‹ La France équinoxiale (volume 2)Chapitre 50 sur 64 · STOCK AU 31 DEC · texte numérisé non relu

STOCK AU 31 DEC

Importations du port de Para, — Ce qui rend impossible de faire une statistique exacte de l'importation est que^ le plus souvent, les produits manufacturés ne sont pas importés au Para sous leur pavillon national , mais ont passé, avant d'arriver en Amazonie, par deux ou trois maisons de natio-

nalités dîfTérentes. C'est aussi, et c'est surtout parce que les importateurs ont intérêt à dissimuler la provenance des articles pour tronaper l'acheteur, et la quantité pour tromper la douane, avec laquelle il y aurait cependant, à ce que disent les mauvaises langues, certains accommodements. Le démarquage des produits, l'introduction d'articles imités, falsifiés, se faisant sur une assez grande échelle, toute statistique exacte est impossible; il faut s'en tenir à des généralités.

La valeur totale de l'importation doit dépasser 6omilions de francs. Comme celle de l'exportation atteint 90 millions, il s'ensuit que l'exportation dépasse de 3o pour 100 l'importation (i).

Voici, approximativement, la part de chacune des grandes nations importatrices :

-Angleterre 19 millions de francs.

Étûls-Unis 12 1/2 —

France 9 —

Allemagne 6 —

Portugal 3 1/2 —

L'importation du Brésil du Sud est considérable. Elle atteint dix millions de francs. Elle vient de Maranhâo, qui fournit de la farine de manioc, du riz, des volailles, des cuirs et des meubles; de Paraliyba, qui envoie du bétail, des cuirs et des peaux tannées; de Cearâ, qui donne ses cafés; de Pernambuco, qui fournit du sucre, du tafia et quelques produits industriels, tels que savon, chaussures; de Bahia, dont on achète les tabacs, les cigares, les gros tissus; et enfin de Rio, qui envoie ses cafés, ses cognacs, sa bière, ses bougies, ses grosses cotonnades, ses articles de mode, ses chaussures, et des viandes du Rio Grande ou de la Plata,

(1) Le commerce total de Para , en 188&, a atteint, d'après M. de Sauta Anna Nery, 250 millions de francs.

Genre des transactions commerciales. — Les plus forts acheteurs étant les maisons de commission pour l'intérieur, et les commerçants de l'intérieur ne pouvant guère liquider leurs comptes que par des remises annuelles aux époques des récoltes, récoltes qui varient suivant les distances et les localités, les vendeurs doivent se soumettre à donner de longs termes, douze mois pour les marchandises sèches (fazendas), et de six à huit pour les comestibles (estivas).

Presque toujours les acheteurs exigent la date du derniçr jour du mois, ou bien ils achètent ce jour-là un objet de peu de valeur, pour avoir droit à la date du dernier achat. Quand les ventes ne sont pas faites au comptant, sous escompte de 5 ou de lo pour loo, les vendeurs émettent des traites qui ne sont guère acceptées par les tirés qu'à la fin du mois qui suit celui de la vente. On a vainement enayé de réduire ces longs termes, cause principale des crises qui surviennent avec une certaine régularité sur cette place tous les quatre ou cinq ans à peu près.

Les ventes se font le plus souvent par des encans (leilôes), où Ton vend indistinctement des marchandises fraîches et anciennes. Ces encans ne sont pas seulement un moyen de liquidation comme cela a lieu sur les autres places, mais encore un moyen usuel de vente. Les prix qu'on obtient à ces leilôes ne sont guère rémunérateurs, mais on explique la persistance du système par la nécessité de faire du mouvement, des affaires.

Les maisons de commerce. — On a dit que l'Amazonie était une colonie portugaise, et certes il y a du vrai dans cette assertion. Non que les Portugais inondent le Portugal de produits amazoniens ou l'Amazonie de produits portugais, mais tout leur passe par les mains. Ils sont bien 26,000 dans la contrée.

A Para, leur puissance est tellement bien établie que la première préoccupation des journalistes, des chefs de parti , des grandes maisons, est de se concilier leurs sympathies. Ils sont extrêmement solidaires; il est difficile de ruiner une maison portugaise, car toutes les autres la soutiendront au besoin; au contraire, si les Portugais mettent à l'index une maison étrangère, elle n'aura qu'à se bien tenir. Leurs opérations sont assez secrètes. Ils forment entre eux une espèce de ligue défensive et offensive.

