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DE QUELQUES STATISTICIENS MODERNES

G. R. Porter. -^ Bergsod. — Fallati. — Bertini. — Franscini. — De Reden. — P. le Sick. — Dieterici. — larc d'Espine. — Professeur Ickersdyck.

Dans ceç dernières années, la mort a fail des vides cruels dans la petite, mais laborieuse et féconde phalange des statisticiens officiels ou privés. De 1852 à 1860, dix d'entre eux, et quelques-uns des plus considérables, ont succombé avant le temps, c'est-à-dire presque tous dans la plénitude de leur force et de leurs facultés. Bien peu ont eu en France les honneurs d'une simple notice, même dans les recueils spéciaux. Un pareil oubli ressemble à de l'ingratitude, quand on songe aux services que la plupart ont rendus à. la science, et surtout quand on sait tous les eflforts,tous les labeurs qu'exige, toutes les difficultés que rencontre, non-seulement pour les particuliers, mais même pour les gouvernements, la réunion des moindres documents sur les principaux faits économiques et sociaux.

C'est cette omission que nous venons réparer, en payant, à chacun des savants dont nous allons parler, un juste tribut d'estime, et en consacrant particulièrement à ceux qu'il nous a été donné de connaître, un pieux et affectueux souvenir.

G. R. Porter, l'éminent auteur du Progress of the nation, et le véritable organisateur de la statistique au Conseil de commerce en Angleterre (Board of trade), était né à Londres, en 1792, et avait étudié à l'école des Marchands tailleurs (Merchant taylor's school), l'un des établissements d'instruction secondaire de cette ville les plus honorablement connus. Destiné par sa famille à la carrière commerciale, il entra chez un courtier en sucres, y travailla pendant quelques années, et finit par embrasser lui-même cette profession. Une faillite considérable l'obligea à la quitter et à chercher des ressources dans sa pluoie. Un travail intéressant, publié en 1831 dans le recueil, très-populaire en Angleterre, connu sous le titre de Companion to the Almanac, le mit en rapport avec le célèbre éditeur Charles Knight. C'est à M.Knight, longtemps et peut-être encore aujourd'hui le Mécène d'une foule d'hommes de lettres en Angleterre, qu'il dut, peu de temps après, d'être appelé à la direction du bureau de statistique du Board of trade. Il ne tarda pas à y montrer une aptitude toute spéciale, et en donna la preuve en introduisant presque immédiatement l'ordre, la clarté et la méthode dans les documents un peu confus que publiait avant lui l'administration anglaise. Nous possédons une collection complète de ces documents. On y constate en quelque sorte, d'année en année, les améliorations dont ils ont été l'objet sous sa direction.

Sa première édition du Progress of the nation remonte à 1836. Ce travail, remarquable par l'abondance des renseignements, la netteté des déductions et les excellente^ doctrine^ économiques de l'auteur, appela vivement l'attention. Il a eu

plusieurs éditions, dont la dernière est celle de 1851. Nous en avons fait une analyse Irès-étendue dans le tome VII du Journal des Économistes (p. 172 et 278).

Appelé, en 1841, aux fonctions de secrétaire permanent adjoint du Board oftrade, il fut chargé, en cette qualité, d'aller négocier un traité de commerce avec la France. Il échoua; et cet échec, dû principalement à la grande influence du parti prohibilionniste dans les conseils du gouvernement français, lui causa un vif regret. Il quitta Paris, laissant à ceux qui l'y avaient connu une haute idée de l'étendue, de la variété de ses connaissances, de la fermeté de ses principes et de la bienveillance de son caractère.

Il occupait encore ses fonctions officielles, qu'il remplissait avec une exaclilude et un zèle scrupuleux, lorsqu'en 1852 il fut enlevé subitement à ses amis, au gouvernement dont il avait toute la confiance, et à la science, qu'il cultivait avec autant d'ardeur que de succès.

Il a été remplacé au Bureau de statistique par M. Fonblanque, l'un des collaborateurs les plus distingués de Y Examiner, et auquel on doit, comme à son prédécesseur, des améliorations considérables dans les publications de cet important service.

M. Porter, en outre du grand ouvrage dont nous avons parlé, a lu, devant les sociétés savantes dont il était membre, des mémoires peu connus que l'on consultera avec fruit, et dont la liste suit :

On thô accumulalion of capital by the differeni classes of society. Travail dans lequel Tauteur cherche à déterminer raccroissement et l'avenir des classes moyennes en Angleterre.

StatisUcal view of the récent progress and présent amount of mining indmtry in France^ Mémoire consacré à Texamen des progrès de Tindustrie minière en France et en Angleterre.

Suggestions in favour of a systematic cotteclion of the statistics of agriculture. Excellente dissertation sur l'importance d'une statistique régulière de l'agriculture et sur les fâcheuses conséquences de l'absence de tout document de cette nature en Angleterre.

Examination of some facts obtained at the census of 1841 ; ou étude sur l'aliénation mentale, l'émigration, l'accroissement comparé de la population dans les districts agricoles et industriels, leur mortalité respective, le rapport sexuel dans les naissances et la population, le rapport, à diverses époques, des habitants au nombre des maisons, enfin la classification aux mêmes époques des habitants par âge.

Examination of the traffic returns ofthe various railways for 1833. Réunion des documents les plus utiles ù connaître sur les résultats de l'exploitation des chemins de fer anglais dans cette année.

Sketch of the progress and présent extent of savings banks. C'est une analyse exacte de la législation et des faits sur les Caisses d'épargne de l'Angleterre.

