M. de Belcastel, député de la Haute-Garonne
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du Sacré Cœur de Jésus et du saint Cœur de Marie enguirlandés de festons ; puis le soir, au salut, consécration solennelle du comte et de la comtesse de Chambord, de toute la famille royale, de la colonie, de la France entière, en union avec les pèlerins de Parayle-Monial... Cette touchante cérémonie avait lieu chaque année à Frohsdorf avec le même appareil depuis les désastres de la France, et se continua jusqu’à la mort de celui que nous ne méritions pas de voir régner sur nous !
Tout cela n’était pas encore la consécration nationale demandée à la Bienheureuse, et que la France seule peut faire ; mais n’en était-ce pas le prélude ?
Sans doute, de cruelles déceptions devaient suivre de près ces manifestations si pleines de promesses. Le crucifix sacrilègement proscrit et brisé, la religion bannie des écoles et des hôpitaux, rejetée souvent loin des berceaux et des tombes, les couvents crochetés, leurs églises mises sous les scellés, leurs habitants expulsés, la persécution tour à tour hypocrite, tracassière et violente, et pour comble, un tel débordement d’impiété, d'immoralité, d’improbité, que leurs flots impurs ont souillé jusqu’aux sièges des plus hautes magistratures de l’État : voilà ce que nous avons vu, ce que nous voyons encore. Mais, ne l’oublions pas, l’année où fut posée la première pierre du monument réparateur de Montmartre fut aussi celle où les catholiques firent inscrire dans une loi le principe de la liberté de l’enseignement supérieur, celle qui marqua peut-être le point culminant de liberté que l’Église ait atteint parmi nous depuis 1789. De plus, en faisant soudainement disparaître dans la mort, l’impopularité ou la honte les meneurs de cette campagne insensée, notre Dieu nous montre bien qu’il nous tient compte de nos prières, de nos larmes, de nos sacrifices. Plus que jamais, gardons l’assurance intime que la réalisation de nos espérances demeure certaine et n’est qu’ajournée...
V. — Il était dit que chaque pas en avant dans l’accomplissement du Vœu national soulèverait une nouvelle difficulté, mais dit aussi que chaque difficulté serait l’annonce d’une nouvelle victoire.
Immédiatement après la pose de la première pierre, on se mit à pratiquer dans la montagne l’immense excavation destinée à recevoir la crypte. Les travaux avançaient rapidement, quand, après avoir creusé à une profondeur de dix mètres, on s’aperçut qu’on ne remuait que du sable, et que nul terrain solide n’apparaissait capable de supporter les fondations. L’architecte fit ouvrir un puits d’exploration, et ce n’est que trente-trois mètres plus bas qu’il rencontra le banc de pierre : la montagne entière n’était composée que de sable ou de terre glaise. Que faire ? Après deux mois d’incertitude et d’angoisses, le cardinal réunit une commission, formée des ingénieurs les plus distingués, et lui soumet la question. Elle fut sérieusement étudiée sur place, et la commission décida qu’il fallait creuser quatre-vingt-trois puits d’environ trente-trois mètres de profondeur, dont vingt-cinq auraient cinq mètres de largeur et les autres un diamètre un peu moindre, remplir ces puits d’une maçonnerie très solide, et relier ces rochers factices par des arceaux, sur lesquels reposeraient les murs et les colonnes de l’édifice. C’était presque dire : démolissez une montagne de sable, et faites une montagne de pierre ; en d’autres termes, enlevez trente-cinq mille tnètres cubes de terrain mobile pour y substituer trente-cinq mille mètres cubes de maçonnerie. Cette opération devait entraîner une dépense énorme, et le cardinal hésita un moment. Mais enfin, le 24 mai 1876, à six heures du soir, plein de confiance en Celle que l’Église honore en ce jour sous le titre de Secours des chrétiens, il signa le projet de la commission : par une coïncidence frappante, c’était précisément le même jour que, cinq ans auparavant, la Commune avait fait la première exécution d’otages ! Le lundi de la Pentecôte, 5 juin, le travail des fondations fut repris, travail gigantesque, qui devait durer plus d’un an et dont rien ne peut donner une idée exacte. Dieu voulait que la nouvelle basilique eût de telles bases, qu’il fût comme impossible de les ébranler sans ébranler la montagne elle-même. Il n’y avait plus, du reste, à s’inquiéter des ressources nécessaires, et l’on pouvait marcher hardiment. Les milliards français avaient franchi la frontière ; l’État, obligé de réparer les désastres de la guerre étrangère et de
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la guerre intestine, ne pouvait donner aucun secours ; bien des familles étaient ruinées : n’importe ! La France, épuisée, saccagée, mutilée, trouva des millions, et cela avec une rapidité qui tient du prodige : avant la fin de 1873, le premier million était dépassé!
