CHAPITRE VI
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22 mars 1 884-— Nous laissons derrière nous Tîle que fornne le rio Uaupès à son confluent avec le rio Negro. Tout d Sabord la rivière n a guère plus de 200 à 3oo mètres de large. Plus hauty et jusqu'à Panorè, elle a le plus souvent 700 a 800 mètres de largeur libre, et de 2 à 3 kilomètres entre les rives de terre ferme, îles comprises.
Les ilôts, les lies, les rochers, les bancs de sable, ne sont pas rares; mais ils ne Forment pas de rapides. Nous ne trou« vons personne dans les sitios et souffrons de la faim malgré le Père. Nous vivons de pupunhas (fruits du palmier paripou).
Nous nous arrêtons dans un sitio en face d'Itapinim (la Pierre peinte). Pas une banane à acheter ni à prendre. Ces brigands d'Indiens ayant la précaution de cacher leur roçada au fond de la forêt, à 4 ou 5 kilomètres de leur sitio, on ne peut aller dénicher leurs provisions.
On parle beaucoup dans le pays des abus des soldats. Je trouve qu'ils ont (d'une façon relative, et non intrinsèque) une allure fort correcte et que le fourrier, o senhor Antonio Pereira da Silva, malgré ses vingt ans, pousse les scrupules jusqu'à la pusillanimité. Il laisserait ses hommes mourir de faim plutôt que d'acheter une poule de force. D'autre part, je vois une race prévenue contre les blancs, qui leur fait sournoisement, traîtreusement, tout le mal possible; qui est
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en hostilité permanente contre la race conquérante. Elle pardonne difficilement à celle-ci sa supériorité. Aussi, dans ces déserts, Taffame-t-elle, la trompe-t-elle. Elle l'égaré et cherche systématiquemeat à décourager les visiteurs blancs. Quand on trouve des volailles, des porcs, on devrait commencer par les tuer, quitte à les payer ensuite. Encore faudrait-il rencontrer autre chose que des sitios tolarlenient déserts.
Il n'y a pas de cachoeiras dans le bas Uaupès; mais il sV trouve beaucoup déroches à fleur d'eau, auxquelles il faut bien prendre garde.
L'Itapinim ne se voit qu aux très basses eaux; aux eaux moyennes, elle est déjà couverte. Elle est très légèrement inclinée, presque horizontale. On y trouve des dessins épars et sur une grande échelle, parfois plus grande, parfois plus petite que nature. Ces dessins ne doivent pas remonter à une époque bien éloignée, à trois siècles au plus, car Teau rapide des crues ronge vite le grès ferrugineux sur lequel ils ont été faits à Tintaille. Ils retracent, dit la légende locale, un des grands combats livrés par les Uaupès à leurs ennemis pendant la fuite. C'est une espèce d'écriture figurative et symbolique, une page hiéroglyphique qui n'a pas encore trouvé son Champollion.
Nous suivons des « paranamirim » entre de grandes iles. Quelques Paraenses sont établis dans la région. La grande artère de la rivière est encombrée de plages et d'îlots de sable. Nous passons la moitié de la nuit sur un bas-fond, en face de Trovâo, aussi arrivons-nous à minuit seulement. La nuit est très fraîche.
' Troi^ào (Tonnerre)y rive droite, est un village en formation sur l'initiative d'un Indien appelé Maudu Prato, qui n'a voulu se réunir ni à Sao-Joaquim ni à Yurarapecuma. Quatre maisons inachevées et une chapelle, voilà tout le village!
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Personne, pas un chien. Des émissaires sont venus du bas prévenir de Tarrivëe des blancs. Encore des pupunhas seuls pour toute la journée.
23. Sur la rive gauche, un petit village, Pilunarapecuma (la Bonne Pointe), qui a été récemment abandonné, à la à la mort d*un tuxau (chef) vénéré. Il y avait là jadis dix cases habitése. Aujourd'hui il ne reste pas même un seul vestige dans la capuera (broussaille).
Iles de sable et bas-fonds. Berges d'argile ferrugineuse, laissant écouler de nombreuses eaux d'infiltration. Rive gauche : Yù Uitera (Montagne de l'Épine), derrière Yurarapecuma. En face, sur la rive droite, collines. Rive droite, Cunuriy ancien village abandonné. Actuellement il n'a qu'une maison habitée, et encore ne Test-elle pas en ce moment. Vestiges épars aux alentours de la case solitaire.
al\. Rive droite. Corocoro ou Sao-Sebastiào. Trois familles : un Portugais, Seraphym da Souza Martins, son beau-père, Cearense blanc, et un Néo-Grenadin. Quelques Hispano- Américains, beaucoup d'Indiens. Corocoro est un véritable village de quatre à cinq cases habitées. Seraphym, comme la plupart de ses compatriotes, est hospitalier et généreux. Je passe trois jours chez lui et constate une fois de plus combien est faux le jugement porté par Agassiz sur les Portugais. Corocoro est un véritable hameau européen, et Seraphym y vit en vrai gentilhomme. C'est un nom de plus sur la liste de mes amis portugais, déjà nombreux. Grâce aux émissaires que Seraphym envoie dans le haut, nous allons être bien reçus partout.
