‹ La France et l'étrangerChapitre 118 sur 177 · D*aprte M. le D' Martini» directeur de l'asile de Leubns · texte numérisé non relu

D*aprte M. le D' Martini» directeur de l'asile de Leubns

En principe, pour pouvoir apprécier les différences dans le coefficient d'insanité que signale ce tableau, il faudrait pouvoir rechercher, pour chaque pays, les influences de la race, du climat, du sol (particulièrement au point de vue de Torographie), du bien-être, des cultes, de la prédominance de l'élément urbain et rural, de la part de l'industrie ou de l'agriculture dans l'ensemble du travail national, enfin du nombre des asiles. Ces influences sont certaines, en effet, et il n'est pas permis à l'aliéniste d'en négliger l'examen. Mais c'est dire en même temps combien est immense le champ de pareilles investigations et combien peu il nous est permis ici de l'aborder. D'un autre côté, il ne nous parait pas possible de compter sur l'entière exactitude des faits recueillis dans les divers pays que nous avons comparés, en ce qui concerne, non-seulement les nombres absolus, mais encore et surtout le classement des aliénés entre les deux grandes catégories que comprennent les maladies de l'intellig^ence. Il n'est nullement démontré, par exemple , que l'idiotie proprement dite n'ait pas été plus ou moins souvent confondue avec la démence qui est le dernier terme de la foUe. On est, d'ailleurs, d'autant plus autorisé à douter de la valeur des méthodes qui ont présidé aux divers dénombrements, que nous avons vu, dans plus d'un pays, les faits se modifier complètement d'une période à l'autre, et souvent à une faible distance, à la fois au point de vue du rapport des sexes et, ce qui est plus grave, du caractère de la maladie. Ajoutons que les documents officiels se taisent généralement sur la question de savoir si les aliénés étrangers figurent ou non dans les dénombrements, n est donc nécessaire, au milieu de tant de causes d'incertitude, de n'interpréter ces documents qu'avec la plus grande circonspection.

En fait, si l'on n'étudie tout d'abord que l'aliénation, et si l'on élimine, comme probablement entachés d'erreurs, les chiflres aflërents à l'Espagne, à la Grèce e(à la Silésie prussienne, on trouve qu'en Europe, le nombre des habitants pour 1 malade oscille entre 1,754, minimum représenté par la Bavière, et 260, maximum représenté par le canton d'Argovie. Il est difficile de prendre une moyenne entre des écarts aussi considérables, écarts qui se produisent même dans les pays habités par des populations de même origine et placés dans des conditiqns climalériques et économiques très -peu différentes. C'est ainsi qu'en Wurtemberg, on compte 943 habitants pour 1 aliéné, tandis qu'en Bavière, le rapport s'abaisse à 1,754.

Abstraction faite des chiffres relatifs au Danemark, dont nous suspectons l'exactitude, les pays qui, après l'Irlande , ont le plus grand nombre relatif d'aliénés sont la Belgique, l'Angleterre et la France, les trois premiers États industriels et commerciaux de l'Europe. Rappelons ici que les rapports afférents à l'Angleterre sont au-dessous de la vérité, car ils n'ont été calculés que pour les aliénés indigents , au nombre de 34,271 (sur 946,166 indigents ou 3.62 p. 100!) au r' janvier 1862. On peut donc croire que l'Angleterre a au moins autant d'aliénés que la Belgique el en compte plus que la France. Mais c'est l'Irlande qui a lé triste privilège de corapler le plus grand nombre d'aliénés à nombre égal d'habitants. Remarquons, à ce sujel, que, si nous n'avons pas directement, pour ce pays, la répartition de ses malades en aliénés et idiots, nous pouvons la déterminer par le calcul, puisque les aliénés proprement dits figurent (épileptiques compris) pour 85.27 p. 100 parmi les malades ou infirmes placés, au 31 décembre 1860, dans les établissements publics, et que ce rapport peut être appliqué, sans objection sérieuse, aux 8,991 qui se tourvaient à domicile à la même date. On obtient ainsi un total de 15,409 aliénés en

1860 y ou 1 sur 460 habitants. Un pareil coefficient donne une sombre idée de rétat économique de ce malheureux pays.

