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La France et l'étranger

Malgré les services qu'elle rend, chaque jour, à la Science et & rAdministration , malgré la haute et solennelle consécration que lui ont donnée les congrès internationaux , la Statistique n'a pas encore reçu ses lettres de grande naturalité en Europe, et nous n'avons que l'embarras du choix parmi les faits qui témoignent de son impopularité dans les régions officielles , sans parler des défiances, de l'hostilité même qu'elle rencontre partout ailleurs.

Nous ne résistons pas au désir d'en citer quelques-uns.

Il y a quelques années, dans un pays voisin de la France y le Directeur du Bureau central de statistique recevait un jour la visite de M. X., jeune ^maître des requêtes au conseil d'État, et la conversation suivante s'établissait entre eux :

M. X Monsieur, la section à laquelle j'appartiens est, en ce moment, appelée à examiner le budget du ministère dont dépend votre service. Voulant s'éclairer sur Tutilité du crédit demandé pour ce service, elle m'a chargé de venir prendre directement auprès de vous les renseignements qui lui sont nécessaires. Et, d'abord, permettez-moi de vous demander quelle est la nature de vos travaux?

Le Directeur (surpris et même un peu piqué). Monsieur, la question m'étonne. Le conseil d'État, auquel le ministre envoie, chaque année, les publications de mon Bureau, devrait savoir que j'ai mission de faire une enquête périodique sur les Eaiits économiques et sociaux les plus importants, et notamment sur les forces productives du pays (agriculture et industrie); sur le mouvement de la population constaté à la fois par les dénombrements et le relevé annuel des naissances, mariages et décès; sur l'assistance publique sous toutes ses formes, depuis la crèche jusqu'à l'hôpital; sur les institutions de prévoyance; sur les finances des départements et des communes; sur les prix et salaires; sur les consommations dans les principales villes; sur les assurances et les sinistres de toute nature, etc.

M. X. Très-bien; mais je dois faire ici une observation importante, c'est que la plupai't de ces enquêtes ont déjà été faites par votre prédécesseur et qu'on ne s'explique pas pourquoi vous les recommencez. Ainsi, il a publié 4 forts volumes sur l'agriculture, 4 autres volumes sur l'industrie, 2 volumes sur l'assistance publique et les prisons, je ne sais combien d'autres volumes sur d'autres matières. Ce domaine de la statistique a donc été complètement exploré, et la section se demandera cer-

tainement pourquoi Fadministration recommence les travaux qu elle a déjà faits à d'autres époques.

Le Directeur (regardant attentivement son interlocuteur). M. le maître des requêtes plaisante très-agréablement....

M. X, Mais, Monsieur, je ne plaisante pas du tout.

Le Directeur (se contenant avec peine). Alors, Monsieur, vous pensez que le cœur de ce pays a cessé de battre juste à la date de la retraite de mon prédécesseur; que, notamment, sa population est restée stationnaire, que sa mortalité , que sa fécondité n'ont pas varié, que ses forces productives sont aujourd'hui exactement les mêmes qu'il y a dix ou vingt ans; en un mot, qu'il s'est fait, par une sorte d'enchantement, un temps d'arrêt complet dans toutes ses conditions d'existence? Pour l'honneur du conseil d'État, Monsieur, je ne voudrais pas qu'une pareille pensée eût pu être exprimée en dehors de ce cabinet.

M. X. (piqué à son tour). Il est tout naturel, Monsieur, que vous cherchiez à justifier l'existence de votre service; pour moi, je conserve mon opinion, et je n'hésiterai pas à la soutenir devant la section.

Le maître des requêtes sortit sur ces mots et retourna au conseil d'État, où la section intéressée se trouvait précisément en séance et se préparait à discuter les modestes ressources affectées aux travaux de la statistique.

La discussion fut courte, mais décisive : à la suite des observations de notre jeune fonctionnaire sur la complète superfluité du Bureau de statistique, elle supprima d'un trait de plume le crédit demandé.... Le coup était rude, mais non mortel; on pouvait en appeler de la section à l'assemblée générale. C'est ce que fit avec succès l'éminent et énergique ministre de qui relevait alors le service ainsi menacé.