Rien de plus monotone, mais rien de plus édifiant à lire que les longues listes de souscription publiées dans le Bulletin du Vœu national.- Deux choses frappent surtout le lecteur : la multitude des petites offrandes, et le mobile qui les a provoquées.
Dans ces listes, on rencontre peu de dons considérables, mais on y voit des souscriptions envoyées par toutes les classes de la société. A côté de l’offrande du riche, on remarque l’obole du pauvre et le denier de la veuve ; à côté du don de l’officier, celui du soldat. C’est vraiment national et même catholique, car des sommes sont envoyées de tous les points du g'obe.
Chose plus admirable encore ! ces offrandes sont toutes le fruit de l’amour et du sacrifice : n’est-ce pas bien comprendre le Cœur de Jésus et bien répondre à ses divines avances ? Des objets en nature : alliances en or, décorations, médailles, bracelets, pendants d’oreille, bagues, épingles précieuses, montres, couverts d’argent, etc., viennent souvent grossir le trésor du Vœu national. Or, circonstance frappante! ce ne sont pas ordinairement des objets d’un grand luxe ni d’une évidente superfluité, ce sont des objets compatibles avec des habitudes simples, d’un usage intime, qu’on affectionne, qu’on ne vend pas, qu’on ne donne même pas, si ce n’est à des amis de cœur : on les a donnés au Cœur de Jésus !
Les dons en argent ne sont pas moins remarquables ; eux aussi sont marqués au double coin du sacrifice et de l’amour. Voici quelques exemples :
8 fr. Recueillis par une malade , qui, retenue sur un lit d'hôpital, ayant le visage, les gencives, le palais , les joues et surtout la lèvre supérieure ravagés par une horrible maladie , trouvait encore au milieu de ses souffrances le moyen de travailler à la couture et de quêter pour le Vœu national ;
18 fr. Produit de la vente de vieux papiers ;
100 fr. Une ouvrière. Privation de dessert dans les repas ;
Sofr. Economies d’une jeune fille sur sa toilette ;
2 5 fr. La première paye d’un apprenti ;
i 200 fr. Dîme payée au Sacré Cœur pour un héritage de 12 ooo francs ;
100 fr. Fruit du travail nocturne et supplémentaire de plusieurs ouvriers pauvres ;
20 fr. Un marchand prélève un sou sur chaque vente ;
io fr. Une bergère de l'Isère , ayant élevé un petit agneau pour le Sacré Cœur , envoie le produit de la vente ;
5 fr. Un vieillard se prive de 10 centimes par jour sur son tabac ;
3 ooo fr. Toutes les économies d’une vieille domestique depuis quatorze ans ;
ioo fr. Une pauvre Alsacienne , n’ayant plus que ioo francs en argent français, les envoie au Sacré Cœur pour n’être pas obligée de les donner aux Allemands ;
3oo fr. Une communauté de jeunes gens se prive de vin le vendredi soir pendant plusieurs mois .
Ce qui donne à ces offrandes un prix encore plus grand, c’est la modestie avec laquelle elles sont faites. Les dons les plus considérables viennent souvent sous le voile de l’anonyme. La réponse habituelle faite à cette question : Sous quel nom faut-il inscrire ce don? est celle-ci : Le Sacré Cœur connaît mon nom; cela me suffit. 11 semblerait que quelqu’un a dicté aux donateurs la même réponse dans les mêmes termes. C’est comme le mot d’ordre du Cœur de Jésus : Humilité! Amour !
Parmi les offrandes qui affluent à Montmartre, il en est qui méritent une mention spéciale : ce sont les offrandes spirituelles. Beaucoup de personnes, ne pouvant faire des aumônes pécuniaires, présentent comme tribut de leur piété leurs communions, leurs pénitences, leurs prières. Que d’actes de générosité et d’héroïsme on pourrait citer !
