‹ La France équinoxialeChapitre 17 sur 57 · L AMAZONE ET LE RIO NEGRO. I · texte numérisé non relu

L AMAZONE ET LE RIO NEGRO. I

d'Indiens, deux grandes maisons de maître, une église, un grand pâturage artificiel, un grand verger contenant tous les arbres à fruits de la contrée.

Le mauvais temps et ma fièvre continuent.

La pluie tombe jusqu'à midi. Nous partons à une heure avec le fourrier et Mathieu. Noire troupe, où Ton voit des pantalons d*uniforme, des costumes fantastiques de soldats en vagabondage, des Indiens nus, des redingotes civilisées, une robe de moine, a l'aspect joyeux et bruyant d'une bande de tziganes en voyage.

Les cachoiems. — Dès les premiers barrages et les premiers rapides, tous les Indiens sont à l'eau remorquant à la nage, à la corde et à l'espie (cordelle de piaçaba). Il faut au moins six hommes pour passer le plus petit rapide. Cet amoncellement d'énormes roches a un caractère de grandeur. Un bon pilote est précieux dans les cachoeiras (i). Il fait gagner du temps et peut vous sauver la vie. Malheureusement mon vieux Soares ne répond nullement à l'idéal que je me fais d'un bon pilote.

Cachoeira de Camanàos, — Nous voici à la première cachoeira, la cachoeira de Camanàos, dont nous entendons le bruit depuis ce matin. Des arbustes et des arbres rabougris croissent dans les rochers et sur les plages de sable de la rivière. Sur les rives sont établis des sitios. 11 y a dans Camanàos plusieurs bassins distincts constitués par des barrages latéraux de rochers. Pendant les grosses eaux ces barrages constituent autant de chutes distinctes. Mainte-, nant, c'est l'étiage. On voit très bien les passages, dont les courants sont fort dangereux. Le plus grand péril, quand on remonte les cachoeiras, c'est de voir se briâer l'espie. Alors la montaria s'en va à la dérive et est généralement brisée et submergée dans la chute.

(1) Mot orthographié caxoeira ou cachoiera et se prononçant cachouère,

l3o l'aMAZOWE et le RIO NEGRO.

Le lendemain, i^j nous remontons plusieurs passages appartenant au système de Camanaos. Ces petits rapides sont plus dangereux que pittoresques. Partout ce ne sont qu'amoncellements de pierres et travaux d'érosion des eaux.

Ln « presse » au profit des Commissions. — Et chacun, en passant, fait son métier. Le prêtre baptise. Le fourrier recrute des Indiens pour son canot. Ces pauvres Indiens sont pris d'une bien grande frayeur quand ils voient arriver une Commission, lis sont parfois maltraités, pas payés du tout^ et on prend leurs femmes. Les malheureux se cachent dans les bois. Sur la rive gauche, le fourrier, aidé du fidèle Joao José, découvre quatre maisons indiennes dans un endroit appelé Emeu. Il y recrute des hommes et une pirogue. Les femmes pleurent. Cependant, avec le jeune sous-officier, les Indiens auront leur paye, les 7 teslaos par jour (environ \ fr. 5o), prévus par le gouvernement. C'est la « presse » au profit des Commissions. Sans cela on ne trouverait personne.

Nouxfelles caohoeiras. — La physionomie des cachoeiras n'est jamais la même, elle varie avec chaque niveau des eaux. Maintenant, nous remontons des rapides sans nombre. Nous sommes obligés de nous armer de fourcas pour empêcher le canot d'êlre brisé sur les rochers. Dans les passages les plus périlleux, tout le monde débarque; et, pendant que deux hommes envoyés en avant maintiennent la monfaria dans le courant et font effort pour l'empêcher d'être .entraînée en arrière, nous sautons, bondissant sur les rochers, pour aller prendre l'espie, puis, tous ensemble, nous halons l'embarcation en nous excitant de la voix.

Des habitants de Sao-Gabriel ont des sitios dans ces ilôts, au milieu des cachoeiras. Singulier emplacement pour des maisons de plaisance, que ces cataractes mugissantes! Il faut risquer sa vie chaque fois qu'on veut aller faire un tour à

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la campagne. En moyenne il se perd un sur dix des canot y qui passent les cachoeiras entre Camanàos et Sao Joaquim.

II. Tapajoz, Le rapide est banal maintenant, mais périlleux pendant Thiver.

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