‹ La France et l'étrangerChapitre 139 sur 177 · Du 1*' septembre 1800 au l^jauTier · texte numérisé non relu

Du 1*' septembre 1800 au l^jauTier

Ce tableau indique que le nombre absolu des décès varie assez notablement d*uDe année à l'autre. Les oscillations les plus fortes se trouvent dans la période 1816-1820, où leur nombre moyen annuel est inférieur à la moyenne générale de 7 p. iOOy et dans la période 1846*1850, où il dépasse la même moyenne de 9 p. 100. — Toutefois, et à la seule inspection de ces différences, on peut juger que les accroissements de décès ne marchent pas du même pas que les accroissements de la population; c'est la preuve indirecte d'une diminution graduelle et assez régulière de la mortalité relative. — Mais avant d'établir clairement ce fait important à l'aide du rapport des décès à la population, il n'est pas sans intérêt de faire voir que les nombres absolus de ces décès donnent, par eux-mêmes, des indications assez précises sur les années qui ont été particulièrement éprouvées.

Le premier maximum se produit dans la période 1801 à 1806; le second entre 1811 et 1815; le troisième entre 1831 et 1835; le quatrième enfin dans les cinq dernières années du demi-siècle. Ces maxima s'expliquent facilement par des circonstances spéciales et accidentelles telles que : — dans la première période, la cherté de 1802-1803, la rentrée simultanée, en France, de presque toutes nos armées, et, par suite, le grand nombre de décès survenus dans nos hôpitaux militaires; — dans la seconde, la campagne de France en 1814; — dans la troisième et dernière, les deux grandes épidémies cholériques de 1833 et de 1849. C'est ainsi que, d'une année à l'autre (de 1802 à 1803), les décès se sont accrus de 120,000; en 1814, de 95,000 environ; en 1832, de 135,000, et de 137,000 en 1849. Nous verrons plus loin que, à l'occasion de la troisième invasion du fléau en 1854, l'accroissement de la mortalité a été de plus de 197,000.

Les nombres absolus des décès ne pouvant donner qu'une idée insuffisante de la mortalité aux diverses périodes ci-dessus, il est nécessaire, pour en avoir la notion exacte, de les rapporter à la population qui les a fournies.

MOTKHHE AKHUBLL* DIS D*C*S. i^J^V! k .^^. '0'*'«^™F.

piuoDBfl. . Nombre d'habitaiu ponr 1 décès.

Sexe mascaliu. Sne féminin. Lea 1 «exes. Sexemuculin. Sex« féminin. Les 2 «exet.

Moyennes

Ces rapports sont significatifs, et en ne tenant compte d'abord que de ceux qui s'appliquent aux deux sexes réunis, on ne peut méconnaître, malgré l'imperfection des premiers dénombrements de ce siècle et des rélevés de l'état civil à la même époque (1800-4815), surtout en ce qui regarde les décès, que ces rapports ont conservé la trace des grandes calamités publiques (guerre, disette, épidémies), qui ont fra'ppé notre population. On voit, en effet, la mortalité relative s'élever dans toutes les périodes où ces causes de perturbation ont sévi. Leurs résultats seraient même bien plus sensibles, si l'on s'attachait seulement aux années de la période qui les ont vus se produire, la loi des compensations se manifestant, dès l'année

suivante, par une forte diminution de la mortalité qui a pour effet d'atténuer celle de la période tout entière. C'est ce qu'indiquent les rapprochements suivants:

AXHiKB. 1 fur

AvviBS. f fnr

pAbzodbs. 1 sor

Abstraction faite des années exceptionnelles, le tableau que nous étudions permet de conclure que la mortalité relative n'a pas cessé de diminuer en France. Cette diminution, pour la période entière (50 ans), est exprimée par le rapport In-3.soit|^>u20p.l00.

$ 3. Des décès masculins et féminins.

Les deux sexes étant étudiés séparément, on vérifie que le sexe féminin, quia échappé aux effets de la guerre générale, a vu sa mortalité décroître régulièrement sauf les temps d'arrêt dus au choléra de 1832 et dft 1849.

La mortalité du sexe masculin, au contraire, a subi, dans une forte proportion, rinOuence de la guerre, puisque, après avoir diminué pendant quelque temps, elle augmente tout à coup dans les cinq dernières années de l'empire, pour suivre, à partir de la paix générale, une marche parallèle à celle du sexe féminin.

C'est pour le sexe masculin surtout qu'il est curieux d'examiner l'effet des années particulièrement désastreuses.

