‹ La France et le Sacré CœurChapitre 2 sur 148 · SA SAINTETÉ LEON XIII · texte numérisé non relu

SA SAINTETÉ LEON XIII

« La France entend rester fidèle à ses glorieuses traditions Comment ne pas reconnaître

qu’elle recèle dans son sein un germe de vie impérissable?... » (Discours du t3 avril 1888.)

l’Église, héritière de la Synagogue, fidèle dépositaire et infaillible interprète des révélations divines ; à la France d’étendre en tous ieux le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Voilà sa mission!

INTRODUCTION

Quand elle est fidèle, Dieu la couvre de son bouclier, il la comble de biens et de gloire. Quand elle trahit son devoir. Dieu la frappe souvent de coups terribles et soudains, non pour la détruire sans retour, mais pour la guérir et la sauver, en la ramenant dans les sentiers de la vérité, de la justice et de l’honneur.

Dernièrement encore, à l’occasion de son jubilé sacerdotal, Léon XIII, répondant à deux adresses lues au nom de notre pays par Mgr l’archevêque d’Avignon et M. le vicomte de Damas, ajoutait une note particulièrement expressive à ce concert des siècles qui proclame la sublime vocation de la France. Ne dirait-on pas que sa voix auguste fait écho, au travers des âges, à celle de Grégoire IX que nous entendions tout à l’heure1 ?

« Notre cœur se sent ému, très chers fils, devant ces témoignages réitérés que Nous donne la France catholique de son amour filial et de son inviolable attachement ; ce sont là comme autant de solennelles affirmations que, malgré les maux qui l’affligent et les périls qui la menacent, elle entend rester fidèle à ses glorieuses traditions et à son beau titre de Fille aînée de l’Église. Elle ne saurait oublier que sa providentielle destinée l’a unie au Saint- Siège par des liens trop étroits et trop anciens pour qu’elle veuille jamais les briser. De cette union, en effet, sont sorties ses vraies grandeurs et ses gloires les plus pures ; et toujours elle a eu lieu de se féliciter des triomphes de l’Église et de la Papauté. Troubler cette union traditionnelle serait enlever à la nation elle-même une partie de sa force morale et de sa haute influence dans le monde.

« La France, Nous n’en doutons pas, comprendra sa sublime vocation, qui est, avant tout, de demeurer chrétienne. Nous en avons pour garants ces innombrables institutions pieuses que Nous voyons couvrir son sol ; ces œuvres multiples de charité qui y naissent et s’y développent avec une fécondité et une vigueur si admirables ; ces légions d’apôtres et de missionnaires qui en partent chaque jour pour se rendre dans les contrées les plus lointaines et les plus ignorées, où, par la prédication des doctrines du saint Évangile, leur apostolat propage les principes

i. Discours du i3 avril 1888.

INTRODUCTION

de la vraie civilisation. Comment pourrions-Nous ne pas regarder d’un œil de particulière bienveillance une nation où les intérêts religieux ne cessent de susciter de semblables dévouements ? Comment ne pas reconnaître que cette nation recèle dans son sein un germe de vie impérissable, un principe de salut et de régénération qui répond de l’avenir !... »

On devine l’enthousiasme provoqué chez les pèlerins par ces fortifiantes paroles. Témoin de cette scène, un évêque étranger s’écriait : « La France ne peut pas mourir. La France est nécessaire à l’Église, à la civilisation, et l’anéantissement de la France serait un fléau pour l’humanité. La Fille aînée de l’Église peut avoir sa semaine sainte, sa semaine de douleur ; mais elle ne manquera jamais d’avoir son jour de Pâques ; elle renaîtra toujours du sein de ses ruines. »

Ce langage est entièrement conforme à celui de Joseph de Maistre, qui a dit et imprimé bien des fois : « Pour moi, je crois fermement que la vérité a besoin de la France. » Sans donner à ce mot une portée qui dépasserait l’intention de son auteur, nous pouvons y chercher un sérieux encouragement à nos espérances ; et un coup d’œil jeté sur l’état présent de l’Église et du monde n’est pas fait pour nous persuader que le poste d’honneur, qui fut si longtemps le nôtre auprès du Saint-Siège, soit occupé en ce moment par une autre nation. Certes, la France est aujourd’hui bien bas ; elle subit le joug de politiciens sans foi et sans conscience, qui proscrivent ses religieux, brisent ses croix, profanent ses cimetières et parfois ses temples, chassent Dieu de l’école et du lit des mourants, infligent au mariage chrétien l’outrage légal du divorce, et vont jusqu’à retirer à de pauvres prêtres leur pain de chaque jour. N’importe, elle continue à déployer, nous le verrons, une étonnante vitalité religieuse ; et quand la religion catholique est presque partout menacée, persécutée, opprimée ; en Pologne, par le knout et l’astuce moscovites ; en Prusse, par le césarisme triomphant et à peine réfréné ; en Espagne, par l’explosion périodique des passions révolutionnaires ; en Suisse, par l’hypocrisie libérale qui ne désarme pas ; dans une grande partie de l’Amérique du Sud, par la franc-

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INTRODUCTION

maçonnerie ostensiblement revêtue du pouvoir; en Italie, hélas! à Rome même, par une usurpation sacrilège et chaque jour plus insolente : n’avons-nous pas le droit de demander où est le peuple qui s’est fait à notre place « le bon sergent de Jésus-Christ », et puis de redire avec une humble mais ferme confiance : Vraiment, la France manque à l’Église ?

C’est l’heure de nous préparer à reprendre notre tâche, longtemps accomplie non sans gloire. « Les nations sont toujours guérissables, » dit l’Esprit-Saint, surtout les nations chrétiennes : baptisées dans le sang du Christ, elles portent en elles-mêmes le principe et le gage de l’immortalité. D’autre part, les dons de Dieu sont sans repentance. L’homme, par ses forfaits, peut bien se soustraire aux lois de la bonté, et mériter d’être ressaisi par les lois de la justice. Mais, individu, famille, nation, qu’il revienne à son Père des Cieux : ce Père aux infinies miséricordes lui tient en réserve les mêmes faveurs qu’auparavant, et des faveurs plus hautes encore.

C’est pourquoi je voudrais dans ce livre esquisser le tableau rapide des magnifiques dons que le Dieu de la France n’a cessé de lui prodiguer depuis ses plus lointaines origines. Il y a d’abord les bienfaits plus generaux : un sol et une nature privilégiés, un nom et un titre incomparables, une épée de trempe divine, une libératrice inspirée, saint Michel archange pour premier patron, avec tant d’illustres saints pour patrons secondaires, et enfin pour reine la très sainte Vierge Marie elle-même. Il y a ensuite un bienfait spécial, excellent entre tous, le don de son propre Cœur, source intarissable de son amour pour nous, unique explication de cet incroyable amas de grâces, parfois miraculeuses, dont nous avons été comblés. Ce double exposé, tout historique, forme les deux parties de cet ouvrage. Tel est le plan. Daigne le Ciel nous aider à ne pas demeurer trop au-dessous de la beauté du sujet !

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