Il existait autrefois au Para deux o[\ trois maisons portugaises de premier ordre, il ne reste plus aujourd'hui que la toute-puissante maison Elias Nunes da Silva. En revanche, les maisons de second ordre sont extrêmement nombreuses. La colonie dispose de très grands capitaux. Les Portugais sont les principaux actionnaires des grandes sociétés et des établissements de crédit. Enfin, presque toutes les maisons de détail sont portugaises, ne s'alimentent que chez des Portugais importateurs quand elles n'importent pas elles-mêmes directement.

Dans l'intérieur, leur puissance est encore plus grande qu'à Para. Leurs nombreuses maisons de commission y centralisent presque tous les produits du pays. On les trouve partout; il n'est si humble district qui n'ait sa maison portugaise.

On sait les aptitudes commerciales des Portugais, leur âpreté au gain, leur esprit économe, leur sobriété, leur souplesse, leur habileté, et aussi leur fidélité à remplir leurs engagements. Ne tirant guère de leur pays que des conserves, ils sont obligés de demander aux grandes nations industrielles, à l'Angleterre, à la France, aux États-Unis, à l'Allemagne, l'aliment de leur commerce. Mais les Portugais, sont avantageusement connus dans les divers marchés industriels du monde, et ils n'ont pas de difficultés à se faire

avoir de grands crédits. Leur habileté et leur probité leur gagnent la confiance des grandes maisons, comme leur affabilité et leur bon naturel la sympathie de tout le monde.

Ce sont les produits de Tindustrie américaine qui sont les plus appréciés en Amazonie. Et il faut dirq que c'est justice. Déjà, pour nombre d'articles, les Yankees sont absolument sans rivaux. Leurs cotonnades, leur madapolam, leurs haches, sabres d'abatis sont d'une supériorité incontestable. Les Etats-Unis apportent aussi au Para divers produits qu'ils sont à peu près seuls à fournir à la consommation du marché, tels que farine de froment, pétrole, saindoux, maïs, papier, seaux, balais, avirons, goudron, brai, bougies stéarines, chaînes de fer, souliers, objets en caoutchouc, indiennes imitant nos indiennes françaises.

Les Américains sont très actifs, font beaucoup de réclame^ entretiennent des agents fixes ou voyageurs pour exposer les produits américains, donner des catalogues, faire des offres. Ils ont établi à Para une sorte de bazar ou de musée qui n'est autre qu'une exposition permanente des produits de leur industrie.

Depuis que les maisons portugaises se sont mises à importer directement, les grands importateurs américains établis à Para se sont retirés, et les deux maisons actuelles de nationalité non américaine, la maison Samuel G. Pond et la maison Sears, ne font guère que la commission. Grâce à leur habileté commerciale , à la facilité avec laquelle elles donnent des crédits, elles se sont assuré toute la clientèle portugaise.

Les Anglais n'ont pas pu non plus, dans l'importation, , lutter contre les Portugais. Ils avaient jadis, avant la navigation à vapeur directe entre l'Europe et Para, de nombreuses maisons d'importation dans cette ville, mais depuis

que les Portugais, facilités par des lignes de navigation à vapeur, se sont mis à allçr acheter directement aux marchés producteurs, les Anglais ont dû se retirer. 11 ne reste plus aujourd'hui à Para qu'une grande maison anglaise, la maison Singlehurst — Broklehurst, propriétaire de la Red Cross Line. Cette maison aussi a dû se restreindre en grande partie à la commission, opération doublement avantageuse pour elle, puisqu'elle lui donne en même temps du fret pour ses vapeurs. Grâce à ses grandes ressources, aux larges conditions qu'elle fait, à une grande tolérance à l'égard des débiteurs en retard, elle a su s'assurer une énorme clientèle. Elle est à la tête de l'importation de la place.

Une autre maison anglaise, la maison Gunston et Cie, à la tête de la « Booth Line, » manœuvre dans le même sens. Les deux maisons vivent en bonne harmonie et sont étroitement alliées contre les Chargeurs réunis , en qui elles voient leurs plus redoutables concurrents.