The influence of éducation shown by facts recorded in criminal records. Thèse à l'appui de l'opinion de l'influence préventive de l'instruction sur la criminalité.

Agricultural statistics of Ireland. Bonne étude sur la production agricole en Irlande.

On a comparative statement of priées and wages during 1842-1849. Recherches sur les variations, dans cette période, du prix des objets comestibles, et sur les circonstances qui ont pu les déterminer.

ExaminatUm ofthe récent statistics of the cotton trade in Great Brilain. Titre qui explique suffisamment le sujet.

On self imposed taxation of the working clasêes in the V. K. Sous ce titre piquant

M. Porter examine l'inOuence sur le sort des classes ouvrières de son pays des énormes consommations de spiritueux auxquelles elles se livrent.

On the productive indmtry of Parti. C'est une analyse de la belle publication de la chambre de commerce de Paris en 1849.

€ Parmi les personnes, a dit (au congrès de Bruxelles) un juge bien compélenl, le D^ W. Farr, qui ont le plus contribué en Angleterre à populariser la statistique el les déductions qu'elle comporte au point de vue économique et social, il faut ciler en première ligne M. Porter, si remarquable par la clarté de ses écrits.»

Bergsoe (Adolphe-Frédéric), était né, en 1806, à Copenhague, où il fit ses études de droit. En 1836, l'Académie des sciences de celte ville couronna sa biographie de l'homme d'État érainent comte Reventlow. En 1837, il fit, aux frais de l'Étal, un voyage d'instruction en Allemagne, en France et en Italie, et s'arrêta assez longtemp.s à Heidelberg, où il étudia l'économie politique. De retour dans son pays, en 1840, il ouvrit un cours de cette science, et huit années après, en 1848, il fut appelé à la professer officiellement à l'Université de Copenhague. Mais déjà, dès 1845, il avait été nommé secrétaire de la commission centrale de statistique, et lorsqu'on 1850 cette commission fut remplacée par un bureau, il en reçut la direction. Bergsoe est mort le 16 janvier 1854, à l'âge de 48 ans. Chose trisle à dire, cette mort imprévue, survenue dans toute la force de l'âge et du talent, paraît devoir être attribuée à un suicide.

Bergsoe, comme tous les statisticiens (pour lesquels on a déjà remarqué que l'élude dégénère souvent en passion), travaillait avec une extrême ardeur. Il a laissé un assez volumineux ouvrage sous le titre de :

Dm Danske Siats SUUisHk (Statistique de la monarchie danoise), 1845-1853, 4 forts vol. in-8^

Comme directeur du bureau de statistique on lui doit les deux publications suivantes :

Danske Tabelvœrk ny rekke (Statistique du royaume, nouvelle série). Tome I à YIU. 1850-1854.

Meddelhrer fra des Staiisdk Bureau (Mélanges du bureau de statistique).

Tabeller over Kongerigei Danmarks og herlugdommet Sleswigs (Documents statistiques sur le royaume de Danemark et le duché de Schleswig dans Tannée 1851). Copenhague 1852, 1 vol. in-folio.

Bergsoe représentait son gouvernement au congrès de Bruxelles. II y a pris la parole plusieurs fois, et en très -bon français, dans la remarquable discussiondu programme du mouvement annuel et du dénombrement de la population. On a remarqué, en outre, le clair et substantiel exposé qu'il fit à cette assemblée de l'histoire et de l'organisation actuelle de la statistique officielle en Danemark. Il a été remplacé, dans la direction du Bureau de statistique, par M. le conseiller d'El3l David, qui a donné à ce service une extension considérable, et dont les publications jouissent de l'estime la mieux méritée.

Fallati (Jean), était né à Hambourg, le 15 mars 1809, d'une famille de négociants. Sa mère était Allemande, et son père d'origine italienne. Fallati n'a^^i que 14 ans lorsque ce dernier mourut. Sa mère étant allée s'établir avec ^es enfants à Stuttgart, il fit ses humanités dans cette ville. En 1828, il entra à l'École supérieure de Tubingue. Plus lard, il étudia à l'Université de Heidelberg, el, quelques années après, il se fit recevoir docteur en droit. Fallati s'était distingué de très-bonne

heure par une aptitude remarquable; il avait appris en peu de temps, et avec une facilité extraordinaire, les langues mortes et vivantes; il savait jusqu'au sanscrit. Ses éludes universitaires terminées, il visita la plus grande partie de l'Allemagne et les (rois royaumes Scandinaves. Le choix d'une profession l'embarrassa longtemps, et ce ne fut qu'après de longues hésitations qu'il se décida à entrer dans le professorat. A cette époque, une chaire de statistique et d'histoire politique venait d'être créée à la faculté des sciences économiques de Tubingue. Un enseignement aussi important ne pouvait être conflé qu'à un homme d'un mérite connu. Fallati ne désespéra pas d'en être chargé. 11 se fit d'abord recevoir, en 1837, FhHvat Docef^t (agrégé) dans les sciences économiques; l'année suivante, il fut nommé professeur libre de faculté pour les mêmes matières, et enfin, professeur titulaire en 1842.