L'horizon de la statistique commençait à se rasséréner et notre Directeur à se remettre de ce vif émoi, lorsqu'il est appelé dans le cabinet du ministre, qui lui tient à peu près le langage que voici:

«Vous avez été éénoncé au chef de l'État par un certain nombre de représentants de l'autorité locale, comme entravant l'expédition des affaires courantes par le nombre toujours croissant des renseignements que vous leur demandez; par les travaux prétendus excessifs que vous imposez à leurs bureaux. Si j'avais été courtisan, j'aurais déféré au désir du Souverain en supprimant ou en réduisant votre service et en vous donnant une autre destination. J'ai résisté, je vous ai défendu et je vous maintiens. Mais il est nécessaire que le Souverain ne reste pas sous l'impression des plaintes que vous avez provoquées. Voici les mémoires qui lui ont été adressés; faites-y une réponse courte et péremptoire, je la mettrai sous ses yeux. » Le Directeur, profondément touché, s'oublia jusqu'à serrer affectueusement la main du courageux ministre et sortit. Le mémoire fut rédigé, remis, lu, et l'affaire n'eut pas de suite.

A quelques mois d'intervalle, un des collègues de ce ministre tentait d'en obtenir, toujours sur les plaintes de ces mêmes représentants de l'autorité locale (organes un peu complaisants de leurs bureaux), une certaine restriction de la sphère d'activité du Bureau de statistique. Cette nouvelle démarche était restée sans résultat et TExcellence ainsi éconduite paraissait s'être résignée, lorsqu'un matin, un des journaux les plus dévoués à la politique du gouvernement attaqua dans les termes les plus vifs une des enquêtes que dirigeait en ce moment le Bureau de statistique... Sur la proposition du malheureux Directeur ainsi harcelé et condaiYmé à une dé-

fensive perpétuelle , le ministre consentit à autoriser une réponse .... qui ne fut insérée qu'après des atermoiements et des difficultés de toute nature.

Mais ce n'est pas seulement dans ce pays voisin de la France que la statistique ofScielle a eu les honneurs de la persécution. Les palmes du martyre lui ont encore été infligées ailleurs. Ainsi , plusieurs fois et violemment attaqué au sein des deux chambres» le Bureau de statistique belge a perdu une notable partie de sa dotation et n*a pu continuer cette excellente monographie du mouvement de la population qu'elle publiait annuellement avec le plus grand succès pour les hommes spéciaux. — En Hollande, une commission supérieure, composée des économistes et adminis* traleurs les plus éminents du pays, donnait une active et heureuse impulsion aux travaux d'un bureau central. Dans un paroxysme de cçtte Qèvre d'éconojnie qui saisit quelquefois les législatures, surtout quand elles veulent se débarrasser d'un cabinet ou d'un ministre impopulaire, et qui s'en prend toujours aux plus minces détails d'un budget, les États généraux supprimèrent un jour, et au moment le plus imprévu, le crédit affecté aux traitements de la commission. — Dans la Saxe royale, le chef du Bureau de statistique s'était attiré, par la hardiesse de certaines déductions tirées des documents recueillis par ses soins, les ressentiments de quelques membres de la Chambre. Us s'en vengèrent en demandant et en obtenant la suppression du crédit affecté à ses travaux. Le directeur se démit immédiatement de ses fonctions , dans la pensée que cette satisfaction personnelle une fois donnée à la Chambre, le crédit serait réintégré au budget et la cause de la statistique sauvée. Vain espoir, Yéco^iotnie fut maintenue, et les publications du Bureau de statistique se réduisent aujourd'hui à un simple journal mensuel formant supplément au Moniteur de l'endroit.

