L AMAZONE KT LE RIO NEGRO
Le sitio du vieux Marsalino est assez important. On y remarque quelques bœufs, quelques cochons, beaucoup d'orangers, de citronniers et des cocotiers.
Depuis Santa-Isabel, la rivière est toujours pauvre en poisson et en gibier. Ici, un brave homme me dit : « Les environs ne valent rien je vais faire mon sitio au Japura, près de TApaporis. » Il y a bien trois mois de voyage.
Sao- Pedro et le franciscain italien. — Nous arrivons à SaO'Pedro petite bourgade d'une douzaine de maisons et d'environ 200 habitants, sur la rive droite du rio Negro. Toujours une église sans prêtre, toujours des cocotiers, toujours une plage servant de place publique. Dans les herbes des rues mal nettoyées je vois un prêtre; serait-ce le franciscain français Mathieu Camioni, le missionnaire de Taraquâ? Non, c'est son collègue José Coppi, un italien de Sienne. Le fourrier, qui se trouve ici, emmène avec lui l'inspector de Sao-Pedro, un tailleur caboclo appelé Joâo José. Je suis vraiment bien heureux d'avoir pu trouver un abri au village, car dans la nuit on essuie quatre orages accompagnés d'une pluie battante et d'horribles éclats de tonnerre. Ce climat orageux, électrique, est très énervant; il rend tout le monde malade. La fièvre ne me quitte plus.
Ij3l pluie tombe toujours à torrents. Ma troupe, celle des franciscains italiens, celle du fourrier, s'offrent des consolations liquides. Le vieux Soares en dort toute la journée.
Nicolao Palheta. — Un peu en amont de Sâo-Pedro, se trouve l'important sitio de Nicolao Palheta, grand coureur de rivières et frère du u Major » de Santa-Izabel.
Un peu plus loin nous couchons au sitio d'un Indien ivre qui nous raconte en balbutiant sa campagne du Paraguay.
Maintenant les terres sont élevées. C'est le commencement du Haut rio Negro. Le bas de la rivière n'est pas sain, ' les sezôes y sont fréquentes et redoutables; la partie
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moyenne n'est pas malsaine, les terres qui n'y sont pas trop mauvaises, seraient Faciles à attaquer, mais on n'y trouve ni gibier ni poisson ; la partie supérieure est excellente , les terres sont saines et riches, pas d'insectes, beaucoup de poisson et de gibier, mais tout est cachoeira.
Cahiutinha. Rencontre de Mathieu. — Le lo mars nous arrivons à Cahiutinha. Ce village se compose de cinq maisons et d'une église et compte une centaine d'habitants. Mathieu est ici, pressé de descendre à Manâos. Ce sont les P.P. José et Mathieu qui ont' demandé les soldats. Le P. José s'est déjà échappé par le bas de la rivière. Le fourrier, chef de détachement, responsable, n'entend point que Mathieu descende à Santa- IzabelVelha. En cfTet qu'est-ce qu'il nous raconte qu'il veut descendre au courrier, puis revenir? Qu'a-t-il besoin de descendre au courrier? « Vous nous avez demandés, dit le fourrier. Je n'entends pas m'en aller opérer là-haut tout seul , au hasard, comme une corneille qui abat des noix. Votre camarade s'est déjà dérobé; vous, je vous emmène de gré ou de forcé. » Ainsi parlementa le fourrier Pereira da Silva avec le franciscain Mathieu Camioni.
Et c'est pourquoi Mathieu s'en retourna avec nous.
Nous commençons à entendre sonner de la paxiuba. La paxiuba est l'instrument sacré avec lequel on invoque Jurupari, le dieu des Indiens du Daupes et aussi un peu celui des Caboclos civilisés du rio Negro.
Sala Bardot et Cardoso. — Nous dormons au sitio du Portugais José Antonio dos Reis, plus familièrement dénommé, on ne sait pourquoi, Sala Bardot. Ce sitio, appelé Da^ Mercès est très proprement et très confortablement installé.
Un peu plus haut, également rive droite, se trouve le sitio de Cardoso, Trinidad. Trinidad est une véritable fazenda avec deux cents têtes de bétail, une douzaine de carbets