‹ La France et le Sacré CœurChapitre 48 sur 148 · S. ANSELME, S. BERNARD, RICHARD DE S.-VICTOR · texte numérisé non relu

S. ANSELME, S. BERNARD, RICHARD DE S.-VICTOR

Ces noms nous introduisent dans la plus belle époque du moyen âge et nous apportent, pour ainsi dire, tous les parfums de la piété ch rétienne.

Anselme, bien qu’originaire de la petite ville d’Aoste, en Piémont, appartient vraiment à la France, par la langue même de i. Bolland, Act. S. Leonis III, 12 juin.

i3£ JÉSUS-CHRIST ET LE DON SPÉCIAL DE SON CŒUR

son pays d’origine, par son séjour de plus de trente années au monastère du Bec, par l’accueil empressé qu’il trouva parmi nous dans son double exil, et par toutes les sympathies dont, moine, pontife, docteur et confesseur de la foi, il y fut constamment entouré. Grand par le génie et la science, grand par la magnanimité qu’il déploya contre deux tyrans sur le siège de Cantorbéry, il le fut bien plus encore par les ardeurs et les tendresses de son amour pour Jésus-Christ. Cet homme, qui prononça un jour cette noble parole : « Dieu n’aime rien tant que la liberté de son Eglise, » et qui, de la première à la dernière heure de ses luttes héroïques, ne cessa de dire : « J’aime mieux mourir et, tant que je vivrai, languir dans l’exil et la misère, que de violer l’honneur de l’Église. » Cet indomptable athlète des droits de Dieu, du Christ et des pauvres, épanchait son âme devant le Seigneur avec la candeur et la simplicité d’un enfant. Nous avons le recueil de ses Méditations et de ses Prières1; rien n’est plus beau. C’est là qu’on voit à quelle source il puisait la sagesse, la force, la douceur, toutes les vertus qui lui font une sublime auréole. Cette source n’est autre que le Cœur même du Sauveur. Les révélations de Paray-le-Monial n’auraient rien pu ajouter aux élans et aux effusions de sa brûlante charité; et si le nom même du Cœur de Jésus revient moins souvent sous sa plume que sous celle des ascètes modernes, on en ressent partout dans ses écrits la présence et comme le rayonnement.

Entre beaucoup de citations qui trouveraient ici leur place naturelle, bornons-nous à deux ou trois, par lesquelles on pourra juger du reste. Voici sa Méditation dixième :

« Jésus a été doux quand il inclina la tête et rendit le dernier soupir; doux, quand il étendit les bras; doux, quand son Côté fut ouvert par la lance; doux, quand ses deux pieds furent percés d’un seul clou.

« Doux, quand il inclina la tête. En inclinant la tête sur la croix, il semble dire à l’àme : O ma bien-aimée ! combien de fois as-tu désiré un baiser de ma bouche lorsque tu me disais par la voix de tes compagnons : qu’il me donne un baiser de ses

i. S. Anselmi opéra, Migne, t. CLVIII, col. 709 et suiv.

DE CLOVIS A SAINT LOUIS

lèvres!... Me voilà prêt, j’incline ma tête, je présente ma bouche à tes pieux désirs; donne-lui autant de baisers qu’il te plaira. Ne dis pas, dans l’ignorance de ton cœur : je ne veux pas de ce baiser, dépourvu d’éclat et de beauté, mais de ce baiser glorieux dont les anges convoitent incessamment les délices dans le ciel. Ne te laisse pas ainsi égarer, car si tu ne commences par baiser cette bouche qui a goûté au calice d’amertume, tu ne pourras jamais t’élever jusqu’à celle qui a été glorifiée. Presse donc tendrement la bouche que je te présente maintenant ; sans doute elle n’a ni éclat ni beauté, mais elle ne manque point de grâce.