27. Arrivons à Vurarapecuma {h Pointe de l'Epine), rive gauche. La population ne s'est pas enfuie. Accueil sympatique^ poisson boucané, farine (de manioc), ananas, volailles. Le village a cinq cases, une église et environ 80 habitants. Ici commence le domaine des girias; personne n'entend
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le portugais, fort peu la a lingua gérai » ; on n'entend parler que « tucano » et a tariana d.
«Rive droite, Tucano Uitera, dont le sommet, en pain de sucre, est de roche nue. Rive gauche, Macu Uitera.
Le P. Mathieu est ici sur ses terres, il trouve autant d'hommes et de provisions qu'il en veut.
Nous couchons à Micurarapecuma, rive droite, au milieu des Indiens. Le village est sur une ëminence que l'on ahorde par une roche abrupte. Micura est moins important que Yù. On nous apporte du poisson boucané, des ananas, et nous donnons en échange un bout de carotte de tabac péruvien. C'est le « troc en nature », seul mode de commerce connu ici. I^s Indiens en usent de même avec les regatdes( commerçants nomades). Il n'y a rien de bien cher. Le panier de farine qui coûte jusqu'à lo mitreis à Manâos n'en coûte que 4 au Uaupès. « Vous n'avez donc pas fui? » demandons-nous aux Indiens; ceux-ci nous répondent avec la fierté naïve du Gabonnais : f Nous sommes de la povonçâo », ce qui veut dire à peu près : « Nous sommes des gens civilisés j>. Ils paraissent l'être en effet, autant qu'ils pourront jamais le devenir, et ils montrent une certaine bonne volonté, vraie ou simulée. Le village a une église, cinq cases et environ 70 habitants. Si Yû, Miruca et Ananâ se réunissaient, ils formeraient un village important de près de 3oo habitants; mais ces gens ont la manie de se disperser. — C'est parce qu'ils savaient que le P. Mathieu accompagnait les soldais, que les habitants de Yii et de Micurà ne se sont pas enfuis. Ils disent fort bien qu'ils en usent ainsi parce qu'ils connaissent les procédés habituels des Commissions en voyage. Le pillage et le vidl sont pratiqués trop souvent chez eux impunément. Les maisons du village sont très propres; l'une d'elles est blanchie à la tabatinga (chaux du pays). Une place publique du
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meilleur effet est ménagée au centre de Taldée. Le P. Mathieu fait une demi-douzaine de baptêmes.
28. Toujours des iles dans la rivière, des bancs de rochers et des paranamirim. Rive droite, dans Tile du Jacaré, sitiodu Paraense Boa Aventura. Surlarivedroite, leUassahy Parana, entre Micuraet Ambaïoua, abrège la route de 5 à 6 heures. Il n'a pas assez d*eau maintenant pour être praticable. Trovoada (tempête) au Uaupès. Comme au rio Negro, les orages sont courts, mais fréquents et terribles.
Rive droite, Pati Uitera, aux sources du Curicuriari. Arbres à caoutchouc jusqu'au-dessus des cachoeiras du Uaupès. Le caoutchouc des hauts donne moins de lait^ mais sa gomme «st de meilleure qualité.
Sur les rives, sitios des habitants de Micura. Les habitants du rio Negro et du Uaupès, Indiens et métis, ont tous la déplorable manie de se disséminer dans les sitios, au fond des forêts, et ils ne viennent que rarement au village.
29. Chaleur accablante; refroidissements subits de température.
Rive droite, Ambaloua Uitera, colline d'une centaine de mètres de hauteur comme toutes celles que nous voyons depuis le Curicuriari Uitera.
Le Curicuriari Igarapé prend sa source à Pati Uitera, à un jour de là, soit à 20 kilomètres environ du village d'Ananarapecunia. Il n'a qu'une cachoeira. Cette voie permettrait de supprimer toutes les cachoeiras d'entre Sao-Joaquim et Camanâos.
