MIRACLE PERMANENT DE MONTMARTRE
ependant le nouvel archevêque de Paris avait pris sérieusement à cœur la réalisation pratique du Vœu national, placé désormais sous son haut patronage.
I. — Avant tout, il fallait obtenir du gouvernement, non une simple autorisation, mais un acte positif et officiel qui donnât à l’entreprise un caractère vraiment public : Notre- Seigneur, en effet, avait demandé que le souverain de la France consacrât à son Cœur et sa personne et son royaume. Mais où était le gouvernement? L’Assemblée nationale, élue au sortir de la guerre, apparaissait comme l’unique dépositaire du pouvoir. Pour que le
Le cerf, image du fidèle venant se désaltérer aux eaux baptismales.
Tiré des OEuvres du B. François de Sales .
Vœu conçu à Poitiers devînt national, l’Assemblée devait donc l’adopter; et comment obtenir un tel acte religieux dans un pays où depuis un siècle les divers gouvernements ont presque tous affecté de n’avoir point de religion d’Etat?
La difficulté n’était pas, en réalité, aussi grande qu’on aurait pu le croire à première vue. Cette Assemblée, la plus chrétienne peutêtre qui soit jamais en France sortie de l’urne populaire, n’allait donner que trop de preuves de son inexpérience politique ; mais elle était animée des sentiments les meilleurs et les plus sincèrement patriotiques. Une première fois, en 1871, sur la motion d’un des héros de Patay, M. Cazenove de Pradines, elle vota des prières publiques; et l’armée de l’ordre, avec une promptitude inespérée, reprenait possession de la capitale mutilée et sanglante. Depuis ce temps l’Assemblée vota chaque année le renouvellement des mêmes prières, et chaque année elles furent faites avec beaucoup de ferveur. Cette ferveur ne trouva même pas que ce fût assez d’un seul jour; elle voulut que ce jour fût précédé d’une neuvaine préparatoire; et l’idée, mise en avant par quelques âmes ardentes, rencontra partout un accueil empressé. N’y avait-il pas là un commencement de réaction officielle et nationale contre l’athéisme légal qui nous tue?
C’est dans la même pensée religieuse qu’un autre député, de Paris cette fois, M. Jean Brunet, demandait en 1872 qu’au nom de la France un temple fût élevé, sur les hauteurs du Trocadéro, à la gloire du Christ universel! Cette proposition, admise en principe par l’Assemblée, et éloquemment soutenue par son auteur, ne fut repoussée ou plutôt ajournée qu’à cause de sa forme.
Il y avait donc tout lieu d’espérer qu’elle prêterait son concours à l’exécution du Vœu national. Aussi, encouragé par ces précédents, Mgr Guibert écrivit, à la date du 5 mars 1873, une lettre au ministre des cultes pour lui demander deux choses :
« i° D’approuver la proposition faite par l’archevêque de Paris d’ériger sur la colline de Montmartre, en un point déterminé après enquête, un temple destiné à appeler sur la France la protection divine ;
LA BASILIQUE DU S. -CŒUR A MONTMARTRE
« 2° D’autoriser l’archevêque à acquérir, tant en son nom qu’au nom de ses successeurs, les terrains nécessaires, à l’amiable, et s’il y a lieu, par voie d’expropriation pour cause d’utilité publique. » La réponse du ministre fut très favorable, et après d’inévitables retards, la requête transformée en projet de loi fut déposée sur le bureau de l’Assemblée. La commission nommée pour l’examiner désigna pour son rapporteur M. Keller : c’est assez dire que le rapport concluait dans les meilleurs termes à l’adoption du pieux projet. La discussion publique commença le 22 juillet, fut suspendue le 23 et se termina le 24. Il y eut d’un certain côté grande explosion de colère et de blasphèmes, et de l’autre quelques tergiversations regrettables. Mais enfin, la loi fut votée par 382 voix contre 1 38; majorité magnifique qu’on peut considérer à bon droit comme un triomphe pour le Sacré Cœur. En voici le texte dans ses dispositions les plus essentielles.
« Article Ier* Est déclarée d’utilité publique la construction d’une église sur la colline de Montmartre, conformément à la demande qui en a été faite par l’archevêque de Paris...
