Méditations de la vie du Christ, méditation Lxxxe
DE CLOVIS A SAINT LOUIS
tout le passage, d’abord à cause de son charme attendrissant, et aussi parce que le saint Docteur y associe le Cœur de Marie au Cœur de Jésus, pratique aujourd’hui familière à la piété chrétienne, mais dont on trouverait peu d’exemples alors. Par les pages qu’on vient de lire, on s’explique sans peine la cé'.èbre réponse de saint Bonaventure à son ami saint Thomas. Celui-ci, dans un clan de fraternelle admiration, lui demandait un jour où il avait puisé une telle science : « Voilà, répondit l’humble Franciscain en montrant son crucifix, voilà la source où je puise tout ce que je sais; j’étudie Jésus, et Jésus crucifié. »
Le noble fils des comtes d’Aquin ne puisait pas à une autre source, lui à qui le divin Maître disait un jour : « Tu as bien écrit de moi, Thomas; quelle sera ta récompense: » et qui, sous l’inspiration du plus pur amour, s’écriait aussitôt : « Pas d’autre que vous-même, Seigneur! » Il a répandu toute son âme dans cet admirable office du Saint-Sacrement, composé pour l’institution alors récente de la Fête-Dieu, et que l’Église ne cessera jamais de chanter. Le Docteur angélique avait senti les rapports étroits, essentiels, qui rattachent le Cœur de Jésus au mystère de l’Eucharistie : ce n’est pas un cœur mort que nous adorons et que nous aimons, c’est ce Cœur vivant, ne cessant de battre pour nous au ciel et dans nos tabernacles. Quelques lignes de l’un de scs sermons sur l’Eucharistie ne seront donc pas ici hors de leur place.
« Les immenses bienfaits dont la libéralité divine a comblé le peuple chrétien lui confèrent une dignité hors de prix. Non, il n’existe point, il n’existera jamais de nation assez grande pour avoir des dieux qui s’approchent d’elle, comme notre Dieu s’approche de nous. En effet, le Fils unique de Dieu, voulant nous donner part à sa divinité, a pris notre nature, pour que, en se faisant homme, il fit les hommes dieux. Or, tout ce qu’il a pris de nous, il nous l’a rendu en l’employant à notre salut. Ainsi, pour notre réconciliation, sur l’autel de la croix il a offert son corps en victime à Dieu son Père, et il a répandu son sang en guise de bain et de rançon, afin que, rachetés de la misérable servitude du péché, nous
i5o J K SUS-CHRIST ET LE DON SPÉCIAL DE SON CŒUR
fussions lavés de toutes nos souillures. Puis, afin de perpétuer à jamais parmi nous le souvenir d’un si grand bienfait, il a laissé aux fidèles, sous les apparences du pain et du vin, son corps en nourriture et son sang en breuvage. O le précieux et admirable banquet ! banquet salutaire et rempli de toute suavité1!... »
Il ne s’agit ici que de l’amour dont nous aime le Christ et dont nous devons l’aimer. Ailleurs, la blessure du divin Côté donne au saint Docteur l’occasion de résumer à sa manière tout l’enseignement de la tradition chrétienne sur ce touchant sujet2. « Un des soldats, nous dit saint Jean, lui ouvrit le Côté. Remarquez: ouvrit, et non pas seulement : blessa. C’est que par là nous est, en effet, ouverte la porte de la ville éternelle, selon le mot de l’Apocalypse : « Je vis une porte ouverte. » C’est l’ouverture pratiquée aux flancs de l’Arche, par où entrent les animaux qui ne doivent pas périr dans le déluge. Mais cette porte est le principe même de notre salut. Aussi l’évangéliste ajoute : Et il en sortit aussitôt du sang et de l’eau. Miracle évident, puisque dans un cadavre le sang est figé; et si quelqu’un prétend qu’un reste de chaleur vitale a pu produire ce phénomène, contestera-t-il que l’eau très pure qui jaillit en même temps ne fût miraculeuse? Ceci arriva pour plusieurs raisons, dont la principale est que le Christ voulait montrer que, par la vertu de sa Passion, nous sommes pleinement purifiés, tant de nos péchés que de nos taches. Nos péchés sont effacés par le sang qui est le prix de notre rédemption : ce n’est pas avec un or et un argent corruptibles que vous avez été rachetés de votre ancienne vie, mais avec un sang très précieux, celui de l’Agneau immaculé, Jésus-Christ. Nos taches sont effacées par l’eau, qui est le bain de notre régénération, selon la parole du prophète Ezéchiel : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez lavés des souillures les plus légères; » ou cette autre de Zacharie : « Il y aura une fontaine ouverte à la maison de David et aux habitants de Jérusalem pour la purification du péché et de la souillure légale. » De là vient que ce sang et cette eau se rapportent à deux sacrements : l’eau, au