‹ La France en bicycletteChapitre 29 sur 32 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Nevers. — La cathédrale. — Vert-Vert. — Fougues. — La Charitésur-Loire. — Pouillv. — Cosne.

C'est la future M"'^ Pandore qui nous sert le café au lait matinal. L'autre s'est attardée au Sabbat et n'est pas encore rentrée. Après de touchants adieux, nous partons pour Nevers.

Imphy est un gros bourg très animé lorsque, comme aujourd'hui, c'est jour de marché. Nous croisons des files de voitures traînées par de

beaux petits ânes, amenant au village les légumes, les fruits, le lait, les fromages. La route est très gaie. Beaucoup de bicyclistes, ce qui annonce toujours rapproche cFune grande ville. Un peu après Imphy, d'une colline ombragée de jolis bois, nous découvrons une vue très gracieuse sur Nevers et ses grands monuments, et la plaine de la Loire où fument au loin les usines de F'ourchambault. Moins d'une heure plus tard, nous entrons à Nevers parla rue de la Nièvre.

Les rues sont irrégulières, tournantes, avec, dans certaines, de beaux magasins et riches, dans d'autres, d'antiques portes de vieux hôtels. Les quais et le pont sont juste au confluent de la Nièvre et de la Loire. Une belle place précède la façade Renaissance du château ducal, qui sert aujourd'hui de Palais de Justice et de Musée, façade toute couverte de sculptures et de basreliefs.

La place de l'Hôtel-de-Ville est contiguë à celle-ci. C'est là que s'élève le chœur de la cathédrale. Une tour ogivale flanquée de grandes statues, très décorative, la surmonte; elle est du seizième siècle, et n'a pas de flèches. L'abside est ornée d'élégants contreforts à jour et d'une grande sveltesse. La cathédrale a été restaurée à fond, beaucoup trop, car il ne faudrait toucher qu'avec la plus grande discrétion à nos joyaux de famille.

Nous cherchons la porte d'entrée principale de la cathédrale, mais à sa place nous tombons sur une autre abside, romane celle-là et bien plus ancienne que la première. De sorte que l'église a deux chœurs, et qu'on n'y peut entrer que par une porte latérale. Aussi a-t-on pu la comparer à un grand vaisseau tenu à l'ancre dans le port.

L'intérieur est grandiose et profondément religieux. Les colonnettes du triforium, — galerie faisant le tour de l'église, au-dessus des arcades qui ouvrent sur les bas côtés, — sont supportées par de petites cariatides fort amusantes. Dans les tympans sont sculptés des anges. Ces dispositions donnent à cette grande nef une originalité très attrayante, et qui corrige l'ordinaire sévérité des églises du moyen âge. Les deux absides, une à chaque extrémité, contribuent encore à l'imprévu de l'impression.

Non loin de la cathédrale est la porte de Croux^ belle tour carrée qui atteste la richesse des fortifications de Nevers au quatorzième siècle, et qui, avec ses tourelles et ses mâchicoulis, semble dessinée par Gustave Doré, l'artiste des « moyen âge » fantastiques.

Mais. le joyau de Nevers, plus austère, et plus intéressant que sa cathédrale, c'est l'égUse Saint- Etienne. Tout entière du style roman auvergnat, ancienne chapelle d'un monastère de Bénédictins, elle possède une unité de style bien rare. Toutes

ses chapelles formant absides à rextérieur, ses arcades en plein cintre et ses étroites fenêtres en font un type remarquable.

Le beffroi, hautain et carré, de belles maisons en bois, Tévêché, un véritable palais du temps de Louis XIV, attirent encore notre attention. Nous voudrions savoir, par-dessus tout, s'il y a encore un couvent de Visitandines :

A Nevers donc, chez les Visitandines, Vivait naguère un perroquet fameux...

Mais tous les indigènes que nous interrogeons à ce sujet ne comprennent rien à notre histoire de perroquets et de religieuses, et se figurent que nous nous moquons d'eux. Il n'y a pas de ville en France où Vert-Vert soit moins connu qu'à Nevers.