« Art. 2. L’emplacement de cet édifice sera déterminé par l'archevêque de Paris, de concert avec le préfet de la Seine, avant l’enquête prescrite par le titre II de la loi du 3 mai 1841.
« Art. 3. L’archevêque de Paris, tant en son nom qu’au nom de ses successeurs, est substitué aux droits et obligations de l’administration et autorisé à acquérir le terrain nécessaire... »
M. de Cazenove de Pradines intervint pour essayer d’engager plus directement l’Assemblée dans cette œuvre réparatrice, en demandant qu’une députation de représentants assistât officiellement à la cérémonie de la pose de la première pierre. Son noble cœur trouva de pathétiques accents, et jamais peut-être de plus chrétiennes paroles ne tombèrent de la tribune française. S’il n’emporta pas les suffrages de la majorité, du moins il arracha à tous, même à ses adversaires de la gauche, les plus chaleureux applaudissements1.
1. Vers le même temps, une pétition, due à l’initiative de MM. Costes, alors vicaire général de Rodez (depuis évêque de Mende), Alazard, M. de Bonald, etc., demandait que la France, à l’occasion du Vœu national, reconnût officiellement le règne social de
II. — Aussitôt la sanction légale obtenue, on s’occupa de choisir l’emplacement du futur édifice.
Quelques-uns parlaient des hauteurs de Chaillot, où une vaste église est indispensable pour les besoins religieux de ce brillant quartier du nouveau Paris, et qui d’ailleurs rappelaient le souvenir de cette ancienne Visitation où se plaisaient les reines. D’autres suggéraient la rue Haxo, en mémoire des martyrs de la Commune. Ces vues furent écartées, et elles devaient l’être.
Le choix définitif s’arrêta sur la colline de Montmartre. N’est-ce pas là, en effet, le véritable berceau de la foi à Paris, la terre consacrée par le sang du premier apôtre de l’antique Lutèce, le glorieux saint Denys? Non loin du lieu même de son supplice, s’éleva cette illustre église, bâtie et rebâtie d’âge en âge, solennellement dédiée au douzième siècle, comme on l’a dit ailleurs, par le pape Eugène III, et où l’on a vu se rendre en pèlerinage tout ce que Paris a jamais eu d’hommes éminents par la sainteté. C’est là que saint Ignace et ses compagnons jetèrent les fondements de la Compagnie de Jésus. C’est là que se rencontrèrent, dans la même foi et les mêmes souvenirs, saint François de Sales, le cardinal de Bérulle, M. Olier, le V. P. Eudes, le P. de Condren, Bossuet, saint Vincent de Paul. Montmartre est le lieu saint de Paris. Le peuple, qui garde mieux les traditions des saintes choses, n’a jamais cessé d’aimer et de visiter Montmartre. Le temple auguste dont nous parlions tout à l’heure a péri sous les coups de la sape révolutionnaire, et il n’en reste même plus de vestige : il est juste qu’il renaisse comme Saint-Hilaire de Poitiers, Saint-Martin de Tours, et tant d’autres. Notre pauvre France, hélas! ressemble à la vieille Rome : elle est couverte de ruines sacrées; et, comme le dit Horace aux Romains de son temps, « nul espoir de pardon, tant que nous n’aurons pas relevé ces ruines 1 ».
Le 26 novembre 18082, Napoléon, se croyant assuré d’établir
Jésus-Christ et de son Église. Elle fut rapidement couverte de plus de quarante mille signatures et honorée, le 14 août 1873, d’un bref de Pie IX, mais resta sans effet pratique.
1. Hor., Od., liv. III, 6. — 2. Correspondance de Napoléon 7er, t. XVIII, p. 79.
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sa domination en Occident, envoyait, d’Aranda en Espagne, à l’archichancelier de son empire l’ordre de préparer des plans et des souscriptions pour élever un temple à la Paix sur les buttes de Montmartre : « Ce sera, disait le César païen, une sorte de temple de Janus, où se feront les premières publications solennelles de la paix. » Ce monument de la paix rêvé par le conquérant ne fut pas construit, car la paix ne vint pas pour la France. Mais cette paix qu’un guerrier ne put donner à son pays avec la toute-puissance de ses armes, le Sacré Cœur a promis de nous la donner par la force de son amour; et c’est à Montmartre qu’un évêque, fidèle interprète des vœux de la France chrétienne, en érigera l’illustre monument.
