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8âii7S6 45,108 58,185 87,665 88,888 81,846 15,768 40,150
FBfMBB*
TOTAL
POUBlOOO.
En dehors de l'Europe , nous ne connaissons qu'un seul grand pays où les pro- Tessions aient été recensées; ce sonl les États-Unis. En 1850 (les résultats de 1860 n'ont pas encore vu le jour), la population mâle libre déplus de iS ans, se répartissait ainsi qu'il suit par profession :
absolas. p. iOOO.
Commerce, négoce, industrie et mines 1 ,596,865 997.1
Agriculture 8,400,588 446.7
Travail non agricole * 993,680 184.9
Armée 5,870 1.1
NaylgaUon maritime et fluviale . . . 116,341 81.7
Droit, médecine et clergé 94,518 17.7
A reporter. . . 5,806,694 969.9
Report 5,806,684 969.1
Autres professions Ubérales 95,814 17.9
Administration civile 84,966 4.7
Doraestleité 89,848 4.1
Autres professions 89,159 U
TotaL
«Il
Les difiScultés que rencontre un dénombrement exact de la population , d'après les professions y sont graves et nombreuses. La première consiste à en faire concorder le nombre avec celui des habitants, concordance absolument impossible, puisque beaucoup de personnes exercent simultanément plusieurs états. De là, la nécessité de n'attribuer à chacune d'elles que celui qui lui fournit ses principaux moyens d'existence. Or, cette distinction rencontre dans la pratique des obstacles souvent insurmontables, les agents du recensement ne pouvant pénétrer dans l'intimité des administrés pour obtenir le secret de leurs affaires. Le dénombrement de la population par professions ne saurait donc être l'équivalent d^une enquête spéciale sur les forces productives d'un pays, enquête qui, n'ayant point à s'occuper des personnes, mais des choses, doit conduire nécessairement à des données plus exactes.
Cette observation s'applique particulièrement au commerce, le nombre des objets de nature très-diverse vendus simultanément par les mêmes établissements , étant considérable, surtout dans les petites localités.
Le recensement des professions se heurte à un autre écueil ; ce sont les fausses déclarations, le refus de répondre, les renseignements inexacts donnés en l'absence de l'administré, l'incurie des agents du recensement reculant devant les investigations nécessaires pour découvrir les professions qui ne se manifestent pas extérieurement, ou que l'on croit avoir intérêt à cacher. Ces causes d'inexactitude se rencontrent surtout dans les grandes villes, et leur intensité s'accroît par conséquent avec le progrès des agglomérations. Leur action se fait particulièrement sentir en ce qui concerne le sexe féminin. Or, les erreurs ou les incertitudes sur la profession réelle d'un grand nombre d'individus de ce sexe, sont d'autant plos regrettables que, selon nous, l'un des principaux intérêts engagés dans les dénombrements professionels, consiste à connaître, à suivre, dans ses mouvements divers, le concours des femmes au travail national. On sait, en effet, que l'accroissement ou la diminution de ce concours figure parmi les plus redoutables problèmes qui puissent se poser aux sociétés modernes. C'est à ce point de vue, notamment, que
1. Mineurs, carriers, porte-faix, commissionnaires, hommes de peine, etc.
Ton peut dire que les census font aussi bien connaître Télat social que l'étatéconoiiiique des peuples.
Il faut ranger encore parmi les causes des imperrections du recensement des professions, dansFétat actuel de Torganisalion du travail, l'extrême morcellement, l'exlrême division de la production, et, par suite, la grande difficulté de faire renirei dans un cadre succinct, les innombrables rameaux qui se détachent de ce Ironc colossal. De là, pour le recenseur, des embarras que ne sauraient conjurer les instructions les plus explicites, et des erreurs inévitables de classement. Une partie Je ces erreurs pourrait cependant être évitée, si, à la nomenclature officielle, était jointe uoe liste, par ordre alphabétique, aussi complète que possible, de toutes les professions indiquées et non indiquées dans cette nomenclature, avec renvoi à ses diverses divisions et subdivisions.*
Nous avons vu que l'administration anglaise n'a pas cru devoir adopter la séparation de l'industrie et du commerce, la production et la vente étant souvent confondues dans le même établissement. Il est certain que, surtout dans les petites localités, le fabricant vend directement les objets sortis de son atelier, et cela est vrai surtout pour la petite industrie (métiers). Il ne l'est pas moins que , souvent , lorsque le chef de la maison ne fabrique pas, il entreprend la réparation des produils qu'il débite. Un grand nombre d'horlogers et de bijoutiers se trouvent dans ce cas. Mais ici la difficulté est moins grande , car il est évident que, dans ces professions, c'est l'élément commercial qui domine, et doit déterminer le classement. Pour les autres, c'est au contraire, au moins à notre sens, l'élément industriel qui remporte; c'est la fabrication qui forme, en effet, la raison d'être de l'établissement, et, par conséquent, c'est a l'industrie qu'il doit figurer.