Le mouvement révolutionnaire de 1848 l'enleva à ses paisibles études. Il s'empressa de se rendre à F avant-parlement qui venait de se réunir à Francfort, et obtint, 000 sans peine , d'être envoyé par un district électoral du Wurtemberg à l'assemblée nationale allemande convoquée dans cette ville. Il s'y plaça au centre gauche. Lorsqu'en août le ministère du régent provisoire de l'empire eut été constitué, Fallati y entra en qualité de sous-secrétaire d'Etat au département du commerce, et garda cette position, dans laquelle il fit preuve des meilleures intentions, jusqu'à la retraite du cabinet de Gagcrn. Il ne crut pas devoir snivre à Stuttgard les débris de rassemblée nationale. Après avoir assisté à la réunion de Gotha, et lorsque la cause de l'unité allemande lui parut définitivement perdue , il reprit possession à Tubingue de sa chaire de professeur. En 1850, il y joignit les fonctions de bibliothécaire en chef de l'université. L'amélioration qui se fit ainsi dans sa situation matérielle lui permit de donner libre carrière à ce vif goût pour les voyages qu'il avait manifesté de bonne heure. On le vit alors en effet visiter à plusieurs reprises l'Allemagne, TAn^îIeterre , la France, la Belgique, l'Italie et la Hollande. Cette dernière excuraon devait lui être fatale; atteint à La Haye d'une indisposition qui bientôt prit le caractère le.plus alarmant, il y succomba le 5 octobre 1855, à l'âge de 46 ans.

Fallati n'a laissé aucun travail de longue haleine; nature légèrement rêveuse et poétique, il avait peu de penchants pour les longues incubations intellectuelles. Trèsdifficile pour lui-même, homme de style autant que de pensée, il travaillait avec un soin également minutieux et le fond et la forme de ses écrits. De là peut-être leur petit nombre, mais aussi leur valeur. Le plus important et le seul d'ailleurs dont nous ayons à nous occuper ici , est celui qui a pour titre Einleitung in die Wissenschaft der Statistik (Introduction à la science de la statistique). C'est un opuscule de Î23 pages, dans lequel il traite de la théorie et de l'histoire de cette branche des sciences économiques. Toute la partie de ce travail qui est consacrée à la définition et à la délimitation du domaine de la statistique , pèche peut-être par le défaut de clarté, de netteté et de précision. La langue de l'auteur est un peu trop empreinte de cette technologie obscure, aride et pédantesque qui n'abandonne jamais entièrement ceux qui , comme Fallati, ont fait une longue étude de la philosophie allemande. Quant à la partie historique, elle témoigne d'une vaste littérature, d'une érudition aussi saine qu'étendue. Fallati était un des rédacteurs du recueil d'économie politique qui paraît à Tubingue, depuis 1844, sous le titre de Zeitschrift fur Staotsumenschaft. Il y a publié un certain nombre d'articles qui intéressent la statistique. Cest ainsi que, dans une première série d'études faîtes avec soin, mais qui n'ont plus aujourd'hui qu'un intérêt historique, il a décrit l'organisation administrative de

la statistique en Allemagne , en Sicile et dans les pays Scandinaves. Peu de temps après le congrès de Bruxelles , où il assistait et aux travaux duquel il s'est associé avec la plus intelligente ardeur, il en inséra, dans le même recueil, un compte rendu aussi exact que bienveillant, et il profita de celte occasion pour compléter, en les étendant aux autres États de TËurope, ses précédentes recherches sur lorganisation des bureaux de statistique et leurs publications. Dans une seconde série d*arlicles, il a rappelé les travaux des statisticiens non oiSciels , ceux des sociétés de statistique, notamment des sociétés anglaises, ainsi que les résultats généraux des congrès scientifiques de Lubeck , de Gênes et de Naples. C'est à cette dernière série d'écrits qu'appartient le compte rendu du congrès de Bruxelles. Enfin il a consacré une troisième série de mémoires à la discussion des meilleurs moyens de recueillir uniformément dans tous les pays (ce but fondamental des congrès de statistique) les documents statistiques.

Fallati avait produit la meilleure impression au congrès de Bruxelles, et ceui qui l'y ont connu ont gardé un bon souvenir de sa figure franche et ouverte, de sa parfaite bienveillance et des qualités vraiment éminenles de son esprit. Il y a fait , comme organe de l'une des sections, un rapport remarquable et écrit en excellent français, sur la statisque de la justice criminelle.

Le D*" Bertini (Bernardin), décédé à la fin de 1856, à Fàge de 65 ans, était membre de l'Académie de médecine et de chirurgie de Turin , l'un des syndics de • cette ville pour l'hygiène et la police municipale , membre de la commission centrale de statistique et membre, depuis l'établissement du régime constitutionnel dans les États sardes, de la chambre des députés, que, dans ces dernières années, il présidait, à l'ouverture de chaque session, comme doyen d'âge. Il a représenté son gouvernement aux congrès de Bruxelles et de Paris. Une commission s'étant réunie spontanément au ministère du commerce, avant l'ouverture du congrès de Paris, pour s'entendre sur la préparation d'une nomenclature nosologique des décès, M. Bertini prit une part très-active à la longue et vive discussion dont les* projets présentés par MM. les docteurs Farr et Marc d'Épine furent l'objet. II a lu devant l'Académie de médecine de Turin deux rapports très-étendus sur la partie médicale des travaux des deux congrès de Bruxelles et de Paris. On lui doit en outre les ouvrages suivants :

Idrologia minérale degli Stati sardi, oaaie descrizione stalistica di tutte le sorgenii iacque minerali noie sinora negli Stati di S. M, il re di Sardinia (Hydrologie minérale des Etats sardes). Turin, 1854, 1 vol. in-8°. Un appendice à cet ouvrage a été publié dans VAnnuario ilaliano êtorico-statistico del 1852, publié par Guill. Stefani (Turin, 1852).

