Sainte Marie-Aladeleine, ch. n
pitalité si cordialement empressée dont elle honore ses visites.
Jésus avait donc à Béthanie une famille tout entière d’amis. C’était là que, venant à Jérusalem, dans la ville où il devait consommer son sacrifice, il se reposait des fatigues de la prédication et des douloureuses perspectives de l’avenir. Là étaient des coeurs purs, dévoués, fidèles; là, ce bien incomparable d’une affection à l’épreuve de tout. Aussi ce fut de Béthanie qu’il se mit en marche pour faire son entrée triomphale à Jérusalem; et ce fut à la vue de Béthanie, le visage tourné vers ses murs, du côté de l’Orient, qu’il monta au ciel, presque à égale distance du Calvaire où il était mort et de la maison où on l’avait le plus aimé1.
Sans nous attarder davantage aux manifestations évangéliques d’une amitié qui des deux côtés se révèle en toute rencontre, transportons-nous à la grotte de la Sainte-Baume, sur ces âpres sommets qui s’élèvent entre Aix et Marseille; et d'abord écoutons l’hymne de Lacordaire : « Au centre de ces roches hautes et alignées, qui ressemblent à un rideau de pierre, l’œil découvre une habitation qui y est comme suspendue, et à ses pieds une forêt dont la nouveauté le saisit. Ce n’est plus le pin maigre et odorant de la Provence, ni le chêne vert, ni rien des ombrages que le voyageur parti de Marseille a rencontrés sur sa route; on dirait que par un prodige inexplicable le Nord a jeté là toute la magnificence de sa végétation. C’est le sol et le ciel du Midi avec les futaies de l’Angleterre. Tout proche, à deux pas, sur les flancs de la montagne, on retrouve la nature vraie du pays : ce point-là seul fait exception. Et si l’on y pénètre, la forêt nous couvre aussitôt de sa majesté, semblable en sa profondeur, en ses voiles et en ses silences, à ces bois sacrés que la hache des anciens ne profanait jamais. Là aussi les siècles seuls ont accès; seuls ils ont exercé le droit d’abattre les vieux troncs et d’en rajeunir la sève.
« Qui donc a passé là ? Qui a marqué ce coin de terre d’une empreinte si puissante ? Quel est ce rocher ? Quelle est cette forêt ? Quel est enfin ce lieu où tout nous semble plus grand que nous?
«O Marseille! tu vis venir l’hôte qui habita le premier cette i. Sainte Marie- Madeleine, ch. n.
MARIE-MADELEINE RECONNAIT JÉSUS F resque de Giotto à Padoue. xiv» siècle. — En ce moment un homme apparut à Marie-Madeleine et lui dit : » Femme, qu’as-tu à pleurer ? Que cherches-tu ? » Elle crut que cet homme était le jardimer; et, toujours dans la même préoccupation, reportant ses yeux sur le sépulcre, elle répondit : « . 1 c est vous qui l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis et je l’emporterai. » Jésus lui dit : « Marie » Alors elle le reconnut et s'écria : Mon maitre. - « Quand Marie-Madeleine fut morte, et que le temps eut desséché tous ses ossements, il y eut en elle un morceau de chair qui résista à e corruption : c’est celui que Notre-Seigneur avait touché lorsque, Madeleine s’approchant de lui apres sa résurrection, il lui mit le doigt sur le front pour l'éloigner, en lui disant: Noli me tangere. Douze cents ans apres, sur ce point du front, la chair apparaissait vive et vivante, comme pour mon- D,V„ H i eV‘ent 3 Ch3,r de 1,|lomme’ même la P,us Profanée, lorsque le doigt transfiguraient de m m ÜC1S P°Ur Purifier’ » ( MSr Bougaud, Vie de la B. Marguerite-Marie, y éd., p. 458.). arie-. a eleine est la patronne des âmes qui s’adonnent à l’amour de Jésus-Christ.
montagne, tu vis descendre d'une barque les bénis messagers qui t’apportaient la seconde visite de l’Orient...