Rive gauche, Jnanarapecuma (la pointe de l'Anana). Nous arrivons la nuit. Le fourrier nous a précédés de quelques heures. Le pauvre jeune homme s'ennuyait fort de se trouver seul, n'entendant pas un mot de la giria (dialecte de ^a tribu, jargon), ni de la lingua gérai, au milieu de gens ne comprenant pas un mot de portugais. Les Indiens nous
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reçoivent bien. Nous dormons dans la case que les gens du village ont construite pour le P. Mathieu, quand celui-ci est en tournée dans cette aidée. C'est propre, confortable, bien distribué. Les gens d'Ananâ embellissent en ce moment leur église, qu'ils veulent égaler à celle de Panoré, la merveille du Uaupès. Il y a de l'émulation entré les villages; mais sans la direction d'un blanc ces pauvres êtres seraient incapables de rien faire. — Les maisons d'Ananà sont bien alignées; le village a des rues et des places publiques sarclées. Tout cela plaità l'œil. Environ trente cases et 1 5o habitants. 3o. Sur ces trente cases, il y en a à peu près la moitié ea construction. Celles qui sont terminées sont en clayonnage enduit d'aigle et construites exactement comme celles de rio Negro. Quelques-unes ont des portes; la plupart ferment les ouvertures avec des nattes volantes. Il n'y a que l'église qui soit blanchie. Le sol est de terre grasse et d'argile. Belles plantations de bananiers. De gigantesques assahys ornent les environs du village. Le P. Mathieu baptise. Je remarque, peint sur l'autel, un Sao-Bernardino , œuvre du P. José de Panoré. Les baptêmes se multiplient. Voici le fourrier (le commandant, comme on l'appelle) parrain de tout le Caupès. Ce n'est certes pas lui, bien au contraire, qui aggravera la sinistre réputation qu'ont auprès des Indiens les Commissions brésiliennes. Nous commençons la distribution des perles et du tabac, coqueluche des Indiens; et, quand nous partons, toute la population, en pantalon ou en jupes, sans chemise, la poitrine nue, nous accompagne jusqu'au port de ses adieux attendris : £ré ! Ere ! A II heures du soir, après une affreuse nuit de pluie, de vent et d'orage, sous un ronfle complètement bouché à cause des torrents qui tombent du ciel, sans lumière parce que nous n'avions plus d'allumettes, nous arrivons enfin a Ta raqua.
Taraqud (la Fourmilière) est bâtie àur une petite colline formée d'une roche dénudée.
La case du Père est vieille pour le pays; elle a quatre ans et menace ruine. Depuis un an j on construit de nouveaux appartements attenant aux anciens, mais ils ne sont pas encore complètement terminés. Il y a un Italien à Taraquà, un charpentier appelé Cesare Luidjini, neveu du P. Venancio, missionnaire du Tiquié. Cesare trafique avec les Indiens, et avec son oncle.
Taraquà compte une quarantaine de maisons, presque toutes habitées. C'est toujours le même genre de constructions. Ces cases sont dispersées sur une longueur de plus de cinq cents mètres le long de la rivière, dans un gracieux désordre, au milieu de bosquets de bananiers et de paripous. La population est d'environ 25o individus. Le bourg peut être divisé en deux parties : la partie basse et la partie haute, cette dernière ne comprenant que la cure et l'église, celle-ci gracieuse, ornée de colonnes supportant un hangar sur le devant.
Je remarque un pied de vigne dans le jardin du Père, mais il ne donne pas de raisins. La canne à sucre et le maïs réussissent très bien.
Le P. Mathieu a essayé d'ouvrir une école à Taraquà. II a eu jusqu'à vingt-quatre enfants, dont trois petites filles. Le catéchisme réunissait environ quarante enfants, aujourd'hui presque tous sont disséminés. Il enseignait à lire et à écrire le portugais, avec un peu d'arithmétique. 11 envoya cinq enfants à Manàos. En somme, les succès ont été médiocres; très peu d'enfants encore entendent le portugais dans ce village. A Panoré, le P. José ne faisait que le catéchisme; il y réunissait une quarantaine d'enfants des deux sexes. Taraquà a la messe chaque matin et la prière chaque soir. Elle a aussi sa prison, mais fort délabrée, et que l'on peut ren-
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verser à coups de pieds. Chaque matin, plusieurs fois par jour, le tuxauyun \ieux bonhomme aussi insignifiant que les autres Indiens, \ient recevoir la bénédiction du Père et prendre ses ordres, qu*il exécute avec plus ou moins de loyauté.
La population est joyeuse. Tout est prétexte à cachiri (fête) : fête chrétienne, récoite des fruits sauvages ou cultivés, un abatis terminé, une roçada plantée de manioc. Aujourd'hui, les Indiens demandent au Père son autorisation pour faire les cachiris, qui, grâce à cette surveillance, sont moins orgiaques et dégénèrent moins facilement en dabucuris (fêtes de Jurupari).
Le costume est des plus simples; un pantalon ou une jupe en font tous les frais. Parfois, il est plus rudimentaire encore. Le beau sexe est plutôt beau que laid; cependant son débraillé lui va mal. Si toutes les femmes adoptaient le costume de celles-ci, rien aux pieds, rien sur la tête, pas de chemise, seulement une jupe, et à la bouche une pipe, il est probable qu'il y aurait moins de galanterie sur la terre.
