‹ La France et Guillaume IIChapitre 23 sur 30 · Diplomatie and Comidar Bcporls, n · texte numérisé non relu

Diplomatie and Comidar Bcporls, n

grès de l'Amérique a été un coup sans remède à la prééminence industrielle et commerciale de l'Empire.

Car le caractère principal de celte prospérité allemande, c'est qu'elle ne fut pas un produit de la nature, un fruit, pour ainsi dire, indigène et spontané : ce fut une œuvre humaine, une œuvre tout artificielle, dans laquelle les maigres richesses du sol et les médiocres avantages du pays n'avaient presque aucune part.

Il ne faudrait pas de nombreux exemples pour montrer comment, seules, la volonté et la science de l'homme avaient érigé sur un sol ingrat ce superbe édifice. Si l'Allemagne est devenue la plus grande puissance sucrière, ce n'est pas qu'elle fût mieux pourvue de terres fertiles ou d'engrais naturels; si elle est devenue une grande puissance métallurgique, ce n'est pas qu'elle eût en particulière abondance la houille et les minerais: si enfin son commerce a conquis le monde, ee n'est pas qu'elle fût au confluent des routes mondiales et que sa situation en fît la grande commissionnaire, l'intermédiaire indispensable de l'Europe. Agriculture, industrie, commerce, tout en Allemagne ne fut créé que par le savoir et la hardiesse de l'homme.

Or, avec les mêmes procédés, avec la même science et la même énergie, voici que les Américains dressent aujourd'hui une maison similaire,, mais bien plus gigantesque, en un site, sur un terroir mille fois plus riches et plus favorables. L'invasion américaine sera, je crois, la ruine de l'Allemagne.

Il ne nie seiul)lc pas que le monde actuel puisse nourrir deux organismes aussi semblables, mais placés en des conditions de vie si différentes. L'Amérique est trop bien pourvue par la nature pour que l'Allemagne disgraciée puisse lui tenir tête. C'est la concurrence américaine qui est la cause réelle et durable de cette crise allemande, et je ne vois pas que cette crise puisse entièrement disparaître tant que la cause subsistera. Notre consul de Hambourg écrit le 30 septembre 1902 :

La presse de ma résidence donne, au sujet des éclianges entre le Brésil et l'Allemagne, des informations assez curieuses. La conclusion qui s'en dégage est que la rivalité conomique particulièrement intense entre l'Allemagne t les Étals-Unis, dans l'Amérique du Sud, se poursuit lu Lirésil dans des conditions défavorables au commerce xllemand. Les statistiques impériales et liambourgeoises iccusent, en effet, une diminution constante des exportaions nationales vers ce pays. Sur un chiffre de 415 milions de milreis qui constitue le total des importations du 3résil, l'Allemagne figure au quatrième rang avec 32 milions, après l'Angleterre et les colonies britanniques (130), a République Argentine (56) et les États-Unis (52). Par contre, comme marché d'exportation pour les produits brésiliens, elle occupe la seconde place avec 127 millions le milreis, après les États-Unis (371), avant l'Angleterre et ses colonies (111 1/2) et la France (100).

On attribue celte situation à ce fait que l'Allemagne lurait surtout porté ses efforts sur le sud du Brésil, qui en st la partie économiquement la plus faible, tandis qu'elle lurait négligé, à l'inverse des États-Unis, le nord, dont la prospérité s'accroît tous les jours. Dans les provinces cenrales même, à Rio-de-Janeiro, oià elle détenait naguère le roisième rang, elle n'occupe plus, depuis l'année dernière,

que le quatrième; les importations des États-Unis y sont devenues beaucoup plus considérables que les siennes. Elle n'est plus maîtresse du marché que dans les trois États méridionaux : Parana, Santa Catharina, Rio Grande do Sul. Mais ceux-ci ne participent que pour 7,1 p. 100 aux importations totales du Brésil, alors que ceux de Rio-de- Janeiro et de Saint-Paul y figurent pour 48 et 20,4 p. 100 et les États du nord pour 28,7 p. 100.

Voilà ce qui fait, à vrai dire, la gravité internationale de cette situation. Comment TAIlemagne en sortira-t-elle? Depuis trente ans, l'Europe a connu la paix, parce que TAllemagne en avait besoin. Aujourd'hui encore, rAllemagne est pacifique. Mais que nous réserve demain? La guerre, ou du moins, quelque coup de violence pourrait donner d'apparents bénéfices. A ses portes, rAllemagne voit un tout petit État dont les immenses colonies offriraient de profitables débouchés et comme une chasse enclose, au commerce mécontent.

