Concil. Labbe, t. Il, col. i56y
mune d’où la foi se répandit dans toutes les Gaules ». Or, il est constant que saint Trophime fut disciple de saint Pierre lui-même.
Il n’est pas moins constant, d’après une tradition qui revêt de jour en jour un caractère plus historique, que Marseille et la Provence furent évangélisées par les trois membres de la famille de Béthanie, si chers au Cœur de Jésus, Marthe, Marie et Lazare. Un siècle plus tard, Lyon reçut la bonne nouvelle des successeurs et héritiers de l’apôtre saint Jean, les Pothin, les Irénée et tant d’autres, vrais patriarches de cette Église illustre, qui sera un jour honorée du titre d’Église primatiale des Gaules. Vienne, Autun, et peut-être aussi les contrées appelées depuis Savoie, Suisse romande, tirent de là leur origine chrétienne et se relient plus ou moins directement à Lyon comme à leur métropole. Coïncidences frappantes où il est difficile de ne pas voir le doigt de Dieu ! Ces mêmes villes, Marseille, Lyon, Genève, Autun, devaient, dans la suite des temps, diversement rattacher leur nom à la naissance et au développement miraculeux du culte de l’amour. Ainsi saint Lazare préludait à Belsunce, saint Jean le bien-aimé à saint François de Sales, Marie-Madeleine à Marguerite-Marie; et ces amis de Jésus vivant sur la terre étaient la figure, la préparation lointaine de ces amis de Jésus vivant dans l’Eucharistie, à qui il daignerait montrer son Cœur transpercé et embrasé, pour que le monde fût initié à ses tendresses et à ses magnificences. C’est précisément cette filiation, peu remarquée jusqu’ici, ce nous semble, que nous voudrions essayer de saisir et de fixer, en suivant sa trace tant de fois séculaire dans les monuments religieux de notre histoire.
LES AMIS DE JÉSUS A BÉTHANIE, ET LA PRÉDICATION DE L’ÉVANGILE EN PROVENCE
Et maintenant, revenons à cette famille privilégiée de Béthanie, dont il est écrit que « Jésus en aimait, en chérissait tous les membres, Marthe, Marie et Lazare ». Lazare en particulier est
SES PREDILECTIONS DES NOS ORIGINES
appelé son ami : « Notre ami dort. » Et les deux sœurs connaissaient si parfaitement les sentiments intimes du divin Maître, que, voyant leur frère atteint d’un mal dangereux, elles ne trouvent, dans leur touchante délicatesse, d’autre message à faire parvenir au céleste Médecin que ces simples mots : «Voilà que celui que vous aimez est malade!» Amour si tendre et si profond, qu’en présence du cadavre enseveli depuis quatre jours, «Jésus ne peut en quelque sorte contenir ses larmes », et que les pharisiens, ces cœurs de marbre, témoins de cette émouvante scène, n’y demeurent pas insensibles, et s’écrient avec admiration : «Comme il l’aimait*! » Certes, il était malaisé de mieux faire ressortir l’infinie surabondance de cet amour, et l’évangéliste de la charité nous révèle bien son propre cœur en nous montrant à l’œuvre le Cœur de Jésus.
Il faudrait reproduire tout ce récit de la résurrection de Lazare; mais n’est-il pas dans toutes les mémoires chrétiennes? Contentons-nous de citer ce qu’en a écrit Lacordaire : «Je ne sais ce qu’en pensent les autres; pour moi, n’y aurait-il que cette page dans l’Évangile, je croirais à la divinité de Jésus-Christ. J’ai beau me rappeler tout ce que j’ai lu, je ne connais rien où la vérité s’impose avec une aussi palpable puissance. Il n’y a pas là un mot qui ne porte au fond de l’àme cette conviction que Dieu seul a pu agir ainsi et faire écrire ainsi. Comme scène d’amitié, rien de comparable n’existe dans aucun siècle et dans aucune langue. La tendresse déborde ’... »
Telle fut l’explosion la plus éclatante des prédilections du Cœur divin pour cette famille bénie. Ici, c’est principalement le mort qui en est l’objet. Chez Simon le lépreux, c’est Madeleine qui semblerait être miséricordieusement préférée, elle dont il reçoit sur ses pieds les larmes de repentir, les baisers et les parfums d’amour. Marthe, bien que «sa part ne soit pas la meilleure», obtient aussi les plus touchants témoignages d’affection, pour l’hos-
1. Évangile selon l'apôtre saint Jean, xi. — Diligebat Jésus, Martham, Mariam et Lazarum. — Amiens noster dormit. — Ecce quem amas infirmatur. — Et lacrymatus ert Jésus. — Ecce quomodo amabat .