A l'examen des rapports qui lui sont afférents, de 1800 à 1815, on pressent qu'une partie 'notable des décès de l'armée n'a pas figuré sur les registres de Tétai civil ou, dans tous les cas, que leur inscription est loin d'avoir été aussi régulière que lorsque les opérations militaires ont eu lieu sur notre territoire, ou bien lorsqu'il y a été établi de grands dépôts de malades ou de blessés. Les décès militaires n'ont cependant pas été l'objet d'omissions aussi considérables qu'on le croit comrounénient, et il suffirait, pour s'en convaincre, de remarquer combien est grand, pour les années qui nous occupent, l'excédant de la mortalité masculine. En 1814, le rapport de ces décès à ceux de l'autre sexe atteint 114 p. 100; s'il faibUt Tannée suivante, ou, en d'autres termes, si les décès masculins diminuent rapidement en 1815, c'est qu'on peut supposer que, dans cette année, un grand nombre des décès militaires n'ont pu être inscrits par suite de la désorganisation de tous les services administratifs amenés par la chute du régime impérial, et le remplacement de la plupart des maires. Toutefois cette diminution ayant persisté, il faut y voir l'effet des vides opérés dans le sexe masculin, parles pertes de nos armées de 1792 à 1815 (23 années de guerre avec les plus grandes armées qu'on eût jamais mises sur pied). L'effet de ces vides a été évidemment de diminuer, dans la période de paix qui a suivi, le nombre ordinaire des décès de ce sexe, et par conséquent d'affaiblir leur excédant normal sur ceux du sexe féminin.

En effet, après avoir été, comme nous l'avons vu, de 114 p. 100, le rapport sexuel descend subitement à 105 p. 100 en 1815, à 102 en 1816, et à moins de 100 dans les quatre années suivantes. Mais l'équilibre se rétablissant graduellement entre les deux sexes, le rapport sexuel dans les décès reprend par degré sa valeur habituelle. C'est ce qui semble résulter du tableau ci-après, où cette tendance, quoique contrariée par les deux épidémies de 1832 et de 1849, se manifeste par un

accroissement continu (assez lent| il est vrai), dont la limite ne pourra être atteinte qu'à l'époque où les générations moissonnées par la guerre auront été complètement reproduites par le jeu des lois de la population.

PiUODHS.

DM»

mitcalii»

pour

MO Uminint

PtolODBS.

Moyenne .

Décèi mascnliaf

ioâo8

Ces i-apportSy en confirmant les réflexions qui précèdent, montrent avec quelle lenteur s'accroit l'excédant des décès masculins, depuis le moment où s'est produite régalité ou la presque égalité des décès des deux sexes.

Si le mouvement devait continuer, et si la prépondérance masculine dans les naissances, qui .a si peu varié en France, se maintenait dans la proportion actuelle, on devrait s'attendre à voir bientôt dkparaître la supériorité numérique des femmes constatée jusqu'ici dans les recensements, et cette supériorité faire place à celle de l'autre sexe. Hais alors se produirait le fait' grave de la rupture de l'équilibre des deux sexes à l'âge adulte, puisque le sexe masculin conserverait tout ou partie de la supériorité qu'il obtient à la naissance et que l'on peut considérer comme une loi.

$ 3. Rapport des décès aux naissances.

D'après ce qui précède, on prévoit que, depuis la paix générale, il doit y avoir, pour 100 naissances, plus de décès du sexe féminin que de l'autre, et c'est ce qui résulte directement du tableau qui suit.

Rapport des décès aux naissances (morts-nés non compris).

(Décéi pour 100 n&lBBAneea. )

riaioDMB.

Seunnwttlin.

Sexe féminiii.

Les 2 fexet.

Moyennes . .

Il est évident, d'après ce tableau, qu'à nombre égal de naissances', le sexe fémijiin compte plus de décès que le sexe masculin. Cette règle ne souffre qu'une exception; elle se rencontre dans la période 1811 à 1815, où nous avons constaté plus haut un excédant si considérable de décès masculins. On voit aussi qu'il y a presque égalité de décès, pour le même nombre de naissances, dans la période précédente, où la supériorité des décès masculins a presque atteint celle des naissances mascu-

1. n importe de ne pas perdre de vue que, pour le même nombre de naissances, il y a en moyenne, en France, 105 garçons pour 100 filles.

Unes. Dans toutes les autres périodes, c'est, ainsi que nous Tayions prévu, pour le sexe féminin que la proportion des décès aux naissances atteint le chiffre le plus élevé.

En réunissant les deux sexes, on voit que, pour un nombre donné de naissances le plus grand nombre de décès a lieu aux époques que nous avons déjà signalées, c'est-à-dire de 1801 à 1806, de i81ià 1815, de 1831 à 1835, et enfin 4e 1846i

Il est remarquable que ce soit précisément dans les années du plus grand nombre de décès, que Ton compte également le plus de naissances'; mais cet accroissement des naissances n'a pas été assez grand pour dissimuler celui de la mortalité.

$4. Décos par état civil.

■SB 100 oieti DU nzs iiaiciiu>.

TÈimrf»

rinoomt.