StatisUca délie quaitro prime législature e délia sessione prima délia quinta del parlemento sardo (Statistique des quatre première législatures du parlement sarde et de la première cession de la cinquième). Turin, 1855, in-folio de 40 tableaux.

Slaliitica nosologica del venerando spedale maggiore délia sacra religiorCe e ordinaremlilare dei SS. Maurici ei Lazare dai 1824 al 1847 (Statistique nosologique du grand hôpital des SS. Maurice et Lazare). Turin , in-8^

Cenni sUUistici délie operate delV offizio dHgiene publica, di polizio urbana e rurale, k 1853 a terzo trimestre 1855 (Tableaux statistiques des travaux du comité d'hygiène publique et de police urbaine et rurale).

Bertini, avec qui nous entretenions des relations d'étroite amitié, était un des plus nobles cœurs que nous ayons connus; c'était en outre une intelligence d'élite.

Il avait, pour les recherches statistiques, un zèle, une ardeur extraordinaires. Il a contribué pour une grande part au développement , dans son pays , des études nosologiques. Comme député, il ne négligea jamais une occasion ou de prendre la défense de la statistique, lorsqu'elle était attaquée au sein du parlement (ce qui lui est souvent arrivé en Europe), ou de solliciter l'organisation d'un service administratif chargé de faire, avec le concours de la commission centrale, des publications régulières. Il était un des premiers à regretter amèrement la longue et inexplicable interruption des beaux travaux mis au jour par les soins de cette commission à une date déjà bien éloignée de nous !

Fransgini (Etienne), décédé en 1857, à Berne, où il remplissait les fonctions de conseiller fédéral chargé de la direction de l'intérieur (sorte de ministère de l'intérieur du gouvernement fédéral), était né en 1796 à Bodio, village situé au bas de la vallée levantine dans le canton du Tessin. Son père exerçait ^n France, comme un assez grand nombre de ses compatriotes, la profession de vitrier ambulant, et revenait par intervalles dans son pays natal, pour y rapporter et y faire fructifier ses économies. Le jeune Etienne ayant perdu sa mère pendant l'une de ces absences, la famille le mit en pension chez un curé de village, où il reçut Tinstruclion élémentaire. Ses progrès furent si rapides que son père eut l'idée de lui faire suivre la carrière ecclésiastique, < ce vœu suprême, a dit Franscini lui-même, de tous les pères de famille pauvres du Tessin. > Sur la demande du digne curé son premier instituteur, il obtint d'entrer directement au petit séminaire de Poleggio, où il fit sept années d'études, puis au grand séminaire de Milan. Le jeune Franscini ne se sentant aucune vocation pour les ordres, quitta ce dernier établissement et entra dans l'enseignement. Il s'établit d'abord comme instituteur privé, puis accepta un emploi de professeur à l'école normale élémentaire de Milan. Les loisirs que lui laissaient ses fonctions ne fufent pas perdus; il les employa en fortes études qui avaient principalement pour objet les sciences politiques. Il a écrit lui-même qu'à cette époque il lisait avidement les livres d'économie politique et de statistique de Melcbiorre Gioia (1819-1823). Le désir de revoir son pays et l'espoir d'y trouver des moyens d'existence le décidèrent à donner sa démission, grave imprudence, qu'il a longtemps et amèrement regrettée. Ce ne fut, en effet, qu'en 1826 qu'il put obtenir la direction d'une école d'enseignement nmtuel à Lugano. Jusque-là, il dut vivre de privations, privations d'autant plus cruelles, qu'il les partageait avec la jeune femme qu'il avait épousée à Milan peu de temps avant de quitter cette ville. Sa position s'étant ainsi améliorée, il en profita pour reprendre les études dont il avait puisé le goût dans la lecture de Gioia. En 1828, il publia son premier ouvrage: In Staiislica delta Suizzera, et le dédia au professeur Monnard, dont les écrits patriotiques enflammaient alors tous les esprits en Suisse. C'était un travail incomplet, insuiBsant, et dans lequel, pour employer ses propres expressions, l'auteur se montrait plutôt chaleureux écrivain que statisticien véritable. Mais il s'y trouvait de très- bonnes parties; il était en outre facile de voir que M. Franscini avait un penchant très-vif pour les matières qu'il traitait, et que, si la statistique officielle de la Suisse venait un jour à s'améliorer, il serait plus en mesure qu'aucun autre de produire une œuvre digne de lui et de son pays. Son livre n'en eut pas moins les honneurs d'une traduction en allemand. M. Franscini se mêla intimement au mouvement réformiste de 1829. Une bro-chute de lui, parue sans nom d'auteur, sous le titre Délia reforma délia cosiitur

zione ticinese, fit une assez grande sensation. £ile fui suivie de la création de la feuille politique YOsservaiore del Ceresio (nom du Lac de Lugano) dont il était Tud des éditeurs et le rédacteur principal. La polémique de cette feuille devint tellerhenl vive» que le gouvernement cantonal en suspendit la publication et poursuivit les trois éditeurs devant les tribunaux (21 avril 1830). En ce moment, Topinion réformiste prenait un ascendant marqué et il devenait évident qu'on touchait à une crise; en effet, le 2â juin, la réforme constitutionnelle était adoptée par le grand conseil. Nous avons à peine besoin de dire que le procès de Franscini n'eut pas lieu. Nommé député à cette assemblée vers les premiers jours dé septembre, il entra dans le nouveau gouvernement en qualité de chancelier. En mai 1837, il fit partie du conseil.d'État. En 1844, ayant cessé d'être rééligible, il reprit ses fonctions de chancelier. En 1846-1848 on le voit revenir au conseil d'État. A cette époque, il comptait déjà une carrière politique de dix -huit années, carrière éminemment fructueuse pour la cause populaire dont il avait été l'un des défenseurs les plus énergique et . les plus zélés. On lui doit notamment trois institutions qui ont rendu des services signalés dans le canton, la Société d'Utilité publique, la Caisse d'épargnes et l'École normale primaire (sctioladi metodica).