Tels étaient Manâos et ses habitants, il y a une quarantaine d'années.
Les mœurs sont loin d'être patriarcales. Les chefs de Commissions et les regatôes ont fait disparaître depuis longtemps (s'il a jamais existé) le primitif état d'innocence. Il y a quelque temps, quand un de ces messieurs arrivait dans un village, il faisait appeler le tuxau et lui disait quelques mots en secret. Peu après, on pouvait voirie blanc avec une ou deux beautés de l'endroit. Le lendemain matin, le tuxau se promenait avec un beau pantalon qu'on ne lui avait jamais vu, et les deux beautés montraient à leurs compagnes leurs bras ornés de bracelets de métal brillant. Encore aujourd'hui, plus d'un regatao remonte la rivière bien moins pour les profits du commerce (|ue pour les petits plaisirs du voyage.
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Les missionnaires, on le pense bien, sont loin d'encourager de telles pratiques. De là, une sourde guerre entre les Pères et les regatôes. Ceux-ci ne reculent devant aucun moyen, u Hàtez-vous, disait récemment Tun d'eux aux Jndiensy de me vendre tout ce que vous avez; car les soldats vont venir et tueront tous ceux qu'ils trouveront. Vendez tout et cachez- vous dans les bois. » Et, par ce procédé fort simple, riionnéte commerçant arrivait à acheter 5o kilos de caoutchouc pour un litre de tafia.
— i"*^ avril, Panoréf sur la rive gauche. Le détachement de soldats brésiliens s'y installe.
Une simple réflexion. La carte de Petermann en six cartouches, reproduite par Stieler, donne Panoré à la Nouvelle-Grenade et Taraquâ à la République de l'Lquateur.
La Colombie, le Venezuela, l'Equateur et le Brésil revendiquent en même temps cette partie du Uaupès. Mais en fait la contrée est brésilienne.
Nous voici à notre cinquantième jour de canotage depuis Cuyaui.
On arrive à la place publique par de gigantesques escaliers de terre que le P. José a fait faire par son peuple. On entend d'ici le grondement de la cachoeira de Panoré, la première que l'on rencontre en remontant le Uaupès. Elle se trouve un peu au-dessus du bourg. La cure a été construite avec goût. Le P. José en a orné la grande salle de peintures murales, un peu naïves mais bien intentionnées. La case est bien distribuée et fort habitable. Le style est un peu monastique, les murs sont épais, les portes petites et étroites, les chambres exiguës comme des cellules, les sièges et les bancs nombreux et bien répartis. Une partie de la construction est faite d'un fort clayonnage d'argile blanchi à la tabatinga, et l'autre, d'adobes fabriquées dans le pays sous la
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directîoD du P. José. Au fond de la cour, se trouye la prison, avec une chambre pour les hommes et une autre pour les femmes. Cette cour était autrefois la rue. Pour sa commodité personnelle et pour mettre la prison chez lui, le missionnaire barra cette voie.
La salle aux peintures est ornée des bonnets de police des soldats que l'Italien avait organisés. Les peintures représentent : Adam mangeant la pomme, Jurupari (le dieu des Uaupès) en enfer, Christ en croix, un Turc mettant le croissant sous le nez d'un franciscain (le pinceau inexpérimenté du moine a donné au croissant l'aspect vulgaire d'une tranche de melon); Jurupari dans sa cuirasse, le village de Panoré, un garde champêtre européen qui a Tair de se trouver tout dépaysé en pareille société; Sienne, la ville natale du Père José ; l'Immaculée Conception.
Toutes les fenêtres de la maison sont fortement grillées. J'eus plus tard l'explication de la chose.
2 avril. En voyant arriver les soldats, la moitié de la population s'est enfuie. Toutes les femmes et les jeunes filles se sont cachées dans la forêt.