Tels furent les débuts ; et voilà vingt ans que cet élan dure et que, loin de se ralentir, il ne fait que s’accélérer ! Depuis 1875, des quêtes régulières ont lieu à Paris et dans la plupart des diocèses. Les amis du Cœur qc Jésus ont imaginé mille industries,
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SON ÉMINENCE LE CARDINAL RICHARD Archevêque de Paris.
Dans sa lettre pastorale du 24 mai 1889, pour recommander la célébration de la fête du Sacre ■Coeur, Son Éminence écrit: « Le vœu formé par des chrétiens généreux devient le Vœu national, offert à Notre-Seigneur par le vénérable cardinal Guibert, sanctionné par un acte des pouvoirs publics ; et depuis vingt ans chaque année renouvelle ce plébiscite, si nous pouvons nous servir de cette ■expression, par les aumônes et les prières de millions d’enfants de la Fi ance. «
plus ingénieuses les unes que les autres, pour remplir les caisses du Vœu national. A ce moment, la collecte annuelle s’élève en moyenne à quelque dou\e cent mille francs, et la collecte totale a
dépassé vingt-quatre millions. Faudrait-il encore dix, quinze millions, on peut affirmer qu’ils arriveraient !
Au cours de l’année 1889, le Vaterland , de Vienne, imprimait les lignes suivantes, qui montrent que, si la France est parfois méprisée à l’étranger, ce n’est pas la France catholique :
« Dans l’espace de douze ans, dit le journal autrichien, on n’a pas dépensé moins de dix-neuf millions pour le sanctuaire de Montmartre : somme vraiment colossale quand on songe que, pendant ce temps, la persécution des ordres religieux, la réduction du budget des cultes, la fondation des écoles chrétiennes, ont imposé aux catholiques des sacrifices énormes, qui s’élèvent à près de deux cents millions : la seule ville de Paris a dépensé vingt millions pour ses écoles libres. A l’occasion du jubilé sacerdotal de Léon XIII, le peuple français a offert plusieurs millions au Saint-Siège. (Ajoutons, ce qui échappe à l’écrivain étranger, que les recettes de la Propagation de la Foi, de la Sainte-Enfance, de l’Association de Saint-François de Sales, etc., etc., n’ont pas subi la moindre diminution.) Toutes ces oeuvres admirables ont leur source dans l’esprit de sacrifice universellement répandu en France. Les dons considérables ne manquent pas ; mais ce sont surtout les faibles cotisations, le denier de la veuve accumulé, qui constituent ces immenses trésors de la charité chrétienne. Les catholiques français vaincront un jour par leur esprit de sacrifice. »
Acceptons-en le flatteur augure, et passons à un autre prodige, non moins éclatant.
VI. — Nous voulons parler du mouvement religieux dont Montmartre est devenu le centre et le foyer. Ici encore, on ne peut s’empêcher de s’écrier : Le doigt de Dieu est là ! A peine élevé à Montmartre, le Sacré Cœur attira tout à lui. Paris donna le signal de cet ébranlement général. Toutes les paroisses, toutes les institutions chrétiennes de la grande ville sont venues successivement rendre hommage au Roi des cœurs. La province a suivi, et puis le monde entier. En janvier 1892, un recensement exact a constaté que :
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Quarante-deux diocèses de France et divers diocèses de dou\e nations étrangères : Angleterre, Belgique, Italie, Espagne, Pologne, Canada, Hongrie, Suisse et Syrie, ont envoyé à Montmartre quatre mille cinq cent soixante-trois pèlerinages organisés ;
PI us de neuf cents évêques, archevêques ou cardinaux de toutes les parties de l’univers ont visité le mont des Martyrs, devenu le mont du Sacré-Cœur ;
Quarante et un mille cent vingt-huit prêtres pèlerins y ont célébré la sainte messe, et plus d'un million de communions y ont été distribuées.
En outre, plusieurs Associations pieuses gravitent autour du Sacré-Cœur et y amènent plusieurs fois par semaine de nombreux adorateurs. C’est l’Archiconfrérie du Vœu national, c’est l’Apostolat de la Prière, la Communion réparatrice, la Garde d’honneur, le Saint-Rosaire, etc.
