AN1I£X£S
naires est aujourd'hui presque complètement désert dans son cours inférieur et moyen, et les terres abandonnées des anciennes freguezias servent de mucambos aux esclaves fugitifs. Les anciens Indiens de la contrée rappelaient Burururù, du nom d'une de ses tribus principales. Les Portugais lui donnèrent le nom d*Urubù qui lui est resté. Dans la partie supérieure de son cours, les Ouayeoùes, ses habitants, rappellent Mapouerre.
Jadis les trois principales nations qui habitèrent le bassin de rUrubû étaient les Burururù, les Guanavena et les Gabouquena.
A ces tribus de TUrubu s'attache une des plus dramatiques histoires du temps de la conquête.
En 16^, en conséquence des ordres du gouverneur Ruy Yaz de Siqueira, diverses missions, escortées de mousquetaires, furent envoyées par lés déserts de TAmazone et de ses afQuents.
Une de ces escortes, commandée par le sergent-major Antonio Arnaud Villela, entra avec le missionnaire Fr. Raymundo, de Tordre de la Miséricorde, dans le rio Urubu. Gette escorte eût le malheur de perdre une partie de ses hommes, massacrés par les Gabouquenas et les Guanavenas qui les avaient trompés par des promesses de paix. Le missionnaire, un autre frère qui l'accompagnait, quelques mousquetaires et quelques Indiens amis ne durent d'échapper qu'en se précipitant dans leurs canots.
Maîtres du champ de bataille, les Gabouquenas et les Guanavenas s'embarquèrent en 45 canots et se dirigèrent sur l'aldeia de Saracâ que commandait le lieutenant Joâo Rodrigues Palheta mais ils ne purent la surpendre. Palheta, qui les attendait à la tète de 18 soldats et de 200 Indiens, les mit en complète débandade.
Le gouverneur Ruy Vaz de Siqueira, informé des événements, résolut d'infliger aux Indiens de TUrubù un châtiment exemplaire. Le 6 septembre 1664, une expédition commandée par le capitaine Pedro da Gosta Favella partit de Para pour se diriger contre les Indiens de l'Urubu. Gette expédition composée de quatre compagnies de troupes régulières sous les ordres de quatre capitaines d'infanterie et de plusieurs ofQciers subalternes, et de 500 Indiens sous les ordres de leurs chefs, montait 34 canots. Le 25 septembre l'expédition arriva à l'aidée de Tapajoz (aujourd'hui ville de Santarem), et, après s'être renforcée d'un grand nombre d'Indiens domestiqués de ces parages, Favella continua sa route.
Le gouverneur Siqueira attachait tant d'importance à cette expédition que le 4 novembre il partait de Belem , avec la plus grande partie des forces militaires disponibles de la ville, pour suivre de plus près et mieux aider l'entreprise. Appelé d'urgence de l'aidée du Xingû
(primitivement aldeia de Maturû, aujourd'hui ville de Porto de Mes), pour affaires politiques à Belem, il envoya sa troupe, sous le sergent-major Antonio da Gostas pour prêter secours à Pavella, si besoin était.
Celui-ci débarquait le 25 novembre au premier port des Indiens bravos de TUrubù, et, après s'être fortifié en cet endroit et y avoir laissé une troupe suffisante pour défendre les canots et les fortifications, il s'enfonça, avec le reste de ses hommes, dans l'intérieur des forêts. Le 7 janvier 1663 il rencontrait les Gabouquenas unis aux Guanavenas et à d'autres tribus belliqueuses de l'intérieur. Les Indiens marchaient tumultueusement contre l'expédition, en bandes nombreuses. Après un rude combat, Favella repoussa les Indiens. Geux-ci, poursuivis par Favella et par Antonio da Gosta qui arriva en ce moment, se réunirent de nouveau et livrèrent un furieux combat. Ce fut un horrible massacre : 700 Indiens furent tués, 400 faits prisonniers, 300 malocas furent incendiées.
Depuis cette époque le cours moyen et supérieur de l'Urubu était resté fermé aux explorateurs. Je fus le premier à pouvoir visiter son bassin supérieur, au commencement de 1885. En 1874, Barboza Rodrigues, botaniste brésilien, et quelques années plus tard le lieutenant Saw, de la marine brésilienne, relevèrent son cours inférieur.