Le classement des industriels soulève encore un autre problème, qui est celui-ci: Quel est le véritable caractère du travail industriel ? A quel signe certain le reconnaître ? L'industriel est-il celui qui fabrique un produit en totaUté, ou faut-il appeler du même nom celui qui lui fait subir une élaboration quelconque , tendant à le modifier, à le transformer, à l'achever, à le parer ? Questions délicates et sur fa solution desquelles nous admettons volontiers la controverse.
L'industrie peut encore se confondre avec l'agriculture, et, dans ce cas, mettre en défaut la sagacité du recenseur. Ainsi un cultivateur peut entretenir sur sa ferme une distillerie, une féculerie, une amidonnerie, une magnanerie, un moulin à huile, à céréales, etc., et cette branche de son exploitation peut être considérable. Comment séparer ici l'industriel de l'agriculteur, et dégager l'élément dominant? Que l'on suppose encore (et le cas est fréquent) que la même personne ne vend pas seulement les produits de son exploitation agricole et industrielle, mais encore achète ceux d'autrui et les revend avec une intention de spéculation? Voilà le même individu à la fois cultivateur, fabricant et marchand. Dans laquelle des trois catégories l'inscrire ?
La principale source d'embarras pour le classement des entreprises commerciales, c'est la tendance, chaque jour plus visible, à réunir dans le même débit les objets les plus variés, les plus disparates, les plus hétérogènes. Cette tendance,
1. L'administration française a donné son approbation, en 1861 , à une liste de cette nature (mais irOs-réduite), rédigée par l'imprimeur Berger-Levrault de Strasbourg et en a recommandé Tusage aux prùfets. Elle eût peut-être mieux fait de la préparer elle-même et d'en rendre l'emploi obligatoire.
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qui met, en France, à luie si rude épreuve les agents chargés de rassielle de Timpôl des patentes, n'est pas un moindre embarras pour le recenseur.
La nomenclature des professions libérales ne soulève pas de moindres problèmes. Qu'est-ce qu'une profession libérale? où commence-t-elle? où finit-elle? où est en réalité la différence entre l'industriel qui vend un produit matériel qu'il fabrique seul ou avec le concours de ses ouvriers, et l'artiste qui vend son tableau ou sa statue, l'architecte qui vend son plan, l'auteur qui vend son livre, le musicien qui vend son opéra , l'avocat qui vend sa plaidoirie, le médecin qui vend son ordonnance? Est-ce dans le travail manuel ou non manuel qu'il faut chercher la limite entre les professions libérales el celles qui ne le sont pas? S'il en est ainsi, tout ce qui n'est pas cultivateur ou ouvrier leur appartient; les commerçants et les innombrables employés de leurs maisons , ainsi que des usines et manufactures, el des administrations particulières leur appartiennent. Est-ce dans le degré de l'instruction reçue ou présumée reçue? Mais c'est l'élément d'appréciation le plus fugitif, le plus trompeur que nous connaissions. Est-ce dans le degré d'estime, de considération que l'opinion accorde à l'exercice de certains états? Autre base, non moins mouvante, non moins rebelle à tout classement rationnel et logique. Posons quelques exemples: les employés, les agents de l'État, des départements et des communes exercent-ils également une profession libérale? Le garde champêtre et le ministre sont-ils, à ce point de vue, au même rang? Les militaires et les marins exercent-ils une profession libérale, et, dans ce cas, le maréchal de France et le simple soldat, l'amiral et le mousse, doivent-ils figurer dans la même série? II est vrai que l'on a proposé de supprimer la difficulté en supprimant la division ellemême, et en classant sous une rubrique spéciale, chacune des professions dites libérales. Au fond, c'est peut-être la solution la plus juste; à coup sûr, c'est la plus prudente.
