IV. LE CONGRÈS DE BERLIN
L'heure de l'histoire a-t-clle sonné pour le congrès de Berlin, et surtoot nous est-il permis, à nous, délégué de la France, qui venons d'assister officidlement i ses travaux , d'en parler aussi librement que des précédents? Question délicate et que nous sommes fort tenté de résoudre négativement.
Rendons d'abord la justice qui lui est due au rapport préparatoire soumis par le directeur du bureau de statistique de Prusse, M. le docteur Engel, à la commissioB organisatrice de Berlin, et qui a servi de base à la rédaction du programme. Cest un travail considérable, à larges vues, dans lequel le statisticien et l'économiste ont une part à peu près égale et se complètent l'un par l'autre.
Nous devons également de justes éloges aux rapports dont chacune des propositions du docteur Engel a été l'objet de la part de ceux de ses membres auxquels la commission organisatrice en avait renvoyé l'examen. Ces rapports sont, à des degrés différents sans doute, de remarquables travaux, tous émanés des hommes les plus compétents. Nous appellerons surtout l'attention sur ceux qui ont eo poor objet les diverses branches de la statistique de la propriété foncière et des établissements de prévoyance.
Les projets soumis à l'examen du congrès ont été les suivants : 1^ Nouvelle organisation du congrès; S^ amélioration à apporter à l'organisation de la^ statistique
officielle par la création d'une commission centrale; 3^ modification à introduire dans les procédés des recensements périodiques de la population des grandes villes, particulièrement en ce qui concerne le concours direct des habitants aux opérations , en remplacement des agents de TEtat ou de la commune; 4^ statistique de la propriété foncière, bâtie et non bâtie; 5^ prix et salaires; 6^ mouvement des marchandises sur les chemins de fer d'après les lieux d'origine et de destination; 7^ statistique sanitaire comparée de la population civile et militaire; 8^ statistique des institutions de prévoyance; 9^ unité internationale des poids et mesures.
A l'exception du projet de réorganisation du congrès, sur lequel nous allons revenir, toutes les questions comprises dans. ce programme avaient déjà été soumises aux congrès antérieurs. La commission organisatrice est donc partie de ce principe qu'avant de passer à des études nouvelles, le congrès ne doit pas hésiter à revenir sur ses pas et à retoucher plus ou moins profondément, quand des besoins nouveaux ont surgi, à ses décisions précédentes. Bien de mieux; mais, dans ce cas, il serait nécessaire, lorsqu'un plan statistique, soumis déjà à des débals antérieurs, revient à l'ordre du jour, que rassemblée qui en est saisie la dernière l'étudiflt de nouveau dans toutes ses parties et en donnât ce que nous appellerons une nouvelle et complète édition. En l'absence de cette codification , les statisticiens officiels, obligés de rechercher, par une longue et minutieuse comparaison des textes , la pensée définitive du congrès, courent le risque de s'égarer dans un travail de révision qui n'est pas sans difficultés. Ainsi, par exemple, au lieu de revenir au recensement de la population pour ajouter quelques dispositions de détail aux plans adoptés à Bruxelles et à Londres, nous aurions voulu que la conunission de Berlin reprit en main la matière tout entière et proposât au congrès un projet définitif. Même observation pour la statistique de la propriété. U eût été, selon nous, à désirer que la commission, revisant tous les actes des assemblées précédentes* qui ont pu toucher à celte branche de la statistique officielle, et notamment les décisions du congrès de Bruxelles en ce qui concerne le cadastre, celles du congrès de Londres relativement aux mutations, présentât le cadre complet d'une enquête sur la propriété urbaine et rurale.
Nous en dirons autant de la statistique des prix et salaires. Sans doute, le congrès de Londres s'était placé à un point de vue un peu exclusif en ne voyant que le côté historique de la question et en demandant, avant tout, une étude rétrospective du mouvement de ces deux grands faits économiques. Mais cet aspect de la question n'est pas à dédaigner, et il n'y aurait eu, selon nous, aucun inconvénient à ce que la commission de Berlin préparât un programme qui aurait recommandé aux gouvernements et aux- particuliers de joindre, comme élément de comparaison , l'étude des documents anciens à celle des nouveaux.
La proposition de limiter aux administrations des chemins de fer la statistique des salaires, nous a paru également se ressentir trop sensiblement de cette tendance du programme à spécialiser, à circonscrire le champ des recherches, à fragmenter, è diviser les questions. Pourquoi ne pas étendre cette enquête aux administrations publiques? Pourquoi, en outre, avoir surtout les traitements en vue et leur subordonner les salaires proprement dits, les salaires de la grande, de la moyenne et de la petite industrie?