Mais que dirons-nous de l’Adoration perpétuelle ? Voilà le joyau de Montmartre ! Du ier janvier au 3r décembre, Notre-Seigneur ne quitte jamais son Thabor. Le jour, de ferventes délégations des paroisses, des congrégations religieuses, des professions diverses, entourent le divin Maître ; la nuit, de courageux chrétiens, souvent des ouvriers, de jeunes apprentis, viennent se reposer des fatigues de la journée au pied des saints autels. Quelques-uns consacrent jusqu’à deux nuits par semaine à l’adoration. Depuis sept ans cinquante-six mille adorateurs ont passé la nuit devant le Très Saint Sacrement.
« Enfin, on a cru que pour toucher le Cœur de Dieu les adorations isolées ne suffisaient pas, qu’il fallait réunir en faisceau toutes les bonnes volontés, toutes les prières, toutes les adorations. La justice divine, provoquée par des crimes et des attentats de tout genre, l’est encore plus par cette clameur immense qui semble redire de nos jours la parole du peuple déicide : Nolumus hune regnare super nos ! « Nous ne voulons pas qu’il règne sur nous! » Ce crime social ne peut être effacé par des expiations individuelles ; ne faut-il pas une adoration et une réparation collectives et publiques ? Montmartre, le berceau de notre foi, la montagne nationale, « la
terre la plus sacrée de la patrie, l’œil et le cœur de la France », Montmartre était tout désigné pour devenir le Thabor national. Un grand nombre de paroisses ont compris ce qu’il y avait d’éminemment propre à désarmer la justice de Dieu dans cette pensée, et au beau jour de l’Adoration perpétuelle ces paroisses se font représenter dans la basilique nationale, par l’offrande d’un cierge. La paroisse est solennellement recommandée aux prières des adorateurs de Montmartre. Saluons le jour sauveur où nous aurons l’Adoration nationale de toutes les paroisses de France ! » ( Montmartre autrefois et aujourd’hui.)
Ce n’est pas encore tout. Pour attirer la protection du Sacré Cœur sur les vocations sacerdotales et sur les communautés religieuses, on a fait appel à ces diverses communautés, aux grands et aux petits séminaires, et à la date du Ier janvier 1892, plus de 2 000 établissements ont fixé un jour et parfois une nuit d’adoration, en union avec Montmartre !
C’est aussi de Montmartre qu’est parti le grand mouvement des consécrations au Sacré Cœur. Tout fait espérer que là sera le salut.
Voilà un exposé qui peut paraître bien sec; mais quelle hymne de gloire et d’amour au Sacré Cœur ! Lui seul a pu opérer tant de merveilles1.
VIL — Le monument matériel montait parallèlement à ce qu’on pourrait appeler l’édifice religieux et moral. Et ce n’est pas ici le moindre des prodiges qui éclatent de toutes parts dans cette œuvre visiblement divine. La franc-maçonnerie a eu beau créer une loge au bas de la colline, dans l’unique but de combattre la sainte entreprise ; l’Hôtel de ville a eu beau susciter tracasserie sur tracasserie ; et même un groupe de députés fanatiques, déposer un projet de loi qui retirerait la concession de i8y3 : rien n’y a fait ; la force toutepuissante s’arrête devant la faiblesse désarmée, elle recule devant un grain de sable. C’est que derrière ce grain de sable elle sent Dieu. Aujourd’hui, toute opposition extérieure semble tombée.
1. Nous avons emprunté ces renseignements à l’ouvrage intitulé : Montmartre autrefois et aujourd’hui, par le R. P. Jonquet, O. M. I. Un vol. grand in-8° illustré.
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Aussi, noblement assise sur ses pilotis d’un nouveau genre, la basilique étale aux yeux de la capitale ses gigantesques proportions. La vaste crypte, livrée au culte depuis sept ans, permet à des milliers de pèlerins de s’y mouvoir à l'aise ; la basilique supérieure ouvre à la foule sa grande nef et son immense déambulatoire.
Dans la crypte comme dans la basilique, les chapelles sont dédiées aux saints les plus populaires, aux saints protecteurs de la France, à la sainte Mère de Dieu, à saint Michel, à saint Joseph, à saint Louis, à la bienheureuse Marguerite-Marie, à sainte Radegonde, sainte Geneviève, saint Remy, saint Martin, etc.