En présence de ces manifestations hostiles, éclatant à la fois dans de grands et petits États et sur les points les plus divers de l'Europe, nous nous sommes demandé si la statistique n'avait rien à se reprocher, si elle avait la conscience parfaitement nette des griefs invoqués contre elle. Nous nous sommes notamment posé la question de savoir si elle n'avait pas eu le tort de procéder T^omme si l'éducation spéciale du pays était faite, c'est-à-dire de prendre trop tôt des allures scientiliques; si elle n'eût pas mieux atteint son but en se rendant plus accessible, plus populaire, plus attrayante. Il est certain que, longtemps, en France et à l'étranger, le mot slatislique n'a désigné que des masses indigestes de chiffres, de lourdes et pesantes colonnes de données numériques, vaste dédale au travers duquel l'esprit cherchait vainement sa voie. Si un progrès sensible a été réalisé depuis, si, aujourd'hui, le règne exclusif du chiffre a cessé, si le texte, l'explication, le commentaire, les rapprochements instructifs tendent à prendre une notable partie de la place qu'il absorbait autrefois, ce progrès est-il suffisant? Les préventions, les préjugés ontils disparu? Les enquêtes du gouvernement trouvent-elles partout cette faveur, ces dispositions favorables, celte juste appréciation de leur importance qui peuvent seules en assurer le succès? L'agriculteur auquel il demande le rendement de sa terre et sa richesse en bétail, le manufacturier qu'il invite à lui faire connaître la valeur de ses matières premières et de ses produits, la force de ses moteurs, le nombre de ses ouvriers et de ses machines, le secret de son industrie enfin, fournissent-Us avec empressement les renseignements sollicités? Le mettent-ils spontanément en mesure de suivre, dans ses développements, la richesse du pays? Hélas! s'ils étaient sincères, les statisticiens officiels seraient unanimes à dire qu'il n'en est

point ainsi et qu'ils ont à lutter à la fois et contre le mauvais vouloir des populations toujours disposées k prêter une arrière-pensée fiscale aux recherches de Tautorilé, et contre la secrète hostilité des fonctionnaires locaux chargés de la tâche, un peu ingrate, il faut l'avouer, de réunir, dans de pareilles conditions, les éléments du travail qui leur est demandé.

Que faire pour conjurer ces difficultés, pour mettre un terme à cet antagonisme? comment susciter ou développer, au moins en France , le goût des études statistiques? De plusieurs manières, selon nous, et avant tout, en travaillant résolument à réducation économique du pays. Si, par un enseignement spécial largement appliqué, toutes les classes de la société apprenaient à connaître les conditions dans lesquelles se crée et se développe la richesse publique, elles comprendraient la nécessité de favoriser de tout leur concours les enquêtes qui peuvent jeter quelque lumière sur le mouvement, les vicissitudes, les formes nouvelles de cette richesse, et sur les causes qui en empêchent ou en ralentissent le progrès. On verrait alors se produire, chez nous, ce fait caractéristique et de si bon augure en Angleterre, du débit nombreux des publications officielles, débit favorisé sans doute par la modicité de leur prix, mais qui n'aurait certainement pas lieu, en France, dans les mêmes conditions de bon marché. Nous voudrions en outre que les portes de l'enseignement public à tous ses degrés fussent ouvertes à la statistique proprement dite, c'est-à-dire à l'étude des faits sociaux, moraux et économiques. En Angleterre, en Allemagne, en Scandinavie, en Russie, les chaires d'économie politique sont en même temps des chaires de statistique comparée. Pourquoi n'en seraitil pas de même partout ailleurs? Pourquoi, même dès le lycée, nos enfants ne seraient-ils pas appelés à étudier de petits précis, clairs, substantiels, attrayants (autant que la matière le comporte) sur les conditions d'existence de leur pays, telles que les révèle la statistique officielle? Pourquoi des livres de cette nature ne seraient-ils pas mis, dans les écoles normales primaires, entre les mains des futurs maîtres de nos campagnes?

Quant aux hommes spéciaux, statisticiens officiels ou non, nous voudrions qu'ils se fissent un devoir, par la publication de monographies intéressantes ayant pour objet les questions le plus à l'ordre du jour, de populariser les recherches statistiques, en démontrant la grande importance, la haute utilité pratique des résultats auxquels elles conduisent, quand elles reposent sur des méthodes d'observations éprouvées.

C'est une tâche de cette nature que nons essayons de remplir en mettant au jour ces Études. Elles ne justifient pas, toutes, disons-le, le titre général du volume; quelques-unes, en effet, ne s'appliquent qu'à la France; mais, en les écrivant, nous ayons toujours comparé la France du présent à la France du passé, avec l'intention de signaler les changements caractéristiques survenus dans les manifestations les plus importantes de sa vie sociale, morale ou économique. Pour les autres, nous avons analysé les documents étrangers et rapproché, toutes les fois que les différences dans les institutions, dans les législations ou dans la forme des publications officielles n'y mettaient pas obstacle, les faits analogues pour le plus grand nombre de pays possible. Nous avons eu, dans cette partie de notre travail, à nous préserver d'un écueil d'autant plus dangereux qu'il échappe souvent aux yeux les plus exercés, c'est l'absence réelle de similitude, d'identité entre des observations en apparence de même nature, de même origine, et nous avouons n'être pas certain de l'avoir