La baisse du commerce anglais transforma la pacifique nation de Cobden en une meute de matamores et, finalement, amena l'annexion des républiques boers à Tempire britannique. Il ne manque pas outre-Rhin, de calculateurs sans scrupules, qui voien dans l'annexion de la Hollande le seul remède au3 embarras futurs.

ni

L'Europe de la conlre-révoliilion et le Ilolienzdlleni. — L'isoleineiil de Guillaume II. — " Menaces injustes. » — Guillaume II et rAutiicIie-Ilonp,rie. — La route de Macédoine. — Pest et les Slaves. — Les races supérieures. — Le Magyar et TOsmanli. — L'exploitation germanique au Levant. — Le commerce austroliontîfois ot la fermeture de Saloniiiue. — L'affaire de Thasos. — L'industrie hongroise. — Le rôle mondial de Guillaume IL

L'année 1905 aura accompli de grandes choses au profit de l'humanité; peut-être, dans l'histoire, pi^cndra-t-ellc sa place parmi les ères nouvelles, auprès de 1789 et de 1848. A^ant de finir, elle nous donna en un dernier « tableau » les flottes de l'Europe marchant contre Abd-ul-IIamid, les navires de toute l'Europe, sauf ceux de Guillaume II : rien ne pouvait mieux symboliser, je crois, les changements produits par cette année 190o.

Il y a deux années à peine, l'Europe semblait partagée, pour longtemps encore, en deux groupes de forces inégales et de conceptions irréconciliables. En Occident, la petite Europe des nations libres, des

démocraties et des parlements, pour qui les mots de travail, de paix, de justice et de liberté ne sont pas toujours, sans doute, la règle pratique de vie intérieure et internationale, mais qui. du moins, saluent en ces beaux mots l'idéal de leurs rêves et le but de leurs efforts. De l'autre côté, la masse énorme de l'Europe centrale et levantine, vouée au culte de l'autocratie divine ou militaire, cathédrale gothique d'où montent les quatre tours du piétisme prussien, de l'impérialisme habsbourgeois, du tsarisme moscovite et du khalifat ottoman.

Le Hohenzollern, le Habsbourg, le Romanof et rOsmanli : entre ces quatre chefs de la contre-révolution s'échangeaient bien parfois — pour le public — des mots désagréables, des gestes de méfiance ou de défi. Mais, unis par les mêmes intérêts dynastiques, ces chefs de l'Europe féodale se tenaient, faisaient corps, et leur grande ombre, allongée au soleil levant, de l'Adriatique à la Caspienne, de la Macédoine à l'Arménie, couvrait le coupe-gorge où la folie d'Abdul-Hamid avait installé son abattoir de peuples.

A la fin de 1905, voici qu'à l'appel de l'Europe occidentale, le Romanof et le Habsbourg semblent abandonner enfin la cause du Sultan et, seul, le Hohenzollern reste à couvrir les massacreurs. Encore n'oset-il plus afficher trop cyniquement sa complicité dans les entreprises hamidiennes. Pour le monde et pour l'Allemagne, il doit se mettre en frais d'excuses.

Il dit au monde qu'il est avec les Macédoniens et que sa flotte marcherait si la Méditerranée n'était pas

si loin de Kiel. EL il fait entendre à ses peuples d'Allemagne qu'il doit ménager leurs intérêts commerciaux, ne pas les sacrifier aux utopies humanitaires, car, après tout, deux millions et demi de livres turques — c'est le chiffre des commandes qu'Abd-uI- Ilamid a faites aux usines allemandes, le jour môme où l'on apprit l'abstention de Guillaume II, — deux millions et demi de livres turques, soixante millions de francs, sont un joli salaire!

Le monde a souri de l'excuse : malgré l'odieux du rôle, le monde s'amuse encore des jeux et mines du grand acteur. Mais l'Allemagne goûtera-t-elle toujours la beauté de pareils marchandages? Faut-il croire que la conscience allemande est incapable de révolte, ou la démocratie allemande incapable de révolution?

Je sais bien que l'on ne saurait assez compter sur la discipline foncière, qui fait de tout Allemand un soldat de l'Empereur. Croire que, du Rliin à la Vistule, il se trouve aujourd'hui ou qu'il se trouvera demain un seul opposant aux décisions de Guillaume II, — j'entends un opposant véritable, capable de passer à l'acte, — serait une illusion dangereuse, surtout pour nous autres Français. Quoi que décide l'Empereur, l'Allemagne admire et ratifie.

C'est que l'Allemagne, traditionnelle et scientifique tout ensemble, ne fait bien que ce que ses pères ont déjà fait ou ce que ses pères lui ont appris. Or, les Allemands, dans leur histoire, n'ont jamais appris comment une nation secoue la royauté. Il fallait être roi de France, il faut être roi d'Angleterre, ou d'Italie,

OU d'Espagne pour compter parmi ses ancêtres un souverain expulsé par ses propres sujets. Et les services qu'a rendus le Hohcnzollern à la patrie allemande sont de trop fraîche date pour que le peuple ne continue pas à confondre le dévouement à la nation avec la fidélité à l'Empereur.