L’autorisation gouvernementale ici encore était nécessaire; MgrGuibert s’empressa de la solliciter. Le ministre de la guerre fit observer qu’il avait formé le dessein de bâtir une forteresse sur les hauteurs de Montmartre. « Cette forteresse, répondit le vénérable prélat, sera inutile au but que vous vous proposez; elle ne pourra servir que contre Paris et non contre les étrangers. Laissez-moi bâtir ma forteresse qui vaudra bien la vôtre. » Et il plaida la cause du Sacré Cœur avec tant d’éloquence, que le gouvernement, renonçant à son projet, accorda l’autorisation demandée. Le comité de l’œuvre ne tarda pas à acheter 1 1 762 mètres de terrain pour la somme de 722 000 francs. Les offrandes commençaient à affluer avec une abondance qui garantissait l’avenir.
III. — Restait à dresser le plan de l’édifice. M. Amédée de Margerie écrivait à ce sujet : « La France doit représenter sa consécration solennelle au Sacré Cœur par un monument de premier ordre, par un cantique de pierre, aux proportions vraiment dignes de la grandeur des prévarications dont elle demande grâce, dignes aussi de l’immense océan de miséricorde dans lequel elle se plonge pour revivre. Ce qu’on veut faire, c’est un monument de la foi et de la conversion d’un grand peuple, c’est un phare qui des hauteurs de Montmartre rayonne jusqu’aux frontières. Ne craignons pas de concevoir, pour l’église qui sera le centre et le cœur de la piété
33o JÉSUS-CHRIST ET LE DON SPÉCIAL DE SON CŒUR
française, des idées grandes; ayons foi en la protection divine et en la générosité de la France catholique. »
Telle fut aussi la pensée de l’archevêque de Paris; et sans tenir compte de certaines préoccupations pusillanimes, il ouvrit un concours qui provoqua un véritable enthousiasme chez les architectes les plus renommés de la France et de l’étranger. Il vint soixante-dixhuit plans, qui furent exposés et reçurent la visite d’environ vingt mille personnes1. Le plan qui s’imposa tout de suite à l’attention du jury fut celui de M. Abadie, l’éminent restaurateur de la cathédrale de Saint-Front de Périgueux, que l’Institut devait bientôt appeler dans son sein. On admira surtout la grandeur majestueuse de la crypte et l’harmonie monumentale de toutes les parties de l’édifice. Après sérieux examen des hommes les plus compétents, il obtint donc le premier prix et fut en outre chargé d’exécuter son plan. Mais M. Abadie avait adopté les coupoles byzantines. C’en fut assez pour provoquer, de la part de certains partisans exclusifs du gothique, une campagne de critiques aussi mal fondées qu’intempestives. L’opposition finit cependant par tomber devant l’évidence; et tout le monde convient aujourd’hui que, par l’imposante solidité de sa masse, la continuité de ses lignes prolongées, l’ampleur de ses dômes, et même par le campanile aérien dominant seul tout l’édifice, l’art romano-byzantin, à distances et à proportions égales, produit un effet plus saisissant que l’art ogival avec son élévation constante mais si diverse, l’élancement de ses flèches et clochetons, et l’infinie variété de son ornementation sculpturale; que d’ailleurs le premier entraîne beaucoup moins de frais de construction et d’entretien, et peut mieux résister à la tempête, qui sévit souvent à ces hauteurs jusqu’à renverser les maisons2.
1. Tous les plans primés ont été photographiés et réunis dans le magnifique Album du Concours, qui se vend au profit de l’Œuvre.
2. La basilique a go mètres de long, sans compter le porche de io mètres, et 5o mètres de large. Elle sera surmontée de cinq coupoles disposées en forme de croix grecque, et d’une tour plus élevée que le grand dôme. Le porche est couvert d’une vaste terrasse qui sera ornée de statues et de balustres, que dominera de la manière la plus apparente une statue monumentale du Sacré Cœur. Deux larges volées d’escaliers donneront un accès facile du côté de Paris.