EnhDU «céliUuirM.

Ihriéa.

TMfc.

B.bMt

IbriéM.

Tenu.

Ce tableau indique simplement la part proportionnelle de chaque élément de l'état civil dans le total des décès de chaque sexe. Elle a éprouvé, comme on le voit, des variations assez faibles; on ne peut méconnaître cependant que, dans ia dernière période, les mariés des deux sexes ont payé un plus lourd tribut à la mortalité que dans toutes les autres. Mais ce Tait pouvait être prévu, le nombre des mariés ayant augmenté sensiblement en France, ainsi qu'il résulte des divers recensements de la population.

Dans le tableau suivant, nous avons cherché, par état civil, le rapport des décès à la population au moment des cinq derniers dénombrements; nous obtenons aioa, pour chacun des éléments de l'état civil, le coefficient de mortalité qui lui esi propre.

Nombre éFhabitants pour 1 décès, selon fêtât civU.

DATXS ■■CBV8BMKVTI.

■BZB MASOULZV.

8XZH WÛMÏtTM,

EiifauU et célibaUirM.

lUrié».

Tcof*. Moyenne.

Enfiinl^ el célibaUirei.

lbri4M.

TeoTce. Uojtnt

On remarque que ces rapports (qui n'expriment d'ailleurs que la m'ortalité absolue des diverses classes de la population) indiquent une plus grande mortab'tc des veufs et célibataires que des mariés. Celte différence n'est pas autre' chose qu'âne question d'âge, les veufs et les enfants, qui forment la majorité des célibataires, se trouvant aux deux extrémités de la vie humaine, et étant ainsi soumis am plus fortes chances de mortalité. Les rapports respectifs des veufs et des veuves confirment d'ailleurs nos précédentes observations sur la plus grande longévité do sexe féminin.

S 5. Décès par mois.

Le nombre des décès, comme celui des naissances, éprouve des variations sensibles, selon les divers mois de Tannée. On conçoit toutefois que ces variations puissent être moins régulières pour les décès, certaines épidémies, heureusement de plus en plus rares, pouvant intervertir Tordre naturel amené par les influences climatériques.

Moyenna «nanelU

des décès de

l8S9àl851{ioel).

(23 ans.)

Janvier 81,319

Février 72,202

Mars 78,713

Avril 73,874

Mai 67,450

Juin 60,539

A reparier . . 434,097 Ou par saisons :

Dé«ès

rédoiu

à IS.OOO.

Dëeèt

Uoymum aonveUa

des décèf de -xHnS».

(23 au.)

Report . . 434,097

Juillet 61,787

Août 69,028

Septembre . . . 71,157

Octobre 68,628

Novembre . . . 64,693

Décembre . . . 70,109

Total. . . . 839,499

Décèt rédoiu.

Hiver .

Pvintemps, Été . . .

Automne

Total

En se reportant au premier tableau, on constate que cinq à six mois se trouvent au-dessus de la moyenne des décès; les quatre premiers de Tannée sont toujours du nombre; septembre Ta été le plus souvent et il en a été de même de décembre; mai, octobre et novembre sont toujours un peu au-dessous de la moyenne; enfin juin et juillet comptent toujours le moins de décès.

En résumé, la mortalité est forte pendant les mois Troids (hiver et commencement du printemps); son minimum se produit pendant la belle saison; mais elle reprend en août et en septembre, c'est-à-dire à la fin des plus Tortes chaleurs.

En rapportant les décès aux conceptions, on constate que les mois qui ont le plus de conceptions sont ceux qui ont le moins de décès, et vice versa, que les mois du plus grand nombre des décès sont ceux du minimum des conceptions. Ces deux faits, qui procèdent en raison inverse Tun de Taulre, signalent le rapport intime qui existe entre le maximum des conceptions et Tétat favorable de la santé publique.

Ce rapprochement amène à une conclusion qui n'est pas moins remarquable, c'est que, par Teiïet de cette loi de compensation que nous avons signalée ailleurs, ce sont précisément les mois où la population fait les pertes les plus considérables, qui voient le plus grand nombre de naissances.

Enfin, si Ton recherche l'influence des saisons sur la mortalité par sexe, on constate que les femmes meurent dans une plus forte proportion que les hommes pendant la mauvaise saison; mais aussi qu'elles paraissent éprouver à un plus haoC degré TinOuence favorable des beaux mois de Tannée.

Us observations qui précèdent mettent hors de doute l'influence des saisons sur les décès. Mais cette influence est-elle la même, ou varie-t-elle aux dilierwtes époques de la vie? C'est ce que nous examinerons dans la deuxième partie de ce travail

2« Péritde. - De 1851 i 1860.

$ i^^. Nombres absolus et prùporlioiinels à là population.

Voici quelle a été la marche des décès (non compris les morts -nés) de 1851 a 1860:

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