LE GÉNÉRAL DE SONIS
colonel de Charette, à la tête de ses zouaves : tous deux profondément émus par la solennité de l’heure qu'ils traversaient, et par l’évidente certitude que, sans un secours éclatant de Dieu, c’en
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était fait de la France. Le froid était glacial, et il devenait impossible de se tenir à cheval. Le général et le colonel mettent pied à terre et continuent leur route. Tout en marchant, le général exprime à M. de Charette le regret de n’avoir pas sur son fanion un emblème religieux plus caractéristique : « Mon général, reprend le colonel, je puis vous offrir ce que vous souhaitez. » Et alors, il raconte au général que le jour même où il avait reçu du gouvernement français l’autorisation de combattre avec les zouaves, à la condition qu’ils prendraient le nom de Volontaires de l’Ouest, un drapeau, sur lequel était peint le Sacré Cœur, lui était arrivé de loin avec cette adresse : Aux défenseurs de l’Ouest. Il avait su plus tard que ce drapeau, brodé, à Paray-le-Monial, par les religieuses de la Visitation, avait été envoyé d’abord vers Paris qu’il trouva bloqué, puis à Tours, avec le désir qu’il parût sur les champs de bataille.
Le général de Sonis vit là comme une inspiration de Dieu, et la bannière du Sacré-Cœur fut adoptée aussitôt pour être le labarum et l’oriflamme des zouaves. Seulement, pour ne créer aucune difficulté, il fut décidé qu’on ne la déploierait qu’au moment où elle pourrait recevoir le baptême du feu, afin que la France ne la vît que quand elle aurait été teinte et pour ainsi dire sacrée par le sang français. On était sûr qu’après la bataille cette bannière, victorieuse ou vaincue, se serait conduite de telle sorte qu’elle ne passerait pas devant une armée française sans faire incliner toutes les épées L
i. Le io octobre 1870, arrivaient au collège de Notre-Dame de Sainte-Croix, du Mans, les zouaves pontificaux transformés en volontaires de l’Ouest; ils étaient accompagnés de leurs aumôniers : Mer Daniel, le R. P. Doussot, dominicain, et le R. P. de Gerlache, jésuite. Le lendemain, le P. de Boylesve les invite à venir, après l’office du soir, réciter la prière à l’église et entendre une courte allocution.
Le vendredi suivant, 14 octobre, ils se consacrent publiquement au Cœur de Jésus en prononçant tous ensemble cette formule : « Jésus, Roi immortel des siècles, des peuples et des rois, désirant réparer les outrages que l’impiété vous prodigue dans le Sacrement de votre amour et dans la personne de votre Vicaire, Notre Saint Père le Pape, je consacre à votre divin Cœur ma personne, ma famille et, autant qu’il dépend de moi, la France, fille aînée de ce Cœur sacré, et l’Église universelle, notre mère. » Cette consécration se renouvelait tous les vendredis : prélude, modeste sans doute, mais remarquable, de la consécration par Charette, à Rennes.
Tous les soirs, le même P. de Boylesve leur distribuait les images du Sacré-Cœur,
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Le lendemain, 2 décembre 1870, premier vendredi du mois, jour consacré au Sacré Cœur, la messe est célébrée dès les trois heures du matin. Le général de Sonis, le colonel de Charette, la plupart des officiers, un grand nombre de soldats s’approchent de la sainte table, pour apprendre du Cœur de Jésus à souffrir et à s’immoler. La bataille s’engage aussitôt, et, malgré la disproportion des forces, reste indécise jusqu’à deux heures et demie du soir. Mais alors, les renforts ennemis se succédant sans relâche, on entrevoit le moment où, à moins d’un effort héroïque et heureux, il faudra songer à la retraite. Le général de Sonis prend sa résolution. Il ramasse une colonne d'attaque et essaye de la lancer sur le village de Loigny. Deux régiments se couchent par terre et refusent d’avancer. Alors le général n’hésite plus. Il court aux zouaves : « Messieurs, voilà l’heure de montrer ce que savent faire des Français et des chrétiens. En avant! » Un cri d’enthousiasme lui répond. Le sergent Henri de Verthamon s’élance à cinquante pas à la tête du bataillon, et déploie l’étendard du Sacré-Cœur. Tous se précipitent aux cris de : « Vive Pie IX ! Vive la France ! » Il fallait franchir un assez long espace de terrain sous une épouvantable mousqueterie. Les zouaves le traversent calmes et en bon ordre sans tirer un coup de fusil. Arrivés en face du petit bois, ils ouvrent le feu, s’élancent à la baïonnette, fouillent le bois, chassent les Allemands, et plantent le drapeau du Sacré-Cœur sur la position, au milieu d’un nuage de poudre qui l’enveloppe comme d’un nuage d’encens.