Ne nous faisons donc pas d'illusions. Laissons dire ceux qui, naïvement, cherchent en Allemagne la source généreuse d'où la justice coulerait sur le monde. Sachons bien que le militarisme du Hohenzollern, — grande nef de cette cathédrale monarchique, dont les transepts, le chœur et les bas-côtés encombraient, hier encore, les trois quarts de l'Europe, — n'olTre aux yeux ni lézarde sérieuse, ni tassement dangereux, aucune promesse de ruine... Mais n'oublions pas comment, dans la réalité, tombèrent maints édifices gothiques.

Quand les hérésiarques et iconoclastes du xvp siècle s'attaquaient à une cathédrale, ils n'avaient pas besoin de monter jusqu'aux clefs de la grande voûte ni môme de s'aventurer dans la forêt des colonnes. Du dehors, en coupant les ogives des arcs-boutant'î, en ébranlant le mur des bas-côtés ou le pied des contreforts, ils savaient que d'elle-même la besogne se ferait; car, les contreforts chancelants et les collatéraux abattus, rien ne peut conjurer l'effondrement des voûtes : quand tout un peuple de fidèles s'y voudrait employer, il n'est plus de force humaine qui puisse maintenir l'édifice contre la poussée, la lente, l'irrésistible poussée des forces naturelles, et plus la

voùle était haute et massive, plus la chute en était soudaine.

Jusqu'en 1905, le militarisme du Hohenzollcrn avait de toutes parts, sauf vers l'Occident, — de ce côté, il dresse encore sa façade hautaine, — une ceinture de clochers, de chapelles, de nefs latérales, de clochetons, de pinacles, darcs rampants ou appuyés : Tabsolutisme tsarien, la bureaucratie habsbourgeoise et le régime hamidien étaient les pièces maîtresses de celte armature; une Italie dupée, une Serbie déshonorée, une Bulgarie comprimée, une Roumanie serve, un Danemark terrifié en étaient les pièces secondaires. De celte double et triple ceinture, que restet-il aujourd'hui et qu'adviendra-t-il demain?

Une Norvège radicale, un Danemark relevé, une Finlande et une Pologne autonomes, une Russie constitutionnelle, une Autriche démocratique, une Hongrie et Slavie fédérées peut-être, une Balkanie réformée ou libre : partout, les barrières tombant, les routes s'ouvrent aux besoins et au progrès des peuples. Et voyez les conséquences immédiates.

Lors des alTaires Cretoises on avait déjà vu les navires des Puissances accourir dans les eaux turques, mais pour maintenir la Crète sous le joug : c'est du moins le résultat qu'au début escomptaient les diplomates. Guillaume II marchait alors et parlait haut parmi les confédérés.

Si les choses tournèrent autrement, ce ne fut la faute que des trois amiraux italien, français et anglais, de l'amiral français surtout, qui décida la

suppression en Crète du régime hamidien. Mais, du jour où se dessina cette politique occidentale, les navires, puis le pavillon même de Guillaume II disparurent des eaux Cretoises ; le jour où cette politique triompha, TAutrichien disparut de même, et le Russe ne resta que pour retarder ou contrarier les efforts de ses collègues. Donc, malgré Guillaume II, sans TAutriche et, presque, sans la Russie, les seules Puissances de l'Occident donnèrent à la Crète un peu de justice et de liberté.

Aujourd'hui, c'est toujours sans Guillaume II, malgré lui peut-être, que les Puissances reviennent exiger pour la Macédoine un minimum de droits. Mais la Russie semble désormais liée, tant par ses alliance et amitié que par ses nécessités internes, à la politique des peuples occidentaux, et c'est l'amiral autrichien qui conduit la flotte de ce concert européen.

Je ne me fais aucune illusion sur les résultats tangibles de l'entreprise. Je sais que volontairement les diplomates se laisseront encore duper par quelque mensonge du Sultan, ou se contenteront de pro-| messes, tout au plus de réformes apparentes : la Macédoine, sur l'heure, ne récoltera pas grand'chose peut-être. I

Mais, quand elle n'obtiendrait au dedans qu'une insignifiante réforme de ses finances, moins encore, un simple changement de ses exploiteurs et de ses financiers, elle aurait gagné au dehors quelque chose de plus, quelque chose de grand, caries peuples sau

ront désormais que ces Macédoniens, ces révolutionnaires, ces anarchistes, dont la presse officieuse et les gens en place nous faisaient, il y a deux ans, le portrait le plus sinistre, sont en vérité les serviteurs de la civilisation et les collaborateurs de TEurope : les Puissances proclament que le droit est du coté de la Macédoine.