Le rapport de l'aliénation à la population libre dans l'ensemble des anciens États-Unis de l'Amérique du Nord, diffère peu de la moyenne en Europe. Mais le Hassachussets, par une exception remarquable, qui s'explique peut-être par l'exiâteoce d'asiles recevant en grand nombre les aliénés des États voisins, parait êtret au point de vue des affections mentales, dans une situation pire que l'Irlande. Les États de l'Amérique anglaise sont moins favorisés que l'ensemble de l'ancien État fédéraL

L'idiotie donne lieu à des observations plus caractérisées. Elle semble dominer dans les régions montagneuses et notamment dans les Alpes italiennes , suisses et autrichiennes, en Ecosse et dans les États de l'extrême nord de l'Europe, où les soulèvements de nature rocheuse occupent une si grande partie du sol. Elle est peu sensible dans les pays qui ont beaucoup d'aUénés, comme l'Angleterre, l'Irlande, la France et probablement la Belgique. Son action parait insignifiante aux États- Unis. Comme pour l'aliénation mentale, on trouve, en ce qui concerne l'idiotie, des différences sensibles dans des pays où les conditions de race , de langue , de climat et de civilisation sont à peu près les mêmes. Ainsi on rencontre beaucoup d'idiots dans la Saxe et le Wurtemberg, tandis qu'ils paraissent être en petit nombre dans la Bavière et le Hanovre.

Lorsqu'on réunit les affections mentales des deux catégories , on est frappé du chiffre élevé de leur rapport à la population en Europe. La Suisse paraît occuper le premier rang, triste résultat déterminé probablement par le grand nombre de ses idiots et crétins. Viennent ensuite, par ordre décroissant, l'Ecosse, l'Irlande, les pays Scandinaves, la Saxe, le Wurtemberg, la France, puis l'Angleterre.

Si, des observations générales déduites du tableau qui précède, nous passons à l'examen de certaines particularités relatives à l'aliénation et à l'idiotie, nous trouvons que les renseignements ci-après résultent des documents officiels.

a) Rapport sexuel. Les documents que nous avons recueillis sur ce point, ne décident pas complètement la question de savoir lequel des deux sexes est le plus atteint par l'aliénation mentale proprement dite. Voici les faits :

Hommes Feramei

ponr 1 aliéné, pour 1 aliénée.

Danemark 861 732

Norwége 631 642

État de New- York . . . 1,422 1,138

État de Massachusetts . 442 413

Homme» Femmei

poor 1 aliéné, pour 1 aliénée.

Siiésie prussienne . . . 1,650 1,652

Saxe 1,227 1,746

Wurlembei^ 1,019 880

Belgique 892 1,041

Ecosse 377 412

Ainsi, sur neuf États, le sexe féminip a moins d'aliénés, dans cinq, que le sexe masculin, et la différence n'est vraiment tranchée que dans trois. Il ne faut pas perdre de vue, d'ailleurs, que la solution du problème se complique d'un élément important, c'est la plus grande mortalité, soit générale, soit spéciale, de l'homme et, par conséquent, l'extrême difficulté de discerner exactement la part de chaque sexe dans l'aliénation mentale. Nous savons tout ce qui peut être dit sur l'extrême sensibilité de la femme, sur la grande vivacité de ses sensations, sur la fragilité apparente de son organisation physique. Mais, d'une part, nous ne saurions perdre de vue que si ses impressions, ses émotions ont une manifestation extérieure plus prompte, plus soudaine, plus accentuée que chez l'homme, elles ont une moindre

profondeur el une moindre durée. De Tautre, la femme est moins exposée au choc des événements extérieurs. Sa vie, plus calme, plus retirée, plus sédentaire, ne l'expose pas aux nombreuses déceptions que Thorame rencontre nécessairement dans sa toujours pénible et quelquefois orageuse carrière.

S'il peut y avoir doute sur la plus grande aptitude de l'un ou l'autre sexe à Taliénation mentale, ce doute ne saurait exister en ce qui concerne l'idiotie qui, à coup sûr et malgré l'absence de l'unanimité dans les faits, atteint beaucoup plus fréquemment l'homme que la femme. Rappelons les documents officiels :

Hommes FeomiM

ponr I idiot, pour f idiote.

Homaiea ftwmn

pour I idioL pear 1 idio(f.