Mais là l’ennemi s’aperçoit de leur petit nombre. Il se remet de sa surprise, il appelle sa réserve, il masse ses rangs. Après avoir
en laine, avec la devise : Arrête! le Cœur de Jésus est avec moi. La veille de leur départ pour Patay-Loigny, la distribution fut interminable : chacun en voulait deux, trois, pour les coudre sur tous les vêtement intérieurs et extérieurs.
Après l’héroïque combat de Loigny, le 1er bataillon des volontaires de l’Ouest, s’étant reconstitué à Poitiers, revint au Mans, à Notre-Dame de Sainte-Croix. On ne manqua pas de reprendre les saluts du soir et les distributions de Sacrés-Cœurs. La veille du jour où ils partirent pour le plateau d’Auvours, la distribution fut aussi abondante que lors du départ pour Patay.
« Aussi, nous écrit un témoin oculaire, lorsque, à la paix, nous exhumâmes les corps de nos chers et vaillants soldats du Pape et de la France, nous trouvâmes ces images du Sacré-Cœur sur les vêtements de la plupart d’entre eux. »
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étonné les Prussiens par leur élan, c’est l’heure pour les zouaves de les étonner par leur héroïsme. Le général de Sonis, Gharette, Troussures, tombent à côté de la bannière du Sacré-Cœur, qui devient la cible des projectiles. Verthamon, qui la tient, meurt en l’empourprant de son sang. Le comte de Bouillé ramasse aussitôt le drapeau, et, frappé à mort, le passe à son fils le comte Jacques de Bouillé, qui, après l’avoir tenu quelque temps, succombe à son tour. Le Parment, qui lui succède, à la main brisée et le remet au sergent Landeau, qui le garde tout teint de sang et troué en plusieurs endroits. La plupart des zouaves sont renversés ou vont l’être. Ils tombent dans le Cœur de Jésus, jetant sur ce champ de bataille un rayon de pure gloire qui rappelle le temps des croisades.
Le surlendemain Orléans était emporté, et bientôt le reste des zouaves allait se faire hacher au Mans pour couvrir la retraite de Chanzy. Trois mois plus tard, Paris se rendait, la guerre était finie : les zouaves durent être licenciés. Mais avant de se séparer ils voulurent, en prenant congé de leur drapeau, lui décerner une suprême ovation, et accomplir un acte dont les événements qui venaient de se passer leur avaient donné la pensée. Ils se réunirent à Rennes, dans l’église du séminaire, le 28 mai 1871.
« Voici le tableau, écrivait le soir même un des héros de la fête : le Saint Sacrement était exposé; à droite de l’autel, un officier portait le drapeau de Patay, troué par les balles prussiennes et teint du sang des Verthamon et des Bouillé; au milieu du chœur, notre brave général de Charette, en grand uniforme, la poitrine couverte de décorations; autour de lui, son état-major; derrière lui, pieusement agenouillés sur les dalles, quinze cents zouaves vêtus de cet uniforme sévère, de couleur grise, déjà illustré sur les champs de bataille d’Italie et de France. »
Mgr Daniel, leur aumônier en chef, les haranguant après la messe, terminait en ces termes son allocution chaleureuse : « Le général de Sonis, celui qui vous a conduits à la bataille, celui qui a voulu un zouave pour porter le drapeau du Sacré-Cœur, celui qui vous a dit : « Faites voir ce que peuvent des soldats chrétiens. En avant! « C’est le moment ou jamais d’arborer votre étendard ! » le général
LE COMBAT DE P A T A Y D’après le dessin de M. Royer Lionel. (V. le texte, p. jog-3io.)
de Sonis a voulu vous conduire lui-même au Cœur de Jésus. Avec vous à la bataille, mais aujourd’hui retenu loin de vous par sa blessure, il a voulu s’associer à votre consécration, et en formuler luimême les paroles.
« Qu’elles deviennent, Messieurs, la formule de votre consécration, nous n’y changerons rien ; ces paroles pour nous sont sacramentelles. »
Alors, d’une voix profondément émue, le digne aumônier, à genoux, récita l’acte suivant, trop chrétien et trop français, pour n’être pas reproduit ici in extenso.