En justice, la Macédoine a gain de cause; en fait, elle pourra quelque temps encore subir le déni de ses droits. Mais de la sentence proclamée à la mise en possession, le passage est inévitable : c'est une force aussi que le droit, une grande force, active, mobile, et plus rapide qu'il ne semble, et Guillaume II luimême revendique cette arme, quand il accuse linjustice des ennemis qui, paraît-il, menacent TAllemagne. « Menaces injustes », disait-il en son discours du trône. Étrange parole dans la bouche d'un Hohenzollern, d'un élève de Bismarck! Existerait-il donc une justice entre les nations?

Personne en vérité ne menace l'Allemagne. Personne, — même ceux qui passagèrement en ont le plus à souffrir, — ne regrette que les peuples allemands aient trouvé le bonheur et la paix dans l'unité. C'est toujours un gain pour tout le monde, et tôt ou tard ce doit être un gain pour nous autres Français, qu'une nation soit grande et prospère.

Du jour où l'Allemagne ne mettra son avenir que dans le travail et dans la liberté, — et tôt ou tard, par le jeu des lois et forces naturelles, une Allemagne démocratique remplacera le despotisme d'aujour-

dhui, — nous savons bien que nos droits nationaux retrouveront sécurité et bénéfices à la richesse et à la grandeur de ce voisin. Le présent nous lèse et nous inquiète. Nous attendons sans rancune, mais sans crainte, le juste avenir. Et toute l'Europe qui pense n'a pas d'autres sentiments.

Si Guillaume II no trouve plus chez ses alliés Taveugle dévouement qui fit si longtemps de l'Autriche et de ritalie les serves de Berlin, ce n'est pas l'injustice d'autrui que FEmpereur doit accuser. Rien ne peut montrer aussi bien que cette affaire macédonienne pourquoi l'Allemagne impériale est aujourd'hui isolée.

11 y a dix mois, on faisait un grief à M. Delcassé d'avoir débauché l'Italie. Aujourd'hui, sans doute» c'est aux Anglais que l'on va reprocher d'avoir débauché l'Autriche. La diplomatie anglaise intervint assurément pour entraîner les gens de 'Vienne à l'expédition contre Abd-ul-Hamid, et l'habileté de lord Lansdowne fut pour quelque chose dans le succès. Si les Livres Bleus ne nous, apprennent rien de précis sur les négociations entre Vienne et Londres, nous savons par les journaux qu'elles furent actives et l'on dit que le roi Edouard personnellement s'y employa. Mais qu'auraient pu les sourires d'un diplomate, ou même les promesses et belles paroles d'un roi, si les gens de Vienne n'avaient senti l'impérieuse pression des besoins populaires?

POLITIQUE IMl'ÉllIALE 1^5

Depuis trente ans bientôt que rAutrichc-Hongric était en effet la chose du IlohenzoUern, — et (îuillaume II surtout avait fait de son Autriche l'instrument de ses propres desseins, la servante de ses intérêts personnels, dynastiques ou nationaux, — il fallait être aveugle pour ne pas voir que tous les intérêts des communautés slaves, hongroises, roumaines, italiennes et même allemandes, qui composent la double monarchie, étaient sacrifiés aux exigences de Berlin : la servilité de Vienne ne compromettait plus seulement la dignité du monarque et l'honneur de ses hommes d'État; elle entravait le progrès et môme la vie matérielle des peuples, de tous les peuples austrohongrois.

Est-il besoin de rappeler vingt siècles d'histoire ou seulement d'ouvrir une carte de l'Europe pour montrer le rôle éternel que la nature impose aux détenteurs de cette Autriche-Hongrie, s'ils veulent, en servant les intérêts du monde, servir leurs propres intérêts?

Au cœur de l'Europe, ce couloir et cette plaine du Danube, avec les enclaves des affluents et les annexes bohémienne et polonaise, sont assez fertiles, assez riciies en troupeaux, en forêts, en mines, pour nourrir sans grand travail une population très dense : une humanité primitive pourrait se contenter d'un si beau, d'un si grand domaine, et ne point dépasser les

montagnes de son horizon. Mais ces eaux, ce Danube et ces fleuves, ces routes marchantes qui viennent du dehors et qui y mènent, ont toujours eu un rôle plus important que la terre elle-même dans la vie de cette région. De la Méditerranée vers la Baltique, de TAtlantique vers la mer Noire, de la plaine russe vers les Alpes, des golfes tempérés vers les rivages polaires, des tribus asiatiques aux peuples européens, huit ou dix routes mondiales convergent ici et se croisent : au carrefour, Vienne ou Pest devrait être le marché central de l'Europe, si les maîtres de l'Autriche-Hongrie savaient aménager, simplement tenir ouverts et garder sûrs les chemins que leurs fleuves conduisent ou que leurs monts laissent passer.

Toutes ces routes eurent, à travers les siècles, leur influence déterminante sur la destinée du pays; chacune à son heure amena quelque changement radical dans Texistence et la race même de ces peuples.