L'exactitude du recensement professionnel souffre encore de cette circonstance, que les termes de la nomenclature ne sont généralement accompagnés d'aucune définition, et que les mêmes expressions, les mêmes qualifications ont souvent, d'une province à l'autre , une acception ou légèrement, ou complètement différente. Cela est vrai même dans les pays qui, comme la France, l'Angleterre et l'Allemagne (proprement dite) parlent une langue uniforme. L'unité de la langue dans ces pays n'empêche pas , en effet , l'existence de dialectes , de patois ; or ces dialectes , ces patois exercent , surtout dans les campagnes et dans les provinces privées de grandes voies de communication, une forte influence sur la langue courante. Il est certain, par exemple, qu'en Angleterre, le pur anglais n'est pas ou n'est que peu compris dans les parties reculées du pays de Galles, où se parle le gaélique. Il en est de même en France, où la langue nationale n'a pas encore complètement triomphé de certains idiomes tenaces et persistants, comme le basque et le bas-breton, et des divers dialectes provençaux, sans parler de certaines communes rurales de l'Alsace et de la Lorraine, où l'allemand est encore plus familier que le français, et de la Corse, où l'italien est toujours dominant.
Toutefois, le plus grand nombre des difficultés que nous venons d'énumcrer, peuvent être surmontées, mais à la condition d'efforts soutenus de la part des gouvernements, et de leur ferme volonté d'oblenir des populations et des autorités locales un concours de plus en plus éclairé et dévoué. Quant aux nomenclatures, il importe qu'elles soient rédigées de manière non-seulement à fournir l'eiprcssiofl
la plus vraie des divers modes d'existence des membres d'une sociélé déterminée , mais encore , si l'on veut étendre le domaine de l'économie sociale comparée , à permettre d'utiles rapprochements avec les autres pays. Dans cette hypothèse , il serait indispensable que les administrateurs ou les savants qui dirigent les bureaux de slalistique, après s'être communiqué mutuellement leurs projets, et en avoir fait préalablement une étude approfondie, se réunissent en un congrès spécial pour arrêter définitivement un plan commun.
Ce but atteint, il ne faudrait pas encore se faire une illusion complète et croire que les recensements , désormais opérés d'après une nomenclature uniforme, donneront^ pour chaque pays, des résultats exactement comparables. Non, l'indication des professions n'est pas un renseignement suffisant pour donner, de pays à pays, Qoe juste idée des circonstances dans lesquelles se produit le rapport entre elles des diverses branches de l'activité nationale, il est certain que le mouvement des populations vers l'une ou l'autre de ces branches ne s'opère pas partout sous des influences semblables. La législation peut notamment, par une réglementation plus ou moins jusliiiée, diriger le mouvement dans une toute autre direction que celle qu'il suivrait s*il était complètement Ubre. Là où certaines professions constituent des monopoles, ou bien sont subordonnées à des preuves d'aptitude, de capacité difficiles à lâire, le nombre des personnes qui les exercent sera évidemment moindre que dans les pays où elles sont ouvertes à tous sans conditions, et la statistique de professions ainsi placées sous des régimes si difiérents , n'aura pas le même sens , la même ^'aleur. Â ce point de vue, les états où prévaut le principe de la Uberté du travail, comme la France , la Belgique ou l'Angleterre , n'offriront pas les mêmes faits qu'en Allemagne, par exemple, où cette liberté n'existe encore que partiellement.
n en est de même en ce qui concerne la profession agricole. Dans les pays de substitution , d'inféodation du sol, de propriétés closes et indivisibles , on ne trouvera certainement pas le même nombre de propriétaires et surtout de propriétairescultivateurs qu'en France, en Belgique, sur la rive gauche du Rhin, où la terre, se morcelant sans obstacle, est accessible aux grands comme aux petits capitaux.
Il importerait donc, pour éclairer, pour faciliter la comparaison des divers pays au point de vue professionnel, que la publication des résultats du census fut précédée d une notice sur la législation et sur 1 organisation du travail. Il ne serait pas moiris nécessaire qu'aux nomenclatures fussent jointes les instructions et circulaires qui eu ont déterminé le sens.
