‹ La France en alarmeChapitre 67 sur 79 · LE É LEUR · texte numérisé non relu

LE É LEUR

“hi nom de Goya est de ceux, très rares, qui ne se : issent | nee oublier. Une transaction in

“images ardentes et magnifiques que le grand dessinateur

Goya est un réaliste lyrique. Sa colère, sa pitié, sa surprise, sa vision même sont enthousiastes et se juxtaposent quelquefois, sur la même planche ou la même. toile, avec une brutalité allègre qui tient du cauchemar. __ Les malheureux encyclopédistes de la primaire qui inven- __tèrent le naturalisme, la chose et le mot, auraient bien

Fe l’extrème horreur. Il savait, lui, la distance énorme qui sépare le repoussant du Aie Il savait aussi Qu UTe A détail trop strict ne convient point aux spectacles émou-

bre de la querre et qui est un résumé de l'indignation ;

dns Le mort est be vivem par que hommes à la figure indifférente, cependant que sa pt fille, les poings dans les yeux, la suit d'une démarc é. grandie, ennoblie par le désespoir. Cela se passe sous un ciel de poix et de fumée, un de ces ciels inventés par lui, oùiln'y a plus de PESTE qui sont méchants. L comme les humains. ss La légende est : Mae mère ! Et cela vous serre je le cœur “mille fois plus que la description la plus exas- $ pérée de ce livre mauvais et sot : La Débäcle. NUE C'est que Goya, dans la peinture des pires excès, ne renonce pas à son don suprême : l'élégance. Ainsi que Rembrandt et Shakespeare, il tempère par elle l’atro- … cité. Il sait qu’elle est la sœur de l’héroïsme, et que la frénésie la plus débridée est acceptable, du moment . qu'elle reste harmonieuse, qu’elle n’est avilie ni dégradée si par rien de médiocre ni de plat. Dans les flammes et dans les tortures, devant les canons des fusils et des piques, ses personnages on! grande allure. Quelques-uns se tordent les mains, regreltent la vie qu'on leur arrache. D'autres, les extatiques, appellent joyeusement, * patriotiquement la mort qui sème la juste revanche. D'autrés implorent. D’autres ramassent, en un seul regard intérieur, les plus beaux souvenirs de leur existence. Il en est qui sourient et acceptent. Il en est qui. grimacent de dégoût. Sur tous est jeté un voile decompassion, de compréhension majestueuse se fait passer es le sang et [a sanie. Su Il n'y à pas d'artiste plus sincère, ni qui se livre plus a entièrement. Après avoir longuement et souvent considéré ses œuvres, même si je ne savais rien de sa biographie, je pourrais vous exposer son caractère, ses manières d’être et de réagir. Ses portraits nous montrent un homme robuste, au visage solide et construit par plans, ainsi qu'un Balzac, avec des yeux d’un feu admirable. C’est le masque d’un combatif qui aime la vie passionnément, dans sa force et dans sa finesse, dans sa lumière et dans ses ombres. | ME ES

e des débris dé dati que HE madtt et de “… Coi istamment le creuset de son imagination formi- 1 était. de ceux chez Las rien ne se A et chez. Sa

; Landis que ion Ti eéout il ééaosail + ait. La nuit, ouvrier laborieux, il ramassait eaux et ses scories pou. en former de curieux é un peu Aateuton en effet, on à retrouve, dans de is ins ses US des ii de réalité utilisés Hi

RENE à des images. F “ILeM, bien plus que | Hogarth et touk Je intre de la mauvaise intention, de la cruauté en tapidu projet pernicieux. Il sent, comme un enfant où mme un pieux ermite, le Diable, le Malin, l'esprit des . | ébres ae et nn. sans répit autour de nos.

Hosa que ce e qu" elles expriment et qui n ‘est pas la aa

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amis, de princes et. de princesses. ads et toutes ne ( regards trop aigus, des mains 3 Hop nerveuses, sem Nue raindre Le se retourner. FLN AA RES RAM

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Il prend, par exemple. ce thème : aimal le et gracieux des jeunes filles s'amusant, dans un pare, à faire sauter et se contorsonnier un mannequin sur un drap qu elles

tiennent aux quatre coins, tendent et relâchent alterna-

tivement. Ce serait une scène à la Watteau, n'était l'air

sournois des demoiselles, la chute raide et douloureuse

de la poupée, où perce déjà l'intention satirique et phi- |

losophique du jeu de la femme avec l'homme. Plus tard, au hasard des sujets, ce divertissement deviendra un supplice, une scène infernale, passera de la réalité à.

l’allégorie et de l’allégorie à la réalité par phases brun |

ques, nous dessinera, par ses modifications, la ne. sinueuse et nuancée. d'une fantaisie qui se plait aux métamorphoses.

Rien n'est intéressant comme de suivre ainsi, chez ce grand artiste, les transformations du réel, les ressources infinies de son crayon. |

Mais ce qu'il y a peut- être en lui de DS A ce qui constitue à mon sens sa principale originalité, c'est la rapidité de sa vision.

Aie

Vous connaissez ces images photographiques instan- Æ

tanées qu'utilise le cinématographe, qui décomposent 1e

marche, le saut ou le vol. L'œil de Goya saisissait le mouvement avec une vitesse et une précision analogues. Ù :

Son art nous restitue la crispation musculaire à l'instant : où elle se forme, la crainte, l'angoisse, la stupeur, le choc dans le moment même de leur genèse, à leur os d'attaque sur l'organisme. Ge cavalier qui tombe, ce cheval qui s’effare, ce bras qui se lève armé d’un Conteau, cette main qui lâche les rênes, ce pied qui se dégage de l'étrier, tous ces éléments d’un même tumulte sont | clichés par une rétine sensible aux empreintes du. dixième, du vingtième de seconde. eus

Les gestes ont l'air faux quelquetois, tellement ils sont =

vrais dans la promptitude. Dans le fameux tableau de Vélasquez, les fileuses, le maître a négligé de de

la main qui tourne le rouet au premier plan, et c'estun

de ces détails de RU que les professeurs FRpnent à “ee

À ti

Fe ae

plus vive qu' ile rerai re. De pareilles He :

It fréquentes dans l'œuvre de Goya. À force ae + ne se laissent 1 même plus remar- :

N UE une Scnsation nn : on ést lent assourdi. Les clameurs, les vociférations, les sanglots, | Fe oise tout le ee se du Thgssacre, de.

dramaturge de intensité et d'une habileté rares et. qui se sert des moyens classiques.

Fil: cette force : il laisse deviner. fl se garde ou de. tout dire. Il met la beauté au premier plan, une Espa- : É sole, comme ee sait Les traiter, qui se tord et a. Sex

> ie un té iiéulte: ou un rempart de ville, défonce, ni | Sinistre, ou la baie maussade d’un cellier. JS Sa précision mesure sa fureur. Il achève surtout ce si qui l'indigne. Il ne nous épargne aucune des plaies, Lun aucune des vaines implorations, aucune des palpitations à de la victime, et il inscrit, en traits de feu, la joie sau- vage et docte du bourreau. Il personnifie ceux qu'il hait, commeun imagier du moyen âge, par des ressemblances | d'animaux, de tigres, de hiboux, de renards. Jamais, pour attendrir, il ne se sért de moyens bas, ni d'artifices de mélodrame. La . fille qui pleure sa mère morte

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