toujours évité. Hais, dans ce cas, nous n'bésitoos pas à en reporter la faute à l'insuffisance des documents, qui ont oublié d'indiquer le sens véritable des dénominations données aux faits, oubli regrettable, quand ces dénominations pouvaient se prêter à des interprétations différentes. Au surplus , pour un certain nombre de rapprochements de cette nature, nous avons signalé loyalement les difficultés qu'ils nous paraissaient soulever, en avertissant que nous bornions nos prétentions à ouvrir la voie à des explorateurs plus heureux que nous, surtout à l'époque où l'œuvre d'unification des enquêtes officielles poursuivie par les congrès de statistique serait enfin accomplie.

Un mot maintenant sur chacune de ces 33 études, au point de vue de leur opportunité et de l'importance des questions qui en ont été l'objet

L'étude sur les chertés en France remonte à une époque où la hausse générale et rapide des prix depuis 1853 causait les plus vives alarmes. Nos recherches ont eu tout d'abord pour but de montrer aux gouvernements l'influence terrible que les insuffisances de récoltes exercent sur la santé des populations, surtout dans les pays où, comme en France, l'assistance publique n'est pas bbligatoire, et de démontrer ainsi la nécessité d'assurer en tout temps le libre commerce des objets de consommation alimentaire. Deux années' après, la législation dite de l'échelle mobile était supprimée, et la libre entrée des céréales conjurait en grande partie une des chertés les plus graves qui aient menacé la France depuis le dernier siècle. n faut remonter à cette époque, en effet, pour trouver une récolte aussi insuffisante que celle de 1861. Elle a été telle que, malgré les larges approvisionnements tirés du dehors, le prix du blé s'est accru de près de 47 p. 100 par rapport à 1859 (de 16 fr. 64 c. à 24 fr. 55 c), et de 20 p. 100 relativement à 1860 (de 20 fr. 24 c. à 24 fr. 55 c). Aussi la mortalité de 1861 s'est-elle subitement accrue de 60,000 décès environ de 1860 à 1861. — Nous avons voulu également montrer que, par suite des progrès de l'agriculture et surtout de la variété introduite dans les cultures, les insuffisances de récoltes ne sont ni aussi fréquentes, ni aussi intenses qu'autrefois.

En écrivant notre historique des dénombrements enFrance^ au moment où l'Administration préparait les cadres et les instructions du recensement de 1861, nous 'avions aussi une double intention, d'abord de lui signaler les améliorations à. introduire dans la forme de ces grandes opérations, puis d'hidiquer aux économistes et aux hommes d'État, pour lesquels le faible accroissement de notre population , malgré les progrès incontestables de son bien-être, est un sujet d'étonnement, la mesure et quelquefois la cause des variations constatées dans la proportion de cet accroissement de 1801 à 1856.'

La monographie de Yassistance publique se rattache assez directement aux deux précédentes. Il n'était pas en effet sans intérêt de savoir comment et à l'aide de

1. n s'est glissé, dans cette étude, une erreur, que nous croyons devoir rectifier ici, en ce qui concerne les accroissements comparés de population d'un recensement à l'autre , d'abord d'après le recensement, puis d'après Texcédant, dans le même intervalle, des naissances sur les décès. Voici quels ont été, eu réalité, ces accroissements :

De 1801 Del80« De 1821 De 1831 De 1836 De 1841 De 1846 DelSSl kl806. ki%%i. klSai. ^1836. ft 1841. à 1846. k 1851. ft 18&6.

Accroiswment i *" '•**'"""**°'* • ^ »'**»*** 1,364,450 2,107,348 971,687 689,268 1,170,308 388,684 856,194 rf'iukpAa 1 r«*céd. des naisaapree f lanees 568,384 3,000,484 8,149,530 764,844 778,958 919,877 581,519 388,833

sTRASBornr. , iiipRiMEniE de veuve bbrgkr-levrault.

