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Principes d'Économie politique , p. SIS

agriculture, est extrêmement opposée au système des petites fermes*. Il est évident que, dans les circonstances ordinaires, le meilleur système d'occupation de la terre doit être celui qui accorde le champ le plus vaste aux améliorations, qui permet de pousser la division du travail à ses dernières limites, et au tenancier de roellie a profit tous les nouveaux perfectionnements.» Gqs observations n'empêchent pas féminent économiste de reconnaître les résultats brillants et au moins ^aux à ceux des grandes fermes anglaises, de la petite propriété en Suisse, dans les Flandres belge et française et dans le llainaut

M. Thornton , l'auteur du meilleur livre sur la population qui ait paru depuis celui de Malthus (Over population and its remedy, 1847), a répondu ainsi qu'il suit à Mac Culloch : c Heureusement la question n'a pas besoin d'être résolue par un raisonnement purement théorique ou en empruntant aux pays étrangers des exemples contraires aux affirmations du savant économiste. Nous avons en Angleterre même, c'est-à-dire sous nos yeux, des faits favorables à notre thèse. II y a encore, dans notre pays, des districts où le paysan a toujours été le propriétaire du sol, et d'autres où l'usage de lui accorder des allotements (morceaux de terre donnés en ferme à des journaliers), est depuis longtemps en vigueur. Dans beaucoup de paroisses du Rutland et du Lincoinshire notamment,les cottages n'ont jamais été dépouil* lés de leurs parcelles de terre. Quelle en a été la conséquence? Ont-elles été divisées & l'infini? La population a-t-elle augmenté démesurément ou bien le paupérismey a-lil fait des progrès plus rapides qu'ailleurs? Au contraire, les paysans de ces contrées sont dans une situation économique bien supérieure à celle des journaliers des mêmes pays. Il est difficile de trouver, dans une autre partie du Royaume-Uni, une race plus confortable, plus satisfaite de son sort, plus économe. La quantité de terre cultivée par chaque famiHe a peu varié depuis plusieurs siècles et lui permet de nourrir une vache ou deux, des cochons et des poules, et quelque fois un petit nombre de moutons. A l'époque & laquelle se rapportent nos renseignements, les pauvres, au lieu d'être extrêmement nombreux, étaient entretenus avec le produit d'une taxe d'environ neuf deniers è la livre; tandis qu'à la même époque, dans quelques comtés du sud, où les journaliers n'avaient d'autre moyen d'existence que leur salaire, la taxe des pauvres absorbait plus de la moitié de la rente. » L'auteur cite de nombreux exemples où, par suite de la suppression des allotements, la taxe detipauvres a doublé, triplé même, et où l'introduction de ce système a seule po arrêter le progrès du paupérisme. Et plus loin :

cLes effets moraux de la propriété ne sont pas moins importants. Elle donne au paysan le sentiment de l'indépendance et du respect de soi-même; elle est en même temps le stimulant le plus énergique du travail et de l'activité. Elle rend le paysan prudent et frugal et l'incite à élever ses enfants dans les mêmes habitudes, c'est-i-

1. n n*en est pas moins vrai que Arth. Toung, dont Mac Culloch invoque surtout le témoignage, a écrit ce qui suit dans son Voyage en France : ■ L'industrie de ces petits propriétaires était si tî^ et si méritoire , qu*elle est an-dessus de tont éloge. Elle suffirait pour prouver que la propriété est It pius grand aiguiUon du travail.... Je ne connais pas de moyen plus sûr de porter ragricnltoce )u8qu*au sommet des montagnes, que de permettre aux habitants des villages voisins de les posséder en propriété.! Quel magnifique éloge donné à la petite propriété par son plus ardent adrersaire! TouDg idoute : « Bien que je sois pleinement convaincu de la supériorité des grandes^ fermes , je sois eependant bien éloigné de reconomander aucun règlement , aucune loi destinés à rendre obligatoùt Faggiomération des terres ; je ne veux autre chose que la liberté. •

dire dans les idées les plus propres à en faire de bons travailleurs. Ainsi, tandis qu'elle élève sa position sociale , elle lui donne les qualités les plus propres iï le maintenir dans sa position de propriétaire. Elle le préserve des funestes tentations de la débauche et du crime ; elle lui apprend le respect de la propriété ; elle Tintéresse au maintien de l'ordre; elle lui permet de voir sans envie ni animosité la fortune de son riche voisin. En un mot, elle contribue plus que toute autre cause à son amélioration physique et morale et en fait, au lieu d'un fardeau pour la société et peut-être d'un ennemi de cette société, l'un de ses membres les plus. utiles.

« L'admission de nos journaliers agricoles aux avantages de la propriété du sol , non-seulement n'a aucun des inconvénients que lui attribuent plusieurs de nos économistes, mais encore elle peot seule nous rendre cette noble yeomanry, la force et l'honneur de l'Angleterre, cette race forte de paysans, orgueil de leur pays, dont la décadence a été décrite si énergiquement par Asham et Goldsmith, et dont la complète disparition est, de nos jours, le sujet de tant de lamentations. » (/6id., 350.)