L'examen du cadre de la statistique des marchandises transportées sur les voies de ier conduit à des observations analogues. Sans doute, le sujet ne manque pas d'in*
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térét, en ce sens que les transports de cette nature jettent une certaine lumière sur le mouvement du commerce intérieur; mais^ à notre avis, cet intérêt n'était pas suffisant pour justiGer une monographie distincte. C'était, au contraire, une excellente occasion de revoir le cadre de la statistique des voies de communication ea général, adopté par le congrès de Paris, et de le reproduire avec les roodificatioDs que des besoins nouveaux bien constatés auraient rendues nécessaires.
En lisant le préambule de la statistique sanitaire de la population civilef et militaire, dans lequel le docteur Engel semble reconnaître la nécessité de résumer en un projet unique les travaux des congrès antérieurs sur la matière, nous nous attendions à trouver une série de cadres destinés à recevoir tous les faits relatifs à la santé des deux populations sous toutes les formes et dans tous les lieux où ils peuvent être constatés. Il n'en est rien; les cadres annexés sont exclusivement relatifs, 1^ au recrutement dans ses rapports avec la taille et l'état sanitaire des jeunes gens exaininés; ^ aux maladies, infirmités et décès des soldats sous les drapeaux.
Le programaie est plus complet en ce qui concerne les institutions et établiss^ ments de prévoyance; et encore les auteurs, se plaçant exclusivement au point de vue allemand , ont-ils négligé les Caisses de retraite pour la vieillesse administrées par l'État, dont la Belgique et la France fournissent d'intéressants modèles. Mais, i cette omission près, le projet d'enquête soumis au congrès sur cette branche si intéressante de la statistique sociale, a l'avantage d'embrasser toute la matière, et nous reconnaissons sans difficulté qu'il laisse assez loin derrière lui le plan analogue préparé en 1855 par le congrès de Paris. Il est vrai que, dans ces dernières huit années, les œuvres de la prévoyance non-seulement se sont multipliées, mais encore ont revêtu des formes nouvelles. D'un autre côté , celles que le congrès de Paris n'avait pas cru devoir faire figurer à son questionnaire, parce qu'elles appartenaient encore beaucoup plus au domaine de l'utopie qii'à celui de la réalité, ont reçu de- "^uis la consécration de l'expérience.
Les vœux émis par les congrès antérieurs, relativement à l'unité des poids et mesures, s'appliquaient également aux monnaies. La commission de Berlin o'a proposé au congrès que de voter sur l'introdnction du système métrique dans tous les pays. Pourquoi cette élimination des monnaies? Le grand intérêt qui s'attache à Iudîformité des poids et mesures non-seulement pour la statistique, qui ne vient ici qu'à un rang très-inférieur, mais pour toutes les transactions internationales, ne s'étend-il pas au signe représentatif de la valeur, à l'intermédiaire univei-sel des échanges? L'idée de Funité monétaire serait-elle impopulaire en Allemagne, («rliculièrement en Prusse, et la commission aurait-elle subi l'influence de ce courant d'opinion ? Son rapporteur ne nous a pas éclairés sur ce point.
En résumé, la commission de Berlin, évidemment frappée de l'extrême difficulté de soumettre au congrès de nouveaux sujets d'études, s'est bornée à lui proposer la révision partielle ou totale de ses travaux antérieurs, et, sur certains points, elle l'a fait avec un véritable succès. Mais nous maintenons notre observation sur Tavan* tage signalé qu'aurait eu un projet de codification complète de chacun des sujeL^ auxquels elle a touché partiellement, et nous la recommandons aux commissions organisatrices des congrès futurs.
Le programme qui lui était présenté a été soumis, par le congrès réuni en sections, à une étude bienveillante comme toujours, mais suffisamment indépendante pour garantir le plus sérieux examen. Et d'abord, ses orateurs ont été unanimes
pour décerner un juste tribut d'éloges et au rapport préparatoire du docteur Engel et au travail de la commission. Hais cette unanimité ne s'est pas reproduite dans les opinions sur la valeur de chacune des parties du programme. L'une d'elles, surtout, a été l'objet d'un très-vif dissentiment dans la section compétente, et ce dissentiment s*étant reproduit au sein de l'assemblée générale, le congrès a dû ajourner son vote à une session ultérieure. Nous voulons parler du projet de réorganisation (lu congrès lui-même. Le rejet indirect de ce projet à une assez forte majorité ayant été le fait saillant, Y événement de la session, il nous paraît indispensable d'en dire quelques mots.