Les Anglais essayent sur cette place de substituer leurs indiennes aux nôtres et réussissent assez bien. Cette concurrence anglaise est pour nous bien plus redoutable que celle des Allemands, qui n'ont encore ni les nécessités de grande production, ni les immenses débouchés, ni le génie industriel de nos voisins d'outre-Manche.

Les Anglais ont aussi deux banques à Para. Enfin, ils sont les propriétaires de la puissante compagnie fluviale de l'Amazone, très prospère et donnant de fort beaux dividendes (i).

Les Anglais sont, en somme, avdc les Portugais, les plus puissants dans la contrée. Tout en sachant s'en tenir >au rôle d'exportateurs et de commissionnaires, ils ont su s'emparer de la navigation, de la suprématie financière et de l'influence politique.

(1) Elle a donné jusqu'à 60 pour 100. Aujourd'hui (1886), elle est en grande baisse.

Les deux tiers à peu près de rimportation française sont faits par les Portugais et les Anglais.

En tête des maisons françaises , il faut citer l'importante maison Denis Crouan et Cie, qui occupe sur la place de Para une situation prépondérante par ses achats de cacao qui englobent la majeure partie de la récolte, par ses capitaux, par la situation morale où elle a su se placer. Citons aussi l'agence Robert, de Nantes, représentée par Denis Cullerre et Cie, et la maison Mouraille, qui s'occupe spécialement de transit pour le Pérou et dont le siège principal est à Iquitos.

A Para comme partout, les magasins de détail et de petite industrie sont le triomphe des Français. Nous voyons à Para nos compatriotes à la tête de nombreux petits magasins prospères, de modes, de vêtements confectionnés, de modistes, d'horlogers, de bijoutiers, de mécaniciens, de teinturiers et de deux cabinets de coiffure.

Les maisons allemandes sont en plus grand nombre sur la place de Para que celles des Anglais, des Américains et des Français. Cela tient à ce que leurs fabriques et leur pays sont moins visités par les Portugais. Les maisons allemandes ne font également que la commission. Leurs produits arrivent surtout par les navires anglais. Ces produits sont une falsification en grand de nos articles français. Inférieurs, mais meilleur marché, ils se substituent peu à peu aux nôtres, avec lesquels on les confond.

Banques, — Indépendamment des grandes maisons de la place qui font presque toutes quelques opérations de banque, il existe à Para cinq établissements financiers : le Banco comercialj le Banco de Para, le Ne^v London aitd Brazilian Bank (succursale), VEnglish Bank of Rio de y^/ie/ro (succursale), et le Banco de Portugal.

Le Banco comercial est au capital de 2,000 contos, capital

réalisé. Ses actions émises à loo $ sont aujourd'hui cotées à i4o $. C'est le Banco comercial qui fait le mouvement d'affaires le plus considérable. Les taux actuels de son escompte sont, pour les effets n'ayant que quatre mois à courir, 9 pour 100; six mois, lo pour loo; huit mois, ii pour 100. Cette banque cautionne en outre les docu ments de la place contre tirages à quatre mois de date. Elle ouvre des comptes courants à découvert, mais avec garanties. Elle reçoit de l'argent en comptes courants libres au taux de 3 pour 100, et à échéances fixes au taux de 4 pour loo. Elle tire sur toutes les places en rapport avec la contrée.

Le Banco de Para est au capital de i,ooo contos divisé en actions de loo $. 25 $ seulement ont été versés par action , et l'action avec cette entrée du quart est aujourd'hui à 45 $. Cette banque est très prospère et a un immense crédit. Avec ses 260 contos, elle suffit à un mouvement d'affaires très considérable. Ses opérations et ses taux d'escompte sont les mêmes que pour la précédente. Seulement, elle paye plus cher que le Banco Comercial pour l'argent qui lui est confié. Tandis que le Comercial ne paye que 4 pour 100 jusqu'à quatre mois, elle paye 5 pour 100 jusqu'à huit, et 6 pour 100 jusqu'à 12, ce qui contribue à faire affluer Targent chez elle.

Iji succursale que la New London and Brazilian Bank a établi à Para fait beaucoup moins d'affaires que les deux précédentes banques. Il en est de même de l'English Bank of Rio-de-Janeiro.

Le Banco de Portugal est une agence qui limite ses affaires entre le Portugal et Para. Son mouvement est assez important.

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