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SAINT MICHEL, PATRON DE -A FRANCE

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la décision du concile de Mayence, ordonne que la fête de saint Michel soit solennellement célébrée dans toute l’étendue de ses États. Sous les faibles successeurs du grand empereur, Rollon et ses Normands respectent la sainte montagne; bien plus, ils rivalisent de zèle et de magnificence avec les plus religieux monarques pour glorifier le patron de l’Occident. Saint Louis fait à deux reprises le pieux pèlerinage : aussi a-t-il soin de couronner son incomparable Sainte-Chapelle d’une statue colossale de l’archange, statue toujours debout après tant de siècles, et naguère encore — on peut le croire — miraculeusement épargnée par les flammes de la Commune.

En 1 3 32 , Philippe VI marie son fils Jean à Bonne, fille du roi de Bohême, et choisit le jour de Saint-Michel pour l’armer chevalier. La cérémonie eut lieu à Paris au milieu d’un grand concours de princes et de barons. En rattachant à cette date populaire une aussi auguste solennité, Philippe de Valois ne faisait qu’imiter les anciens rois de France, Charlemagne et ses successeurs, qui, comme l’atteste la Chanson de Roland , tenaient souvent leurs cours plénières à la Saint-Michel. C'était aussi le jour préféré des engagements les plus sacrés et les plus irrévocables. Sous le même règne, l’effigie de l’archange terrassant le dragon à l’aide de la croix fut gravée sur des pièces de monnaie appelées anges d’or ou angelots. Saint Michel y apparaît revêtu des attributs de la dignité royale : il porte la couronne fleurdelisée, et sa main gauche s’appuie sur l’écusson de France.

Charles VI fit mettre son image au pinacle de Notre-Dame des Champs, et voulut qu’une des portes de sa capitale, appelée jusque-là porte d’Enfer, prît le nom de l’archange. Le Paris moderne conserve un précieux vestige de ces antiques souvenirs dans son boulevard et sa fontaine monumentale de Saint-Michel.

Charles VII n’hésite pas à lui faire honneur de ses victoires sur les Anglais. C’est en effet saint Michel, comme on l’a vu plus haut, qui nous envoya l’héroïne de Vaucouleurs. Il apparut plusieurs fois à la jeune bergère, il lui révéla sa mission, il l’aida constamment à la remplir, et plus tard Jeanne disait à ses juges : « Je le voyais comme je vous vois. » C’est pourquoi, aussitôt après la délivrance d’Orléans, Charles fit peindre sur ses drapeaux l’image de son cher

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protecteur, avec deux belles devises tirées des saints Livres. L’une portait : « Voilà que Michel , l’un des premiers entre les princes, est venu à mon secours1; » l’autre : « Nul ne m’assiste en toutes ces choses, si ce n’est Michel, votre prince2. »

Plus tard Charles VII voulut éterniser sa reconnaissance parla création d’un ordre de chevalerie « en l’honneur de Monseigneur saint Michel, ce vaillant champion de la gloire de Dieu ». Mais Dieu réservait l’exécution de ce projet à son fils Louis XI, qui arrêta, en effet, les statuts de la nouvelle institution et les promulgua le 22 décembre 1469. Dans le préambule on lit que « saint Michel est le premier chevalier qui, pour la querelle de Dieu, batailla contre le dragon, cet ancien ennemi de la nature humaine, et le trébucha du ciel ». C’est au mont Saint-Michel, dans la superbe église de l’abbaye, que les nouveaux chevaliers devaient faire leur veillée des armes, et dans la grande salle qu’ils recevaient les insignes de l’ordre.