Nous avons fait connaître l'organisation actuelle du congrès. Cette organisation, œuvre de la commission de Bruxelles, et sanctionnée par une expérience de dix années, est certainement, comme toute institution humaine, susceptible ({'améliorations; mais enfin il est incontestable que, jusqu'à ce jour, elle a sufiS à toutes les exigences légitimes et n'a soulevé aucune difficulté pratique. Elle n'en a pas. moins été l'objet de critiques très-vives.
C'est ainsi qu'on lui a reproché de donner au congrès un caractère officiel , de le placer sous la main des gouvernements , de subordonner son existence à un acte de leur volonté, en un mot, de ne pas lui assurer les conditions d'indépendance et de libre action sans lesquelles elle ne saurait, dit-on, remplir utilement sa mission. On a fait remarquer, en outre, que la permanence, celte condition essentielle d'influence et même de durée pour les associations scientifiques, manque au congrès; que, sa session terminée, il ne reste plus de lui qu'un vague et fugitif souvenir, insuffisant pour assurer le succès de ses décisions et maintenir l'autorité morale qui lui appartient. On a également prétendu que le congrès manque d'un dépôt central pour ses archives et pour les ouvrages qui lui sont offerts, livres et archives étant actuellement dispersés dans les diverses capitales où il s'est réuni. Enfin, on a soutenu que les envois de documents statistiques aux membres du congrès rencontrent"^ dans la situation actuelle, des obstacles qui ne peuvent être levés que par la foima-: tion d'un bureau central d'échanges et de transmission. Ce bureau , qui aurait en même temps la garde des archives et de la bibliothèque, serait placé sous le contrôle d'une commission executive permanente chargée, entre autres attributions , 1^ de diriger les travaux du bureau central; 3^ de désigner les lieux de réunion du congrès; 3^ de présider à la rédaction d'un recueil périodique de statistique internationale; 4^ d'administrer les intérêts financiers du congrès, dans lequel on ne pourrait être admis désormais qu'en acquittant une cotisation déterminée par un règlement; 5® de provoquer l'exécution des décisions des dernières assemblées.
Il a été répondu en substance ce qui suit :
1*^ Les travaux du congrès s'adressant particulièrement aux gouvernements, puisque seuls ils peuvent entreprendre les grandes enquêtes statistiques dont il élabore les programmes, il a, par la force même des choses, un caractère officiel dont il est impossible de le dépouiller; 2*^ l'existence du congrès n'est nullement à la merci des gouvernements, qui l'accueillent tous avec le plus grand empressement, et sollicitent même, par leurs délégués, l'honneur de le recevoir. La nature exclusivenjent scientifique de ses travaux et les incontestables services qu'il rend à la statistique officielle, lui assurent, au surplus, une bienvenue générale qui ne pourrait que s'aflaiblir le jour où il modifierait sa constitution actuelle dans le sens d'une indépendance complète; 3® ce jour-là, en effet, il serait possible que les gouvernements, désin-
Testis deja mission de préparer le programme de ses travaux, ainsi que du droil de convocation et d'invitation , mission et droil qui lui garantissent qu'aucun élément étranger à la science pure ne peut s'introduire dans le congrès, ce jour-la, disonsnous , il serait possible qu'ils ne se sentissent plus pour lui les mêmes sympathies; 4^ mais à coup sûr, si, par l'établissement d'un droit d'admission, le congrès maDJfestait l'intention de se créer des moyens d'existence indépendants, ils lui retireraient leur appui financier. Or, la question se présente de savoir si le produit de ce droit permettrait au congrès de suffire è ses dépenses, notamment aux Trais d'impression et de distribution de ses comptes rendus; 5^ l'utilité d'un dépôt central pour les archives et la bibliothèque est plus que douteuse. Les véritables aixbivesdu congrès sont les procès-verbaux des travaux des sections et de l'assemblée générale; or, ces procès- verbaux sont régulièrement publiés. La formation d'une Ûbliothèque centrale , alimentée exclusivement par les dons des membres du congres, exigerait un temps considérable. Le prêt des livres à de grandes distances soalèTerait, d'ailleurs, des difficultés insurmontables; 6^ l'échange ou l'envoi des documents statistiques ne rencontre aujourd'hui d'autres obstacles que le cliiffi*e élevé des droits de poste ou les retards et les risques inséparables des autres modes de transmission. Or on se demande comment un bureau central et une commission executive pourraient, mieux que les intéressés, surmonter ces obtacles; 7® la désignalion des lieux de réunion du congrès a, jusqu'à ce jour^ appartenu à la commission organisatrice de sa dernière session, et on ne voit aucune raison de la dépouiller d'une prérogative qui est, dans une grande mesure, la récompense de ses travaux; 8^ la publication d'une revue de statistique internationale n'est motivée par aucuo besoin , les recueils de cette nature qui existent déjà eu Europe suffisant amplemeoi aux intérêts de la science; 9^ la commission supérieui'e n'aurait aucun moyen d'assurer l'application générale des décisions des congrès. Elle ne pourrait en effet qof ^procéder par la voie du conseil et de la persuasion; or, il est difficile de croire quelle réussirait là où auraient échoué les délégués officiels, auxquels cette mission appartient tout particulièrement; 10^ en &it, par suite des difficultés de déplacement, leî membres de la commission supérieure appartenant au pays où elle siégerait et où serait établi le bureau central, auraient seuls, contrairement au principe internalional, la direction des affaires du congrès; 11^ la rétribution du personnel du bureao et le paiement de ses dépenses de toute nature ne seraient nullement assurés; 12^ enfin le choix du pays où fonctionneraient et le bureau et la commission serBii de nature à blesser les susceptibilités de ceux qui se seraient cru des droits égaux e cet honneur.
