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SAINT MICHEL, PATRON DE LA FRANCE

soutenu par deux anges, dont l’un, saint Michel, « le protecteur de la France », offre à Dieu l’épée, et l’autre la couronne du jeune roi. Plus tard, il entreprit aussi la restauration des remparts de la vieille cité du Mont.

Enfin, le Mont vit encore, en 1777, deux visiteurs du sang royal de France : le comte d’Artois et le duc de Chartres, réservés l’un et l’autre à une destinée tour à tour brillante ou douloureuse, sous les noms de Charles X et de Louis-Philippe. Le comte d’Artois ordonna la démolition de la fameuse cage, où les derniers rois avaient fait renfermer quelques rares prisonniers politiques, et le duc de Chartres lui donna le premier coup de hache. En 1787, le cardinal Louis- Joseph de Montmorency-Laval, évêque de Metz et grand aumônier de France, reçut la commende du mont Saint-Michel. Cet illustre rejeton d’une des plus anciennes familles du royaume devait clore la liste des abbés, la plupart éminents en tout genre de mérites, qui, pendant plus de huit siècles, gouvernèrent la célèbre abbaye.

Nous arrivons à la Révolution. Elle ne manqua pas de faire au mont Saint-Michel son oeuvre accoutumée de profanation, de pillage et de ruine. Les habitants du monastère furent chassés, son église sacrilègement spoliée, ses livres, ses manuscrits les plus précieur dispersés ou détruits. Affublée du nom dérisoire de Mont-Libre, la cité de l’archange ne tarda pas à devenir la prison de trois cents prêtres fidèles, que délivra le trop rapide passage des Vendéens!

Mais le Mont n’en resta pas moins maison de force. L’Empire et aussi, hélas! le gouvernement de Louis XVIII lui maintinrent cette odieuse destination. De 1793 à 1 863, c’est-à-dire pendant une captivité de soixante-dix ans, plus de quatorze mille détenus gémirent sous ces voûtes et dans ces cloîtres, où avaient si longtemps résonné les louanges de Dieu. « La cité radieuse du moyen âge offrait l’aspect d’un cadave mutilé. »

C’est le second Empire qui eut l’honneur de supprimer la prison par un décret du 20 octobre 1 863. Quatre ans plus tard, une colonie de religieux de Saint-Edme, appelée par Mgr l’évêque de Coutances, partait de Pontigny et venait prendre possession du mont Saint- Michel. Dès lors commence pour l’église et « la Merveille » une ère

JÉSUS-CHRIST ET NOS PRIVILÈGES HISTORIQUES

de résurrection religieuse et matérielle. Saint Michel eut même un jour d’incomparable triomphe, ce fut le 3 juillet 1877. Ce jour-là, en présence d’innombrables pèlerins de tout pays et de tout rang, de douze cents prêtres et de onze prélats que présidait le cardinal-archevêque de Rouen, au nom de l’Église et de la patrie, la statue du glorieux archange fut en même temps couronnée, avec une solemnité inouïe, et dans la Basilique et au sommet de la tour, pendant que tout un peuple, laissant éclater son enthousiasme, ne se lassait pas de crier : Vive saint Michel! vive la France! vive Pie IX!

Il semblait vraiment que l’image de saint Michel, si triomphalement replacée sur le vieux rocher d’où q3 l’avait précipitée, allait devenir pour notre pays, comme l’annonce une tradition fort populaire, l’heureux prélude d’un prochain retour de grandeur et de prospérité. La Révolution devait, hélas ! par de nouveaux outrages infligés à notre archangélique patron, retarder l’effet des divines promesses. N'importe, Bientôt, nous en gardons la ferme espérance, du mont Saint-Michel de l’Océan au château Saint-Ange de Rome, l’éternel adversaire de Satan fera sentir au peuple chrétien sa protection victorieuse.

N’en trouvons-nous pas le gage dans l’admirable prière que, d’un bout du monde à l’autre, prêtres et fidèles, nous récitons chaque matin avec Léon XIII : « Saint Michel archange, au secours dans le combat! Contre la malice et les pièges du diable, soyez notre défense. Que Dieu lui commande, nous l’en supplions humblement. Et vous, ô prince de la milice céleste ! ne permettez plus que Satan et les autres démons, ses complices, errent çà et là par le monde pour la perte des âmes, mais, armé de la puissance divine, précipitez-les dans l’enfer ! Amen. »

GLORIA HOEC EST OMXIBYS AANCTI.)

L’Églife triomphante. D’après une gravure d'Abraham Bosse, dans les Œuvres du Bienheureux François de Sales . Paris, Sébastien Huré, 1 65 2.

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