‹ La France et le Sacré CœurChapitre 103 sur 148 · COUVENT DIT DES OISEAUX; MARIE DE JÉSUS. — ADÉLAÏDE DE BOURBON-CONDÉ · texte numérisé non relu

COUVENT DIT DES OISEAUX; MARIE DE JÉSUS. — ADÉLAÏDE DE BOURBON-CONDÉ

Aussi, quand, au sortir des interminables guerres de l’Empire et du nouveau genre de persécution qu’il avait organisé, la religion put respirer plus à l’aise sous le régime bienveillant de la Restauration, on ne manqua pas d’évoquer le souvenir du vœu de Louis XVI. Sans doute, la condition n’avait pas été remplie, et le monarque n’avait pas obtenu sa délivrance. Mais en ces jours de renaissance monarchique et religieuse, les cœurs généreux n’en croyaient pas moins la France obligée d’honneur à tenir les engagements contractés par son roi-martyr. Plusieurs diocèses furent solennellement consacrés au Cœur de Jésus. La plupart de nos cathédrales eurent un autel spécialement dédié à son culte.

Ce n’était pas assez pourtant : Notre-Seigneur réclamait un hommage national.

Dans ce temps-là vivait à Paris, au célèbre couvent des Oiseaux, une humble religieuse que les princesses allèrent plus d’une fois visiter. Elle était favorisée de communications surnaturelles. Les guides spirituels de son âme, prêtres aussi éclairés que vertueux, l’illustre de Quélen, archevêque de Paris, d’autres personnes également versées dans la science des saints, ne purent s’empêcher de reconnaître en cette âme privilégiée l’action de l’Esprit de Dieu.

Marie de Jésus — tel était son nom de religion — avait eu dès l’enfance la plus tendre dévotion envers le divin Cœur. En 1814, son zèle s’enflamma par la lecture d’une prière aujourd’hui répandue partout et intitulée : « Consécration de la France au Sacré Cœur de Jésus. » Elle continua de la réciter avec une ferveur croissante et un désir toujours plus vif d’en obtenir l’accomplissement.

Quelques années après, ayant entendu lire le mandement et divers écrits relatifs à la consécration de la ville de Poitiers au Sacré Cœur de Jésus : « Ah! dit-elle en soupirant, si la France

entière pouvait jouir du même bonheur ! » Et c’est vers ce but que se dirigèrent désormais tous les vœux de son âme, toutes les intentions de ses communions, tous les sacrifices dont sa vie fut semée.

Alors se multiplièrent les communications célestes qu’elle recevait par le Cœur de Jésus. « Abîmée dans cet océan de lumière, écrit le vénérable P. Ronsin, son confesseur, elle y voyait clairement les désirs de ce Cœur adorable tout embrasé d’amour pour les hommes, et les desseins particuliers de sa miséricorde sur la France. Il lui fut dit et souvent répété par Jésus-Christ même, dans ses extases, que le vœu de consécration de la France au Sacré Cœur, attribué à Louis XVI, était bien véritablement de lui; que c’était lui-même qui l’avait composé et prononcé. Le divin Sauveur AVAIT AJOUTÉ Qü’lL DÉSIRAIT ARDEMMENT QUE CE VŒU FUT EXÉCUTÉ : c’est-a-dire que le Roi consacrât sa famille et tout son royaume au Sacré Cœur, comme autrefois Louis XIII a la sainte Vierge; qu’il en fît célébrer la fête solennellement et universellement tous les ans, le vendredi après l’octave du Saint-Sacrement; et qu’enfin il fît bâtir une chapelle et ériger un autel en son honneur. » A cette condition, le divin Sauveur promettait , pour le roi, la famille royale et la France entière, les plus abondantes bénédictions.

Le 21 juin 1823, ces manifestations se renouvelèrent avec un redoublement de clarté. Il lui fut dit en termes formels : « La France est toujours bien chère a mon divin Cœur, et elle lui sera consacrée. Mais il faut que ce soit le Roi lui-même qui consacre sa personne, sa famille et tout son royaume a mon divin Cœur, et qu’il lui fasse, comme je te l’ai déjà dit, élever un autel, ainsi qu’on en a élevé un au nom de la France, en l’honneur de la sainte Vierge. Je prépare a la France un déluge de grâces lorsqu’elle sera consacrée a mon divin Cœur. — Eh quoi ! reprit Notre-Seigneur, les outrages faits à la majesté royale ont été réparés publiquement1; et les outrages sans nombre que j’ai reçus dans le sacrement de mon amour n’ont pas encore été réparés 1 On craint de parler au roi; on craint qu’il ne soit pas disposé à entendre parler de ce double bonheur pour lui aussi bien que pour sa famille

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