Danemark 646 758

Norwége ....... 661 150

Massachusetts 185 1,088

Oldenburg 353 282

Silésie 3,072 4,267

Saxe (1861) 490 503

Wurleroberg 479 488

Ainsi, à une seule exception près, la femme, ici, a constamment l'avantage sur l'homme, c'est-à-dire qu'elle est beaucoup moins exposée à l'oblitération plus ou moins complète, soit à la naissance, soit postérieurement, des facultés de 1 intelligence. Toutefois, il est nécessaire de faire remarquer que leur développement étant plus lent chez le jeune garçon que chez la jeune ûUe , les recensements ont pu quelquefois se méprendre sur l'état mental réel du premier.

b) Influence des lieux. Les observations que nous avons recueillies sur l'aliénation i mentale selon les lieux et que nous groupons ci-après, nous paraissent établir sans

réplique qu'elle est plus fréquente dans les villes que dans les campagnes. Le fait contraire semblerait se produire en ce qui concerne l'idiotie.

VILLU. CAMPAOHS8.

Habitants pour I Habitants pour 1

aliéné. idiot. aliéné. idiot.

Silésie 684 1,738 2,r72 379

Belgique 580 — 1,234 —

Danemark ". . 781 — 1,772 —

Norwége 831 853 1,184 345

Il est facile de comprendre que, par sa vie calme, réglée, monotone, parla nature de ses occupations, par ses habitudes simples et frugales, par les conditions hygiéniques, généralement bonnes, du milieu où il se meut, l'habitant des campagnes soit moins exposé que le citadin à la terrible maladie qui nous occupe.

I Quant à la plus grande fréquence de l'idiotie dans les populations rurales, elle peut

s'expliquer, en outre des influences telluriques , par le défaut presque absolu d'eicitation intellectuelle chez les enfants, par l'état fréquent d'isolement et d'abandon où les tiennent les parents, appelés au dehors par les travaux des champs, peutêtre par un nombre plus considérable que dans les villes (démontré par les documents officiels) de mariages consanguins, par une nourriture mal appropriée aux orçanes des nouveau -nés, par l'absence générale des soins hygiéniques que réclame la première enfance, enfin, il faut bien le dire, par le faible développ^ ment intellectuel des parents.

I c) Influence de la race. Elle peut bien être soupçonnée; mais il est difficile de la

dégager clairement des éléments nombreux dont se compose le problème. Nous ne pouvons cependant passer sous sUence l'immunité relative de la race noire et la remarquable tendance de la race juive à l'aliénation mentale. Elle résulte de tous les renseignements recueillis sur la matière et dont voici le résumé :

Nombre |*our 1 alii<>A6 de

rallioUqaet. proiettaoti. Juifi.

Bavière 908 967 514

Hanovre 528 641 337

Silésie 1,355 1,264 644

Wurtemberg 2,006 2,028 1,544

Faul-il voir, dans celle fréquence de Taliénalion parmi les îsraéliles, une influence de race, ou loul simplemenl la conséquence de ce fait qu'ils habitenl tous les villes et exercent les professions les plus exposées aux crises économiques? Faut-il y voir, comme le docteur Martini, Tinfluence des mariages entre proches parenls, plus nombreux parmi les juifs que parmi les chrétiens? Peut-être doit-on admettre la concurrence de ces Irois causes dans la production du phénomène. Il est, d'ailleurs, à regretler que nos documenls ne fassent pas connaître si Taptitude de la race juive se manifeste dans l'idiotie comme dans l'insanité. Les deux seuls renseignements que nous possédions sur ce point ont été recueillis en Silésie et en Wurtemberg. Nous les reproduisons ci-après :

Nombre ponr I idiot de

proteilanU. eaUioliqui. Jnif*.

Silésie (1856) 3,207 4,113 3,003

Wurtemberg . 458 580 425

Ces chiffres, qui atlribuent aux Israélites plus d'idiots qu'aux chrétiens, quoique dans une bien moindre proportion qu'en ce qui concerne l'aliénation mentale, sont loin d'êlre concluants. En fait , ils portent sur un trop petit nombre d'obsenalions pour inspirer une enlière confiance. Ils sont ensuite Irès-aflaiblis par le relevé ciaprès opéré en Silésie en 1858, qui montre que les juifs ont un moindre coefiicient d'idiotie que d'aliénalion menlale.

Érangélittei. Catholiques. Juif». Total.

