‹ La France équinoxialeChapitre 19 sur 57 · VII. Arapasso est un rapide presque à sec · texte numérisé non relu

VII. Arapasso est un rapide presque à sec

VIII. La cachoeira de Sâo-Gabriel se trouve sur la rive gauche, du côté du village. Sur la rive droite, prolongeant la chute au-delà d'une ile, se trouve la cachoeira deCurucui. La cachoeira de Sao-Gabriel, la plus haute du rio Negro, a encore maintenant un mètre de chute à pic. On passe le canot par le travers. Nos Indiens s'y animent un peu. En temps ordinaire, mal disciplinés par Soares, ils s'arrêtent

l'ii oiseau -mouche.

l32 l'amazone et le RfO NEGRO.

au milieu de leur besogne pour nous écouter : tels les bœufs quand le bouvier fait la conversation avec un voisin.

Voici Sào-Gabriel, avec de nombreux sitios sur les rives et dans les tles de la cachoeira.

SàO'Gabriely la gracieuse. — Sao-Gabriel se trouve au centre d'un site pittoresque, entre les montagnes du Curicuriari à Test, celles de Sao-Gabriel à l'ouest, et un pic isole, plus voisin, au nord. Le village, bâti sur une petite éminence, est en partie dans un abatis pelé et gazonné, en partie sur des roches. On y compte 21 maisons sans parler de l'église. Ce dernier monument et une autre maison sont couverts en tuile, le reste l'est en feuilles de palmier. La population de Sao-Gabriel est d'environ 200 âmes.

Le pèredela « professora publica y> du lieu, un bon vieux Cearense très hospitalier et fort aimable, débite au P. Mathieu des plaisanteries et des aphorismes de Vohaire.

La forteresse est une vieille construction portugaise, aujourd'hui abandonnée aux serpents, aux goyaviers et aux bœufs. On y jouit d'un panorama enchanteur. Elle est audelà de l'église, à l'extrémité du plateau rocheux qui supporte la partie occidentale du village. L'église est grande, bien entretenue, mais un peu nue. Elle a deux cloches placées au dehors, à côté de la porte, suivant l'usage du pays, les églises n'ayant pas de clocher. Un chemin escaladant des rochers, vrai calvaire, conduit à la maison sainte.

La plupart des cases sont abandonnées. Ces constructions sont tout aussi vulgaires que celles des autres villages deRio- Negro. Celle du Portugais Aguîar, riche commerçant à peu près millionnaire, est couverte, comme les autres, en feuilles de palmier. Sao-Gabriel eut pourtant jadis de l'importance, à cause de sa forteresse. Il eut jusqu'à 4,000 habitants. Aujourd'hui c'est un village ruiné. Les cases sont fort disséminées; de la première à la forteresse il y a au

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moins un kilomètre. Les villages des missions du Uaupès sont beaucoup plus importants, tout au moins comme chiffre de population. Taraquà a quarante-quatre cases habitées, et Panoréy cinquante-six. Ce sont les deux centres de populatien les plus importants entre Manàos et les Andes. L'école de Sao-Gabriel compte une demi-douzaine d'élèves, celle de Taraqua en compte vingt-cinq. Sao-Gabriel est une ruine, comme tout le rio Negro; le Uaupès, grâce aux missionnaires, est aujourd'hui plus prospère. Et pourtant Sao-Gabriel a un joli igarapé, le Machiacâ, et un proverbe qui dit f « Qui a bu des eaux du Machiacâ choisit le Machiacâ pour patrie. »

Pas un carré de terre en culture, pas un jardinet. I^ population est indienne. Ce soir on danse sur le plateau. Ce plateau est une vraie roche Tarpéienne. Quand les Indiens ont trop bu de cachaça, ils tombent de la roche Tarpéienne de Sao-Gabriel sur une grande table de rochers, sise à pic, à dix mètres en contre-bas. Une douzaine de Caboclos s'y tue tous les ans de cette manière. Une autre douzaine se noie pour s'obstiner à vouloir passer la cachoeira après de trop copieuses libations.

Il ne serait peut-être pas bien coûteux de tracer à la dynamite un canal au milieu de la rivière, de Camanâos à Sao-Joaquim et de supprimer de même toutes les autres ca-» choeiras du rio Negro et même du Uaupès. Le régime hydrographique n'en serait guère modifié. Des courants subsisteraient, il est vrai, mais il n'y aurait plus de chutes, ni même de rapides. Au siècle passé, les Portugais avaient fait une route pour piétons et cavaliers, de Camanâos à Sao-Joaquim, route aujourd'hui disparue.

Sao-Gabriel voit de temps à autre passer d'illustres personnages. Lorsque quelque grand fonctionnaire ou chef de parti vénézuélien s'est fait, au détriment de Gusman Blanco

l34 l'A3I\ZOIVE et le RIO NEGRO.

OU de ses concitoyens, une respectable fortune, pour éviter d*étre incarcéré ou assassiné, c'est par le Cassiquiaré, Sao- Gabriel et Manâos, qu'il se rend en Europe. Parfois aussi de hardis contrebandiers font passer de riches cargaisons sous les coups de feu inofPensifs de la petite garnison de Cucuhy.

L'c< inspector » de Sao^Gabriel, recruté hier, s'évade aujourd'hui de la commission du fourrier.

Encore des cachoeiras. — IX. Forte/eze, cachoeira presque aussi dangereuse que celle de Sao-Gabriel.

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