« Doux, quand il étendit ses bras. En étendant les bras, il nous montre qu’il désire ardemment nous serrer contre son Cœur, et je crois l’entendre nous dire : O vous ! qui êtes fatigués et qui portez le poids du jour, venez réparer, sur ma poitrine et au sein de mes embrassements, vos forces épuisées. Regardez, je suis prêt : mes bras peuvent vous contenir tous. Venez donc tous sans exception, et que personne ne craigne d’être repoussé. Je ne veux pas la mort du pécheur, mais plutôt qu’il se convertisse et qu’il vive ; mes délices les plus chères sont d’habiter avec les enfants des hommes.

« Doux, quand son Côté fut ouvert par la lance. Cette blessure ne nous a-t-elle pas révélé les trésors infinis de sa bonté, c’est-à-dire toute la charité de son Cœur pour nous ?

« Doux, quand ses deux pieds furent percés d’un seul clou. Par là il semble nous dire : Considérez-moi bien ! Vous vous imaginez peut-être que je vais prendre la fuite, et vous hésitez à vous approcher de moi parce que vous savez que je suis rapide à la course et que je bondis comme le jeune chevreau. Détrompez-vous : mes pieds sont retenus à la croix par un lien de fer ; il me serait impossible de vous échapper ; c’est la miséricorde qui m’enchaîne à la croix. Je ne vous fuirai pas comme l’ont mérité vos péchés.

« O Jésus débonnaire ! Maître si humble, Maître si compatissant, vous êtes doux à notre cœur, doux à notre bouche, doux à notre oreille. Votre suavité surpasse toute mesure et toute expression... »

Empruntons encore quelques extraits à la quinzième Méditation,

qui est ravissante d’un bout à l’autre. Dans une causerie intime avec sa sœur Richéra, Anselme y parcourt les principaux mystères et divers miracles du Sauveur, qu’il nous présente comme autant de marques d’un incomparable amour. Nous transcrivons seulement deux passages qui se rapportent plus directement à notre sujet :

« Et maintenant, montez avec lui au Cénacle. Entrez, la vaste salle est déjà toute préparée. Félicitez-vous d’assister aux délices du banquet de votre salut. Que l’amour triomphe en vous du respect ; que l’affection impose silence à la crainte, afin que Jésus laisse au moins tomber quelques miettes de cette table divine pour en faire une aumône à la pauvre mendiante. Ou bien, tenez-vous debout, à quelque distance, les yeux timidement fixés sur lui, et, semblable à l’indigent qui regarde le riche, étendez votre main pour recevoir quelque libéralité : vos larmes trahiront votre faim. Quand il se lève pour se ceindre d’un linge et verser l’eau dans un bassin, songez quelle est la puissance, quelle est la majesté qui lave et essuie les pieds des hommes, quelle est la bonté qui touche de ses mains adorables les pieds d’un traître. Regardez, attendez et, la dernière de toutes, présentez-lui vos pieds pour qu’il daigne les laver, car celui qui n’aura pas été purifié n’entrera jamais dans son royaume...

« Pourquoi vous hâter de sortir ? Demeurez encore un peu. Examinez, je vous prie, quel est le disciple qui repose sur son Cœur et penche la tête sur sa glorieuse poitrine. Ah ! quel qu’il soit, que son sort est digne d’envie ! Mais voilà que je l’ai reconnu. Jean est son nom. O Jean ! quelle douceur, quelle grâce, quelle lumière et quelle dévotion vous puisiez à cette source ineffable ? Là, certes, sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science divines. Là, coule la source de la miséricorde infinie ; là, est le tabernacle delà tendresse sans bornes ; là, est le rayon de la suavité éternelle. D’où te viennent, ô Jean ! ces merveilleuses faveurs ? Es-tu plus grand que Pierre, plus saint qu’André, plus cher que tous les autres apôtres ? O précieux privilège de la virginité ! Ton Maître t’a choisi vierge ; et parce que tu es vierge il te préfère à tous les autres. O vierge ! soyez donc dans la joie ; approchez de plus près, et ne différez pas plus