Presque toutes les professions, tous les états de vie, tous les intérêts sont représentés dans l’église du Sacré-Cœur ; on y voit : la chapelle du Sacerdoce, de la Magistrature, de l’Armée, de la Marine, de la Médecine, de l’Agriculture, de Jésus-Ouvrier, de Jésus-Enseignant, etc.
Les principaux Ordres religieux ont leurs chapelles : Saint- Dominique, Saint-François d’Assise, Saint-Ignace, Saint-Vincent de Paul, Saint-Benoît et Saint-Bernard, Saint-Bruno, Sainte-Thérèse, Sainte-Angèle de Mérici, etc.
L’église du Purgatoire n’est pas oubliée. Dans la crypte se trouve la chapelle des Ames souffrantes. Le regretté cardinal a manifesté souvent le désir de dormir son dernier sommeil dans cette chapelle. Un autre monument funèbre doit orner l’église inférieure : ce monument, hommage mérité à la foi et au génie d’un grand chrétien, sera élevé à la mémoire de Louis Veuillot !
Dans la crypte comme dans la basilique, tous les membres importants de l’édifice, chapelles, piliers, hémicycles, colonnes, sont donnés par des diocèses, par des villes, par des paroisses, par des associations diverses. On peut y voir le pilier des Malades, le pilier de la Reconnaissance, le pilier de la Plume, le pilier de la Musique et de la Poésie, le pilier des Lauréats, des Orphelins, des Veuves, des pieuses Mères, de la Première Communion, des Fiancés, etc.
Toutes les pierres du monument s’étalent sous nos yeux, chargées de souvenirs, et comme autant d 'ex-voto de la prière et de la
gratitude. L’église du Sacré-Cœur est vraiment l’expression vivante de la France chrétienne !
Aujourd’hui, l’œuvre touche à son terme. Restent à construire le grand dôme, les tambours des petites coupoles et la tour. Mais déjà l’enceinte tout entière a pu être appropriée au service divin, et le Dieu de l’Eucharistie a pris définitivement possession de son trône d’amour.
« Le 5 juin 1891, en effet, l’église du Vœu national a été bénite solennellement sur l’antique et sainte colline de Montmartre.
« IJn soleil radieux, pendant plusieurs jours avare de ses rayons, les avait réservés pour la solennité. Paris se baignait dans des flots de lumière, et les âmes dans un océan de grâces. Le Cœur de Jésus planait sur la France et sur le monde. Quand les pèlerins arrivèrent sur la montagne, ils trouvèrent, comme les saintes femmes au tombeau, ce soleil de justice et d’amour levé déjà depuis longtemps : orto jam sole. Depuis minuit, en effet, des messes se disaient sans interruption dans la chapelle provisoire où le Cœur de Jésus entrait réellement, par la sainte communion, dans des milliers de poitrines, comme il entrait à la messe solennelle, à la faveur de l’hostie sainte distribuée pendant trois quarts d’heure, dans des milliers d’autres. Son sang allait ainsi pénétrer mystérieusement dans les rues et les demeures de la grande cité, pour effacer tant de sang impur et d’iniquités scélérates.
« De cette église pouvant contenir dix mille personnes, de cette colline portant avec fierté tous ceux qui étaient obligés de rester dehors, montait vers le ciel ce grand cri d’espoir : « Cœur de « Jésus, sauvez la France en votre nom. » La montagne était vivante, elle chantait.
« La cérémonie de la bénédiction se fait au chant des psaumes composés par David et répétés par Salomon sous les voûtes du temple figuratif, à Jérusalem. L’eau bénite sortie virtuellement du Cœur percé de Jésus retire les pierres extérieures de l’usage profane, et les purifie, peut-être même des blasphèmes et des murmu-
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res de quelques ouvriers ingrats et aveugles. L’eau sainte coule à l’intérieur, produisant les mêmes effets, rejaillissant sur les fidèles, et, ce jour- là surtout, on peut dire : Vieil aquam egredientem de templo a latere dextro , et ovines ad quos pervenit aqua ista salvi facii sunt , alléluia. Ce joyeux alléluia , on le sent, anime tous les cœurs et brille dans tous les yeux. Son Em. le cardinal Richard célèbre la sainte messe avec cette onction caractéristique de l’àme véritablement épiscopale. Il est beau, le cardinal élevant l’hostie sainte sur cette montagne arrosée de tant de sang, dont les dernières gouttes humectent encore une rue voisine qu’on traverse avec respect. Il est beau surtout, le Cœur de Jésus, au-dessus de ce Paris si coupable et si ingrat. Ah ! peut-être, ce Cœur à jamais impassible et glorifié trouve-t-il encore, dans les réserves du Calvaire, de ces larmes expectantes, destinées à purifier les Ninives de l’avenir : Videns civitatem flevit super eam.
