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Le roi prêtant serment sur les reliques déposées sur l’autel de Saint-Denis.
D’après une gravure de 1a Chalcographie.
JÉSUS-CHRIST ET NOS PRIVILÈGES HISTORIQUES
illustre évêque, Hilaire de Poitiers, le maître même de Martin, ne fut pas étranger à ce triomphe. Car, d’après la Chronique de Saint- Denis , les Francs, la veille même de la bataille, avaient aperçu de loin, au-dessus du Moustier Saint-Hilaire, « un grand rayon de feu ardent qui descendait sur les pavillons du roi, à l’endroit où il dormait ». Ainsi, les deux glorieux pontifes avaient visiblement associé leur intervention en faveur de l’armée catholique.
Sainte Clotilde, Clotaire Pr et sainte Radegonde, Dagobert et bien d’autres princes mérovingiens, se conformant à l’exemple de Clovis, prodiguent à l’admirable thaumaturge de Tours les marques de leur dévotion et de leur magnificence.
Pépin le Bref tombe malade à Saintes; il se fait porter à Tours pour prier devant le saint tombeau. Charlemagne choisit saint Martin pour son patron spécial, et bâtit cette superbe tour qui rend encore témoignage à la religion du grand empereur. Dès cette époque, nos rois faisaient porter à l’armée le manteau ou la chape de saint Martin, se croyant invincibles sous un si puissant étendard. Il paraît même que le nom de chapelle , que nous donnons à nos oratoires, dérive de ce pieux usage.
Ces glorieux souvenirs, grâce à Dieu, ne sont pas oubliés, et dernièrement, à Tours même, aux applaudissements d'une grande assemblée, un brillant orateur les rappelait avec éloquence, y rattachant les meilleures espérances de la patrie : « En saluant la Touraine, disait-il, je salue une des premières provinces qui aient formé la vieille France. Et ce n’est pas le seul souvenir national que je rencontre dans votre belle cité. Car, vous le savez, la première bannière de France fut celle de saint Martin, la bannière bleue parsemée de fleurs de lis d’or. C’est celle que, comme un pavillon sacré, nos premiers rois voulurent avoir dans leurs camps, au-dessus de leur tente; c’est celle qui se dressait derrière eux dans les champs de bataille où la monarchie commença par leurs mains la conquête de la patrie française; c’est elle encore, « le grand estendard de satin « bleu », qui fut portée aux funérailles de notre Henri IV. On eût dit qu’elle flottait encore, ce matin, au-dessus de nos têtes. Au moment où nous avons nous-mêmes à reprendre l’œuvre de la monarchie,
S. MARTIN PARTAGEANT SON MANTEAU AVEC UN PAUVRE Tableau de Rubens, conservé dans la collection royale d’Angleterre.
Un jour (au milieu d'un très rude hiver), Martin, n’ajant sur lui que ses armes' et'json simple habit de chasse, rencontre aux portes d’Amiens un pauvre tout nu, qui implore la pitié des passants. I.e saint, d’un coup d'épée, partage en deux sa chlamyde, en jette une moitié sur les épaules du mendiant et se revêt de l’autre moitié. — Le manteau, ou la chape de saint Martin, lut la première bannière de France; c'cst celle qui se dressait derrière nos rois dans les champs de bataille où la)monarchie commença par leurs mains la conquête de la patrie française
JÉSUS-CHRIST ET NOS PRIVILÈGES HISTORIQUES
avec le concours et la fusion de toutes les classes, il ne nous messied pas, ce me semble, de voir nos espérances placées sous la protection du manteau partagé avec un pauvre1. »
Sous Charles le Chauve, les Tourangeaux, assiégés par les Normands, viennent à bout de les repousser, en exposant sur les remparts de la ville la châsse de leur céleste défenseur; et si plus tard les envahisseurs emportent la place, leur triomphe est aussi rapide que le passage d’un torrent.
Les rois de la troisième dynastie, Hugues Capet, Louis VI, Louis VII, Philippe-Auguste, saint Louis, Charles IV, n’ont pas moins de zèle que leurs prédécesseurs pour l’honneur de saint Martin, et se signalent, comme eux, par de magnifiques largesses.
Louis XI paraît souvent à Tours, et finit même par fixer son séjour au château du Plessis, non loin de la ville de saint Martin. C’est lui qui fit entourer le saint tombeau d’un superbe treillis d’argent. Pressé par les besoins de l’État, François Ier ose enlever ce treillis pour le convertir en monnaie : le désastre de Pavie et la captivité de Madrid furent le prix de sa témérité. Plus tard, il le reconnut lui-même, comme son épouse, sa mère et toute la France.
Après l’écoulement du flot calviniste, qui avait tout détruit ou profané, les rois de France, fidèles à la tradition des siècles, continuent à honorer saint Martin comme le gardien de la couronne et le bouclier de la patrie : les preuves surabondent et sont partout.
De leur côté, les peuples n’ont pas d’autres sentiments que leurs chefs, témoin ce concours immense de pieux visiteurs, qui depuis l’an 400 ne cessent de venir demander à ses restes sacrés un soulagement à leurs maux. Pendant quatorze siècles, le tombeau de saint Martin eut le privilège d’attirer d’innombrables pèlerins de tous les rangs et de toutes les conditions, depuis l’humble enfant du peuple jusqu’aux princes et aux monarques, depuis le simple fidèle jusqu’aux évêques et aux souverains pontifes. L’Église l’avait mis au rang des grands pèlerinages qu’elle imposait quelquefois à certains pécheurs devenus pénitents. Ainsi, le Saint-Sépulcre à