DE CLOVIS A SAINT LOUIS

longtemps de réclamer quelques parcelles de ces grâces. Si vous ne pouvez prétendre à la part la plus belle, abandonnez à Jean ce Cœur adorable, sur lequel il s’enivre du vin de l’allégresse dans la contemplation de la Divinité. Pour vous, courez aux mamelles de son humanité sainte et faites-en jaillir un lait qui vous fortifie. .. » Et plus loin : « Alors un des soldais lui ouvrit le Côté d’un coup de lance. Hâtez-vous, ma sœur, ne tardez pas. Savoure \ avec votre miel le rayon qui vous est offert. Buve\ votre vin avec votre lait. Voilà que le sang se convertit en vin pour vous enivrer ; l’eau se transforme en lait pour vous nourrir. Des fleuves ont coulé pour vous de la pierre du salut. Les blessures du Rédempteur et les ruines de son corps s’ouvrent à vous pour vous servir de refuge. Colombe gémissante, cachez-vous dans ses plaies ; couvrez-les l’une après l’autre de vos plus doux baisers. Que vos lèvres, trempées dans ce sang réparateur, rougissent comme la bandelette de pourpre , et que vos paroles ne respirent que douceur1... »

L’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ parla-t-il jamais un langage plus tendre, plus sublime, plus éloquent ? Et ce langage, sous les formes les plus variées et les plus charmantes, se soutient à la même hauteur durant plus de trois cents grandes pages !

Moins chargé d’années que de mérites, saint Anselme meurt en 1109; et déjà saint Bernard, né en îogr, dans cette Bourgogne destinée à devenir un jour le théâtre principal des manifestations du divin Cœur, s’apprêtait à quitter le monde avec ses frères et toute une troupe de jeunes gentilshommes, conquis par son exemple et par les séductions de sa parole. Bernard, l’abbé de Clairvaux, c’est le réformateur de la vie monastique, l’orateur mellijlue , l’invincible champion de la bonne doctrine et des droits de l’Église, l’oracle des rois et des papes eux-mêmes, l’apôtre inspiré des Croisades, le thaumaturge, enfin, qui semble disposer à son gré de la toute-puissance de Dieu. Cette grande et belle âme, une des plus parfaites personnifications du génie chrétien de la France, devait comprendre et goûter les généreuses tendresses du Cœur

1. Voir Méditations de saint Anselme, trad. par Denain. 2 vol. in-12, 1848. Nous nous sommes aidé de cette traduction, généralement exacte et élégante.

de Jésus-Christ. Aussi peut-on dire que ses discours et ses écrits sont tout brûlants des flammes de la divine charité.

Dans le Côté sanglant de son Bien-Aimé il découvre successivement : « Une secrète blessure d’amour » ;

« Le plus précieux de tous les trésors » ;

« Le refuge des hérissons, c’est-à-dire des pauvres pécheurs » ;

« Une perle rare et d’un prix inestimable » ;

« Le nid des colombes, ou des âmes innocentes » ;

« L’asile des martyrs, qui vont y puiser la force » ;

« Le cœur même de la Vierge Marie, percé d’un glaive de douleur » ; et je ne sais combien d’autres merveilles, aussi sublimes que touchantes.

Recueillons quelques échos de ces accents délicieux : « Puisque nous sommes une fois parvenus au Cœur très doux de Jésus et qu’il nous est bon d’être là, ne nous laissons pas facilement séparer de Celui dont il est écrit : Ceux qui s’éloignent de vous seront écrits en terre. Et ceux qui s’approchent, quel sera leur sort ? Vousmême vous nous l’apprenez, en disant à ceux qui s’approchent de vous : Vos noms sont écrits dans le ciel. Approchons-nous donc de lui, et nous tressaillirons et nous nous réjouirons en lui, au souvenir de son Cœur. Oh ! qu’il est bon, qu’il est doux d’habiter dans ce Cœur! Trésor précieux que votre Cœur, ô très miséricordieux Jésus ! Perle incomparable trouvée en fouillant le champ de votre corps ! Qui voudrait rejeter cette perle ? Je donnerai tout plutôt, j’échangerai toutes les pensées et affections de mon âme pour l’acheter ; je fixerai tous mes désirs dans le Cœur de mon Seigneur Jésus ; et sans aucun doute il me nourrira de son amour. Dans ce Temple, dans ce Saint des saints, dans cette Arche du Testament, j’adorerai, je louerai le nom du Seigneur, disant avec David : J’ai trouvé mon cœur pour prier mon Dieu. Et moi aussi, j’ai trouvé le Cœur de mon roi, de mon frère, de mon tendre ami Jésus : ne prierai-je donc pas? Oui, très doux Jésus, ayant trouvé votre Cœur et mon cœur, je vous prierai, vous mon Dieu. Ouvrez seulement à ma prière le sanctuaire de vos intimes audiences; ou plutôt attirez-moi tout entier dans votre Cœur. O Jésus! le plus

