‹ La France et l'étrangerChapitre 69 sur 177 · LE ZOLLVEREIN · texte numérisé non relu

LE ZOLLVEREIN

(résumé statistique.)

LeZoUverein (des deux mots allemands Zoll, douane, et Verein^ association), est le nom donné à l'association douanière qui existe aujourd'hui entre tous les membres de la confédération germanique, moins TAutriche, les trois villes Anséa- Liques (Brème, Hambourg cl Lûbcck), le Mecklembourg , les duchés de Holstein et du Lauenbourg, et la principauté de Lichtenstein. La Prusse y figure même pour ses provinces placées en dehors de la confédération.

Le principe de celte association se trouve dans Farr. 19 du traité qui a fondé la confédération germanique et qui est ainsi conçu : <Ses membres se réservent, à la première réunion de leurs plénipotentiaires à Francfort, de délibérer sur un projet (le douanes et de navigation pour toute l'Allemagne. » Mais elle trouvait surtout sa raison d'être dans l'organisation territoriale et politique de l'Allemagne, composée de quarante États presque tous enclavés les uns dans les autres , ayant chacun ses bairières fiscales et son tarif. On a compté que, pour parvenir de la frontière au centre du pays, soit du nord au sud, soit de l'ouest à l'est, sur un espace de 370 à 445 kilomètres, les marchandises n'avaient pas moins de seize lignes de douane à traverser, non compris les lignes intérieures appartenant à l'État, aux communes et même aux particuliers! De là, des frais et des pertes de temps énormes, qui, en les grevant outre mesure, arrêtaient à la fois la production et la consommation.

La Finisse , dont les provinces orientales étaient séparées du reste de la monarchie par le Hanovre, le Bmnswick et la Hcsse-Cassel, et qui souffrait le plus, peut-être, de ce morcellement de son territoire, prit l'initiative des négociations qui devaient conduire au Zollverein actuel. Ses ouvertures furent d'abord accueillies par le Schwarzboui'g-Sondershausen, l'une de ses enclaves; puis, de 4819 à 1828, 1 association naissante vit successivement venir à elle les principautés ou duchés de Hesse-Darmstadl, Schwarzbourg-Rudolstadt, Saxe-Weimar, Anhalt-Bernbourg, Anhalt - Dessau , et Anhalt - Kœthen , soit pour la totalité , soit pour une partie de leur territoire. Un certain nombre d'États du second ordre, ayant à leur tête la Bavière et le Wurtemberg, tentèrent d'enrayer ce mouvement dans lequel ils voyaient un agrandissement indirect de l'influence politique de la Prusse; mais, convaincus de l'inutilité de leurs efforts pour constituer une ligne douanière de quelque importance, ils se réunirent au Zollverein, le 23 mars 1833. La Saxe suivit leur exemple le 30 mars de la même année , et entraîna à sa suite les États de la Tliuringe, la branche Ernestine de Saxe, Schwarzbourg et Reuss. Après de longues hésitations, Bade se déclara pour le Zollverein le 12 mai 1835; Nassau, le 10 décembre 1835; Francfort -sur- le -Mein, le 25 janvier 1836; la principauté de Lippe-Detmold, le 18 octobre; le Brunswick, le 19 octobre; la Hesse-Électorale et le comté de Schaumbourg, le 13 novembre; le comté de Waldeck, le 11 décembre 1S41; le duché de Luxembourg, le 8 février 184-2; enfin, le 1^^ janvier 1854, les

derniers Étals restés fidèles à rassociation du Steuerverein , c'est-à-dire le Hanovre et le duché d'Oldenbourg.

D'après le recensement de décembre 1861, la population de chaque État associé s'élevait aux nombres ci-après :

Prusse 18,867,061 Hanovre 1,908,631 Brunswick .... 257,624

Luxembourg . . . 197,731 Wurtemberg . . . 1,720,708 Oldenbourg. . . . 238,562

Bavière 4,695,424 Bade 1,365,732 Nassau 454,326

Saxe royale. . . . 2,235,240 ITossc-Cassol . . . 710,680 Francfort 84,506

Thuringe 1,069,821 Hcase-Darmstadt. 874,231 Total 34 670 277

Ces 33 V, millions d'habitants occupent une superficie de 502,260 kilomètres carrés.