De Nevers nous filons sur Fougues. La route est bonne, mais le pays insignifiant. On arrive au village après 12 kilomètres de vertes campagnes, et par une belle descente.

Je suisbien convaincu que les gens qui viennent à Fougues ont réellement mal à l'estomac. Car c'est encore là une de ces localités où l'on ne doit pas s'amuser outre mesure. Certainement Tair y est pur et champêtre, la vie calme et paisible. Mais les excursions à faire aux environs sont d'un

intérêt restreint; le bourg lui-même est terne, mi-villageois, mi-civilisé, et sans cachet.

Il y a un bon hôtel, de belle apparence, où nous déjeunons seuls dans une immense salle. La saison est flnie. Il n'y a plus que quelques malades attardés; encore déjeunent-ils de bonne heure, et assurément de moins bon appétit que nous.

Treize kilomètres d'une route toute droite, alignée de façon à faire honneur aux arpenteurs qui l'ont tracée, entrecoupée seulement de quelques menues côtes et descentes, et nous voici tout au bord de la Loire, dont nous longeons la grève sableuse jusqu'à la Charité.

Halte à la Gharité-sur-Loire I C'est une petite ville célèbre parmi les antiquaires, par l'église Sainte-Croix, reste de sa magnifique abbaye clunisienne, un des plus admirables monuments de la France. Le roman fleuri s'y épanouit dans toute la splendeur de ses ornementations grasses et solides. C'est le modèle le plus parfait de l'école bourguignonne ornée, tandis (jue nous venons de voir à Nevers l'école auvergnate, plus grave, plus sobre.

Malheureusement tout est bien délabré et nous ne nous attendions pas à trouver dans un pareil état d'abandon et l'église et les restes considérables et fort curieux des bâtiments claustraux.

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Des particuliers se sont taillé des demeures dans les dépendances du prieuré ; la nef de Téglise est un entrepôt. Le chœur seul est ouvert au culte. Et Tintérieur, imposant, est glacial et empâté d'un badigeon hideux. Quelques réparations intelligentes et discrètes sont urgentes.

Dans la ville, de jolis morceaux d'art se rencontrent partout, portes sculptées, écussons, escaliers en vis, etc. En un faubourg, au milieu des vignes, il reste des anciens remparts des tours, bien malades. Malgré ses fortifications, la Charité eut bien à souffrir, pendant les guerres de religion. Tour à tour la proie des catholiques et des protestants, on y faisait des massacres perpétuels que couronna celui de la Saint-Barthélémy, où la Loire, comme la Seine à Paris, coula rouge.

Une île, au milieu du fleuve, porte un quartier jadis fortifié comme un donjon ; c'était la défense du pont, qui la traverse. Les hautes toitures, se reflétant dans la Loire, tandis qu'en face s'y mirent les arbres des quais de la ville, sont d'un joli effet.

Jusqu'à Pouilly, la route, toujours aussi bonne, ne quitte pas la Loire. De petits bois, de larges plaines, des vallées mignonnes.

Le gros bourg de Pouilly, dont les maisons font la haie au bord de la route, est en ébullition. Des

batteurs de trimard (i[u\ écument les grandes routes viennent de cueillir deux paires de souliers à une devanture, sans seulement s'informer s'ils étaient bien à leur pointure. Ont-ils disparu dans les oseraies des bords de Teau, dans un fossé de la grande route, ou Mercure, dieu des voleurs, les a-t-il subitement rendus invisibles? Telle est la question que discutent les groupes animés devant toutes les portes, en attendant ces messieurs gendarmes qu'on est allé quérir. On nous interroge. Avonsnous rencontré des voleurs? Non, nous n'avons rencontré que deux meuniers conduisant au moulin des sacs de blé. On dit en certains pays que c'est la même chose. Mais, quant à nos confrères en vagabondage, nous ne pouvons fournir sur eux nul renseignement.

Pouilly est un pays de vins blancs. Nous lisons sur l'enseigne d'une auberge :

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