Nous visitons l'église, qui est assurément la plus belle de toutes celles que l'on trouve dans les villages du rio Negro. Elle se présente fort bien, avec ses colonnes extérieures et intérieures et ses deux tours où sont les cloches. Malheureusement, elle est couverte en paille. Ses peintures aux tons crus, ressortant violemment sur la blancheur mate de la tabatinga, sont du meilleur effet. Admirez les chefs-d'œuvre inconnus du P. José : Jésus allant au supplice, le sacré-cœur de Jésus, le sacré-cœur de Marie, l'Enfant Jésus^ saint Pierre, saint François. Une inscription en caractères gigantesques vous apprend que le temple a été dédié à la Sainte Famille (Jésus, Maria, José), en i883, par le frère Illuminato José Coppi. Des devises portugaises écrites sur les murs vous incitent au
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bien, et des cantiques dans la même langue, patiemment étendus sur la tabatinga, vous font croire, mais à tort, que les ouailles possèdent la science de Talphabet. Le temple a trois nefs et trois autels, deux chaires, un chœur, et des tribunes pour les autorités. Un saint Joseph d^argile, énorme sur un maître autel fort modeste, présente sa bonne face rougeaude et tend ses mains puissantes aux fidèles. Le rusé Italien, — c'est de José Coppi que je veux parler, — ayant fort peu d'argile plastique à sa disposition, s'est contenté de faire à son saint une tête et des mains -, il n'y a rien sous la grande robe d'indienne que vous voyez là; ce n'est qu'un mannequin habilement disposé. Mais tout cela est plus que suffisant pour frapper d'admiration les bons Indiens de Panoré. J'oubliais une des idées les plus fantasques du P. José Coppi ; c'était de jeter par-dessus la rue un pont, du temple à la cure, et d'entrer dans l'église par le clocher.
Le cimetière est une des conceptions les plus bizarres de ce bizarre personnage. C'est un enclos avec les galeries intérieures couvertes. C'est là que les morts auraient été enterrés, à l'abri de la pluie et du soleil. Quand les galeries auraient été pleines, on aurait transporté les ossements dans une autre construction bizarre, ressemblant assez à un grenier d'abondance. Il n'y a encore personne sous les galeries; mais José a bien failli y aller le premier, ayant été à deux doigts d'être massacré par ses paroissiens. Aujourd'hui que cette belle âme a pris son vol vers des climats plus propices, — le pasteur a eu une peur terrible d'être dévoré par son troupeau , — il est à craindre que ces grandes entreprises n'aient le sort qui guette tant d'œuvres de génie, qu'elles ne soient délaissées, oubliées et détruites avant d'avoir élé achevées.
Les cases de Panoré ressemblent à toutes celles de la contrée. Mais les rues sont alignées, tirées au cordeau, perpen-
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diculaîres. Chaque rue a un uom et chaque maison son numéro, écrits de la main du P. José. On compte en tout cinquante-six maisons et environ 35o habitants.
Il y a quelques rocadas autour du village, qui est construit en amphithéâtre. On y remarque des plantations de bananiers, de cannes à sucre, de caras, daignâmes, de batatas et de pupunhas.
Panoré ne valait pas Sao-Joaquim, quand le P. José y arriva en août i883. En trois mois, il lit tous ces embellissements. Ayant vécu quatorze ans aux Missions de Bolivie, il avait appris l'art du commandement. Le P. Venancio, lui, payait les gens; rien n'avançait, rien n'allait. Le P. José établit bravement la corvée, un jour par semaine pour tout adulte; et en trois mois, avec un jour par semaine, il obtint une énorme somme de travail de ces Indiens fainéants qu'il sut maîtriser, discipliner, et qui encore aujourd'hui sont tous à la porte de l'église au premier coup de cloche. Sous ce missionnaire actif, inventif, autoritaire , ils auraient pu faire quelque chose sans l'incident de Juruparî qui n'empêcha pas cependant plusieurs d'entre eux de pleurer quand le P« José partit pour ne plus revenir.
Cet étrange franciscain obtint ces résultats sans connaître le dialecte de ses Indiens, sans connaître même la lingua gérai que les hommes entendent pour l'ordinaire dans ces tribus. 11 se fit tradtiire par quelques regatôes de passage cinq ou, six sermons en a IShengatû » et il les lisait alternativement en chaire avec une assurance parfaite.
Ces succès sont d*autant plus étonnants que Panoré est par excellence le village des pagets. On m'en montre une vingtaine. Il y en a de grands et de petits. Chacun a sa spécialité : l'un fait la pluie et l'autre le beau temps; ce lui-ci envoie les maladies, celui-là les guérit. La division du travail s'est établie parmi eux. Ils connaissent aussi la hié-
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rarchie épiscopale, ils ont un paget des pagets, « intime ami de Dieu », sorcier fort habile, qui s appelle Vicente Cbristo et demeure à Umari.
Je passai le mois d avril tout entier, du i"' au 3o, à Panoré et à Taraqua , au milieu des Tarianas et des Tucanos. Consultant mon excellent ami le P. Mathieu Camioni, dont le concours m'a été précieux, et aussi les tuxaus, les pagets et les regatoes, j'ai pu recueillir sur les nations Uaupès les éléments d'une monograpliie.
Histoire. — Il n'y a que deux voyageurs qui aient passé par ici avant moi, Â. R. VVallace,en i852; Stradelli, en 1881. lis n'ont pu apprendre que fort peu de chose sur la religion des Uaupès, laquelle ne s'est manifestée dans ses particularités secrètes que tout récemment. Par suite, ils n'ont pu établir aucune conjecture sur l'origine de cette intéressante nation.