•Le Zollverein n'est pas resté commercialement isolé. Dès sa formation, il s'est efforcé d'agrandir ses débouchés par des traités avec les principaux États de l'ancien et du nouveau mondes.

Ces traités de commerce se sont succédé dans l'ordre ci-après : avec la Hollande, les 21 janvier 1839 et 31 décembre 1851; avec la Porte, le 19/22 octobre 1840; avec l'Angleterre, les 2 mars 1841 et 11 novembre 1857; avec la Belgique, les 1®*" septembre 1844, 2 janvier 1851 et 18 février 1852; avec la Sardaigne, les 23 juin 1845, 20 mai 1851 et 28 octobre 1859; avec l'Autriche, le 19 février 1853 (d'abord avec la Prusse seulement, puis avec le Zollverein et, plus tard, avec les duchés de Parme et de Modène); avec le Mexique, le 30 juillet 1855; avec Brème, le 26 janvier 1856; avec la Sicile, le 10 août 1856; avec le Danemarck, le 14 mars 1857; avec l'Autriche et la principauté de Lichtenstein (convention raonétaire), le 24 janvier 1857; avec la Perse, le 25 juin 1857; avec la confédération Argentine, le 19 septembre 1857.

L'influence de ces traités sur le commerce du Zollverein est clairement indiquée par le tableau suivant, qui en fait connaître, de 1834 à 1860, la valeur moyenne annuelle absolue et par tête d'habitant. Pour la période 1834-1846, cette valeur a été calculée par M. 0. Hûbner (Jahrbuch pour 1860 et 1861 '), d'après des prix invariables; pour les autres années, d'après les prix réels. Les sommes sont en millions de francs.

PJÊRIODB8 l«FO.TATIOI,S WRCrtATIOI.

BT ANNéss iMPOtTATiows. ixpoiTATioRft. TRANSIT. et exportoliont mojrcnae tÀt

D'après ce tableau, l'histoire commerciale du Zollverein a eu trois phases trèsdistinctes. La première comprend la période 1834-1846; c'est peut-être la plus , brillante. La seconde embrasse les années de crise 1847 à 1852. La troisième, i commencée en 1853, se continue en ce moment; 1857 en est le point culminant , Vient ensuite une réaction assez sensible, cpii, quoique perdant chaque jour de son intensité, n'a pas encore fait place à une recrudescence bien caractérisée. — Le^ deux colonnes, importations et exportations^ indiquent la corrélation intime qui existe toujours et partout entre ces deux éléments du commerce. Inférieurs pendant assez longtemps aux premières, les secondes ne tardent pas à les égaler el

1. On sait que les àroits de douane du Zollverein sont établis au poids. Les publications ofïicieîles ne font donc pas connaître la valeur du commerce de l'association.

même à les dépasser dans certaines années. C'est la preuve du rapide développement manufacturier de l'association. Par suite de Textension graduelle de son réseau de voies ferrées, de l'amélioration de ses voies navigables et de la réduction des droits de transit (aujourd'hui supprimés), son territoire est, en outre, emprunté par une valeur (calculée) sans cesse croissante de marchandises. Ne perdons pas de vue toutefois que la valeur , surtout la valeur actuelle , ne saurait donner , particulièrement dans ces dernières années où les prix ont été l'objet d'une hausse si soudaine et si rapide, la mesure exacte du mouvement des échanges et du transit du ZoUverein. L'indication des quantités serait un document plus précis; mais elle exigerait des développements qui ne sauraient trouver place ici.

Le tableau ci-après fait connaître la valeur des produits fabriqués que le ZoUverein a importés et exportés en 1834, 1844 et 1857. Il n'a d'autre but que d'indiquer ceux de ces produits qui sont le plus habituellement consommés ou fabriqués dans les États de l'union, les quantités ayant dû nécessairement s'élever avec le chiffre de la population. Cependant il fournit ce renseignement important et indépendant du mouvement de la population, que, tandis que les importations ne se sontaccrues , de 1 834 à 1857, que de 36 p. 100, les exportations ont plus que doublé. C'est, comme nous le disons plus haut, le signe certain des progrès remarquables lie l'industrie manufacturière dans l'association.