L'une amena la civilisation romaine à travers les Alpes; l'autre conduisit la conquête germanique au long du Danube ; une troisième servit aux invasions slave ou hongroise à travers les Carpathes ou les montagnes de Bohême et de Moravie. Mais alors que toutes les autres routes tour à tour prenaient, puis perdaient le rôle principal, l'une d'elles conservait toujours son rôle secondaire^, mais essentiel.

C'est la route qui jadis, aux siècles grecs et byzantins, amena la civilisation méditerranéenne vers la sauvagerie celtique, dace ou hongroise; c'est la roule qui devrait aujourd'hui ramener la civilisation euro-

péenne vers la barbarie levantine. C'est, vers la Macédoine, la route qui descend le Danube, franchit la Save à Belgrade, entre dans le couloir de la Morawa, gagne les défilés et la descente du Vardar et va trouver à Salonique le fond du golfe méditerranéen.

De TArchipel à la Baltique, des forêts septentrionales au verger méditerranéen, c'est le chemin le plus direct, le plus rapide, le plus commode, le plus court en vérité. Et des peuples du nord aux peuples du midi, des gens de la bière aux gens du vin, des mangeurs de pain noir et de choucroute aux mangeurs de riz ou de pain blanc, des glaces et des fourrures aux mûriers, aux oliviers, au soleil, quels échanges continus devrait établir cette traversière de l'Europe pour le profit de tous les riverains, pour le profit surtout des maîtres du carrefour!

Mais Vienne, Raab, Bude, Mohacz, Pétervaradin, Karlowitz, Belgrade, Passarowitz, Uskub, vingt autres noms encore de batailles ou de traités viennent à chaque étape rappeler que depuis quatre siècles, depuis l'entrée des Turcs en Europe, cette route ne fut qu'un passage d'armées, où, comme en un ballet de passes bien réglées. Musulmans et Chrétiens s'avancèrent et reculèrent tour à tour, toujours se massacrèrent les uns les autres et se pillèrent à l'envi.

Durant deux siècles (xvf et xvu^ siècles), les Turcs coururent et sabrèrent jusqu'à Vienne. Durant un autre siècle (xviiie siècle), ils oscillèrent de Bude à Belgrade suivant les fortunes du combat, tantôt

garnisaircs de Biide, tantôt assiégés de Belgrade. Au cours du dernier siècle, ils reculèrent définitivement, se replièrent derrière le Danube, puis derrière la Save, sur la Morawa, sur le Vardar enfin. Mais le soldat de Vienne ne les suivit pas dans leur retraite : sans les harceler plus loin, il s'arrêta au bord de la Save.

Alors, on proclama l'utilité, la sainteté, l'intangibilité de l'Osmanli. On enseigna ce dogme à ' tous les diplomates, dès leur plus tendre duvet, jusqu'au jour où le Congrès de Berlin oublia de respecter le Rubicon : de l'autre côté de la Save, en pleine péninsule balkanique, ce Congrès enleva au Turc quatre de ses victimes et mit la Bosnie et l'Herzégovine sous la loi efTective de l'Autriche, la Serbie et la Bulgarie sous la protection lointaine de l'Europe.

Pour compléter l'œuvre de défense austro-hongroise et de pénétration européenne, pour assurer aussi l'œuvre de concorde balkanique il eût été indispensable d'entreprendre la pacification sociale et la réforme administrative de la Macédoine, l'ouverture complète de la route jusqu'à Salonique, et, par ce lien d'échanges, la conciliation des hommes et des intérêts, l'apaisement des rancunes et des fanatismes. Mais d'une façon systématique des gens de Vienne négligèrent ou nièrent ce devoir : une Macé- 1 doine pillée et massacrée, improductive pour ellemême et inutile pour le reste du monde, intenable i aux indigènes et impénétrable aux étrangers, leur i

semblait la condition ossenlicllo du bonhenr austrohongrois ! Et durant vingt-cinq ans les gens de Pcst, plus proches cependant de Tenfer macédonien, plus intéressés à la sécurité de la route et au développement du commerce, se laissèrent persuader qu'eux surtout avaient tout à gagner à la torture de la Macédoine, tout à craindre de sa libération et de sa prospérité.

Des raisons de politique intérieure semblaient motiver cette diplomatie criminelle : les Slaves de Transleithanie étaient les victimes des gens de Pest, dupés par les gens de Vienne. Les dissensions de 18GG et les batailles de 1848 avaient mis dans les cœurs magyars la haine ou le mépris de ces Croates et de ces Serbes, dont le loyalisme envers le Habsbourg avait retardé de dix-huit ans l'émancipation de la Hongrie. Gardant leurs idiomes nationaux, attachés à leurs églises nationales et à leur patriotisme, revendiquant leur culture propre et leur autonomie, ces Slaves menaçaient — disait Vienne — de faire dans la Transleithanie magyare la même scission dont rêvaient leurs cousins de Moravie et de Bohême dans la Cisleithanie autrichienne.