Ces arguments (dont, pour notre part, nous nous sommes Tait l'interprète trèsvif et très-convaincu) ont triomphé. Toutefois, par une juste déférence pour Fautear du projet, M. le docteur Engel, le congrès a chargé une commission de sept membres de faire une étude approfondie de l'organisation actuelle du congt*ès,ei lui en soumettre le résultat à sa plus prochaine session.
Le reste du programme n'a soulevé que des difficultés de détail qui ont été Vilement résolues, et nous n'avons pas souvenir que l'assemblée générale ait rejeté ou modifié sensiblement les propositions des sections.
Deux questions également délicates avaient surgi au sein de l'assemblée des délégués (avant-congrès) qui n'ont pas été portées devant l'assemblée générale. Il s'agissait de savoir, i^ si les délégués seraient invités à faire connaître les mesures prises
dans leur pays respectif, pour appliquer les programmes arrêtés par les congrès anté* riears; 2^ si cette sorte d'enquête aurait lieu en assemblée générale ou seulement devant les délégués réunis spécialement à cet effet. A la suite d'une très-vive discussion, la majorité avait paru se prononcer, d'une part, pour le principe même de l'enquête; de l'autre, pour l'enquête en séance générale. Mais la crainte de paraître vouloir peser indirectement sur les gouvernements et le désir de prévenir des débats irritants, ont décidé le bureau de l'assemblée è ne pas la saisir de la difficulté. Appelés , en outre, & décider s'ils continueraient, comme par le passé, à donner lecture à l'assemblée gé« nérale de leur exposé de l'état de la statistique officielle de leur pays depuis le dernier congrès, ou s'ils se borneraient à remettre, pour l'impression, leur manuscrit an bureau, les délégués s'étaient prononcés pour la lecture. Toutefois, un petit nombre seulement a pu donner suite à cette résolution, les rapports des sections (qui ont la priorité sur toute autre communication) n'ayant pas tardé à absorber les moments de l'assemblée.
Selon l'usage, le congrès a émis un certain nombre de vœux en dehors du programme. Nous avons remarqué ceux par lesquels il a exprimé le désir : 1^ que les gouvernements fassent don de leurs publications aux bibliothèques des universités et de toutes les associations savantes qui leur en feraient la demande; 3^ qu'ils réduisent ou mieux encore qu'ils suppriment les droits de poste sur le transport des documents officiels; 3^ que les titres des tableaux statistiques insérés dans ces documents soient reproduits en plusieurs langues, et notamment en allemand, en français, en anglais, et que, autant que possible, Tintroduction qui les précède habi*tuellement soit reproduite dans l'une ou l'autre de ces trois langues (ce vœu s'adressait particulièrement aux gouvernements russe, Scandinave, néerlandais et serbe).
Une innovation s'est produite à Berlin, à laquelle nous applaudissons de tout cœur, parce qu'elle tend à resserrer les liens de confi'aternité qui unissent les membres du congrès. Elle a consisté dans la mission donnée par le bureau aux orateurs les plus' sympathiques à l'assemblée, de rappeler les titres que s'étaient faits à son estime les statisticiens éminents décédés dans l'intervalle de ses deux dernières sessions. Il y a, dans ces courtes oraisons funèbres (qui gagneraient peut-être à n'être pas improvisées), un pieux, un juste hommage à la mémoire des morts, et une leçon pour les vivants. Nous aurions voulu seulement que, dans la séance où le congrès inau» gurait cette commémoration solennelle, ce témoignage public d'affectueux regret, il l'étendu à tous les savants qu'il a perdus depuis sa fondation, mais en le limitant expressément à ceux qui ont prêté un concours effectif et réel aux travaux de l'association.
