Voir liv. III, chap. i, p
du « monde chrétien », on dira le nombre de ses fidèles, les pays qu'ils habitent, en Europe, en Asie, en Afrique, Timporlance des congrégations, leurs intrigues, les prétentions du Sultan de Constantinople à la direction religieuse et politique de toutes les populations islamiques. Ici, où nous ne prétendons noter que les faits observés à l'époque même de la conquête, il suffit de retenir la part que l'empereur du Maroc et le sultan de Constantinople ont prise, comme princes musulmans, à la guerre contre les chrétiens. L'un et l'autre n'ont pas cessé d'exhorter à la résistance les Arabes et les Berbères, d'encourager les fanatiques, les congrégations. L'empereur du Maroc, on Ta vu, a pris une part directe à la lutte. Dans une proclamation trouvée sur le champ de bataille de l'Isly, il disait aux Algériens soulevés : « Sachez qu'après la croyance en Dieu l'action la plus méritoire est la guerre contre les infidèles. Nulle prière, nulle aumône, nul sacrifice ne vaut cette guerre aux yeux de Dieu. » Puis il citait les nombreux versets du Koran dans lesquels Dieu « commande de combattre l'impie » et il ajoutait : « Levez-vous donc, ô musulmans, écoutez la voix de Dieu et de son prophète. Suivez notre fils bien-aimé Mohammed qui va combattre pour la gloire de Dieu à la tête d'une armée formidable de guerriers saints; allez et que le vent de la victoire fasse flotter les étendards de l'Islam; allez avec la bénédiction de Dieu! »
L'intervention du Sultan de Constantinople, pour avoir été moins directe, n'en est pas moins certaine. En 1830 c'est beaucoup moins le chef temporel — le suzerain, dont la suzeraineté était d'ailleurs toute nominale — que le chef religieux qui envoie un ambassadeur en France pour arrêter la flotte de l'amiral Duperré. Si son intervention se borne à une démarche diplomatique, c'est qu'il sent qu'il ne peut lutter avec avantage contre la flotte française. Mais s'il devait renoncer à l'intervention directe, le Sultan pouvait recourir aux intrigues secrètes moins dangereuses. C'est ainsi qu'il félicite, encourage les principaux agitateurs qui nous combattent en Algérie, notamment Bou-
Maza ' ; c'est ainsi, encore, que dans les années qui suivent la révolution de 1848, le gouvernement ottoman, croyant la France affaiblie, aide la congrégation des « Senoussya » à nous créer des difficultés dans le Sud par la Régence de Tripoli et par Laghouat; dans cette ville Mohammed Ben- Abdallah est l'instrument de ces sourdes intrigues. Aujourd'hui même le Commandeur des croyants ne reconnaît pas notre établissement sur une terre musulmane et refuse de considérer comme des « sujets français » les musulmans algériens qui résident ou voyagent dans ses Etats.
1. M. de Neveu cite l'interrogatoire, par les autorités françaises, d'un « frère * (khouan) de Bou-Mazza où nous relevons les lignes suivantes :
I). «■ Par qui a-t-il été encouragé ou poussé? par Abd-el-Kader sans doute, par celui que vous appelez le sultan? »
R. « lia commencé la guerre seul; sa réputation s'est bientôt étendue au loin, chez les Flitta, les Sbéha, les Beni-Tigrin, les Keraich, et puis seulement alors il a reçu des lettres de Mouleï-Abd-er-Rahman (l'empereur du Maroc), d'El-Hadj-Abd-el-Kader et des sultans de Constant inople et de Tunis. Ces lettres lui disaient de continuer, qu'il était bien le maître de l'heure annoncée par les Livres saints, et que. s'il parvenait à chasser les chrétiens, ils le proclameraient leur sultan, se contentant du titre de ses khalifa. •