‹ La France et le Sacré CœurChapitre 49 sur 148 · AUX TEMPS DU ROI SAINT LOUIS · texte numérisé non relu

AUX TEMPS DU ROI SAINT LOUIS

Le règne de saint Louis est l’apogée du règne public de Jésus- Christ en terre de France. Il faut donc s’attendre à ce que, sous le rayonnement divin, la sainteté chrétienne fasse explosion, et que toutes les activités humaines, arts, sciences, lettres, institutions, organisation sociale, guerres même, à prendre l’ensemble, s’inspirent de l’Évangile et tendent à la glorification du Dieu Rédempteur : c’est ce qui ne manqua pas d’arriver.

Saluons d’abord les deux illustres patriarches, Dominique de Guzman et François d’Assise, qui, par l’éclat de leurs vertus et l’immortelle création de deux nouvelles familles religieuses, inaugurent en quelque sorte ce grand siècle. La France ne peut revendiquer ni leur berceau ni leur tombe. Mais Dominique lui appartient par le saint Rosaire, popularisé d’abord dans notre Midi, et dont il se servit comme d’une arme triomphante contre l’infàme hérésie des Albigeois. Quant au fils de Bernadone, il eut toujours une paiticulière prédilection pour la France, à laquelle il avait emprunté son nom, dont il parlait la langue, sinon avec une merveilleuse facilité, du moins avec un merveilleux plaisir : « Toujours, nous dit le bienheureux Thomas de Celano, lorsque, embrasé des feux du Saint-Esprit, il voulait exprimer en paroles ardentes le sentiment qui le transportait, c’est en français qu’il parlait2. »

Entre leurs premiers et plus glorieux disciples, deux surtout

1. Monographie de la cathédrale de Bourges, par les PP. A. Martin et C. Cahier, S. J. — Texte : ch. i, art. i, § 2, et art. 2, § 9. — Planches : pl. ire, et études 1, 2, 4.

2. Cité par le P. Léop. de Chérancé, Saint François d’Assise, 11e partie, p. 275.

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ont droit de figurer, en place d’honneur, dans cette galerie des amis intimes de l’Homme-Dieu : saint Bonaventure et saint Thomas d’Aquin. Nés tous deux en Italie, ils vinrent à Paris suivre les cours de son Université, alors si florissante ; et honorés, jeunes encore, de ses plus hautes distinctions, ils y enseignèrent à leur tour, avec une immense réputation de science et de sainteté que l’avenir devait confirmer, et qui rendait avec usure à Y Alma Mater tout ce qu’elle avait pu leur donner.

Jean de Fidenza, qui sera un jour le Docteur séraphique, avait eu, dès l’enfance, la « bonne aventure » d’être guéri par saint François lui-même d’une langueur mortelle ; de là son nom populaire, que l’histoire lui maintient. Ce fut bien le fils de l’incomparable stigmatisé du mont Alverne. Enivré comme lui aux sources qui jaillissent pour la vie éternelle de la poitrine ouverte du Sauveur, on dirait qu’il y a trempé sa plume enflammée.

Écoutons cette prière, qu’il adresse au Dieu de l’Eucharistie en revenant de l’autel, et où la langue humaine semble n’avoir pas assez de termes pour exprimer les sentiments dont il est possédé. Le Cœur de Jésus n’y est pas nommé; mais n’y apparaît-il pas à chaque mot comme principe et comme objet de ces transports ? « Transpercez, ô très doux Seigneur Jésus ! les moelies et les entrailles de mon âme de la délicieuse et salutaire blessure de votre amour, de la très sainte charité, vraie, sereine et apostolique! Faites que mon âme languisse et se consume toujours de votre seul amour, du seul désir de vous posséder; qu’elle soupire après vous; qu’elle défaille à la pensée de vos tabernacles; qu’elle n’aspire qu’à voir mon corps se dissoudre et qu’à être avec vous !

« Donnez à mon âme d’avoir faim de vous, aliment des âmes saintes, pain des anges, notre pain quotidien, supersubstantiel, ayant toute douceur, toute saveur, toutes délices de suavité.

« O vous! sur qui les anges aiment à fixer leurs regards, que mon cœur ait toujours faim de vous, qu’il se nourrisse de vous, et que les entrailles de mon âme soient remplies de votre savoureuse douceur... »

Peut-être le génie calme, tendre et presque naïf de saint Bona-

h6 jésus-christ et le don spécial de son cœur

venture se révèle-t-il mieux encore dans ses pieuses Méditations de la Vie de Jésus-Christ , où il nous rend en quelque sorte sensibles et présentes, par la vivacité et la précision de ses tableaux, les principales scènes de l’histoire évangélique. Voici, par exemple, comment il nous raconte l’ouverture du Côté de Jésus en croix : « Pendant que la vénérable Notre-Dame, Jean, Madeleine et les sœurs de la Mère du Seigneur demeuraient assis près de la croix, et tenaient presque constamment les yeux fixés sur le Christ Jésus, ainsi suspendu entre deux voleurs, nu, brisé, mort, abandonné de tous, voilà que des soldats armés arrivèrent de la ville. Ils étaient envoyés pour rompre les jambes aux crucifiés, les achever et les ensevelir, afin que les corps ne restassent pas attachés à la croix pendant le grand jour du sabbat. Alors Notre-Dame et les autres se lèvent, les regardent, et comme ils ne comprennent pas ce que ce peut être, leur douleur est renouvelée, leur crainte et leur tremblement redoublent.

« Notre-Dame surtout est en grande appréhension ; elle ne sait que faire, et se tournant vers son Fils, tout mort qu’il est, elle lui dit : « Mon fils bien-aimé, pourquoi ceux-ci reviennent-ils ? Que « veulent-ils vous faire de plus? Ne vous ont-ils pas tué? Mon « fils, je croyais leur rage assouvie ; mais, je le vois, ils vous pour-

« suivent même après votre mort. Mon fils, je ne sais que faire;

« je n’ai pu vous défendre de la mort; mais j’irai et je me tiendrai « debout à vos pieds au-devant de votre croix. Mon fils, priez votre « Père de les rendre accessibles à la commisération; quant à moi,

« je ferai ce que je pourrai. » Et alors tous les cinq allèrent en

pleurant se placer près de la croix du Seigneur Jésus. Les soldats

arrivent avec colère et grand bruit, et, voyant que les voleurs vivaient encore, ils leur brisent les jambes, les achèvent, les descendent et les jettent en toute hâte dans une fosse.

« Comme ils revenaient vers le Seigneur Jésus, sa Mère, craignant qu’ils n’en fissent autant à son fils, émue jusqu’au fond de l’àme, résolut de recourir à ses armes, c’est-à-dire à sa douce et naturelle humilité. Et s’étant mise à genoux, les bras en croix, le visage baigné de larmes et la voix pleine de sanglots, elle s’adresse

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à eux en disant : « Hommes, qui êtes mes frères, je vous en supplie « au nom de Dieu Très-Haut, ne me torturez pas davantage dans « mon fils chéri; car je suis sa lamentable mère, et vous savez,

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