DE CLOVIS A SAINT LOUIS

beau des enfants des hommes, lavez-moi toujours davantage de mon iniquité, effacez mieux encore mon péché, afin que, purifié par vous, je mérite d'approcher de vous, pureté infinie, d'habiter dans votre Cœur tous les jours de ma vie, et qu'il me soit donné de voir et de faire votre sainte volonté.

« Si, en effet, votre Côté a été percé, n’est-ce pas pour que l’entrée nous en demeure ouverte? Oui, votre Cœur a été blessé, afin que, nous dérobant aux agitations extérieures, nous puissions habiter en lui, en vous-même. Il a été blessé encore afin que cette blessure visible nous manifestât l’invisible blessure de votre amour. Pouviez-vous mieux révéler votre ardente charité qu’en permettant que non seulement votre corps, mais votre Cœur lui-même fût blessé de la lance? Blessure charnelle qui laisse voir la blessure spirituelle! Qui n’aimerait un Cœur blessé de la sorte? Qui ne lui rendrait amour pour amour? Qui se refuserait à scs chastes embrassements? Nous donc encore renfermés dans ce corps périssable, aimons de toutes nos forces, payons de quelque retour, embrassons avec tendresse notre divin Blessé, dont des bourreaux impies ont percé les mains, les pieds, le Côté, le Cœur; et demandons avec instance qu’il daigne étreindre du lien et blesser du trait de son amour notre cœur dur encore et impénitent1. »

La dévotion au Cœur de Jésus est là tout entière dans son esprit et déjà sa pratique : aussi l’Eglise, quand elle a institué la fête du Sacré-Cœur, n’a pas manqué de faire de ces belles effusions de saint Bernard les leçons de l’office liturgique.

Dans une touchante prière rythmée qu’on imprime d’ordinaire parmi les œuvres de saint Bernard, et qui, si elle n’est pas de lui, porte bien le cachet de son école mystique, le pieux auteur s’adresse tour à tour aux divers membres de Jésus crucifié. Voici quel langage il tient au Cœur :

« Cœur du Roi suprême, salut! A toi le joyeux hommage de mon cœur! T’aimer fait toutes mes délices, et mon amour m’anime à te parler.

« Quelle charité te pressait, mais quelle douleur te torturait 1. De Pass. Dumini, serm. 11, cap. ni.

quand tu t’épuisais tout entier pour te donner à nous et nous arracher à la mort!

« Mort bien amère, mort cruelle, mort insatiable, qui entra dans le sanctuaire où vit la vie du monde, pour te faire subir sa morsure, ô Cœur très doux!

« Par cette mort 'que tu souffris pour moi, par ton dernier battement, ô Cœur chéri de mon cœur! je t’en supplie, prends tout mon amour, je n’ai point d’autre désir.

« O doux Cœur que je préfère à tout! purifie mon cœur que la vanité fascine et endurcit encore; rends-le tendre et timoré; fonds la glace de sa tiédeur.

« Mon cœur est pécheur et criminel : que ton amour s’insinue dans ses moelles et le ranime tout entier, en le blessant, ô Jésus! de ta propre blessure.

« Dilate-toi, ouvre-toi, comme une rose au merveilleux parfum! Unis-toi à mon cœur; touche-le, pénètre-le de l’onction de ta grâce. Qui aime sent-il la souffrance?