Les premières missions des Uaupès furent fondées en j 852 par le P. Gregorio, de Tordre des Carmes. H s'était établi à Carurù, qui devint alors un village de 3oo Indiens. Le village, quand il fut abandonné, ne tarda pas à disparaître. Il ne s'y trouvait qu'une case habitée quand les PP. Mathieu et José le visitèrent en 1881. Le P. Gregorio resta deux ans à Caruru, de i852 à i854. H habitait un peu au-dessus du village à cause du bruit de la cachoeira qui l'incommodait. Sa case, fort petite, isolée dans le désert, était dans un ilôt de la rivière. Des soldats brésiliens étaient alors chez les Uaupès aux ordres de Jesuino Cordeiro, directeur des Indiens. Celui-ci se servait de cette force pour former les aidées. 11 y eut conflit entre l'autorité religieuse et l'autorité civile, querelle entre Gregorio et Jesuino. Jesuino se plaignit à Manàos et le missionnaire fut rappelé. Wallace était alors à Carurù avec le P. Gregorio. Il ne youlut pas remonter plus haut à cause de toutes les cachoeiras qui embarrassent la na-
vigation de la rivière. Gregorio parti, Jesuino continua à former des povoaçaos indiennes dans le Uaupès. Il emmena ses soldats jusqu'à Jurupari-Cachoeira. Le Brésil prenait ainsi tout doucement possession de la rivière jusqu'aux Andes. Toutefois les villages fondés par Jesuino ne réussirent guère. Ce missionnaire botté avait la main trop lourde pour mener à bonne fin l'œuvre délicate de la civilisation des Indiens.
Depuis, dirigés par d'autres missionnaires dont les noms mêmes sont oubliés, les Indiens se réunirent de nouveau et formèrent de nouveaux villages qui disparaissaient aussitôt que les missionnaires se retiraient. De i852 à 1880, les missions des l.aupès furent organisées et s'ançantirent trois ou quatre fois. Les missionnaires ne séjournaient pas. 11 est évident que si deux ou trois Pères étaient continuellement restés dans les missions depuis i852, le Uaupès serait aujourd'hui autrement prospère qu'il ne l'est.
En 1880, on ne trouvait au Uaupès que quelques malocas, quelques assemblages de sitios et quelques vagues souvenirs de la tutelle des anciens missionnaires. C'est alors qu'arriva dans la contrée le franciscain italien Venancio Zilochi. Homme de mœurs paisibles et de caractère peu entreprenant, déjà au delà de la cinquantaine, n'aspirant guère qu'au repos et au bien-être, le digne missionnaire ne voulut point concevoir de vaste projet d'ensemble pour la réorganisation des missions du Uaupès. Il s'installa dans l'ancien village de Taraqua et borna ses conquêles à la création de quatre villages dans le Tiquié, afTluent de droite du Uaupès, cours d'eau paisible et sans cachoeiras, qui débouche à une heure au-dessus de Taraqua. Il fit aussi une tournée sur un affluent de droile du rio Negro, le rio Içana, parallèle au Uaupès, cours d*eau tranquille et sans chutes comme le Tiquié. Il y baptisa de noms de saints quelques malocas, qui, dans sa pensée, pourraient plus tard, Dieu aidant, se trans-
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former en \illages. Fixé à Taraqua, le P. Venancio ne retourna plus à l'Içana, alla peu au Tiquié, et ne remonta pas le Uaupès au-dessus de Panoré.
Cependant, quelques villages se formaient petit à petit dans le haut Uaupès, et Taraquâ se développait comme capitale des Missions.
En 1881, un autre franciscain, le Français Mathieu Camioni, vint rejoindre le P. Venancio à Taraquà, et aussi, au commencement de i883, un troisième franciscain, leSiennois lUuminato José Coppi. Le premier de ces missionnaires, plus jeune et plus actif que le digne Zilochi, visita, seul, tes villages indiens du Uaupès jusques et y compris Umari. Quelques semaines après l'arrivée de Coppi à Taraqua, les deux missionnaires entreprirent de visiter ensemble le haut de la rivière, et, cette fois ils se rendirent au delà de Yutica, le dernier village en amont. Toutes les aidées durent se construire une chapelle, et les deux missionnaires jetèrent en passant les fondements d*une organisation générale des missions; puis ils continuèrent à remonter le Uaupès jusqu'au confluent du Codiari, affluent de gauche, et entrèrent dans cette rivière, où ils essayèrent, sans succès, de jeter les fondements d'une mission chez les Cobbeos.