Membre de la commission d'enquête fédérale sur le commerce et l'industrie (1844), il y défendit le principe de la liberté des échanges. Âpres la guerre et la dissolution du Sonderbund, il fut envoyé dans le Valais en qualité de représentant fédéral. La journée du 15 mai 1848 ayant fait naître des doutes graves sur la fidélité des troupes suisses au service de Naples, Franscini partit pour cette ville, comme commissaire du Vorort, pour assister à l'enquête ouverte à ce sujet par les deux gouvernements. Vers la fin de 1 848, la nouvelle constitution fédérale qui instituait un gouvernement de sept membres ayant été mise en vigueur, M. Franscini fut appelé comme représentant de l'élément italien, à la direction du département de l'intérieur. C'est dans cette nouvelle position qu'il a recueilli, et avec de très-grandes difficultés, comme il l'a écrit lui-même, les éléments les plus essentiels de la statistique suisse. Ils ont été publiés dans la Xuovo slalistica délia Svizzera et son supplément (Lugano, 3 vol. în-8*, 1847-1851). Il en a été fait une traduction allemande avec le même nombre de volumes (Bern, 1849-1851).

Déjà en 1836, il avait contribué à la belle publication des éditeurs Huber de Saint Gall {Gemàlde der Schweiz) par une description et une bonne statistique du canton du Tessin. Ce travail a été réimprimé plus tard , avec des additions considérables, sous ce titre: La Svizzera ilaliana (3 vol. in-12).

On lui doit, en outre, comme directeur du département fédéral de rintérieur, les publications officielles ci-après:

Tableaux de la population de la Suisse, d'après les résuliats du dernier reeensemi^ fédéral, 1" partie, Berne, 1851, 1 vol. in-8^

Tableaux de la population et autres concernant la statistique de la Suisse ^ 2* partie. Berne, 1 vol. in-8% 1854.

Tableaux statistiques de la Confédération suisse, 3' partie. Berne, 1 vol. in-8% 1855.

TableauxdumouvementdelapopulationdelaConfédérationsuisse. 1 vol. in-S"". Berne, ISd?*

c Si je n'étais pas chargé d'une nombreuse famille , nous écrivait Franscini peQ de temps avant sa mort, et sans aucune fortune, il est bien probable que j'aurais fini par renoncer tout à fait à la vie publique, pour me consacrer exclusivement aux travaux^^qu'exige la statistique de la Suisse, que je crois pouvoir me flatter d'avoir créée, mais sans me dissimuler ses imperfections. » Dans ces quelques mots se

révèle le savant honnête, consciencieux, dévoué à son œuvre, et à la recherche coastaate des moyens de la perfectionner. C'est bien là le type du statisticien tel que nous le comprenons.

t Vous savez, a dit sur la tombe de Franscini, M. Pioda (son successeur au déparlement de l'intérieur), vous savez, Messieurs, l'aclivilé incessante, le zèle ardent (le Franscini. Vous savez que les soins assidus qu'il donna à l'instruction publique dans notre canton, et dont il fut véritablement le créateur, ne l'empêchèrent pas de consacrer la plus grande attention à toutes les autres branches du travail confié à son patriotisme et à ses lumières. Proclamons-le avec reconnaissance sur sa tombe : // nest pas un progrès accompli dans le Tessin depuis 1830 dont on ne puisse trouver le germe dans ses actes ou dans ses écrits,'^

Reden (Frédéric-Guillaume-Olhon-Louis , baron de), mort à Vienne (Autriclie), le iî décembre 1857, était né, le 11 février 1804, à Vendiinghausen, dans la principauté de Lippe-Detmold. Après avoir fait ses premières études à Delmold, puis à Lemgo, il alla étudier le droit à Gœtlingue, où il fut reçu docteur. En 1824, il en- Ira dans l'administration hanovrienne. En février 1832, le comité de Hoya l'envoya à la première chambre du parlement hanovrien. Il y prit une part très-aclive à la rédaction de la constitution libérale du 13 mars 1833. Après un voyage industriel en Allemagne, et dans une partie de la France et de la Suisse, il devint, en 1834, l'un des fondateurs de la Société industrielle de Hanovre, qui l'appela aux fonctions (le secrétaire général. Il les résigna après le coup d'État du 5 juillet 1837 et quitta même le poste qu'il occupait dans l'administration. Profitant des loisirs honorables que lui avait faits ce sacrifice à ses convictions politiques, il publia, à de courtes dislances, uii certain nombre d'ouvrages qui le placèrent immédiatement au premier rang des statisticiens allemands. C'est à cette époque qu'il commença à réuniir les éléments de cette magnifique collection de documents statistiques dont nous parlerons plus loin, collection formée et entretenue avec un soin extrême, et à laquelle tous les gouvernements européens se sont fait un plaisir de contribuer, en inscrivant de bonne heure le nom de M. de Reden sur la liste de distribution de leurs publications ofBcielles.