Thornton signale , parmi les nombreux inconvénients de la concentration de la terre en Angleterre, l'abus qu'avaient déjà fait de son temps (1846) et que font encore de nos jours du droit de propriété, au préjudice de la production et souvent dans l'intérêt exclusif de leurs plaisirs , certains membres de l'aristocratie irlandaise et écossaise. Il rappelle qu'on les a vus convertissant leurs vastes domaines en fermes à moutons (sheep'farms) ou en parcs d'agrément {pleasure-grounds)^ chasser sans pitié de nombreuses familles de tenanciers séculaires et donner l'odieux scandale de ces évictions sommaires, véritables outrages à l'humanité qui, du jour au lendemain , laissent des centaines de malheureux sans asile , sans foyer et sans pain. Ces faits qui, au moment où Thornton écrivait, s'étaient déjà produits en Irlande, se sont renouvelés depuis et sur une bien autre échelle, non-seulement dans le jnême pays , mais encore en Ecosse. Les journaux anglais ne signalaient-ils pas, il y a quelques mois à peine, à l'indignation pi)blique, cet acte presque insensé de lord X..., qui avait converti la presque totalité d'une terre de 15,000 acres (6,000 hectares environ), située dans les Highlands, en un parc immense peuplé de daims et de perdrix, et leurs correspondants n'attribuaient-ils pas à cet indigne usage de la propriété les progrès rapides de l'émigration dans cette partie de l'Ecosse 1...

VL Stuart Mill , l'auteur du Uvre d'économie politique le plus hardi, le plus original, le plus rempli de vues neuves, qui ait été publié en Angleterre, depuis le Traité des richesses ^ se prononce au contraire, après une discussion approfondie des avantages réciproques des grandes et des petites fermes, en faveur des dernières, et va même jusqu'à les venger du reproche d'être défavorables à l'élève du bétail. 11 cite à l'appui de ses préférences l'opinion d'un agronome éminent, qui , après avoir étudié l'effet du morcellement dans le nord de l'Irlande, où il a fait les progrès les plus sensibles, déclare que, dans sa conviction, les tenanders d'une terre de 5, 8 à 10 acres peuvent vivre convenablement et payer une rente relativement aussi élevée qu'un grand fermier. Il termine ainsi : cLa milice locale {yeomanry), qui était renommée comme la gloire de l'Angleterre et a été si vivement regrettée depuis qu'elle n'existe plus, se composait de petits propriétaires ou de petits fermiers; et son amour pour l'indépendance était caractéristique et digne d'attention. Il existe une partie de l'Angleterre (mais malheureusement une très-petite partie) où l'on rencontre encore fréquemment des paysans propriétaires; c'est dans quelques districts du Cumberland et du Westmoreland. Or, il n'y a qu'une voix parmi ceux qui con-

naissent ce pays, sur les admirables effets de rexploitalion de la teire dans ces districts» {Principes d'écon. polit,, p. 294).

M. Rossia traité avec beaucoup d'étendue toutes les questions qui se rattachent au morcellement et a conclu dans le sens de la grande propriété: t C'est une loi économique qu'il faut souvent rappeler: la puissance du travail et du capital ne se développe tout entière que lorsque ces deux instruments sont appliqués sur une grande échelle h de vastes entreprises... Partagez par la pensée une vaste exploitation , une grande manufacture agricole en trente petites entreprises tout à fait indépendantes Tune de l'autre, devant avoir chacune ses bâtiments, ses outils et ses machines , ses voitures et ses chemins de service, une direction et une surveillance particulières, et vous verrez les frais de production et surtout le capital fixe s'accroître d'une manière effrayante, i M. Rossi développe cette idée avec une grande force de logique, et après avoir soutenu que la petite propriété est défavorable aui améliorations, à l'élève du bétail, aux progrès de la science agricole, iUermine par ces mots : c En résumé, vous aurez une plus grande consommation de capital et de travail, et quoi qu'il en soit du produit brut, vous n'aurez que fort peu de produit net ; l'accroissement de la richesse nationale sera fort inférieur à celui que vous auriez obtenu en laissant intacte une grande manu&cture agricole.»^

BL H. Passy a également soumis la question à une investigation très-approfondie dans son remarquable traité des Systèmes de ctditire. L'auteur, laissant à ses devanciers les considérations purement théoriques, s'est attaché à rechercher parles bi\s, 1^ quelles sont les causes qui influent sur la diversité des formes de la culture; S° quelle est la valeur respective de ces diverses formes; 3® s'il en est dont la supériorité réelle et constante soit de nature à mériter l'attention du législateur; 4^ si le morcellement fait en France des progrès sensibles. Parmi les causes qui influent sur les divers modes d'exploitation territoriale, M. Passy a examiné séparément comment opèrent à cet égard, dans les différents pays, l'état des civilisations, la condition des populations, la distribution des richesses, les systèmes de législation, la nature des climats, les qualités des terres, les espèces des produits et consommations. Après avoir soutenu, dans une discussion savante, que chaque mode de culture est généralement justifié par les conditions spéciales économiques, sociales, légblatives, climatologiques auxquelles chaque pays, chaque localité obéit, il arrive à rechercher si, dans l'état actud des connaissances et des pratiques rurales, c'est la petite, la moyenne ou la grande propriété qui réalise, à surface et à conditions égales, le produit net le plus considérable. Les considérations auxquelles il se livre à ce sujet, les documents statistiques qu'il invoque à l'appui de son opinion, sans en garanlir ' l'exactitude toutefois, l'amènent à en conclure en faveur de la petite propriété. M. Passy insiste surtout sur cette observation : «Qu'en peuplant davantage les campagnes, c'est elle qui non-seulement ajoute le plus à la force que les États doivent à la densité de la population, mais encore à l'étendue des débouchés assurés aux produits dont la fabrication et l'échange stimulent la prospérité manufacturière. > Dans un ihtéressant appendice, M. Passy établit, à l'aide des résultats comparés, pour quelque cantons, de l'ancien et du nouveau cadastre en France, que l'accroissenieBt des parcelles y est peu sensible et que celui des cotes foncières s'explique moins par les progrès du morceUement que par l'augmentation très -rapide des constjDCr tiens de toute nature.

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