«C’était Lazare, le ressuscité de Béthanie; c’était Marthe, sa sœur, qui l’avait vu sortir du tombeau, et qui avait cru à la puissance du Fils de Dieu avant qu’elle éclatât; c’était une autre femme, sœur de l’un et de l’autre, plus illustre encore, celle à laquelle il avait été dit : «Beaucoup de péchés lui seront remis parce qu’elle « a beaucoup aimé, » celle qui la première vit et toucha Jésus au matin de la Pâque, parce qu’elle était la première dans ce Cœur blessé pourtant d’un amour qui embrasait toutes les âmes jusqu’à la mort 1 !... »
Racontons brièvement les faits rappelés dans ce ravissant langage. Après l’Ascension du Sauveur, les Juifs ne tardèrent pas à vouloir se défaire de Marthe, de Marie et de Lazare, ces témoins importuns de sa vie, de sa mort et de sa résurrection. Il les jetèrent donc, avec saint Maximin, saint Parménas et quelques autres disciples, sur une barque qui n’avait ni voile ni rame, et qu’ils livrèrent à la merci des flots. Elle devait y périr, mais les anges la guidèrent vers les rives de la Provence. Après avoir remercié Dieu d’un si grand prodige, les saints voyageurs se distribuèrent le pays qu’il venait de leur donner. Marseille et ses alentours échurent à Lazare; Maximin et Marie-Madeleine eurent Aix pour leur partage; Marthe accompagna Parménas vers Arles et Avignon.
A Aix, tandis que saint Maximin prêchait, Marie priait. Car, ayant un jour «choisi la meilleure part» et l’ayant conquise aux piedsde Jésus, il lui fut promis «qu’elle ne lui serait jamais ôtée». Elle vivait retirée dans cette caverne profonde, appelée depuis Sainte-Baume, et devenue le but d’un pèlerinage que la piété chrétienne n’a point oublié. Les larmes du repentir, les délices de la contemplation, les ineffables souvenirs du passé, les visites mêmes des anges, remplissaient ses jours et souvent ses nuits, et faisaient de sa sombre retraite le vestibule du Ciel. Quelquefois, ne pouvant contenir le feu de sa charité, elle sortait pour le communiquer au dehors. Les peuples accouraient autour d’elle, heureux de voir et d’entendre cette illustre pénitente, qui i. Sainte Marie-Madeleine. Introd. A la Provence.
SES PRÉDILECTIONS DÈS NOS ORIGINES
avait connu si intimement le Rédempteur des hommes, qui avait baisé ses pieds, qui l’avait contemplé dans l’éclat de sa Résurrection. Quand elle racontait les miséricordes dont elle fut l’objet, sa vue, ses pleurs, son éloquence, brisaient les cœurs les plus durs. Telle fut son existence durant plus de trente années, jusqu’à l’heure où elle alla reprendre aux pieds désormais glorifiés du Bien-Aimé, la place qui lui avait toujours été si chère.
Sainte Marthe, de son côté, annonçait l’Évangile avec la même ferveur et le même succès. A force de zèle et de miracles, elle délivra
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LES LARMES DU CHRIST Reliquaire de la sainte Larme de Vendôme, xi» s.: aujourd'hui détruit. ( Mélanges d'archéologie des PP. Cahier et Martin, t III.)
« Marie étant arrivée au lieu où était Jésus, et le voyant, tomba à ses pieds et lui dit : « Seigneur “ si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort. » Jésus la voyant pleurer et voyant pleurer aussi les Juifs qui étaient venus avec elle, frémit en son esprit et se troubla lui-même. Et il dit : .< Ou « Pavez-vous placé? » Ils lui dirent : « Seigneur, venez et voyez. » Et Jésus pleura. Les Juifs se dirent entre eux : « Voyez combien il l’aimait! » (S. Jean, xi, 33.) — Le dessin figure une des faces du reliquaire : on y voit les quatre grands prophètes Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et Daniel, avec l’Agneau de Dieu au centre. L’inscription : « Heureuse Frisingue, contemple avec joie tes patrons! » nous apprend que cette châsse a été faite à Frisingue; mais on voit que l’inscription n’est pas à sa place, puisqu’elle rappelle les patrons de la ville, qui sont représentés sur la face opposée.