à ane glorieuse pléiade de savants modesles morts pour la plupart jeunes encore el victimes de leur dévouement à la science, est un pieux hommage à leur mémoire et une dernière marque d'affectueuse estime à quelques-uns d'entre ceux qui furent nos amis. Cette galerie funèbre est aujourd'hui incomplète» l'éminent actuaire du gouvernement anglais, M. Finlaison et notre Yillermé, ayant depuis grossi «la liste de ces hommes laborieux qui appliquèrent, avec le plus grand succès, la méthode statistique à la recherche des moyens d'améliorer la situation de l'homme en société.

Le système électoral de la France et de l'Angleterre est un essai de statistique politique. Nous avons voulu montrer qu'en réalité la législation anglaise, malgré la réforme de 183S, a fait de l'éligibilité un privilège au profit des classes les plus riches et par copséquent les plus conservatrices de la société. C'est la véritable explication de cette stabilité des institutions constitutionnelles qui a permis à l'Angleterre de se développer paisiblement, et sans temps d'arrêt, dans sa force et sa

Le ZoUverein, monographie écrite au moment des premières démarches du gouvernement français auprès de la Prusse pour étendre nos relations commerciales avec l'Allemagne et donner ainsi à ce pays un gage de nos intentions pacifiques , est une analyse rapide des modestes origines et du développement rapidje de la célèbre association douanière. Œuvre à la fois d'une politique habile et d'une grande entente des heureux efiets de la liberté commerciale, le ZoUverein, en même temps qu'il a consacré la suprématie de la Prusse en Allemagne, a favorisé au plus haut degré le développement des ressources intérieures des États associés.

Les recensements en Angleterre constituent l'enquête la plus considérable que l'on puisse faire sur la situation générale d'un pays, l'autorité supérieure saisissant cette occasion de se procurer un certain nombre de renseignements que, dans les États à forte centralisation administrative, elle reçoit régulièrement de ses agents dans les provinces. Us ont encore cet attrait tout particulier, qu'ils attestent, en dépit d'une forte émigration, un des plus rapides accroissements de population que l'on constate en Europe, par le double effet d'une grande fécondité et d'une faible mortalité. Opérés à des intervalles considérables (10 années), ils éveillent en outre la curiosité par ce charme de l'inconnu et de l'imprévu qui n'existe pas dans les pays où le nombre des habitants est constaté tous les trois ou cinq ans, et où, par suite de leurs habitudes sédentaires, on peut en calculer d'avance, Irès-approximativement, le mouvement d'une période à l'autre^ à l'aide du relevé de l'état civil. Nous avons donc cru devoir étudier avec quelques détails \e mouvement de la population anglaise d'après les dénombrements de 1801 à 1861, pour en signaler les données les plus saillantes.

L'examen des régimes financiers comparés de la France et de l'Angleterre nous a conduit à conclure que ces régimes présentent des différences telles, que leur rapprochement ne saurait conduire à un résultat vraiment pratique. Cette étude n'a cependant pas été complètement stérile; elle nous a donné, pour les deux pays, une idée assez exacte de l'intervention du gouvernement dans les intérêts généraux de la société et de la large part de l'initiative privée, en Angleterre, dans des entreprises qu'en France l'État croit devoir se réserver exclusivement Cette différence a plusieurs causes: la première, c'est l'abondance des capitaux mobiliers, en Angleterre, et la tendance de ces capitaux à s'associer; la seconde, c'est la hardiesse et

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De l'étude de l'influence de l'or à celle du mouvement de l'aliénation mentale en Europe, la transition n'est pas aussi brusque qu'elle paraît l'être. Qui sait, en effet, si l'esprit de spéculation, déchaîné par l'extrême abondance des métaux précieux, n'a pas eu une part considérable dans les causes de la propagation de la terrible maladie? Ce qui est certain, c'est que, à très-peu d'exceptions près, tous les recensements officiels constatent un accroissement à la fois absolu et relatif très-notable des affections mentales. Dans plusieurs pays, cet accroissement est supérieur à celui de la population. Autant que les documents officiels nous l'ont permis, nous avons essayé de nous rendre compte de l'influence de l'âge, du sexe, de l'étal civil, des lieux (villes et campagnes), du bien-être et de la misère, des professions, de la race, du sol, et même des croyances religieuses sur la folie, et nous avons mis en relief certaines coïncidences, certains rapports de cause à effet qui avaient échappé, faute d'observations suffisantes, à nos prédécesseurs dans la même voie.