DibSZGHATIOH DES ABTICLB8.

IlfPOSTATIOira. BXPORTATIO||8.

ToUm de fil 34!l

Soieries pures 12.4

Soieries mélangées 2.6

Lainafires 4.9

Foaimres et peUeteries 0.2

Habits d'enfants 0.1

Objets en fer 'jf.2

Ol^ets en caivre et laiton 0.7

Objets en plomb 0.04

Objets en zinc

Objets en étain 0.1

Quincaillerie 1.9

Ottf ets en pierre , marbre et autres minéraux .... 0.4

Vaisselle et porcelaine 1.5

Verro et verreries • 2.6

OhieU en bois 1.1

Otjets en cuir 0.7

Brosserie et boissellerie 0.1

Otsfets en paille , en écorce , etc 0.4

Papiervyjouxdecartes, papier de tenture, cartons. . 0.4

Produits chimiques 1.9

Poudre A tirer

Savons 0.1

Bougies et ehandelles 0.1

Farines et produits flirineux 0.1

Sucre raffiné 0.3

Sau-de-vic 0.3

Tabac 1.5

Livres 4.9

Instruments 0.4

Vai^bub TOTAUt 164.9 185.0 224.4 315.3 865.4 699.0

La signature récente d'un traité de commerce et de navigation avec la Prusse , traité en ce moment soumis à l'examen des autres États de l'association , donne un intérêt particulier au tableau ci-après , relatif aux relations commerciales de la France avec le ZoUverein. Il a été dressé d'après les documents français et indique les valeurs actuelles (en millions de fr.). Il se rapporte au commerce spécial.

Amrifcxs.

IMPOSTATIORS

■XrOSTATIOMS

en France.

de France.

ahhAbb.

MPOBTATIOns

EXroaTATIORS

en France.

de France.

Les importations du Zollverein en France portent principalement sur des matière:» premières de l'industrie (laines, bestiaux, houille, coke, bois, peaux brutes, poils). Les soieries et les lainages y figurent cependant pour un chiffre assez élevé.

Les exportations de la France pour le Zollverein ont , au contraire , pour objets principaux des produits fabriqués, comme les soieries, les lainages, les vêtements et lingeries, les cotonnades imprimées, les peaux ouvrées, les fils de laine, les outils et instruments , etc. La France expédie en outre dans le Zollverein , quand la récolte est bonne, des quantités assez considérables de vins ordinaires.

S'il fallait juger, d'après le mouvement de la navigation dans les ports prussiens, de l'importance relative du commerce du Zollverein avec les divers États européens, c'est avec l'Angleterre qu'il entretiendrait le mouvement d'affaires le plus considérable. Viendraient ensuite, par ordre décroissant de trafic, les trois royaumes Scandinaves, la Hollande, les ports anséatiques, la France, la Russie, etc. Mais il ne faut pas perdre de vue qu'en ce qui concerne la France , la plus grande partie ^de son commerce avec le Zollverein se fait par la voie de terre.

Les recettes des douanes du Zollverein ont oscillé ainsi qu'il suit de 1834 à 1859 (nombres en millions de francs).

OBTATION.

uxrouTkTion.

TtAMIT.

anyAbs.

^OBTATtOII

■xp«aTAnoN.

TItJllIT

Les faibles oscillations du produit des douanes depuis 1844 constituent le trait saillant de ce tableau. Toutefois, cet état à peu près stationnaire des recettes ne saurait être interprété, en présence des documents qui précèdent, comme le signo d'un mouvement d'affaires peu progressif. 11 ne faut pas perdre de vue, d'ailleurs, que le plus grand nombre des matières premières ont été, en 1851 et depuis, ou complètement affranchies ou considéi-ablement dégrevées. Les droits de transit ont également été l'objet d'importantes réductions jusqu'au moment de leur sup[)ression en 1861.

Les recettes du Zollverein en 1858 et 1859 ont été perçues aux frontières de chacun des États associés dans les proportions ci-après (en francs) :

IMPOSTATIOR.

Page 1