‹ La France en AlgérieChapitre 63 sur 116 · Le général Daumas écrit au sujet des juifs · texte numérisé non relu

Le général Daumas écrit au sujet des juifs

« Avant l'arrivée des Français en Algérie, les israéliles y vivaient dans un état d'abjection vraiment déplorable pour l'humanité : moyennant une capi talion — djeziya — qu'ils étaient forcés de payer au gouvernement, ils avaient bien leurs synagogues, leurs cimetières, et ils pouvaient suivre librement leur religion; mais, dans la pratique, on ne leur épargnait aucune espèce de vexation.

• Ils étaient contraints d'habiter un quartier isolé; ils ne pouvaient jamais passer devant une mosquée ou devant une école où l'on récitait le Koran sans se déchausser, et, venaient-ils à rencontrer un musulman dans la rue, ils devaient lui céder la droite et passer à gauche.

• Le cheval leur était impitoyablement interdit; ils ne pouvaient monter que sur des ânes ou sur des mulets, bâtés, mais jamais pourvus d'une selle.

- La calotte rouge [chachiya), le bernouss blanc et les draps de couleur éclatante, mais principalement ceux de couleur verte qui est celle de9 descendants du Prophète, leur étaient absolument défendus.

« On ne leur tolérait que le bernouss noir et les vêtements de couleur sombre; d'un autre côté, leurs femmes ne pouvaient ni se voiler, ni porter aucun bijou approchant de ceux en usage chez les musulmans.

- Dans les provinces, quand les chefs israélites allaient payer le tribut, ils devaient, en le faisant, prendre une attitude suppliante et attendre ainsi un léger soufflet, ou, tout ou moins, le simulacre d'un léger soufflet de la pari du musulman collecteur de l'impôt.

- Dans les villes de l'intérieur, quand des criminels devaient subir le supplice de la pendaison, on prenait de force les deux premiers juifs que l'on

— étaient sans pitié, — et ils le sont encore. Les intérêts et les frais s'élèvent à 40, à 50, à 100 p. 0/0 et plus; si l'emprunteur ne peut s'acquitter à l'échéance et renouvelle sa dette, celle-ci s'augmente impitoyablement jusqu'au jour du jugement et de la saisie. Alors le malheureux débiteur, déjà à demi ruiné par le payement des intérêts et des acomptes, doit abandonner son champ, son chameau, son cheval, son bourriquot, ce qu'il possède enfin, et pour vivre, il doit s'engager chez un propriétaire en qualité de « khammès ».

Pourquoi la France naturalisa-t-elle des hommes flétris par le « Livre » et qui, en vivant de l'usure, maintenaient les croyants dans une grande misère?

Les indigènes ne le comprirent pas; ils ne le comprennent pas encore. Au lendemain du décret de 1870, un profond sentiment de mécontentement parcourut l'Algérie et il n'est pas douteux que la naturalisation en bloc des juifs favorisa la grande insurrection de 1871. Après le décret Crémieux, les plus modérés des indigènes disaient : « La France n'est plus rien puisqu'un juif la gouverne », et les fanatiques ajoutaient : « C'est là un signe certain que Dieu a aveuglé les Français, et que le jour marqué par lui pour leur départ et pour le triomphe de l'Islam est enfin arrivé. Que ceux qui comprennent se préparent donc à la Guerre Sainte! »

trouvait, et on les obligeait à remplir le rôle d'exécuteur des hautes œuvres. D'après les idées musulmanes, on reportait ainsi sur leurs têtes, l'horrible péché qui s'attache à quiconque donne la mort à son semblable.

« Mais le plus grand signe du mépris que les musulmans professaient pour les Israélites, c'est celui-ci : quand l'un des membres de ce peuple entrait dans une maison turque ou mauresque, ou dans une tente arabe, les femmes, contrairement à leurs habitudes, pouvaient paraître devant lui la figure découverte. Pourquoi? Ce n'était pas un homme, c'était un juif; il partageait ce privilège avec les esclaves. »> (La Vie arabe. Lévy, éditeur, Paris.)

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