LA BASILIQUE DU S. -CŒUR A MONTMARTRE
LA BASILIQUE DU SACRÉ-CŒUR, A MONTMARTRE >< La France doit représenter sa consécration solennelle au Sacré Cœur par un monument de premier ordre, par un cantique de pierre. »
IV- — • Tout était prêt; et Mgr Guibert, dont la pourpre romaine venait de rehausser encore l’autorité en couronnant son mérite, put annoncer qu’il allait procéder à la pose de la première pierre. Il avait
d’abord voulu fixer la date de la cérémonie au 29 juin 1875 et y convoquer tous les évêques de France. Mais, par égard pour une politique déjà craintive, qu’effrayait la perspective d’une telle manifestation, il consentit à l’avancer au 16 juin : date vraiment prédestinée, puisqu’elle coïncidait avec le jour de la consécration universelle du monde chrétien au Sacré Cœur, et aussi avec le deuxième anniversaire séculaire de la plus importante révélation de Paray-le-Monial !
Dès le matin, la sainte colline fut sillonnée en tous sens par des pèlerins accourus, non seulement de tous les quartiers de Paris, mais de tous les points de la France. On se serait cru transporté en plein moyen âge. Plus de douze mille personnes couvraient les hauteurs du mont des Martyrs, quand, vers neuf heures, arriva le cardinal-archevêque, entouré de dix évêques et suivi d’un nombreux clergé. Après avoir célébré dans l’église Saint-Pierre de Montmartre une messe, à laquelle communièrent un grand nombre d’assistants, Son Éminence se rendit sur l’emplacemeut de la future basilique, et prit place sur une estrade magnifiquement décorée, avec les dix évêques, parmi lesquels MMgrs Dupanloup, Lavigerie, Freppel, etc., plusieurs princes de la maison de France, cent cinquante députés, et l’élite catholique de la nation.
Puis, au milieu d’un religieux silence, le vénérable archevêque, revêtu de tous les insignes de sa double dignité, se leva. Son visage rayonnant de joie semblait transfiguré : on eût dit Moïse debout sur le Sinaï pour annoncer au peuple d’Israël la bonne nouvelle du pardon divin, ou plutôt on eût dit le Sauveur lui-même prononçant le sermon sur la montagne. D’une voix sonore, il lut un admirable commentaire des huit béatitudes, qui sont comme l’abrégé des enseignements du Cœur de Jésus.
Quelle scène! Là haut, un soleil radieux, qui semble envoyer à la terre comme un reflet du divin Soleil de justice et d’amour; là-bas, la grande ville, encore toute couverte de ruines, et qu’emporte de nouveau le bruyant tourbillon des affaires et des plaisirs; ici, sur la colline pieusement visitée par tant de générations, imbibée du sang de tant de martyrs, mais naguère souillée
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d’un double assassinat par le délire de quelques égarés, le pontife du Dieu vivant et mort pour nous, qui jette à tout un peuple frémissant des luttes d’hier les paroles de la miséricorde et du seul vrai bonheur !
A ce moment, la lecture d’un télégramme de Pie IX, télégramme de bénédiction pour Paris et pour la France, souleva dans la foule un enthousiasme indescriptible. Les cris mille fois répétés de : Vive Pie IX ! s’échappèrent de toutes les poitrines. La pierre fut bénite suivant le rite accoutumé, et chacun se retira, emportant dans le cœur une invincible espérance.
Qui ne s’associerait aux magnifiques sentiments exprimés avec tant d’éloquence par M. Chesnelong à la suite de cette cérémonie : « En posant la première pierre à l’église de Montmartre, il me semble qu’on a posé aussi la première pierre de notre rédemption nationale. Le sang de Jésus-Christ ira, sur cette colline doublement consacrée, réveiller le sang des martyrs ; et de ces deux sangs réunis sortira, nous l’espérons, une France transfigurée, rentrant dans la voie de ses grandes destinées, retrouvant, avec sa vieille foi, les conditions de l’ordre dans le respect et de la liberté dans le bien, redevenant la tutrice de l’Église, le noble soldat de toutes les grandes causes. Si disproportionnés que soient ces présages avec les angoisses de l’heure présente, j’ose croire qu’ils ne seront pas trompeurs. Nous en avons pour garants le Cœur de Jésus et cette glorieuse solidarité qui a toujours uni, dans le triomphe comme dans l’épreuve, l’Église et la France. »
Déjà, deux ans auparavant, la même confiance s’était hautement affirmée lors des admirables pèlerinages qui amenèrent à Parayle-Monial plus de 200 000 visiteurs, accourus de toutes les parties de la France, de l’Europe et jusque de l’Amérique. Le vendredi 20 juin, fête du Sacré Cœur, avait offert un spectacle unique. Concours immense (2 5 000 personnes environ) ; présence de M. de Charette et d’un bon nombre de ses zouaves entourant leur glorieux drapeau ; les bannières mêlées des grands protecteurs de la France, sainte Clotilde, sainte Geneviève, saint Michel, saint Martin, Jeanne d’Arc, saint Louis ; les étendards voilés... d’Alsace et de
Lorraine, que l’on saluait d’acclamations et de larmes ; le refrain patriotique et attendrissant :
Dieu de cle'mencc,
O Dieu vainqueur !