Idiots 525 373 12 910

Aliénés 783 464 ' 40 1.287

d) Influence de la misère. Nous avons vu qu'en Bavière, sur 100 malades recensés à domicile, en 1858, 11 seulement étaient aisés ou appartenaient & une famille dans l'âifiance; 34 avaient le strict nécessaire et 65 étaient plus ou moins indigents. — En Silésie, sur 100 aliénés ou idiots, en 1856, 73.13 étaient notoirement indigents et 36.87 plus ou moins dans le besoin. Même proportion en 1858. — Dans le Piémont, Tenquéte sur les crétins a démontré que, sur 100 de ces infirmes, 21.60 seulement étaient aisés. — En Angleterre, on comptait, au 1^^ janvier 1861^ dans les établissements publics, 1 aliéné sur 45 indigents à la charge des paroisses, et 1 sur 3,709 non indigents. Au l**" janvier 1862, le premier de ces deux rapports était de 1 sur 28. — En Ecosse, sur 7,403 malades, en 1855, 4,602 étaient indigents ou 62.70 p. 100, et 2,732 non indigents ou 37.30 p. 100. Le nombre des indigents à la charge de la charité publique étant, à la même époque , de 79,887, c'est 1 aliéné ou idiot sur 17. Le rapport des malades non indigents é la population non indigente (en 1851) était de 1 sur 1,030. — Dans le Massachussets, oh a compté, en 1854, 29 fois plus d'aliénés parmi les indigents que dans la population générale. On peut donc croire que la misère favorise les affections mentales comme toutes les autres maladies. Le {u^oblème , toutefois, ne nous parait

tludei «tatiatiqQM. 25

pas complètement résolu par les données qui précèdent. Ce qu'il importerait de savoir, en effet, c'est si , chez l'aliéné indigent, l'indigence a précédé l'aliéiuition ou ji'en a été que la conséquence. Il est facile de comprendre qu'un grand nombre d'ouvriers ou d'artisans, de petits marchands, par exemple, qui, dans l'état de santé, vivaient, avec une certaine indépendance, du produit de leur travail, soient tombés, par le fait de la maladie, à la charge de la charité publique. A ce titre, ils ont dû être classés parmi les aliénés indigents, sans cependant avoir appartenu à la classe pécessiteuse. Dans tous les cas , on peut considérer comme certain que l'aliénation mentale recrute, sinon dans la classe indigente, au moins dans la classe la moins aisée de la société.

e) Influence de Véiat civil. Les statistiques officielles sont unanimes à signaler l'immunité relative des mariés et le tribut considérable que la population adulte non mariée ou veuve des deux sexes fournit à l'aliénation. Ainsi, en Bavière, on a constaté, en 1858, que, sur 100 aliénés et idiots, 81 étaient célibataires, tandis que, dans la population générale, sur 100 habitants, on n'en compte que 66. Or, il importe de remarquer que, dans ce chiffre de 66, figurent les enfants, tandis qu'il n'y en a peu ou point parmi les aliénés. — En Hanovre, sur 100 aliénés et idiots, 78.86 p. lO&sont célibataires, tandis que les célibataires (enfants compris) ne figurent que pour 61.33 dans la population générale. — Dans la Silésie prussienne, on comptait, en 1856, 1 aliéné marié sur 3,261 mariés de la population générale, et 1 aliéné célibataire ou veuf sur 1,016. — En Wurtemberg, sur 100 aUénés proprement dits, 67.89 étaient célibataires, 24.31 mariés, 6.65 veufs et 1.15 séparés ou divorcés. Dans la population générale, ces rapports étaient respectivement de 62.77 (enfants compris), 31.90, 1.90, 3.30 et 0.13. — En Danemark, on constatait, en 1847, l'existence de 0.59 aliénés seulement du sexe masculin sur 1,000 mariés de ce sexe, de 1.35 aliénés célibataires sur 1,000 célibataires et de 3.00 veufs sur 1,000 veufs. Pour le sexe féminin, ces rapports étaient respectivement de 0.82 , 1.41 et 3.02. On voit qu'il y avait notablement plus de folles que de fous à nombre égal de mariés dans la population générale.