Le mouvement de la criminalité en Europe n'est pas sans quelque affinité avec rétude précédente. Hélas! les excitations morales qui déterminent la folie, c'est-àdire l'ambition, le désir du bien-être à tout prix, les sombres passions de l'orgueil, de l'envie, de la haine, les ressentiments profonds et invétérés, l'absence du sentiment religieux, sont aussi bien les causes de l'aliénation mentale que du crime, et, bien souvent, le coupable n'a été qu'un malheureux trahi par une raison défaillante. En comparant les divers États au point de vue du nombre et de la nature des infractions à la loi, nous ne nous sommes fait aucune illusion sur les difiicultés, sur les causes d'erreur d'un semblable rapprochement, et pour les conjurer autant que possible, nous nous sommes surtout attaché aux faits les plus graves , à ceux qui ont les mêmes dénominations dans toutes les nomenclatures pénales et qui constituent la même nature d'attentats sur les personnes et les propriétés.

L'agriculture est représentée dans cette série de monographies par deux essais : l'un (de beaucoup le plus considérable dès deux) sur l'état du morcellement en France et dans les principaux États de l'Europe; l'autre sur les résultats généraux des opérations cadastrales en Europe. On sait que la question de la division du sol est une des plus discutées de ce temps, à la fois au point de vue politique. et agricole. Après avoir caractérisé, d'après des renseignements peu connus, l'état réel dé cette division en France et dans les États où la loi a pris des précautions particulières pour faire de la propriété foncière un monopole entre les mains d'une caste privilégiée, nous n'avons pas hésité à revendiquer, pour cette propriété, la même liberté illimitée de transmission que pour les valeurs mobilières. — L'essai sur les cadastres nous a conduit à constater comment se répartissent en Europe les diverses natures de sol, ou plus exactement de cultures, et à déterminer ainsi l'une des forces productives (et la plus importante dans beaucoup de pays) des États sur lesquels ont porté nos recherches.

Après avoir analysé, d'après les recensements, les conditions d'accroissement de notre population, nous avions à demander aux relevés de l'état civil la solution de la question de savoir si cet accroissement se produisait par le fait de sa fécondité ou par le prolongement de la durée de sa vie moyenne. Ces relevés ayant été affirmati& dans le dernier sens, il nous restait à interroger l'état moral et économique de notre pays sur les causes de la diminution graduelle et presque continue depuis le dernier siècle, de la fécondité de nos mariages, quand il était démontré que.

xrv

contrairement à une opinion généralement acceptée, le rapport de ces mariages à la population nubile s'était plutôt accru qu'affaibli. Ces diverses recherches font l'objet des Études qui ont pour litre : Mortalité et mariages en France de iSOO à

iseo.

L'entretien par le plus grand nombre des États de l'Europe, même par ceux dont le droit international a consacre la neutralité, d'un effectif militaire de beaucoup supérieur à leurs ressources, est la principale cause des difficultés financières contre lesquelles ils ont presque tous à lutter, et l'obstacle le plus insurmontable aux améliorations dont leur situation matérielle est susceptible. Nous avons eu la pensée de mesurer l'étendue des sacrifices que cet effectif leur impose, en évaluant, pour chaque État, son rapport à la population, les frais d'entretien d'un soldat en temps de paix, enfin le rapport des dépenses militaires aux dépenses totales. Nous sommes ainsi parvenu à déterminer, sans exagération et en restant même très-probablement au-dessous de la réalité, la mesure de ce que nous appellerons le coefficient militaire actuel des pays, grands et petits, de l'Europe. Nous avons, d'ailleurs, saisi cette occasion de faire connaître le mode de recrutement et l'organisation de leurs armées. Tel a été le sujet de l'essai sur les armées européennes,

La prévoyance en France devait, dans notre pensée, être le titre d'une série de . recherches sur l'ensemble des institutions préventives du paupérisme en France et au dehors. L'impossibilité de réunir en temps utile les documents étrangers sur la matière j nous a contraint à limiter, quant à présent, celte étude aux sociétés de secours mutuels, dont le rôle, au surplus, est dominant dans le jeu de ces institutions. Ce travail est la suite naturelle de celui que nous avons consacré à l'assistance pvhliquej la prévoyance étant en quelque sorte l'antithèse de la charité.

