Vie de la Rëv. Mère Saint-Jérôme. 1 vol. in
c’est dans leur maison qu’a pris naissance, en 1 833, la pieuse pratique du mois du Sacré Cœur, devenue depuis universelle. Une jeune pensionnaire, Angèle de Sainte-Croix, en eut la première inspiration, et l’illustre Mgr de Quélen, le premier, en approuva authentiquement les exercices, en prononçant ces belles paroles : Oui, nous le ferons pour la conversion des pécheurs et pour le salut de la France.
Le second fait se rapporte à la belle église que les religieuses ont fait bâtir au milieu de leurs vastes jardins, et qui se glorifie à bon droit d’être la première qu’on ait jamais dédiée au Cœur
MEDAILLE TROUVÉE DANS LES FONDATIONS DE L’EGLISE DES OISEAUX Cette médaille, trouvée le 26 mai 1837, en creusant les fondations de la chapelle des Oiseaux, fut jugée, après examen, remonter à i65o-i66o. Elle est ici reproduite au double de ses dimensions.
de Jésus. Elle fut consacrée, le 26 mai 1841, par le futur martyr des barricades, Mgr Affre. Or, il y avait à peine un mois qu’on avait commencé à creuser les fondations, lorsqu’un ouvrier trouva, à plus d’un mètre de profondeur, une petite médaille en forme de cœur, portant, d’un côté, l’effigie du Sacré Cœur de Jésus, et, de l’autre, celle du Cœur immaculé de Marie. Sur le Cœur de Jésus, étaient gravées ces paroles : Dieu en moj , et sur le Cœur de Marie, ces autres paroles : Moy en Dieu. Cette médaille avait de cent à deux cents ans d’existence. Elle fut soigneusement gardée, bronzée et enchâssée plus tard au bas de la porte du tabernacle du maître-autel, où l’on peut encore la voir. Une trouvaille si extraordinaire n’est-elle pas la marque providentielle que le divin
2?o JÉSUS-CHRIST ET LE DON SPÉCIAL DE SON CŒUR
Maître avait choisi d’avance ce lieu béni pour la demeure de son Cœur : Et erit ibi cor meum cunctis diebus?
C’est ainsi qu’une chaîne ininterrompue de prodiges, reliant les temps nouveaux aux anciens temps, continue à nous manifester la persistance des prédilections divines pour la France.
Pour revenir à cette époque de la Restauration que nous avons dépassée, l’année 1824 avait vu s’éteindre Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé, en religion Marie-Josèphe de la Miséricorde, digne en tout du noble sang qui coulait dans ses veines, et de cet illustre nom de Condé, sur lequel ses héroïques vertus firent briller un dernier rayon de la plus pure gloire. Liée dès l’enfance d’une tendre amitié avec Madame Clotilde de France, petite-fille de Louis XV, qui devait porter sur le trône de Sardaigne la piété du cloître, elle connut toutes les splendeurs de la cour de Versailles et s’y distingua par les charmes de son esprit et de sa personne. Puis il fallut s’expatrier. Après de longues et pénibles courses à travers l’Europe, renonçant pour toujours au monde qui n’avait jamais eu son cœur, elle alla s’ensevelir à Varsovie, dans un couvent bénédictin de l’Adoration perpétuelle du Saint- Sacrement, sous une règle établie en France, au dix-septième siècle, par la vénérable Catherine de Bar. Nous avons la formule de ses vœux, écrite de sa main, le jour même de sa profession, 2 i septembre 1802. Elle atteste la pensée dominante de sa vie entière, une pensée de réparation.
C’est bien le même esprit qui, en 1 8 1 5 , lorsque Louis XVIII fit offrir le vieux palais du Temple pour asile à la princesse revenue de l’exil, lui dicta cette belle réponse 1 : « La divine Providence a sans doute seule inspiré le choix de l’habitation que le roi vient de m’accorder : c’est un lieu à jamais célèbre par le long martyre qu’y ont enduré les plus illustres victimes. Victime réparatrice moi-même, et née du même sang que mon roi, quels doivent être mes sentiments? Vous les jugerez tous, Monsieur, je n’en doute pas, et vous trouverez simple que j’aie eu le courage
1. Lettre du 5 février 1845, à M. l’abbé d’Astros, son confesseur. Voir la belle Vie de Louise de Bourbon , par dom Rabory. 1 vol. in-8°. Solesmes, 1888.
de répondre : J’accepte. » C’est là qu’elle vécut, neuf ans encore, de souvenir, de prière, de pénitence et d’amour, à la tête d’une communauté que le rayonnement de sa sainteté rendit bien vite florissante. Depuis la destruction des vieux bâtiments du Temple, en 1848, la pieuse famille a été transférée rue Monsieur, où elle continue l’œuvre de sa vénérée fondatrice, dont les restes bénis reposent dans sa chapelle. La princesse Louise de Condé est bien le digne pendant de Madame Louise de France.
