IMAGES DU SACRÉ CŒUR APRES LA BIENHEUREUSE MARGUERITE-MARIE
« Les œuvres iconographiques auxquelles a donné lieu notre dévotion se classent en deux catégories, suivant qu’elles reproduisent le cœur seul, ou qu’elles y joignent une représentation personnelle.
« A l’époque de la Bienheureuse, le type du cœur représenté seul régna sans aucun partage. Qu’on se rappelle l’image du noviciat (représenté dans les mains de la Bienheureuse, portrait par Savinien Petit, page 223), le tableau de Semur-en-Auxois et les autres essais de la première heure; on ne lui trouve nul rival. Il en est de même après Marguerite-Marie jusqu’en 1726, oü nous avons à signaler le prélude d’un nouveau cycle, celui du Christ au Sacré Cœur, dans un en-tête de Gallifet, qui figure la personne de Notre-Seigneur tenant son Cœur à la main. L’ancien type garda toutefois la prépondérance pendant tout le dix-huitième siècle.
« Ces deux types ne constituent point deux expressions irréductibles de la dévotion, car ils ont la même base et les mêmes attributs.
« Ils supposent tous les deux le Cœur réel et vivant, qu’ils représentent diversement, l’un seul, l’autre avec la personne.
« Jusqu’à la Bienheureuse, on s’était contenté de figurer le divin Cœur, comme le cœur humain du reste, sous une forme toute symétrique et conventionnelle. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui la forme archaïque ou héraldique. Trois des anciens dessins de Paray ont encore suivi l’usage universellement répandu. Le tableau fait à Dijon, en 1688, innove le premier, sous ce rapport, en imprimant au côté gauche une légère inflexion, par une sorte de tendance à imiter la nature. Plus tard, en 1745, une édition du Père de Gallifet voulut arriver à la vraie figure anatomique de l’organe, tel qu’il est en nous, et représenta un cœur assez fortement contourné dans ses lignes extérieures, et de plus surchargé de veines et d’artères en vue d’une reproduction aussi exacte que possible.
« Ce modèle, s’il fut réclamé, comme le dit l’auteur, par certaines personnes pieuses, était, au point de vue de l’art, un vrai contresens, parce qu’il
j. Les Images du Sacré Cœur, p. 40-41, 43.
2. Nous devons à l’obligeance de M. l’abbé J. Thomas, curé de Notre-Dame de Dijon, de pouvoir reproduire ici tout ce paragraphe de son excellent ouvrage : la Théorie de la dévotion au Sacré Cœur; p. 290-291 et p. Soi à 3o8. Ouvrage honoré d’un bref de S. S. Léon XIII.