Au mois de mars 1841 , il fut nommé directeur du chemin de fer de Berlin à Siellin, et, peu de temps après, le gouvernement prussien lui offrit une chaire de sciences économiques et administratives. En 1843, le ministre des affaires étrangères ,^M. de Bûlau, lui confia, dans son déparlement, la direction des travaux relatifs au commerce, à l'industrie et aux voies de communicalion. En 1848, il fut élu, par un arrondissement électoral du Hanovre, membre de l'assemblée nationale de Francfort , où il siégea sur les bancs de la gauche. L'année suivante, le même arrondissement l'envoya à l'assemblée nationale de Hanovre. Son altitude politique à Francfort ayant méconlenté le gouvernement prussien, il fut mis en disponibilité des fonctions d'employé supérieur au ministère des affaires étrangères , qu'il avait conservées malgré ses divers mandats politiques. II se relira à Francfort, où il se consacra entièrement à la mise en ordre des immenses matériaux qu'il avait recueillis et à la préparation de ses nombreuses et intéressantes publications. En 1852, il vint s'établir à Vienne , dans l'espoir d'être appelé par le gouvernement autrichien à la direction de l'une des branches de la statistique administrative créée au ministère du commerce, de Tindustrie et des travaux publics. Cet espoir ne devait pas se

réaliser. En 1853, il assista au congrès de Bruxelles, où il fut accueilli avec la dis* tinction due à ses nombreux travaux. Il eut le regret de ne pouvoir assister à celui de Paris, Une lettre par laquelle il expliquait les motifs de son absence et donnait à rassemblée les marques de la plus vive sympathie, arriva trop tard pour pouvoir être lue en séance publique. En 1857, il fut un des membres les plus exacts du congrès de Vienne et prêta le concours de ses connaissances spéciales à Télaboralion définitive, au sein de la section spéciale , du progranime de la statistique financière, préparée avec une si haute intelligence de la matière , par M. le baron de Hock.

M. de Reden est mort à peu près sans fortune, ne laissant guère d'autre patrimoine à sa veuve et à ses enfants que ses grandes collections statistiques. Dans les premiers mois de 1858, le tuteur de ses orphelins, M. de flock, offrit ces collections aux principaux gouvernements de l'Europe à un prix modéré. Ses propositions n'eurent aucun succès. Elles faillirent cependant réussir en France, et, sans la guerre d'Italie , elles eussent peut-être abouti à un résultat favorable. L'honorable M. Rouber, ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, qui voyait, dans cette acquisition, à la fois une chose utile pour son pays et un moyen de venir en aide à la famille de l'homme éminent qui avait sacrifié son avenir et sa fortune aux intérêts de la science, M. Rouber, disons-nous, en avait, sur notre proposition, favorablement accueilli l'idée. Des négociations s'ouvrirent dans ce sens qui furent interrompues par la rupture entre les deux gouvernements, et n'ont pas été reprises depuis.

Voici la liste exacte (et elle n'a encore été donnée nulle part) des publications de M. dé Reden :

BerichU uber die Gewerbe-AussUllungen fur dos Kœnigreich Hannover^ 1835 und 1837 (Rapports sur les expositions industrielles de Hanovre en 1835 et 1837).

Ùeber den Mehlhandel DeuUchlands (Du commerce des farines de l'Allemagne). Hanovre,

Der Gam- und Leinenhandel Nord-DeuiscUands (Le commerce des fils et tissus du nord de l'Allemagne). Hanovre, 1839.

KuUur'StatistikdesKaiserreichsRusslands {Si^iisiiquedeVemfiredeRussi^^

Die Eisenbahnen DeuUchlands, geschichtich-stalisiische Darstellung (Les chemins de fer allemands, exposé historique et statistique). Berlin, 1843-1846, 4 vol. in-8*.

Allgemeine vergleichende Handels- und Gewerhe-Geographie, (Géographie générale comparée du commerce et de l'industrie). Berlin, 1843, 1 vol. in-8®.

Geschichte und Staiistik der franzœsischen Eisenbahnen (Histoire et statistique des chemins de fer français). Berlin, 1845.

Deutsches Eisenbahn- und Dampfêchiffbuch (Le livre des chemins de fer et des lignes des bateaux à vapeur allemands). Berlin, 1845.

Vergleichende Kuliurstatistik der GroMmâ'cA/^ £firopas (Statistique comparée des grandes puissances de l'Europe). Berlin, 1846.

Denkschrifl iiber die œsterreichische Gewerbe-Auêstellung von 1845, etc. (Mémoire sur Texposition industrielle de Vienne en 1845, etc.). Berlin, 1846.

Erwerbsmangel y Massenverarmung, etc. (Du paupérisme, de ses «causes et de ses re mèdes). Berlin , 1847.

Zeitschrift des Vereins fur deutsche Statisttk (Journal de la société de Statistique allemande). Berlin, années 1847 et 1848. Revue mensuelle in-folio qui a cessé de paraître depuis longtemps avec la société dont elle était l'organe.

Allgemeine vergleichende Finanz-Statistik, etc. (Statistique financière générale et comparée, ou exposé comparatif des finances, des impôts et des dettes de l'Allemagne et des

autres pays de l'Europe). Darrostadt, Jonghaus, 1851-1853, 4 vol. in-8'^ (travail du plus grand inlérèl, mais inachevé).

DieSiaaUn des Stromgehietes von La Plata^ etc. (Les États du bassin de La Plata et leur importance pour l'Europe). Darmstadf, 1852, broch. in-8".

Frankreichs StaaUhamhaU und Wehrkrafl unier den vier leizten Regierungsformen (Les finances et Tarniée en France, sous les quatre derniers gouvernements). Darmstadt, 1852, broch. in-8*.