La célèbre montagne était destinée à subir encore d’autres attaques. En ces jours néfastes où les disciples de Calvin tentèrent d’asservir la catholique Normandie, ils comprirent bientôt que la prise du Mont devait leur livrer la contrée tout entière. Mais la cité de l’archange demeurera le boulevard de la foi, comme elle a été le boulevard de la patrie. Saint Michel, qui a déployé la vigueur de son bras pour anéantir les ennemis de la France, pourrait-il rester insensible en face des ennemis de l’Église? En vain les calvinistes, sentant bien que la force est impuissante, ont recours à la ruse et se déguisent en pèlerins ; en vain s’écrient-ils dans l’orgueil d’un triomphe prématuré : « Ville gaignée! Ville gaignée! » La Moricière — nom qu’attendent d’autres gloires — accourt avec une poignée de braves et culbute l’ennemi. Montgomery a beau surprendre la petite cité : les moines défendent la citadelle à outrance. Que l’attaque se renouvelle pendant des années; que les combats se succèdent sans trêve, sans relâche: à chaque crise, l’archange qui toujours veille, comme il avait suscité contre les Anglais les Jean d’Harcourt, les d’Estouteville, les Guiton,

1. Ecce Michael, unus de principibus primis, venit in adjutorium raeum. ( Daniel . Proph.,c.x, i3.)

?. Nemo est adjutor meus in omnibus his, nisi Michael, princeps vester. [Ibid.., 21.)

LA FONTAINE SAINT-MICHEL, A PARIS Charles VI fit mettre l’image de saint Michel au pinacle de Notre-Dame des Champs, et voulut qu'une des portes de sa capitale, appelée jusque-là porte d'Enfer, prit le nom de l’archange. Le Paris moderne conserve un précieux vestige de cet antique souvenir dans son boulevard et sa fontaine monumentale de Saint-Michel.

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les Saint-Germain, les Clinchamp et tant d’autres, suscitera contre les protestants une légion de défenseurs : les de Vicques, les Lachesnaye, les Quéroland; et grâce à la protection de son bras, tous les assauts seront victorieusement repoussés1.

C’est donc la plus exacte vérité qu’exprimait le cardinal de Bonnechose lorsqu’en 1867, devant une foule immense de pèlerins, il s’écriait : « Par un précieux privilège, le mont Saint-Michel est toujours demeuré vierge d’hérésie et de domination étrangère, toujours catholique et français. Dans ce double fait, qui ne reconnaîtra la protection insigne du glorieux archange qui terrassa là-haut la première tentative d’usurpation et d’hérésie? »

Mais poursuivons le récit des actes de la piété de nos rois envers saint Michel.

François Ier et Henri II, à l’exemple de leurs ancêtres, firent en personne le pèlerinage du Mont, et maintinrent les prérogatives de l’ordre de chevalerie établi par Louis XI. Mais l’abbaye, tombée en commende, ne tarda pas à déchoir de son antique gloire.

Depuis la mort de Charles IX, les rois de France, bien que ne visitant plus le sanctuaire national, ne cessèrent pourtant pas de favoriser la dévotion des peuples envers le saint archange. Par lettres patentes de 1 585 , 1 588 et 1601, Henri III et Henri IV confirmèrent les privilèges de la confrérie fondée à Paris en faveur des pèlerins du mont Saint-Michel.

Sous les règnes glorieux de Louis XIII et de Louis XIV, la discipline régulière refleurit parmi les moines; les ruines accumulées par la guerre et par le temps sont en partie réparées; le titre de chevalier de Saint-Michel, que le roi s’honore de porter, est toujours environné d’un grand prestige, et la piété publique n’oublie pas le chemin de la sainte citadelle de la religion et de la patrie.

Louis XV lui-même, à l’aurore d’un règne que saluaient tant d’espérances, se souvint de saint Michel. En 1722, à l’occasion de son sacre, il fit à la cathédrale de Reims un présent digne de la munificence royale : c’était un soleil d’argent doré, du poids de J25 marcs,

1. Voir Saint Michel et le mont Saint-Michel, p. 62. Magnifique vol. in-40, par M*r Germain, évêque de Coutances, etc. Paris, Iibr. Firmin-Didot, 1880.

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