'une facon presque identique. Il prend les légendaires, cet Fe esprit du mal, il les boursoufle, les déforme et les lance dans le romantisme. Alors ils sont mürs pour l’anase, l'individualisme, | l'anarchie morale. Aux Hs mots, pas de remède. Hoi CAN

Maintenant, et pour revenir à un point de vue plus

fondeur de boutons. Il jette les âmes dans des moules Ho

familier, nous devons savoir gré à Henrik Ibsen de nous

avoir, au courant de ces dernières années, épargné ces

leçons, admonestations, considérations généralement .

“absurdes ou superficielles dont nous abreuva son

congénère, le bouillonnant et comique M. Bjoernstern ou

Bjornson. Henrik Ibsen est trop fin, trop sagace pour méconnaître les différences du jugement entre gens

4 vérité, la justice, la lumière, sont des personnes capri- cieuses et fuyantes, que seuls les cuistres croient tenir

pour toujôurs. Jamais il ne fut un pion brumeux, ni un bénissseur à à formules, ni un es à férule...: :,:

de races différentes. Il sait, il sut toujours que La

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