Ruuland^s Krafl-Elemente und Einfluss-MUtel (Forces et moyens d'influence de la Russie). Francforl-sur-le-Méin, 1854, 1 vol. in-8^

Die Tûrkei und Griechenland in ihrer EnlwickelungÊ'-FàhigkeH (La Turquie et la Grèce dans leurs moyens de développement). Francfort-sur-le-Hein, 1854, 1 vol. in-8^

DeuUchland und dos ûbrige Europa (L'Allemagne et le reste de l'Europe). Wiesbaden , 1804, 1 très-fort volume in-8".

VoUkwirthschafUiche Briefe ûber Bayem (Lettres économiques sur la Bavière). Publiées dans le Correspondent en 1854.

Vergleichende Studien ûber Landy Volk und Staat Wurtemberg (Éludes statistiques comparatives sur le Wurtemberg). Publiées dans le êiercure de Souabe en 1855.

DtrBoden und seine BeniUzung im Kaiserstaate (Esterreich (Statistique du sol en Autriche). 1 vol. in-12. Vienne, 1857.

Si les immenses travaux de M.- de Reden lui ont valu les plus vifs témoignages de Testime générale, les critiques ne lui ont pas manqué non plus. On Ta souvent appelé, en Allemagne, le Scudéry de la statistique, sorte de blâme infligé à sa fécondité et a quelques erreurs échappées à la rapidité de* ses publications. Ce blâme n'est nullement justiûé. Il est facile de comprendre qu'avec des documents préparés longtemps à l'avance avec le plus grand soin, avec un ordre et une méthode des plus remarquables, Féminent statisticien pouvait, avec l'assistance de secrétaires intelligents et dévoués, produire promptement et dans des conditions d'exactitude très-favorables. On lui a encore reproché de n'avoir pas accompagné ses exposés statistiques de chaque pays d'explications suffisantes sur les institutions auxquelles ces exposés se rapportaient, et de n'avoir pas su conjurer ainsi, dans ses livres, la sécheresse et l'aridité des chiffres. Il est bien difficile d'apprécier le degré de vérité de cette critique; pour nous, non-seulement elle ne nous a jamais frappé, mais nous avons, au contraire, souvent eu l'occasion de rendre hommage à la grande variété et à la solidité des connaissances spéciales dont l'auteur a fait preuve dans ses nombreux écrits. On nous permettra , d'ailleurs , d'exprimer ici une idée de quelque hardiesse en apparence , mais que nous croyons parfaitemaht fondée , c'est qu'avec l'extrême brièveté de l'existence humaine, avec les accidents qui peuvent à chaque instant affaiblir ou détruire complètement l'activité intellectuelle de l'écrivain, il vaut mieux que Thorame qui, comme M. de Reden, a réuni, sur certaines matières, des faits considérables et d'un grand intérêt, les livre au puT)lic sous une forme imparfaite plutôt que de lui faire courir le risque, par une longue et minutieuse élaboration, de les ignorer toujours.

Le D*" Paul de Sick, mort au mois de mars 1859, à l'âge de 43 ans, était chargé, dans le bureau topographique et statistique de Stuttgard, de la direction du service statistique. 11 avait représenté son gouvernement au congrès de Bruxelles comme second délégué, aux congrès de Paris et de Vienne comme délégué unique. C'était un homme doux, modeste, laborieux, d'une aptitude très-marquée pour les travaux qu'il dirigeait, et auquel il n'a manqué, pour jeter un vif éclat, qu'une scène plus

élevée ou un bureau dont la dotation financière permit de plus nombreuses et de plus importantes publications.

11 est personnellement l'auteur des travaux suivants :

Coup i'œilsur la formation du Zoll-Verein^ 1 vol. in-8% Stuttgart, 1843.

Études pour servir à un atlas statistique du royaume de-Wurtemberg. 26 caries coloriées, destinées à faire connaUre, par des teintes diverses et des nuances variées pour chaque teinte, la densité de la population, les diverses productions agricoles, le morcellement et les autres principaux faits économiques du royaume.

Du mouvement de la population en Wurtemberg de 1842 à 1852, avec 14 tableaux (1852).

Statistique des établissements d* aliénés ^ i aveugles et de sourds-muets en Wurtemberg (1855). Excellent mémoire, rédigé avec un ordre et une méthode irréprochables et qui aurait une valeur hors ligne, si les faits qui lui servent de base étaient plus nombreux et par conséquent plus concluants.

Du bétail en Wurtemberg diaprés le dénombrement du {^janvier 1856 (1857).

Du mouvement des naissances en Wurtemberg dans la période 1846-1856, avec 11 tableaux (1857). Travail également très-remarquable et qui atteste les progrès rapides que faisait l'auteur dans Félaboration des documents recueillis par ses soins.

Du morcellement des propriétés rurales en Wurtemberg^ avec 4 tableaux (1857).

Des résultats du recrutement en Wurtemberg^ de 1824 à 1857 (1859). Deux mémoires qui seront consultés avec fruits. M. de Sick a eu, en outre, une part de collaboration considérable (si elles n'émanent pas entièrement de lui) aux deux publications officielles ayant pour titre : Description du royaume de Wurtemberg et Statistique du sol en Wurtemberg^ d'après les résultats du cadastre (1852-1853). Stuttgart.