f) Influence de l'âge. La détermination des âges auxquels commence et se développe le plus sensiblement l'aliénation, est un des éléments essentiels de l'étude des maladies mentales. Il est donc vivement à regretter que, d'une part, pour un certain nombre des documents que nous avons réunis sur cette importante question , les idiots et les aliénés aient été confondus au point de vue de leur classement par âge; de l'autre, que nous ne possédions pas toujours, pour les pays intéressés, le même classement pour la population générale. — En Bavière, sur 1,000 aliénés et idiots confondus, 104 ou un peu plus du dixième ont moins de 20 ans. — Dans la Saxe royale, pays voisin de la Bavière, et où nous supposerons gue le classement de la population par âge est identique, sur 1,000 habitants, en 1849, 428 avaient moins de 20 ans. Cette catégorie d'âge fournit donc peu d'aliénés et d'idiots. La différence serait bien plus sensible encore, s'il était possible d'éliminer les idiots dont un grand nombre, comme on sait, se rencontre aux âges de l'enfance. — En Hanovre , où les aliénés et idiots ont également été confondus, on a recensé, en 1856, 1 malade sur 1,796 habitants de moins de 20 ans, sur 392 de 20 à 60, sur 405 de plus de 65. C'est encore la preuve que les maladies mentales, l'aliénation surtout, se développent dans l'âge mûr. — Dans le grand-duché d'Oldenbourg, où les idiots seuls ont été recensés par âge en 1855, on a vérifié que, sur

1,000 de ceux de ces inûrmes qui étaient devenus tels postérieurement à la naissance, 346 avaient été frappés de 2 à 20 ans. La difficulté de constater Tidiotie de 0 à 2 ans n'avait pas permis de vérifier s'il existait des malades dans cette catégorie d'âge. L'idiotie non congénitale se manifesterait donc, comme l'aliénation , mais dans une moindre proportion, aux âges adultes. M. le docteur Martini a rapproché les idiots par âge en Silésie (1856) de la population par âge, et il a trouvé les résultats ci-après. Tandis que , pour 400 habitants, 33.77 p. 100 ont de 0 à 14 ans, 47.73 de 15 à 45 et 18.50 plus de 45 ans, les rapports aux mêmes catégories d'âge sont, pour les idiots, de 9.46, 68.75 et 21.79. C'est la confirmation des observations précédentes que les âges adultes fournissent le plus d'idiots.

En Saxe, sur 100 idiots recensés en 1858, 8.97 avaient moins de 14 ans et 91.03 plus de cet âge. Sur 100 aliénés, à la même date, 3.30 seulement avaient moins et 96.70 plus de 14 ans. La difTérence s'explique par le nombre plus ou moins élevé des idiots venus tels au monde. En Wurtemberg, sur 100 habitants en 1853, 52.99 avaient de 20 à 40 ans ; 33.38 de 40 à 60 ; 9.35 de 60 à 70 et 4.25 un âge supérieur. Pour les aliénés, ces rapports étaient, aux mêmes âges, de 38.78, 46.07, 10.22 et 4.93. C'est donc de 40 à 60 ans que l'on compte le plus d'aliénés. Pour les idiots, leur rapport à 100 était inférieur à celui de la population de 6 à 14 ans, supérieur de

14 à 40, de nouveau inférieur après cette catégorie d'âge, surtout à partir de 60 ans. — En Belgique, en rapprochant les aliénés par âge, en 1842, de la population par âge (en 1846), ramenée à 100,000, on remarque qu'elle fournit, de 2 à 20 ans, 77 aliénés; de 20 à 40, 242; de 40 à 60, 404, et de 60 aux limites de la vie, 409. Ici également, l'aliénation est en raison directe de l'âge. — Même observation en Danemark. — En Suède, sur 100 aliénés et idiots confondus, 5.59 ont moins de

15 ans , 59 de 15 à 60 et 14 plus de 60 ans. Il y a donc plus d'aliénés que d'habitants dans les âges élevés. — Dans l'État de New- York, sur 100 aliénés, 3.90 seulement et, sur 100 idiots, 34.21 ont moins de 20 ans.

Tous ces faits concluent dans ce sens que l'aliénation ne se manifeste guère qu'à partir de 20 ans. Si l'on pouvait éliminer l'idiotie congénitale des chiffres que nous avons produits, peut-être trouverait-on qu'il en est de même, quoique à un moindre degré , pour cette infirmité.