Or, ces Slaves transleithans, ces Serbes et ces Croates, tournaient volontiers leur sympathie ou leur pitié vers leurs frères balkaniques, surtout vers les autres peuples serbes que tous les liens de la parenté et de la vie unissent aux Slaves de Hongrie. Une « Grande Serbie », touchant à l'Adriatique par l'Herzégovine et le Monténégro, à TArchipel par la

Macédoine, au Balkan par la Serbie actuelle ! Ce rêve, qui ne hantait pas encore la foule serbo-croate, enchantait du moins les espoirs de l'élite.

Et le j\Iagyar se demandait a^ec effroi ce que deviendrait sa petite Hongrie en face de cette énorme Slavie du sud, tandis que vers le nord une autre Slavie se formerait peut-être, réunissant Tchèques, Moraves, Polonais, Ruthènes. Ces deux Slavies pourraient s'unir en une seule masse hostile à la patrie hongroise, car une troisième puissance se flattant d'amener un jour à son Kremlin de Moscou tous les hommages du slavisme, proclamait la nécessité d'une Panslavie.

Dans le passé déjà, cette union panslaviste s'était faite contre le Magyar : en 1848, c'était la coalition des Serbo-Croates et des Russes, au service des gens de Vienne, qui, seule, avait pu mater la révolution hongroise. Qu'en 1878, au lendemain du Congrès de Berlin, trente ans après Jellacich et Paskiéwitch, les Hongrois n'eussent pas oublié cette coalition; qu'ils en aient redouté pour l'avenir quelque renouvellement fatal à leur indépendance : personne en France, où depuis trente-cinq ans nous n'avons pu oublier certaines choses, ne trouverait à s'en étonner. Mais que ce spectre du panslavisme ait continué d'effrayer les Magyars jusqu'en 1905, vingt-cinq ans après l'émancipation de la Bulgarie, voilà qui surprendrait peut-être si l'on ne savait que, chaque jour, durant ces vingt-cinq années, les gens de Pest furent réchauffés en leurs colères ou réveillés en leurs inquiétudes par

les calomnies de \'iennc et les théories « scienliliqiics » de Berlin.

Depuis vingt-cinq ans, de 1880 à 1905, devant l'exemple de la Bulgarie, il fallait, en vérité, fermer les yeux pour ne pas voir ce que devient un peuple slave, affranchi par les apôtres et les soldats du panslavisme et revendiqué un instant par le tuteur de Moscou. Du jour où la Bulgarie prit conscience de ses besoins et put disposer de son choix, le Bulgare est-il resté un jouet de la férule moscovite, un simple pilier de la Grande Slavie? N'est-il pas devenu la sentinelle avancée de l'Occident, le disciple et le correspondant de notre civilisation, de notre. commerce, de notre idéal européen? Qui sait mieux parler aujourd'hui de progrès, de justice et de liberté? Et qui sait mieux agir en conséquence, mieux éduquer la foule, la tirer de l'ornière où trois cents ans d'oppression turque et d'exploitation phanariote l'avaient écrasée?

Le Bulgare (et tout peuple libéré, slave ou non, fera toujours de même : les souvenirs de servitude rendent ombrageuse l'indépendance de l'affranchi) le Bulgare n'a pas engagé son avenir dans quelqu'une de ces combinaisons mystiques ou bestiales, que voudraient établir les politiciens de la race, — les raciens, si j'ose dire, — entre tous les descendants d'un ancêtre sauvage, entre tous les produits d'une même femelle ou d'un même étalon, entre tous les participants d'une hérédité mauvaise (car les vices ouïes tares s'héritent, hélas! plus facilement et plus

longtemps cfiic les qualités ou les vertus) et crune tradition arriérée.

Tradition, hérédité, descendance : les raciens voudraient imposer à la vie internationale la tyrannie du passé; avant 1789, leurs théories auraient été de mise; mais, depuis un siècle, nous avons appris au monde, nous autres Français, à vivre dans le présent, à regarder vers l'avenir, et à juger les hommes, non sur leurs figures ou leurs ancêtres, mais sur leurs actes et leurs principes. Quand les Magyars se vantent justement d'avoir été les plus constants adeptes de nos idées françaises, comment ont-ils pu mettre vingt-cinq ans à s'apercevoir qu'un Slave éduqué devient un Européen comme nous, qu'une Slavie libérée comprend ses intérêts et ses devoirs, ne vend pas ou ne livre pas à d'autres la disposilion de ses destinées, mais cherche parmi ses voisins à concilier ses besoins nationaux avec les besoins des nations voisines et, respectant le droit d'autrui, exige aussi qu'on respecte le sien?

C'est qu'amis constants, mais un peu lointains, de la France, les Magyars étaient d'abord les alliés de Berlin, les associés de la force prussienne, les admirateurs un peu trop crédules de la science germamique, — et Ton sait de reste quels crimes contre l'humanité peut accomplir la force prussienne et quelles erreurs de conduite la science germanique semble parfois légitimer.