Sauvez Rome et la France Par votre Sacré Cœur !
refrain auquel succédait alternativement cet irrésistible : « Pitié, mon Dieu... »; le soir, d’interminables processions aux flambeaux, où le silence n’était interrompu que par la grave psalmodie du Miserere chanté par des milliers de voix : tout, en vérité, concourait à produire dans l’àme la plus douce et la plus forte émotion.
Et pourtant, on le sentait, cette grande journée avait laissé un
BANNIERE COMMEMORATIVE
De la consécration de cent cinquante représentants de l’Assemblée nationale au Sacré Coeur, en 187.I. Conservée dans la chapelle de la Visitation de Paray-le-Monial. — Le 29 juin i8y3, fête de saint Pierre, un groupe de représentants se rend à Paray, au nom de cent cinquante signataires. Arrivés à la gare, ils mettent le Coeur de Jésus sur leur poitrine, déploient leur étendard, et, au milieu des acclamations de la foule, ils arrivent à la chapelle de la Visitation, où ils reçoivent des mains de l'évèque le Dieu qui aime les Francs. Alors une voix, la voix autorisée de M. de Belcastel, s’élève au nom de tous et lit Pacte de consécration.
regret: aucun de nos députés n’y avait paru. Ils vinrent neuf jours après, le 29, fête de saint Pierre. Cent cinquante avaient donné leurs noms ; mais tous n’avaient pu faire le voyage. Arrivés à la gare, ils mettent le Cœur de Jésus sur leur poitrine et déploient leur magnifique bannière ; elle offrait d’un côté l’image du Christ montrant son Cœur, et de l’autre les tables de la loi : beau symbole pour des législateurs ! Au milieu des acclamations de la foule, ils se rendent à la chapelle de la Visitation, où ils reçoivent des mains de l’évêque le Dieu qui aime les Francs.
A ce moment, une voix s’élève au nom de tous1 : « Très Saint Cœur de Jésus, nous venons nous consacrer à vous, nous et nos collègues qui nous sont unis de sentiments. Nous vous demandons de nous pardonner tout le mal que nous avons commis, et de pardonner aussi à tous ceux qui vivent séparés de vous.
« Pour la part que nous pouvons y prendre et dans la mesure qui nous appartient, nous vous consacrons aussi, de toute la force de nos désirs, la France, notre bien-aimée patrie, avec toutes ses provinces, ses œuvres de foi et de charité. Nous vous demandons de régner sur elle par la toute-puissance de votre grâce et de votre saint amour. Et nous-mêmes, pèlerins de votre Sacré Cœur, adorateurs et convives de votre grand Sacrement, disciples très fidèles du Siège infaillible de saint Pierre, dont nous sommes heureux de célébrer aujourd’hui la fête, nous nous consacrons à votre service, ô Seigneur et Sauveur Jésus-Christ ! vous demandant humblement la grâce d’être tout à vous, en ce monde et dans l’éternité. Ainsi soit-il. »
Quatre jours auparavant, le 25 juin 1873, du fond de son exil, dans la chapelle du modeste château de Frohsdorf, l’héritier de tant de rois, ce digne fils de saint Louis, l’objet des vœux et des espérances de la patrie, s’associait à ce généreux élan de tous les cœurs catholiques et français. Il y avait eu à Frohsdorf une fête splendide et très émouvante : messe en musique, brillante illumination des autels, et tout particulièrement des cintres, où se dressaient, sur des tables semi-circulaires en marbre, les tableaux