Il importe, d'ailleurs, de remarquer que les documents dont l'analyse précède n'indiquent que l'âge des idiots et aliénés, au moment du dénombrement Or, pour connaître exactement l'époque de la vie à laquelle les deux maladies se manifestent, il serait nécessaire de savoir, pour chacun d'eux, l'âge auquel ils ont été atteints. Mais il est facile de comprendre que la détermination précise de cet âge rencontre les plus grandes difficultés et que les documents recueillis sur ce point ne peuvent être consultés qu'avec beaucoup de circonspection. Dans le grànd-duché d'Oldenbourg, sur 1,000 idiots, devenus tels postérieurement à la naissance, aucun n'avait été malade de 0 à 2 ans; mais 29 l'avaient été de 2 à 5; 55 de 5 à 10; 162 de 10 à 20 et 258 de 20 à 30. C'est, dans ce pays, la période culminante de la maladie; aux âges supérieurs, elle ne frappe plus qu'un très-petit nombre d'individus. Nous n'avons de renseignement analogue, en ce qui concerne l'aliénation mentale, que pour le Danemark; mais il mérite peu de confiance.

La durée de la maladie, au moment du recensement, a été recueillie en Bavière, en Hanovre, dans la Silésie et en Danemark. Le seul enseignement incontestable que l'on puisse déduire des documents obtenus sur ce point, c'est que le malade

ou rinfirme peut atteindre un âge avancé. On trouve, par exemple, en Bavière, que, sur 3,285 aliénés et idiots, 1,055 ou 32 p. 100 étaient malades depuis plus de 80 ans. Cette proportion, comparée à celle que nous trouvons dans d'autres pays, nous paraît, toutefois, excessive.

En Silésie, pour 100 aliénés (idiots non compris), 18.68 étaient malades depuis 5 à 10 ans; 14.18 depuis 10 à 15; 9.59 depuis 16 à 20; 7.81 depuis 21 à 25, et 3.74 seulement depuis 26 à 30 ans. Ce rapprochement entre les deux pays semble indiquer que, chez les aliénés, la maladie a une moindre durée que chez les idiots. En Danemark, d'après le docteur Hubertz, sur 1,621 aliénés (idiots non compris), 471 , ou 29 p. 100, étaient malades depuis 20 à 30 ans. Ces divers résultats', assez sensiblement différents, ne prouvent, nous le répétons, qu'une seule chose, c'est que l'aliénation et l'idiotie, quand elles ne se compliquent pas d'autres affections, n'abrègent pas trop sensiblement la vie.

Accroissement comparé de la folie et de la population. La folie est- elle vén> tablement en voie d'accroissement, et, en cas de solution affirmative , progresset-elle plus rapidement que la population? Voici ce que nous apprennent sur ce point les statistiques officielles. En Silésie, les nombres présentent de telles oscillations de 1832 à 1858, qu'ils ne peuvent être comparés avec une confiance suffisante. Tels qu'ils sont, ils indiquent que les aliénés et idiots ne se sont accrus que de 8.33 p. 100 de 1832 à 1858, tandis que le progrès de la population a été de 30.30 p. 100. En Saxe, le nombre des idiots s'est élevé, dans la période 1846-1861, de 2,113à4,479, c'est-à-dire a plus que doublé (111 p.100), tandis que la population ne s'est accrue, dans le même intervalle, que de 21 p. 100. Il en a été autrement des aliénés, qui ont diminué de 2.75 p. 100 de 1858 à 1861. En Belgique, le nombre des aliénés (idiots compris) s'est accru de 26.36, et la population de 17.65 p. 100 seulement de 1835 à 1858. En Irlande, du 31 mars 1855 au 31 décembre 1860, le nombre des aliénés et idiots s'est élevé de 13,493 à 17,046 ou de 26 p.100, quand la population a décru sans relâche par le fait de l'émigration et peut-être aussi d'un excédant continu des décès sur les naissances. En Norwége , il a été recensé 888 aliénés en 1825 et 1,329 en 1855; c'est un accroissement de près de 50 p. 100; celui de la population, dans la même période, n'a pas dépassé 41.7. Pour l'idiotie et la démence réunies, l'accroissement a atteint 266 p. 100 (de 1,021 à 3,749)!.. En Suède, l'accroissement a été de 22.12 p. 100 de 1840 à 1855, pour l'aliénadon sous ces deux formes, et de 16.94 pour la population; en Wurtemberg, de 73.3, pour l'aliénation, de 1832 à 1853, de 13.5 pour la population.