Rio Vatumà. — Grands cours d'eau peu connu. Dans son cours supérieur, m'ont dit, en 1885, les Indiens des montagnes centrales, ses deux bras pricipaux sont l'Itapou et l'Imahou. En 1874 Bcu^boza Rodrigues a relevé le cours inférieur du Uatumâ.
Rio Jamundà (ou Nhamundà). — On suppose généralement que ce cours d'eau prend sa source dans un chaînon méridional de la cordillère australe de Guyane, un peu au nord des sources de l'Itapou et de l'Imahou, un peu sud de celles du Trombetas (Gouroucouri).
D'après Ferreira Ferma, qui fait autorité à Para dans les questions de géographie amazonienne, le Jamundé, descendant des montagnes centredes, doit probablement courir d'abord E.-S.-E, entre les montagnes, recevoir quelques petits affluents, puis se diriger S.-E. par de petites chutes et enfin entrer dans le grand plateau boisé du bas Amazone, parfois inondé dans ces régions. A travers la partie moyenne de ce grand plateau le Jamun d envoie, de sa rive gauche, un bras rejoindre le Trombetas exactement au point où ce rio, sautant lui-même sa dernière chute, entre également dans le plateau. A son entrée dans le Trombetas, au-dessous de Tile de Jacitara et en face de la pointe Uruatapera, le bras du Jamundà a 100 mètres de largeur.
444 ANN£XES.
Tant qu il traverse ce plateau, le Jamundà est encombré d*unè infinité d'iles. Sa largeur ne dépasse pas 250 mètres, qui en été se réduisent à 150 et même à 100 selon l'intensité ou la durée de la sécheresse.
Plus bas, le Jamundà sort du plateau et rencontre presque de suite un affluent de droite de quelque importance, le Pratucû qui, tombant dans le Jamundà, forme un delta de trois bras inégaux. Le confluent du Pratucû est à environ 36 milles au-dessus de Faro. Au point de jonction des deux cours d'eau, leurs eaux forment une espèce de lac entouré de terres hautes et montueuses, lac au-dessous duquel, entre les bras du Jamundà et du Pratucû, se trouve la grande île Gapichanaramonha, pierreuse et bien boisée.
Le Pratucû a un cours sinueux, il coule entre de nombreuses montagnes médiocrement élevées. Il coule d*abord parallèlement au Jatapû (haut Uatuman), puis il se dirige à Test, pour atteindre le Jamundà.
A partir du confluent du Pratucû, le Jamundà est une rivière large et magnifique, d'un azur profond, courant presque toujours entre les montagnes, découpée de pointes, de baies et bordé de plages de sable blanc, et cela jusqu'au lac de Faro où se terminent les montagnes et les collines, les plages de sable et la végétation brillante, les terrains accidentés, et où commence la vallée plate de TAmazone à travers laquelle le Jamundà se rend à ce fleuve dans lequel il tombe par plusieurs bras.
Le lac de Faro que traverse le Jamundà est un beau lac de 3 milles de long sur 2 de large. La ville de Faro se trouve à Textrémité occidentale du lac, sur la rive gauche du Jamundà.
D'aucuns prétendent, en raison du bras qui va sur le Trombetas, que le Jamundà serait plutôt affluent de ce cours d'eau qu'affluent de l'Amazone. Cette particularité, d'un médiocre intérêt géographique, aurait plus d'importance au point de vue politique : on sait que c'est le bras le plus occidental du Jamundà qui est constitué pour frontière officielle, entre la province de l'Amazone et celle de Para. Si le bras qui va au Trombetas était le vrai Jamundà ce serait ce bras lui-même qui formerait la véritable frontière.
C'est à l'embouchure du Jamundà qu'Orellana prétendit avoir combattu les fameuses femmes guerrières, qu'il qualifia d'Amazones. Les indigènes les appelaient, dit-il, Icamiabcu. Orellana les supposa habitantes des sources du Jamundà, de la serra Itacamiaba que l'on n'a pas non plus retrouvée depuis. Orellana disait qu'elles étaient protégées par diverses tribus féroces, comme les Pariquis, les Tagaris, les Guacaris et autres qui habitaient alors les bords du Jamundà.