Est-il besoin de dire qu’une telle âme brûlait d’amour pour le Cœur sacré de Jésus? Elle ne cessait de l’invoquer pour elle-même, pour son père, pour son frère, pour la France. Ses admirables écrits de piété ne respirent, pour ainsi dire, pas d’autres sentiments. A la fin d’un Manuel à son usage, nous trouvons une prière de sa main avec ce titre : Lorsqu’il se tient aux Chambres quelques séances importantes. On y voit toute sa foi, tout son patriotisme :
« O mon Dieu! s’écrie-t-elle avec le roi David, j’élèverai ma voix vers vous, quoique je ne sois que poussière et que cendre. Je viens implorer, au pied de l’adorable Sacrement de nos autels, le Très Sacré Cœur de Jésus, et le supplie d’établir son règne dans ces Assemblées, qui actuellement ont tant d’influence sur le gouvernement du royaume et sur la religion sainte qu’il professe. J’invoque avec autant d’ardeur le Saint-Esprit, et lui demande ses lumières et son souffle divin sur ces Assemblées. »
Puis se tournant vers Marie, elle la conjure de rendre à la religion en France « son lustre, son éclat et tous biens qu’elle peut produire ». Elle a une prière spéciale à saint Michel, une aux saints Anges, une autre à saint Denys, à saint Remi, à sainte Clotilde, à sainte Geneviève, et n’oublie pas saint Louis, « le modèle des grands rois et des grands saints1 ».
Ailleurs, elle forme cette résolution toute personnelle : « Dans l’occasion de me mortifier : ô Sacré Cœur de Jésus! je meurs à ce plaisir pour ne plus vivre qu’à votre amour. »
Quelques lignes écrites à M. d’Astros, en apprenant la mort de Napoléon, achèveront de nous révéler cette grande âme : « Voilà 1. Vie, etc., p. 412.
B. P. mort... Il s’était fait votre ennemi en vous persécutant : je pense que vous direz une messe pour lui; il s’était fait le mien en tuant mon neveu, et Dieu m’a fait la grâce, depuis ce momentlà, de le nommer tous les jours dans mes prières. J’ose donc vous demander aussi une messe pour ce malheureux : vous voudrez bien la dire de ma part1. » Vers le même temps, un autre Bourbon, espoir, celui-là, de la dynastie et de la France, dira aussi, en expirant sous le fer d’un assassin : « Grâce, grâce pour l’homme! »
ÉGLISES DÉDIÉES PARTOUT AU SACRÉ CŒUR CULTE OBLIGATOIRE POUR TOUTE L’ÉGLISE
Nous touchons à l’époque du plus magnifique épanouissement de la dévotion au Cœur de Jésus qu’on eût jamais vu dans le monde. Jusque-là, sauf le beau sanctuaire des Oiseaux, consacré, comme on l’a vu, en 1841, on s’était contenté de dédier au Sacré Cœur, dans les églises, un autel et une chapelle. Mais voilà que, dès 1847, au centre même de la France, à Moulins, une des villes qui furent des premières à rendre un culte public au divin Cœur, un temple magnifique commence à s’élever en son honneur. En 1862, l’ensemble de ce ravissant édifice était achevé : il ne restait plus qu’à bâtir les flèches et à compléter l’ornementation intérieure. Le prêtre zélé, M. Martinet, dont l’activité infatigable est parvenue à mener à bonne fin cette grande œuvre, n’a pas manqué d’y joindre une archiconfrérie, qui compte ses membres par centaines de mille, et est devenue la source de toutes sortes de faveurs célestes. Aujourd’hui, l’édifice matériel est entièrement terminé, et nous l’admirions naguère dans toute l’élégance de son architecture ogivale et tout l’éclat de ses vitraux, où sont rappelés les plus beaux souvenirs de la France très chrétienne.
On peut en dire autant de la gracieuse basilique de Notre- Dame du Sacré-Cœur d’Issoudun. Née en 1854, au souffle de la
1. Vie et œuvres de Louise- Adélaïde de Bourbon-Condé. 3 vol. in-8°. Paris, Dufour, 1843. T. II, p. 379.