DiETERici (Charles-Fré Jeric-Guillaurae) , décédé à Berlin, le 30 juillet 1859, était né, le 23 août 1790, dans cette ville, d'une famille de bonne bourgeoisie. U étudia à l'université de Kœnigsberg, où il connut le prince de Prusse, aujourd'hui Guillaume P, auquel il eut l'honneur d'enseigner les mathématiques. A la créalion de l'université de Berlin, il revint étudier dans cette ville. La lecture des ouvrages de F. G. Hoffmann changea la direction de ses études, (|ui jusque-là avaient eu pour objet la philosophie et les mathématiques. Il suivit avec une grande ardeur le cours d'économie politique de cet éminent professeur , et Ton vit le maître et l'élève s'unir d'une étroite amitié. En 1813, la guerre de l'indépendance les appela tous les deux dans les camps. Le jeune Dielerici entra au corps des ingénieurs-géographes, et fut attaché à la personne du feld-maréchal Blùcher. Après les traités de 1814, il revint en^ Prusse et accepta un emploi dans le gouvernement civil d'Halberstadl, où il travailla sous les ordres de l'ancien ministre de Klewitz. La guerre ayant éclaté de nouveau, Dieterici rentra au service et reprit sa position auprès de Blùcher. Entré pour la seconde fois à Paris, il s'y lia avec quelques savants français et notamment avec le géomètre Laplace, dont les immortels travaux lui ont toujours inspiré, une profonde admiration.

Après avoir travaillé quelques années dans les bureaux du gouvernement de Potsdam , il fut appelé en 1820 au ministère de l'instruction publique et des culles, où il dirigea la comptabilité. Ses occupations comme employé supérieur ne l'erapéchèrent pas de continuer ses études économiques, et il fit à celte époque diverses publications qui appelèi^ent sur lui l'attention du gouvernement. A la fin de 1834, le ministre sous les ordres duquel il travaillait le nomma à la chaire d'économie

politique de Tuniversilé de Berlin , tout en lui permettant de conserver ses fonctions administratives.

En 1844, il fut appelé à la direction du bureau de statistique, en remplacement de Hoflmann, depuis longtemps gravement malade. Le désir d'étendre le cercle de ses connaissances et de leur donner un caractère pratique le décida à voyager dans les grands États de l'Europe. 11 se rendit d'abord en Angleterre, où il étudia avec beaucoup de soin les progrès de Tindustrie. En 1845, il vint a Paris, d'où il partit pour aller visiter nos centres industriels. Les publications nouvelles qui suivirent ces voyages, le signalèrent au choix de l'Académie des sciences de Berlin, qui l'appela dans son sein en février 1847. Depuis cette époque jusqu'à l'heure de sa mort, M. Dieterici n'a cessé de produire et de publier, soit en son nom personnel, soit comme directeur du bureau de statistique. La liste qui suit indique que ses travaux officieux et officiels ont été considérables. L'examen critique de chacun d'eux et même des moins importants, exigerait un espace que nous n'avons pas ici. Nous nous bornerons donc à résumer l'impression qui nous est restée de la lecture d'un certain nombre.

En succédant à Hoffmann dans la direction du bureau de statistique, Dieterici avait une tâche difficile à remplir. Hoffmann était en efTet un penseur à la fois profond et original, qui excellait à déduire des faits les enseignements les plus intéressants et à les présenter sous leur forme la plus attrayante. Ses écrits sur le mouvement de la population prussienne, dans la mesure des documents que recueillait alors la statistique officielle, sont notamment remplis d'aperçus ingénieux, neufs, imprévus, hardis et dans lesquels l'économiste brille au même degré que le statisticien. Nous croyons qu'à ce point de vue, Dieterici n'a pas fait oublier son prédécesseur. Il n'en a pas le coup d'œil vif et pénétrant; il ne va pas autant que lui au fond des choses, ou, du moins, il ne leur donne pas le même relief, la même empreinte vigoureuse et saisissante. C'est un esprit plus froid, plus calme, moins curieux du sens intime des faits, plus disposé à s'arrêter à leurs conséquences les plus évidentes et les moins contestables. On sent, en le lisant, qu'il craint, dans ses appréciations des résultats numériques qu'il a recueillis, d'engager trop avant sa responsabilité de savant par des conclusions que pourraient infirmer un jour ou de nouvelles observations, ou l'étude plus réfléchie des anciennes.

Dieterici s'est créé, en statistique, une sorte de domaine à part qu'il a cultivé le premier en Prusse, et avec un véritable succès: c'est la statistique comparative, soit qu'elle s'applique, pour le même pays, à de longues périodes, soit qu'elle ait pour objet le rapprochement des mêmes faits dans plusieurs États. Ses travaux de cette nature seront lus avec intérêt, bien qu'on y trouve encore cette réserve extrême, celte circonspection un peu méticuleuse, cette prédilection pour les choses évidentes, qui caractérisent tous ses travaux scientifiques. Nous avons, en outre, constaté avec étonnement qu'il n'avait pas été toujours exactement renseigné sur les publications des antres bureaux de statistique de l'Europe, et qu'il se servait, dans ses études comparatives, de documents anciens et déjà remplacés par des recherches plus récentes et plus complètes. Enfin , nous avons souvent regretté qu'il n'ait pas profité de son influence pour faire améliorer la forme de quelques-unes des statistiques publiées par son bureau. Le tableau du recensement et du mouvement annuel de la population laissent surtout beaucoup à désirer. La part de la critique ainsi faite, nous n'hésitons pas à reconnaître chez Dieterici une vigueur, une activité et une étendue

Étude* «laiirtiqnM. J5

d'esprit peu communes, des facultés de travail extraordinaires , et une aptitude remarquable à s'approprier les connaissances les plus diverses. Voici la liste complète de ses écrits :

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