A Berlin, comme è Vienne, la réunion a été à peu près exclusivement allemande. Cest la faute des invités des autres pays, si elle tend ainsi de plus en plus à perdre son caractère international. Ici, comme partout ailleurs, les absents sont des vaincus: Vœ absentibus, quia vicii^ a dit un moraliste latin. Il est vrai que les distances sont considérables, les déplacements onéreux, et qu'au fond on ne se rend pas trop compte des considérations qui ont ainsi fait donner un caractère ambulatoire au congrès, quand il était si facile d'en fixer le siège dans une de ces villes qui, comme Bruxelles par exemple, ont l'avantage d'occuper une position centrale, d'être accessibles à la fois par les voies de terre et de mer, et se montrent particulièrement sympathiques aux études qui sont l'objet de ses travaux. Mais, le prindpe contraire une fois établi, il fallait savoir faire un sacrifice de temps et d'argent pour soutenir
énergjquement une institution dont les résultats , disons-le en passant» ne sonl pas moins poliUques que scientifiques.
Les congrès de statistique sont, en effet, au plus haut degré, des congrès de la paix. Il est impossible que des hommes éminents, dont quelques-uns ont déjà siégé ou siégeront un jour dans les conseils du gouvernement de leur pays, se rencootrent périodiquement sur le terrain neuti*e de la science, et de la science qui touche de plus près aux intérêts généraux des sociétés politiques, sans qu'il en résulte des relations d'estime et d'amitié essentiellement propres à dissiper les préjugés nationaui.
En dehors des travaux du congrès, ces visites p^iodiques à des pays étrangers qui nous les rendront un jour, s'ils n'en ont déjà pris l'initiative, doivent amener d'utiles études, de fructueuses comparaisons. Quelques jours passés au sein delà capitale d'un État, c'est-à-dire de la ville qui est la plus haute expression de ses mœurs, de ses usages, de sa civilisation , suffisent, en effet, à qui sait voir et observer, pour se feire une juste idée de la situation morale et matérielle au moins de ses populations urbaines.
La moindre prédominance des nationaux dans les congrès de statistique aurait un autre avantage qu'il importe de signaler. Nous avons déjà dit que les commissions organisatrices ont une tendance marquée et presque inévitable , en rédigeani les programmes, à s'inspirer exclusivement des faits et des institutions qu elles ool sous leurs yeux. Eh bieni la représentation, dans une proportion suffisante, de Vêlement étranger au sein de l'assemblée, modifierait, tempérerait cette tendance et amènerait, dans la préparation des formulaires statistiques, la hauteur, runiversalité de vues, le syncrétisme en un mot, qui peut seul en assurer l'application générale.
En terminant, nous n'hésiterons pas à dire que, des congrès internationaux, le plus important par sa destination et ses résultats est, sans contredit, le congrès de statistique. A la différence des autres associations de même nature, qui se réunissent dans l'unique intention de soutenir des thèses sur des questions d'économie politique et sociale, ou d'échanger des communications sur quelque point obscur des sciences physiques, il poursuit un but nettement arrêté, et chacune de ses sessions est un pas de plus, un pas ferme, résolu, dans la voie qui doit l'y conduire.
L'histoire des congiès scientifiques est, d'ailleurs, de date récente en Enrope. Ce n'est guère qu'à partir de 1840, qu'on voit des savants de tous les pays quitter leurs foyers et entreprendre, pour une jouissance purement intellectuelle, un de cfê voyages auxquels on ne se résignait guère autrefois que sons l'aiguillon de rintérèi privé. Quels ont donc pu être les principaux mobiles de ces déplacements? Comment expliquer ce changement dans des habitudes naguère si sédentaires? Commentât venu à la science ce besoin d'expansion, dirradiation , qui est un des faits lesplos remarquables de notre temps? Le phénomène a eu certainement plusieurs causes: mais la plus considérable, à nos yeux, est dans les facilités apportées aux communications par les nouveaux moyens de transport. Il faut encore l'attribuer à un certain progrès dans la sociabilité générale, au désir de plus en plus vif d'apprendre ou d'instruire, à un besoin de plus en plus caractérisé de rayonner autour de soi, de propager des doctrines de prédilection , d'attacher son nom à des actes publics d'une certaine importance, enfin d'appeler sur soi un des rayons, quelque ftiU^ qu'il soit, de ce soleil de la publicité qui fait mûrir les plus beaux fruits de l'intelligence.
VINGT-SEPTItlE ÉTUDE.