« Sait-il vraiment ce qu’il fait? Peut-il se contenir? Ne voudrait-il pas mourir mille fois? Met-il des bornes à son amour, celui dont l’amour est vainqueur1?... »

Saint Bernard s’éteint en 1 1 5 3 , et déjà brillait de tout son éclat une autre des plus pures gloires de la France au douzième siècle, Richard de Saint-Victor, qui ne devait mourir qu’en t i 74- Lui aussi, continuant dans sa célèbre abbaye les meilleures traditions de l’Eglise de saint Denys, brûle du plus ardent amour pour Jésus- Christ et pour son Cœur. « Si nous considérons le Cœur de Jésus-Christ, nous dit-il dans son traité De l’ Emmanuel 2, rien n’est plus doux, rien n’est plus miséricordieux. Jamais créature ne lui fut, ne lui sera comparable en douceur. Quoi de plus suave que ce Cœur que nulle malice n’émeut, qui n’eut et ne put jamais avoir ni fiel ni amertume?... Il y avait en ce Cœur une égale plénitude de douceur et de bonté. Jugez, si vous le pouvez, combien cette douceur fut grande, puisqu’elle ne put être en rien diminuée ni

1. S. Bernardi opéra, vol. III; Migne, t. CLXXX1V, col. i322 et suiv.

2. Richardi a Sancio Victore opéra, Migne, t. CXÇVI, col. 655.

DE CLOVIS A SAINT LOUIS

altérée par de si amères douleurs! Pendant qu’il souffrait, il avait plus de compassion pour ses ennemis que pour ses propres membres. Entre tous les hommes, le divin Emmanuel eut un Cœur tendre à la pitié, et jamais personne ne sut comme lui répondre aux affections du cœur. »

A ces sentiments, dont l’expression se multiplie sous toutes les formes, on reconnaît le triomphe définitif de l’esprit chrétien. L’humanité nouvelle aime trop son Christ pour laisser plus longtemps son tombeau entre les mains des infidèles; elle se croise pour aller le délivrer; et cet héroïque élan de deux siècles part de la France ([099-1291)! Partout le sol de l’Europe « se pare, selon l’expression poétique d’un vieux chroniqueur, de la blanche robe des cathédrales » ; et cette incomparable architecture gothique, ou plutôt française, comme l’a péremptoirement démontré Violletle-Duc1, sème à profusion ses chefs-d’œuvre, dont l’immensité, la richesse et la magnificence ne parviennent pas encore à satisfaire les exigences de la piété publique.

N’oublions pas une autre manifestation, non moins éclatante, de la même foi et du même amour. Quel homme tant soit peu curieux d’archéologie chrétienne, en promenant ses regards sur les merveilleux vitraux de quelqu’une de nos vieilles basiliques, ne s’est arrêté parfois devant une scène aussi grandiose que touchante, spécialement chère aux artistes du moyen âge? C’est le Christ en croix entre deux femmes, deux reines, dont le front s’élève presque à la hauteur du bois sacré, mais dont les attitudes et les attributs frappent par leur mystérieuse diversité. Celle qui est à gauche du divin Crucifié a les yeux couverts d’un bandeau. De sa tête penchée en dehors la couronne se détache et tombe. Elle tient de la main droite une bannière dont la hampe est brisée en plusieurs endroits, et de la main gauche les tables de la Loi, qu’elle laisse échapper. Elle n’a point de manteau, et sa tunique est un habit de deuil. C’est la Synagogue. Le Christ se détourne pour regarder avec amour l’autre personnage, placé à droite. La pose de ce dernier respire une noble fierté. Un magnifique diadème orne sa tête. Ses 1. Dictionnaire d’architecture, art. Architecture ogivale.

deux mains soutiennent un calice, où vient tomber le sang infiniment précieux qui jaillit à grands flots du Cœur ouvert de Jésus1. C’est l’Église. Et comme on sent bien, rien qu’à la voir, qu’elle a vaincu non seulement la Synagogue, mais tous ses adversaires, et que désormais, retrempant chaque jour sa vie dans le sang divinement fécond du Rédempteur, elle règne avec Celui qu’elle aime et dont elle est aimée !

Page 1