On dit encore aigourd'hui qu*aux sources du Jamundâ se trouverait un lac d'où Ton tirerait certaines pierres vertes de formes très diverses que Ton suppose être d'une argile que Ton peut aisément travailler dans Teau, mais qui, une fois sortie de Teau, aurait la propriété de devenir aussi dure que Tacier ou le diamant. Ces fameuses pierres vertes, qui ont réellement existé, dont on trouve encore quelques spécimens aux mains de certsdnes tribus, et qui ont été soumises, au siècle passé, aux savants spéciaux de Lisbonne, ces fameuses pierres vertes qui ont tant intrigué Lacondamine, étaient appelées par les Indiens muiraquitan. On a dit que les Amazones donnaient ces pierres aux hommes quand, une fois Tan, elles les admettaient à venir communiquer avec elles.
La partie supérieure du Jamundâ est habitée par des Indiens de diverses tribus et la partie inférieure par la population civilisée. En 1874, Barboza Rodriguès releva le cours intérieur du Jamundâ.
Les productions naturelles de la rivière sont le cacao, le breo, les castanhas, cravo, étoupe, julahycica, copahu, caoutchouc et tabac.
Rio Trombetas. — Le rio Trombetas est un des plus importants affluents de l'Amazone. Il est remarquable par sa grande extension et aussi par Tabsence de sinuosités dans la partie inférieure de son cours. Il descend de la Cordillère de la Guyane centrale et se jette dans l'Amazone à 4 milles O.-N.-O. d'Obidos. Il a un cours d'environ 450 kilomètres navigables pendant les grosses eaux par de petits vapeurs d'un faible tirant d'eau.
Les terres de ses rives sont basses et souvent inondées jusqu'à l'embouchure du Cuminâ son principal affluent. Plus haut commencent les chutes que l'on rencontre, dit-on, deplusen plus élevées, jusqu'aux montagnes de la Guyane centrale. Il a un mille de largeur jusqu'à l'embouchure du Cumind dont le cours parallèle au sien est également N.-S. une fois dans la région des hautes terres.
Ce cours d*eau, peu exploré, passe pour être très riche. On y a trouvé le diamant (une plage porte encore le nom de plage du diamant), Tor, des pyrites de fer en abondance et aussi des pierres calcaires.
En 1874, Barboza Rodriguès a relevé le cours du bas Trombetas. Plusieurs expéditions privées, dont quelques-unes françaises, voulurent le remonter jusqu'à ses sources, généralement pour chercher de l'or, pas une ne revint. Je découvris en 1885 les sources du Trombetas qui dans son cours supérieur dans les montagnes centrales s'appelle Couroucouri.
Le Trombetas forme dans la partie moyenne de son cours inférieur deux expansions lacustres qui sont de véritables labyrinthes
44(> ANITEXES.
délies et d'Hots. Il forme aussi un lac dont les eaux riches en sal* pêtre lui ont fait donner le nom de lago Salgado. Le lit du cours d'eau est sablonneux. Les eaux sont claires.
On trouve sur toutes ses plages diverses cristallisations. Tout le terrain a un aspect minéralogique très prononcé, principalement dans les chutes où se trouvent de grandes quantités de fer et d'où déjà se tire le cristal de roche, Tétain, Tantimoine, la plombagine et le mica.
Le fleuve, ses affluents et ses lacs, sont très riches en poisson, ses forêts sont très riches en gibier, sa flore est magnifique. La salsepareille, le cacao, la castanha, le cravo, le copahu, le coumarou abondent, ainsi que d'excellents bois de construction tels que le muîrapinima et le taquara.
La partie inférieure de la rivière est peu habitée, on y trouve toutefois quelques établissements de civilisés. Un peu plus haut on trouve de fameux mucambos ou villages d'esclaves fugitifs.
Les Indiens habitent au-dessus de la première chute et descendent des Indiens Paecis ou Pauxis qui peuplèrent l'aidée de ce nom devenue depuis la ville d'Obidos. Ils sont en relations commerciales avec la Guyane hollandaise d'où ils reçoivent des haches, des armes et autres instruments. Ils parlent un dialecte spécial qui ne ressemble pas à celui des autres tribus. Ces Indiens comptent plusieurs tribus nombreuses. On trouverait parmi elles une grande tribu presque blanche, ou plus exactement de la couleur des métis d'Indiens et de blancs. Les hommes de cette tribu presque blanche portent les cheveux longs par derrière, leurs bracelets des bras et des jambes, leurs calambés sont d'écorces tressées. Les femmes ont la tangue également d'écorce tressée, mais enrichie de perles qui leur viennent des Hollandais. Les esclaves fugitifs des mucambos du bas Trombetas, et, en 1863, un nommé Thomas Antonio de Aquino ont poussé jusque chez ces Indiens.
