Circulaire du Comité Central des Houillères, n
CRISE ALLEMANDE i71
a pu no baisser que de 8 p. 100; mais la consommalion nationale a baissé de 30 p. 100 et davantage.
Et ce recul, l'année 1902 n'aurait fait, semble-t-il, que durement l'accentuer, si, par des mesures concertées, par des primes à l'exportation, les syndicats des mines et de la métallurgie n'avaient provoque une reprise tout artificielle. Propriétaires de mines, de hauts fourneaux et d'usines, toutes les puissances minières se sont coalisées pour « rendre de l'activité il l'industrie métallurgique », disaient ces usiniers à l'ouverture de leur conférence pleinière de Cologne (février 1902). « Considérant l'atonie du marché allemand, l'accroissement de la capacité de production des usines nationales et la baisse des prix sur les marchés étrangers », ils décidèrent de fonder une caisse commune pour établir un système de primes à l'exportation. De trimestre en trimestre, ce syndicat d'un nouveau genre distribua les primes suivant la quantité et la qualité de manufactures vendues au dehors : l'exportation put, sinon reprendre, du moins ne pas tomber plus bas.
Ce ne pouvait être là — on le comprend sans peine ■ — qu'une mesure provisoire, destinée à franchir une passe que l'on croyait courte. L'Allemagne, tout entière syndiquée, ne pouvait pas continuer longtemps d'entretenir ses hauts fourneaux à seule fin de leur payer des primes qui permissent d'exporter les
produits sans bénéfice. Dans Fesprit de leurs fondateurs, ces primes ne devaient donc durer que quelques trimestres. Fondées en février 1902, elles n'auraient à fonctionner, pensait-on, que jusqu'à la fin de la présente année. Car, au début de 1902, le monde des mines et des usines nourrissait encore de trompeuses espérances sur la durée de cette crise. Le grand Syndicat: des Houilles imprimait en tête de son rapport annuel de 1901 ' :
Pour la première fois depuis la formation du Syndicat, nous avons à vous adresser un rapport sur un exercice qui, d'un bout à l'autre, est caractérisé par une dépression économique bien accusée. Le mouvement ascensionnel, qui depuis 1896 entraînait à peu près toute l'industrie allemande, s'est arrêté vers le milieu de 1900. Il a fait place à un mouvement de recul, d'abord presque insensible, mais qui, au cours de 1901, nous a menés à un état de marasme et à un manque de travail, tels que nous n'en avions pas subis depuis bien des années.
Après avoir cru aveuglément que les conjonctures favorables se maintiendraient, voire même qu'elles ne feraient que s'améliorer (et cette confiance eut pour effet une hausse continue, souvent malsaine, des prix et une production hors de proportion avec les besoins réels), on est tombé dans un état de défiance également aveugle, dont la conséquence fut la baisse extraordinaire des prix sur un marché surchargé d'offres. Vers la fin de l'année seulement, on s'est mis à apprécier plus sainement la situation, et l'on pouvait penser que la dépression avait atteint, sinon dépassé le point le plus bas qu'elle devait atteindre.
Ces espérances étaient partagées par certains consuls étrangers. L'Angleterre a pour consul général
i. Comité central des Houillères de France, circulaire n° 2249.
à Francfort sir Francis Oppenheimer, dont les admirables rapports devraient être traduits à nos gens de finance : ce sont, d'ordinaire, de très sûrs exposés des affaires de rAllemagne, publique et privée. Pourtant, en son rapport de 1901 *, sir Francis Oppenheimer annonçait la fin prochaine de cette crise :
Ce n'est même pas une crise, disait-il, ce n'est qu'une dépression passagère, un retour du pendule après l'exaltation trop vive des dernières années. On est maintenant au point extrême. La consolidation ou, pour mieux dire, la digestion est presque faite. La part des spéculations malsaines est, presque éliminée. Il faudra quelques mois encore pour achever le déblaiement des Sociétés non viables. A coup sûr, l'Allemagne ne retrouvera pas de longtemps l'excessive prospérité de Vannus mirabilis. Mais lentement, graduellement, ses affaires reprendront, à une condition pourtant : c'est que les complications politiques ne viennent pas se joindre aux complications financières.
S'il en eût été ainsi, la crise de 1902 aurait pu ne pas avoir de grands effets politiques ni, surtout, internationaux. Débarrassée des spéculations irréelles et des affaires non viables, l'Allemagne se fût remise au travail et, seuls, les financiers auraient payé la leçon : on oublie vite ces catastrophes violentes mais passagères; le vigneron du Vésuve reconstruit sa maison nouvelle sur le torrent de laves qui détruisit l'ancienne. Mais s'il fallait aujourd'hui donner clairement mon opinion, je crois, à bien considérer les causes profondes qui créèrent en Allemagne la prospérité passée et la crise actuelle, je crois que le pro-