Si, sous le bénéfice des observations qui précèdent, nous rapprochons, pour les divers pays que nous venons d'étudier, le rapport des principales professions au total ramené à 1,000, nous obtenons des résultats qui ne sont pas entièrement dénués d'intérêt.
Pour l'intelligence du tableau qui suit, il importe que nous fassions connaître que, lorsque les femmes et les enfants, ou les enfants seulement ont été, dans les nomenclatures , l'objet d'un classement spécial , nous avons cru devoir les distraire du total de la population. Comm%, s'ils avaient été répartis entre les diverses professions, ils l'eussent été dans une proportion égale (nous avons au moins le droit de le supposer), nous laissons intacts, en les éliminant, les rapports de ces professions entre elles.
Des professions libérales nous avons distrait la force publique et, autant que nous l'avons pu , les rentiers et pensionnés. Nous y avons compris le clergé.
'^"' AKSBi». ^^jg el cominerce. libérales.
Angleterre 1851 236 340 29
Autriche 1857 502 > 183 29
Bavière 1852 692 232 45 •
Belgique 1846 512 891 44
Danemark • . . 1855 386 299 < 46
EtaU-Romaini 1853 501 178 52
EtatA-Unis 1850 446 297 36
France 1856 529 839 24
Grèce 1856 658 136 40
Hollande 1850 206 a 282 227 1
Norwége 1845 273 s 150 » 7
Oldenbourg 1855 512 406 47
Prusse 1852 519 ' 370 • 22
Saxe 1849 822 472 24
Suède 1855 488 166 ^ 9
Quoique fondés sur des quanlilés qui sont loin d'être entièrement homogènes, ces rapports contiennent cependant des indications assez conformes à ce que Ton sait généralement de l'état économique des pays qu'elles concernent. Ainsi , c'est sans surprise que nous trouvons l'Angleterre en tête des pays où l'agriculture occupe le moins de bras, et la Bavière, la France, la Belgique, la Grèce, la Prusse et la Suède, parmi ceux où elle en absorbe le plus. La faiblesse des chiffres relatifs à la Hollande, au Danemark et à la Norwége, se justifie par des conditions climatériques. L'énorme développement industriel de la Saxe dans ces 90 dernières années, explique le rang privilégié que lui assigne notre tableau. Viennent ensuite, au point de vue de l'importance industrielle, la Belgique , In Prusse, l'Angleterre et la France, pays auxquels se joindrait certainement la Suisse, si nous avions la répartition de sa population par profession. — Le classement d'après les professions libérales est moins facile à expliquer. Cependant (distraction faite de la Hollande , dont nous ne comprenons pas le chiffre anormal) , on se rend compte du rang assigné aux États romains , en songeant à la prédominance excessive dans ce pays du clergé séculier et régulier. Les nombres afférents à l'Angleterre, à la France, à la Prusse, à l'Autriche, ne diffèrent pas sensiblement. Nous admettons également sans difficulté les chiffres exceptionnellement faibles de la Suède et de la Norwége, les professions libérales n'étant exercées que par un très-petit nombre de personnes, là où la richesse publique est lente à se développer. Le rang élevé qu'occupe le Danemark , nous parait moins admissible. Quant à la Grèce, on sait combien le nombre des fonctionnaires publics y est considérable.
Nous terminerons en faisant observer que les rapports qui précèdent , lors même qu'ils seraient déduits de valeurs parfaiterhent semblables, ne devraient être appréciés qu'avec une extrême circonspection , en ce qui concerne leurs conséquences économiques. Un exemple fera comprendre notre pensée. Si l'Angleterre est le pays où l'agriculture occupe le moins de bras , il ne faudrait pas se hâter d'en conclure, comme on l'a fait souvent, qu'il suffit, dans ce pays, de 2.36 hommes pour en nourrir
1. Y compris la moiUé des individus classés comme Journaliers.
2 Rapport calculé pour les professions réellement exercées et distraction faite, par conséquent, des enfants.
3. Rapport calculé pour les professions réellement exercées et dans la supposition que les Vs des Journaliers et paysans sans terres appartiennent à Tagriculture.