Paru etJary. — Avantd'arriver au Paru , entre Prainha et Almeïrim, s'étend une suite de collines qui vont de rouestàl'est, celles deParaquara, de Jutahy et d' Almeïrim. Le Paru et le Jary, bien connus depuis Crevaux, ne Tétaient guère avant ses voyages. Voici ce qu'en disaient les géographes amazoniens (i) :
« Le Paru est un des cours d'eau les plus importants de la Guyane *( brésilienne, d'où il descend pour se jeter dans l'Amazone, Il est '< navigable pendant 30 lieues, au-dessus se rencontrent des chutes u nombreuses. Un peu au-dessus de la première il s'élargit beauce coup, plein de nombreuses îles, presque toutes de terre ferme. « Diverses nations indiennes habitent sa partie supérieure, prîncipa-
(1) Conego Francisco Bernardino de Souza, Valle do Amazonas, 1873.
i( lement les Aparahy qui se trouvent à Tendroit appelé Arîmata.- « purù et les Urucuianna qui habitent la partie supérieure. A Tem- « bouchure de cette rivière est située la povoaçâo d'Almeïrim.
« Le Jary est une rivière qui natt dans la Guyane brésilienne et « court du nord au sud se lancer dans TAmazone. Il est navigable « pendant plus de 30 lieues après quoi on rencontre les chutes. Les u rives sont basses et inondées, en général, dans la partie naviga- « ble, et montagneuses dans la partie moyenne et supérieure. Dans c( celle-ci se trouvent les tribus suivantes : Cuceaxim, Uacupi, Oyapi « (avec lesquelles fut fondée en 1839 la povoaçâo de Tujûjù-Maiti, M aujourd'hui en ruines), Japuruhi, Atamancum et Arenaibû. Ces « deux dernières tribus vivent concentrées dans les bois. Les proie duits naturels du Jary sont le caoutchouc, la salsepareille enabon- « dance, le cacao, les castanhas, le coumarou, le cravo, le breo et « la vanille. »
Rio Araguary. — Je Tai relevé en 1883 depuis le confluent de TApurema jusqu'à la première chute. Deux tribus au moins se trouvent sur son cours supérieur, les Goussaris et les Tarripis.
L*Araguary, selon toute vraisemblance, prend ses sources dans les marécages de TAgamiouare. Le lac, ou plutôt le grand marais Agamiouare, découvert par Adam de Bauve en 1831, est une vaste région marécageuse inondée toute Tannée, elle est vraisemblablement la principale origine du fleuve Cachipour. La lagune Agamiouare, d'après Adam de Bauve, donnerait des eaux à trois aflluents du Jary, le Piraouéri, THieuouare et le Mapari. L'Inipocko, grand affluent du Jary, s'y alimenterait probablement aussi. L'émissaire véritable du lac Agamiouare, la rivière Agamiouare n'est probablement autre que le fleuve Cachipour. D'après les renseignements que j'ai recueillis dans les centres du littoral, le Cachipour, dans la région de ses sources, communiquerait avec l'Araguary par une rivière qu'ils appellent la rivière Blanche, et communiquerait aussi, audessus de la rivière Jouisa, avec une branche de TOyapock.
Aux environs de cette région des sources se trouveraient de vastes campos. De cette haute région de prairies entourant les marécages on distinguerait, au nord, les montagnes de l'Approuague ; et, en se dirigeant vers le sud, on arriverait par de grandes plaines découvertes, herbues, ininterrompues si ce n'est par de petits bois clairsemés, et s'étendant entre la grande forêt d'Araguary et la grande forêt du Jary, jusque sur les bords del' Amazone. LeMatapy serait la grande artère de ces prairies. Il prendrait sa source dans le coude supérieur de l'Araguary, à côté de celles de l'Yratapourdu et du Carapanatuba, affluents du Jary.