Science des races, science des langues : parce que l'ethnographie découvre une diflerence évidente entre

POLITIQUE IMPÉRIALE lOli

les peaux, noires, blanches ou jaunes, les tignasses, plates, crépues ou frisées, les cheveux, noirs, châtains ou blonds, les crânes, ronds ou longs, et parce que la linguistique établit une distinction certaine entre les parlers, sémitiques ou indo-européens, slaves ou germaniques, celtiques ou latins, on veut couper l'humanité en tranches « scientifiques », au mépris des désirs individuels, des alTections nationales, de la justice universelle, et Ton organise le monde suivant une hiérarchie « naturelle », où les hommes et les peuples n'ont de droit au bonheur, à la vie, qu'en raison de leur parenté avec les races, de leur familiarité avec les langues que l'on proclame supérieures.

Supérieurs, et, pour ainsi dire, suprêmement supérieurs, sont les peuples du Hohenzollern. Inférieurs, tous les autres, mais avec des degrés; car, du Nègre, chair à torture coloniale, jusqu'à l'Empereur, représentant de Dieu, les hommes et les peuples s'échelonnent sur les degrés d'ignonomie, d'honneur ou de splendeur, que leur a mérités dans l'estime allemande leur hostilité ou leur servilité envers le Maître.

Les Slaves occupent l'un des degrés plus bas, parce qu'ils ont toujours fourni les ennemis les plusvaillants ou les victimes les moins résignées du Hohenzollern, parce que Berlin même n'existe qu'à leurs dépens et que leur sourd travail de « lapins » fouisseurs (le mot est du chancelier de Guillaume II) mine sans trêve le bel arrangement de cette hiérar-

chie à la prussienne. Plus bas que les Latins, plus bas même que les Français, cest au niveau des Jaunes, chair à pénétration économique, qu'il faut reléguer ces faux Européens, ces voisins de l'Asie, ces cousins des Jaunes, en vérité. Et même il est des Jaunes qui, ayant lié partie avec le HohenzoUern, doivent passer bien avant ces Blancs « mauvais teint ». Le Turc et le Magyar ne sont que des Jaunes après tout, mais des Jaunes au service du Maître.

Mépriser le Slave, le dépouiller, l'opprimer, ne jamais lui venir en aide, mais exciter, armer et soutenir ses ennemis : c'est la leçon que, depuis trente ans, les gens de Pest ont reçue de Berlin, et, nation de soldats, ils n'ont que trop fidèlement suivi ce mot d'ordre. On leur a, de plus, enseigné que, jaunes comme le Turc, ils devaient aider l'Osraanli dans ses habituelles besognes, couvrir de leur chevaleresque renommée ses vices les plus répugnants et ses attentats les plus odieux : par sentiment de famille, ces gens d'honneur ont apporté leurs hommages aux pieds d'Abd-ul-Hamid!

Durant vingt-cinq ans, de 1880 à 1905, c'est ainsi que la Hongrie ne fut, entre Berlin et Yildiz-Kiosque, que la courtière, — et la dupe. Car c'était duperie, le spectre du panslavisme; duperie, la communauté de race entre les houssards de Rakoczi et ce ramassis de Byzantins, de Circassiens, d'Arabes, de Syriens, de Phanariotes, de Francs renégats, que sont aujourd'hui les Turcs de Stamboul; duperie, la prétendue parenté d'un honnête Magyar avec ce louche mulet

arméno-kurde qu'est Abd-ul-Hamid ; duperie encore, t'L coùLouse duperie, la fermeture de cette roule macédonienne qui, ouverte, aurait fait des Magyars les libérateurs et les éducateurs, mais aussi les premiers bénéficiaires de l'indépendance balkanique; duperie surtout, et odieuse duperie, l'arrêt de circulation et de justice entre Pest, terminus de la civilisation européenne, et Salonique, entrée de la barbarie levantine.

Pour détromper les gens de Pest, il a fallu que la révolution russe vînt supprimer leur vaine terreur de l'Ogre et leur prouver que Slave n'est pas à jamais synonyme d'esclave, mais que les Slavies, elles aussi, aspirent au bonheur d'être libres et que Moscou aura désormais, de longues années durant, une besogne plus pressante que de grouper les forces de la barbarie contre les avant-gardes de la raison occidentale. Et il a fallu que l'associé et l'allié allemands appesantissent sur la Hongrie leurs exigences, que Vienne et, derrière Vienne, Berlin réclamassent pour leur langue supérieure l'éternel monopole du commandement.

« Parité de droits », dit la constitution de l'Empire dualiste; mais un Prussien ne reconnaît l'égalité qu'à un Prussien et quand un autre peuple, fût-ce un allié, fut-ce un ami, ose revendiquer ses droits égaux, Berlin a tôt fait de déchaîner contre lui la force brutale des hommes ou des choses.