Si ces divers accroissements reposaient sur des observations entièrement dignei de foi, on pourrait en conclure (mais avec les réserves qu'exige toute déductioo tirée d'un petit nombre de faits) : 1** que le mouvement de l'ahenation n'est pas partout supérieur à celui de la population ou ne l'est pas sensiblement; 2^ que celui de l'idiotie l'est toujours et dans de fortes proportions. Cette différence n'aurait-elle pas son explication dans le fait notoire que les aliénés sont traités en nombre croissant dans les asiles spéciaux, tandis que les idiots restés, pour h plupart, au sein de leur famille, n'y sont l'objet d'aucun soin, d'aucun traitement! D'où cette conclusion que, si tous les aliénés étaient admis dans des établissemenbi cura tifs, et surtout s'ils l'étaient en temps utile, la maladie devrait diminuer rapidement Or, sauf en Belgique, il n'y a guère encore que la minorité qui jouisse du bénéfice du traitement dans les asiles. Dans le grand-duché de Bade,19.78p.100sea-

Pay».

lemdnt y étaient traités en 1850; 28 en Bavière en 1858; 21.60 en Hanovre en 1856; 31 dans la Silésie en 1858; 49.09 en Saxe en 1861 ; 68.52 en Belgique en 1858; 22.67 en Espagne en 1847; 33.49 en France en 1861 ; 48.70 en Ecosse en 1855; 25.97 en Suède en 1855.

Nous aurions voulu savoir quel est le sexe qui a la part la plus forte dans le mouvement progressif de l'aliénation et de l'idiotie; mais les documents of&ciels laissent Ifi question sans solution précise. En voici le résumé sur ce point :

Période. AceroUseœenl p. 1 00. Accroi.iemenrp. 100. ^î'*»»»»»» ^ »<*«««••.

Homme*. Femmes. Hommes. Femmes. Hommes. Femmes.

SîIésie.T .... 1856-1858 3To3 4?I0 13T53 bTgI ~» ~»

Saxe 1846-1861 158 121 « 10.03 j> »

Belgique .... 1835-1858 » » > » 26.67 26.00

Norwége 1825-1855 53.26 90.00 32.26 76.19 » »

Suède 1840-1855 » d » » 25.11 22.70

Ces résultats sont trop discordants pour qu'on puisse en tirer un enseignement quelconque. En effet, si, en Silésie, les idioles s'accroissent plus rapidement que les idiots, et les fous que les folles, c'est exactement le contraire en Saxe; tandis qu'en Norwége, la part du sexe féminin dans les deux affections est sensiblement plus considérable que celle de l'autre sexe. Enfin , en Belgique et en Suède , le mouvement est plus rapide, idiotie et folie confondues, pour l'homme que pour la femme.

Toute enquête sur l'aliénation mentale n'est véritablement complète que lorsque, aux faits qui précèdent, viennent se joindre des renseignements précis : 1° sur les professions des malades rapportées à celles de la population totale; 2** sur leur degré d'instniction; 3^ sur les causes de l'aliénation pour chaque sexe, causes physiques, morales et hérédité; 4^ sur les diverses formes de la folie et ses complications; 5° sur la part afférente à l'idiotie proprement dite et au crétinisme, et, en ce qui concerne l'idiotie, sur les infirmes-nés ou devenus tels postérieurement à la naissance. Or, nos documents sont presque tous muets sur ces diverses et si importantes questions. Rappelons, toutefois, les rares indications de cette nature qu'ils fournissent.

Causes. En Bavière, sur 4,899 cas de folie ou d'idiotie recensés en 1858, 3,390 ou 69 p. 100 étaient héréditaires; 610 oit 13 p. 400 ne l'étaient pas; l'hérédité était indirecte ou collatérale pour 347 ou 7 p. 100; aucun renseignement n'avait pu être obtenu pour 552 ou 11 p. 100. En Hanovre, sur 1,627 cas, la folie était attribuée à des causes physiques pour 845 ou 51.93 p. 100; à des causes morales, pour 289 ou 17.76; à l'hérédité, pour 493 ou 30.30 p. 100.

Instruction, Sur 3,364 malades observés en Bavière, au point de vue du degré de l'instruction, 1,293 ou 38 p. 100 n'en avaient reçu ou pu recevoir aucune, et 75 ou 2 p. 100 seulement avaient reçu une instruction supérieure. C'est une nouvelle preuve, ajoutée à celle déduite de l'état d'indigence d'un grand nombre d'aliénés, que, comme toutes les autres maladies, l'insanité semble prédominer dans les classes inférieures de la société.

Curabilité. D'après l'enquête bavaroise, sur 3,392 cas dont l'intensité a pu être constatée, 2,820 ou plus de 83 p. 100 étaient incurables. Il est vrai que la folie et

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