Une opinion paraissait devoir s'accréditer en Europe, au moins à en juger d'après certaines publications, c'est que notre population avait subi une atteinte profonde, depuis quelques années, dans ses forces vives, dans son aptitude physique. Le mot décadence avait circulé^ surtout à l'étranger, et trouvé des oreilles avides.... Nous avons voulu savoir ce que ces bruits, propagés en France par des journaux d'opposition, pouvaient avoir de fondé, et il nous a été facile de démontrer : 1® que la mortalité a presque constamment diminué en France, depuis le commencement de ce siècle, sauf un temps d'arrêt, de 1854 à 1859, motivé par des circonstances extraordinaires, dont l'action heureusement a cessé de se faire sentir; 2° que le progrès, à peu près continu de la vie moyenne, n'y a été interrompu que pendant la même période; 3** que le recrutement de notre armée s'opère plus facilement qu'à aucune autre époque; '4^ que si les grandes tailles ont diminué, il en a été de même des petites, les tailles moyennes tendant à se substituer aux unes et aux autres. — Étendant cette enquête aux autres États de l'Europe, nous croyons avoir démontré que si la France n'occupe pas le premier rang, au point de vue de l'enseinble des faits par lesquels se manifeste l'aptitude physique, elle figure au motns au nombre des pays qui ont la vitalité la plus énergique. Restait à faire la preuve, dont nous n'avions pas les éléments à tsette époque, que sa vie moyenne est «ne des pl^us élevées de l'Europe. Aujourd'hui, nous pouvons affirmer qu'elle est la fins élevée. Voici, en effet, dans quel ordre se classent les pays sur lesquels ont porté nos calculs (qui comprennent, le plus souvent, dix années de ta période la plus récente) :

fnnre. Belgique. Hollande. *"' * Écoaie. Aalriche. Praue.

La répartition numérique des cvUes en Europe est le premier essai de statisUque religieuse qui ait eu pour base des documents officiels et qui donne une idée exacte du rapport à la population de chaque pays des cultes chrétiens et non chrétiens. Nous avons pu suivre, pour quelques États, le résultat, pendant une série d'années, de l'antagonisme des diverses croyances religieuses; mais le plus souvent ce résultat a été insignifiant, les populations restant remarquablement fidèles à leur foi, et l'émigration seule ou des différences de fécondité expliquant les modifications survenues dans le classement proportionnel des cultes d'un recensement à l'autre.

L'enquête sur la production minérale en Europe nous a confirmé dans la pensée que les Ëtats les plus industriels sont ceux dont le sol recèle en plus grande quantité ces deux éléments indispensables de toute puissance manufacturière , ces deux générateurs de toute force créatrice, la houille et le fer.

Ici se termine ce volume. S'il était favorablement accueilli, il pourrait être prochainement suivi d'une seconde série ô!Êtudes de même nature. Mais l'auteur ne se fait aucune illusion sur le sort de son livre. Dans notre vie si agitée (quelques-uns disent si remplie), il n'y a place aujourd'hui que pour les œuvres de l'imagination et fort peu pour celles qui tendent plus ou moins vivement les ressorts de l'esprit. — € Penser, mon cher, penser, disait dernièrement à un ami un homme de beaucoup d'esprit, et auquel cet esprit avait valu un avancement rapide dans certaines

fonctions, mais cela fait perdre beaucoup trop de temps, » A. L.

1. Ce chiffre est la résultante des vies moyennes afférentes aux diverses nationalités de cet empire, ainsi la vie moyenne est de 29.11 pour les provinces allemandes, de 29.3 pour les provinces illyriennes, de 22.8 pour les provinces slaves, de 25.6 pour les provinces italiennes et de 19.5 pour les confins militaires.

2. Noos puisons le chiffre afférent à la Prusse dans le Journal du Bureau de statistique de Prusse, te même recueil emprunte à l'ouvrage du professeur Vappseus sur la population (AUgemeine BevôlkerungS'Statistik) , le tableau ci-après de la vie moyenne à la naissance (déduite aussi de Tâge moyen des décèdes) pour un certain nombre de pays. Les données qui ont servi de base aux calculs du savant professeur , nous paraissent être assez anciennes.

F«nc. Beljiqoe. ±^^ ^."^ HoIUnde. ^e^- SoMe. Nonrég.. S«e. ,S^„; ^^^^ Hol^in 31.06 28.63 28.16 37.95 87.76 27.74 27.66 27.53 27.25 27.22 26.56 26.00

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