Contre le Magyar, Vienne, depuis 18 i8, croyait tenir en réserve la force brutale des Serbo-Croates.

Aujourd'hui encore, pour gagner ces Slaves, Vienne semble prêter attention à quelques-uns de leurs griefs : sa feinte compassion aux malheurs de la ]\lacédoine n'a pas d'autre origine peut-être. Mais Pest, usant du môme jeu, fait aux Slaves du dedans et du dehors les mêmes avances : la Macédoine a profité de cette rivalité austro-hongroise, comme jadis elle pâtissait de l'entente. La diplomatie anglaise a su guetter, puis saisir le moment décisif où l'on pouvait entraîner les deux rivaux au service de la cause macédonienne et faire de l'amiral austro-hongrois le chef de la flotte européenne. Le mérite d'une telle opération n'est pas médiocre. Mais l'Angleterre n'eût pas réussi, je crois, sans la collaboration de Guillaume IL

Les vertus et qualités de Guillaume II sont voyantes et retentissantes; ses défauts ne le sont pas moins : au service d'une politique personnelle, il met un égoïsme plus personnel encore. De toute cette combinaison turco-magyaro-austro-allemande, dont le résultat le plus visible était la ruine de la Macédoine, un autre résultat non moins clair était l'enrichissement des financiers et commerçants prussiens.

De Guillaume II et de ses gens, Abd-ul-Hamid achetait, en bonne monnaie sonnante, les instruments à torturer les peuples de son empire. Vienne et Pest ne concouraient donc à la ruine de la Macé-

doine, — dont la prospérité aurait fait l(nir propre richesse, — que pour assurer de plus gros péages aux banquiers et armuriers de Berlin. Dans les livres d'enfants, on raconte de pareilles histoires entre loups, singes, renards et lions, et, dans ces fables, il est de bonnes bêtes qui ne se lassent jamais de tirer les marrons du feu. Dans la vie réelle, entre hommes, il n'en est pas toujours ainsi : d'un commun accord, oubliant leurs autres rivalités, il est possible que Vienne et Pest se lassent d'entretenir à leurs frais, aux dépens de leur industrie et de leur commerce, le brasier balkanique d'où le seul Guillaume II tire — comme on dit chez nous — de lor en barres. Qu'ici encore la diplomatie anglaise soit intervenue pour mettre en valeur le contraste; qu'elle ait su parler affaires, invoquer des chiffres, lire à Vienne les rapports des consuls britanniques sur la situation du commerce en Macédoine : l'argument est-il de mauvaise guerre ou déplacé dans la bouche de ces commerçants? Le consul anglais à Salonique éciit en juin 1905 :

Le commerce dans son ensemble fut meilleur en 1904 qu'en 1903; les importations et exportations furent plus élevées, et ce progi'ès est dû à l'état moins troublé de la province durant la première moitié de l'année, mais surtout à d'excellentes récoltes. On espérait pour la fln de l'année une grande activité dans les affaires; mais cet espoir fut entièrement déçu. Imaginer qu'une plus grande sécurité règne en ce pays et que les affaires, par suite, vont énormément grandir — comme on le prétendait en certaines sphères — est d'un optimisme ridicule. Rien n'est

plus éloigné de la vérité; le pays est aussi peu sûr que jamais et le commerce ne montre quelque amélioration qu'en comparaison de la très mauvaise année que fut 1003 '.

Qui soufîre le plus de cet état de choses? Los nations maritimes ne font guère qu'acheter en Macédoine : elles viennent prendre à Salonique et à Kavala les blés, les tabacs et les peaux. Mais où le Macédonien achète-t-il les draps, les fers, les sucres, les articles et produits grossiers dont sa misère Toblige à se contenter?

Pour les fez et pour le papier à cigarette, l'Autriche- Ilongrie a pratiquement le monopole de l'importation. Tous les fez importés sont faits en Autriche-Hongrie, et des vingt-quatre mille livres sterling de papier à cigarette, dix-huit mille sont d'origine austro-hongroise.

Le Musée commercial de Hongrie a des agents permanents à Uskub; ce sont en vérité des voyageurs de commerce résidents. La première place dans les importations est tenue par l'Autriche-Hongrie, qui a l'avantage de la proximité et dont les manufacturiers s'efforcent de compléter cet avantage naturel par tous les moyens-...

A quoi bon les enquêtes des agents commerciaux et les clTorts des manufacturiers, si les diplomates sacrifient le commerce austro-hongrois aux petits bénéfices de Guillaume II?

Tôt ou tard, cette question devra, presque d'ellemême, s'imposer aux gens de Vienne comme aux gens de Pest. Au lieu d'une Turquie ravagée, ils

1. Diplomatie and Consiilar Boiiorts, Annunl Séries, n° 34:10.

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