« Quelle consolation Jésus n’a-t-il pas dû éprouver quand, pendant trois quarts d’heure non interrompus, trois mains sacrées ont distribué son corps et son sang aux fidèles désireux de sentir son divin Cœur battre dans leur poitrine !
« Après la messe, lecture a été donnée de la paternelle lettre adressée pour la circonstance, par Sa Sainteté, au cardinal-archevêque de Paris. Celui-ci, au nom du successeur de Pierre, donne la bénédiction solennelle, et la foule un moment agenouillée, inclinée, se redresse, pour chanter la foi de Rome et de tous les siècles catholiques dans cet immortel Credo écrit avec le sang sur les coteaux de Montmartre. La bénédiction du Très Saint Sacrement couronne la cérémonie du matin, dont le souvenir restera impérissable.
« Comment rendre compte de celle de l’après-midi ? Comment peindre cette montagne, ordinairement solitaire, recouverte tout à coup d’une végétation humaine ? Trente mille pèlerins, dit-on, sans exagération, voulaient voir, entendre, sentir. Tous n’ont pas vu, tous n’ont pas entendu, mais tous ont senti. Insuffisante à tant de personnes, la basilique en resserrait plusieurs milliers. Des centaines de dignitaires de l’Église, des évêques en grand nombre
se groupaient autour du cardinal Richard, du cardinal Foulon, du cardinal Rotelli. De toutes ces poitrines s’envolent hardiment les accents d’un Magnificat joyeux, auxquels succèdent immédiatement ceux de l’orateur du jour, le T. R. P. Monsabré.
« Inspiré par les circonstances, par un auditoire immense, le fils de saint Dominique développe les paroles désormais bien connues : Sacratissimo Cordi Jesn Gallia pœnitens et dénota ; il dit l’origine de la basilique, les tristesses du présent et les espérances de l’avenir. Au surplus, son discours sera imprimé et nous y renvoyons nos lecteurs. Quand il a fini, les trois cardinaux et les évêques bénissent la foule. La procession part ensuite du choeur, descend dans le milieu de l’église et fait le tour des nefs latérales. Croix, enfants de choeur, séminaristes, clergé, avec leurs cierges allumés, chapelains, chantres, se déroulent en banderoles vivantes. Le Très Saint Sacrement, où bat le Cœur triomphant de Jésus, est porté par Son Ém. le cardinal Rotelli. Derrière ce représentant du Souverain Pontife, successeur lui-même de Pierre, suivent les représentants des apôtres, les archevêques et les évêques. Quelques pieux laïques peuvent seuls se joindre au cortège, car tous les autres, à cause de la foule, sont privés de cette consolation ; matière à sacrifice, moins méritoire cependant que celui de la multitude restée sur les flancs de la montagne. Que dire de cette première bénédiction donnée à la foule dans la chapelle de la Très-Sainte-Vierge, si puissante auprès du divin Cœur. Mais quand les chants cessent, quand fanfares et tambours se taisent, quand le cardinal Richard, agenouillé dans la chaire, fait d’une voix suppliante l’amende honorable et la consécration de la France au Sacré Cœur de Jésus, au milieu des acclamations de la multitude criant pardon et salut ; quand enfin, une dernière fois, le Très Saint Sacrement bénit et ceux qui sont au dedans de la basilique et ceux qu’un soleil couchant salue au dehors ; alors on ne se sent plus sur la terre, on a quitté la région de la haine et du mal, on est plongé dans les embrassements de la justice et de la paix du Sacré Cœur : Justifia et pax osculatœ suntK »
i. Extrait d’un article du P. X. Deidier, dans la Revue ; le Sacré-Cœur, juin 1891.
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Ainsi, en moins de vingt années, sous le coup de la persécution, malgré la diminution de leurs ressources, l’aggravation des charges