Le P. Mathieu voulait remonter le Uaupès jusqu'aux sources et fonder une mission chez les Omauas. Mais Coppi voulut rebrousser chemin. Rendu exigeant par un séjour de quatorze années dans les missions de Bolivie, libre d'ailleurs de ses actions, comme ayant plus que terminé l'engagement de dix ans que les franciscains contractent vis-à-vis de la société mère, le P. Coppi rêvait de fonder une grande mission dans le Uaupès, et nullement explorations géographiques. Cependant, pour les missions comme pour toutes choses, la connaissance préalable du pays est de première nécessité. Les deux franciscains revinrent donc à Taraqua.
Mais ils avaient senti les inconvénients qu'il y avait à habiter tous le même village, à laisser dans l'abandon un grand nombre de centres déjà populeux. Ils résolurent de se partager la besogne. Us parvinrent à convaincre Venancio, et en août i883, ils se séparèrent. Le P. Venancio eut le Tiquié et ses quatre villages avec Tucano pour résidence; le P. Mathieu, le Bas-Uaupès et ses cinq villages, avec Taraqua comme centre. Le P. José se réserva le Haut-Uaupès avec ses huit villages, y compris celui du Paporis, et il fixa sa résidence à Panoré, dont il conçut le projet de faire la capitale du Uaupès.
Panoré n'avait jamais été le lieu de résidence d'un mis* sionnaire. Le P. José, à force d'activité, réussit, presque aussitôt installé , à faire relever les maisons ruinées, à en faire construire d'autres, à fixer tant bien que mal la population au village, à rassembler les familles qui vivaient éparses dans le bois; et, au bout de trois mois, Panoré compta 35o habitants, soit une bonne partie delà population de la tribu Tariana. Le nombre des cases s'éleva de trente sept à soixantedeux, et le P. José donna, à ce qu'on peut appeler les rues, les noms de Saint-Joseph, Saint-Jérôme, Sainte-Claire, Sainte- Marie, Saint-Pierre, Saint-François, Saint- Bernard.
C'était bien du luxe pour des Tarianas, qui ne parlent pas la langue générale ni, à plus forte raison, le portugais, qui n'ont jamais vu d'autres livres que le livre de messe de leur missionnaire, et d'autres plumes que celles de leurs aras. Un défrichement entouré de murs devint le cimetière. Mais les deux grands travaux du P. José furent les embellissements de l'église et de la cure, dont on a vu le détail précédemment. L'église est certainement plus belle qu'aucune de celles du rio Negro ; elle a 1 9 mètres de long sur 1 2 de lai^e. Le lieu était voué à Sao-Jeronymo, José le voua à la Sainte Famille, Jesus-Maria-José. Grande colère de Venancio, le premier
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parrain. Querelle de moines! Le Siennois, pour tout concilier, donna à Panoré le nom mystique, mais un peu long, de Sâo-Jeronymo-Jesus-Maria-José. Pour faire toutes ces grandes choses, il fut nécessaire, comme nous l'avons vu, d'établir une discipline rigide, la corvée , la prison^ une police tariana (un commandant, un caporal et six soldats), les ceps (le tronc), et le bâton, dont le P. José jouait, paraitil, sans se faire prier. Ijà population fut disciplinée en peu de temps; au premier coup de cloche, tout le monde était à l'église; matin et soir, chacun venait demander la bénédiction du Père. Toutefois, c'est à ces formules, à ces dehors, que se bornaient les succès du missionnaire, et c'est à cela qu'ils devaient se borner chez ces populations indifférentes à notre civilisation et fort attachées, malgré leurs pratiques chrétiennes , à leur culte de l'ancêtre.
Tout ce bel échafaudage de clinquant et d'autoritarisme fut bientôt renversé par l'incident dn MacacarauUj que nous raconterons plus loin. Le terrible franciscain, digne des missionnaires du Paraguay, est déjà parti. Il ne reviendra pas. Il ne reviendra que si la présidence de Manâos lui accorde l'expulsion des a pagets » par la force armée, et l'interdiction de la rivière aux ce regatôes »! N'avait- il pas voulu établir, dans son Panoré , que voyageurs et commerçants ne pourraient acheter ni vendre sans le consentement du missionnaire, et qu'ils devraient entendre la sainte messe jours de fêtes et dimanches!
Le P. Mathieu, à Taraqua, ne nourrissait point d'aussi vastes ambitions. Il se bornait sagement à maintenir, chose peu facile, les résultats déjà acquis, et à préparer de longue main des progrès ultérieurs. Il vivait sans frayeur ni gendarmes au milieu de ses Indiens, ne pensant nullement à exterminer pagets et regatôes. Esprit clairvoyant , il se rendait compte de son impuissance au milieu de ces populations réfractai-
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a notre civilisation, et il se consolait en rêvant des missions de Chine (i).