le pays du monstre infernal de l’idolâtrie, dont le souvenir symbolisé se perpétue dans le nom même de la ville de Tarascon. Elle finit par créer une communauté de vierges, unissant comme elle la prière et l’action, type primitif de ces innombrables asiles de l’innocence, du sacrifice, du travail, de la louange divine, qui devaient plus tard surgir de tous côtés dans le royaume très chrétien. Et quand sonna pour elle l’heure de la récompense, Jésus en personne, d’après d’antiques légendes, vint à sa rencontre, en lui adressant ces délicieuses paroles : « Ma très chère hôtesse de Béthanie, à mon tour de t’offrir l’hospitalité des Cieux ! »
Quant à saint Lazare, son sort fut plus glorieux encore. Premier évêque de la grande cité phocéenne, il eut le bonheur d’arroser de son sang la foi qu’il y avait plantée, arbre devenu bientôt magnifique, et que les siècles ni les orages ne parviendront pas à renverser. On dit que, pressé de sacrifier aux idoles, il s’écria : «Non, non, j’ai pour ami véritable le Christ, fils de Dieu, qui m'a jadis rappelé à la vie et retiré du tombeau; il n’y a point d’autre Dieu que lui.»
LA CRYPTE DE SAINT - LAZARE , ÉGLISE S.-VICTOR, A MARSEILLE Cette crypte servit de refuge à saint Lazare pendant la persécution, et Marseille put se glorifier longtemps d’avoir en sa possession le corps de l’illustre ami de Jésus-Christ.
Marseille voit encore, dans les caveaux de l’antique abbaye de Saint-Victor, la crypte vénérable où s’assemblaient, sous l’autorité de Lazare, les premiers chrétiens que sa parole ait engendrés à Dieu. Là reposa longtemps le corps même du saint évêque. Mais Dieu réservait un apostolat posthume à ses reliques voyageuses. Pour les soustraire aux ravages de l’islamisme, on en fit une translation qui en dota l’Église d’Autun, Église immortalisée depuis par la naissance de la bienheureuse vierge de Paray-le-Monial et de la dévotion publique au Cœur de Jésus. La ville de Tarascon vénère le tombeau où elle ren-
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ferma le corps de sainte Marthe et où elle le garde encore. Mais le culte de sainte Madeleine a toute une histoire pleine de péripéties. Qu’il nous suffise de dire qu’elle fut, pendant plus d’un siècle, honorée à Vézelay, où l’on croyait posséder ses reliques. Mais, en 1279, Charles II d’Anjou, roi de Sicile et comte de Provence, neveu de Louis IX, découvre le tombeau de l’illustre pénitente, dont les sceaux remontaient à 710. Le corps était entier, et le Noli me tangere du front toujours intact. Le prince, secondé par le pape Boniface VIII, fit rendre à ces glorieuses dépouilles des honneurs extraordinaires. Il y eut un concours immense de pèlerins. Un vaste monastère et une église magnifique, encore aujourd’hui debout, furent construits et confiés aux Frères prêcheurs. Le bon roi René, Louis XI, premier comte capétien de Provence, Charles VIII, Louis XII, François Ier, Louis XIII et Louis XIV rivalisèrent de zèle pour la gloire de sainte Madeleine et de libéralités pour l’ornement de son temple
C’est ainsi que le souvenir des nobles amis de Jésus sur la terre, après avoir été pieusement mêlé au sublime élan des croisades, se trouve encore associé aux noms de nos rois et aux vicissitudes de la patrie française. Paris perpétue la tradition dans son opulente basilique de la Madeleine, assise non sans grâce au centre même de ses splendeurs les plus profanes, mais dont malheureusement l’architecte aima mieux emprunter son inspiration au Part'nénon d’Athènes qu’à la Sainte-Chapelle de saint Louis.