Au Tiquié, le P. Venancio, le plus philosophe des trois, accepte les yeux fermés toutes les pratiques de ses Indiens ; il les laisse faire tout ce qu'ils veulent comme il laisse couler Feau de la rivière. Ayant perdu les importunes ardeurs de la jeunesse, le bon vieillard sait trouver le bonheur au milieu de sa nombreuse basse-cour.
L^es choses en étaient à ce point quand se produisit, en octobre i883, Fincidentdu Macacaraoïta que nous raconterons plus loin, en traitant de la religion des Uaupès.
Les Indiens en étaient à cette période de calme qui suit les grandes tempêtes quand nous abordâmes dans leurs tribus.
Géographie polUique. — I.<es missions actuelles du Laupès s'étendent de Trovao à Jutica, le long de la grande rivière, dans une région de cataractes, de chutes et de courants difficiles et périlleux, sur une longueur d'çnviron 800 kilomètres. Les rios Paporis, Tiquié et Içana, a(Tluents les deux premiers du Uaupès et le troisième du rio Negro, en sont les rivières les plus importantes.
La largeur de la région est d'environ 200 kilomètres, et sa superficie de 160,000 kilomètres carrés.
La population totale du territoire des Missions peut être évaluée à environ 8,000 individus , dont 49O00 pour les tribus errantes.
Voici le détail de la population des villages, d'après un recensement fait par les Pères :
kuXj^u^èsTroçàOy rive droite, l\o habitants; Jurarapecuma (Sâo-Pedro), rive gauche, 79; Micurarapecuma (Con-
(1) Ce cher Mathieu! un des rares hommes qu'il m ail été donné d'aimer (soit dit sans misanthropie). Il est, aujourd'hui (mai 1886), aux Missions françaises de Chine ! Puisse la France en avoir là-bas des milliers comme lui !
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cessao), 70, rive droite; ^/ia/wr^//ecawfl (Sao-Bernardino), 129, rive gauche; Taraqud (Sao-Francisco), 245, rive droite; Panoré (Sao-Jeronymo- Jésus- Maria- José), 33o , rive gauche; Iviturarapecuma^ 78, rive droite; Juquira (Sao- Miguel), 164, rive droite; Jauarilé (Sao-Antonio) , 402, rive droite; C-marij 86, rive droite; Caruru (Sao-Leonardo) , 168, rive gauche; Julica (Trinidad), 84.
Total des habitants des villages des missions du rio Uaupès : environ 2,000.
Au Tiquié, daval en amont. Tuctmo (Santa- Izabel), 173, L'iraposo (Nazareth), 25o; Maracaju (Sâo-José), 809; Turigarapé (SSiO-Pedro do Tiquié), 186. Total, environ 1,000.
Au Paporis. Turigarapé (Santa-Lucia) , 162.
Dans l'Içana. On n*a pas de détails statistiques sur la population des villages. L'Içana est plus étroit que le rio Negro de Marabitanas. La première cachoeira est à huit jours du confluent et s appelle Tunui. Les villages prospèrent, parait-il; ils sont bien tenus, propres, élégants. Les Banivas, qui les peuplent, sont une race intelligente. La plupart d'entre eux parlent portugais. Les villages sont, d'aval en amont : Tucano, Matirica^ Sao-PedrOy Pirajauara, Ccuna* raoj Sào- Antonio y Sania^Anna^ le plus important, \ilUi- Noi^aj Sào-Antonio Alto, Jatupirera, CorocorOj Tunui, au pied de la première cachoeira, et, un peu au-dessus, Arutiparand et Jamid.
Il faut ajouter à ces villages cinq autres petits centres, actuellement presque complètement déserts, qui se trouvent dans le Haul-Uaupès, au-dessus de Jutica. C'est : Kerarij au confluent de la rivière du même noin, sur la rive gauche de cet affluent; Uaracapori , sur la rive droite du Uaupès, Macaquinhay sur la rive gauche, et Micurigarapaua, sur la rive droite, puis enfin Mutum, sur la rive gauche du Codiari , au confluent de cette rivière avec le
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Uaupès. Chacun de ce^ villages a environ deux cases et 20 habitants.
Nous avons donc un total de trente-six villages pour tout le territoire des Missions, dont dix-sept dans le Uaupès, quatre dans le Tiquié , un dans le Paporis, quatorze dans ricana.
Voici la liste à peu près complète des tribus de la contrée :
r . Tucanos. lis possèdent le Tiquié et ses quatre villages, Sainte-Lucie du Paporis et cinq villages du Uaupès : Yi'i , Anana, Taraquâ, Yuquira, Umari. En tout, 10 villages et environ i ,800 habitants.
2. Tarianas. Deux villages au Uaupès : Panoréet Jauarilé. Environ 800 h.
3. L'ananas. Deux villages au Uaupès : Carurû et Jutica. Environ aoo h.