‹ La France et le Sacré CœurChapitre 52 sur 148 · C71PETI · texte numérisé non relu

C71PETI

SAINT LOUIS PORTANT I.A COURONNE D’ÉPINES Frise du Catholicon, projet de fresque de M. Ch. Lameire, conservé à l’Ecole des Beaux-Arts, à Paris. — «Un jour, la France tressaillit de la plus pure émotion qui ait jamais fait battre son âme : saint Louis rentrait dans sa capitale, portant dans ses royales mains la couronne d’épines qui avait ensanglanté le front de Jésus-Christ. Pendant huit siècles, de sainte Hélène à saint Louis, le monde, réchauffé au contact sacré de la croix sur laquelle était mort Jésus-Christ, poussa le cri vainqueur : Oui, nous croyons à l’amour infini de Dieu pour l’homme. » (Bougaud, Histoire de la B. Marguerite- Marie, p. 18.)

bien que l'eau ne soit pas de la substance du sacrement. Enfin, cette scène est l’accomplissement d’une figure prophétique; car du Côté du Christ endormi sur la croix il sortit de l’eau et du sang, vraie consécration de l’Église, comme du côté d’Adam plongé dans un

mystérieux sommeil fut tirée la première femme, figure de l’Église elle-même. »

Après la théologie et l’exégèse évangélique, veut-on i’hymne d’amour? Qu’on écoute :

« O vous ! qui m’aimez tant, Jésus, ici véritablement Dieu caché, exaucez-moi, je vous implore !

« Que votre bon plaisir soit mon plaisir, ma passion, mon amour! Donnez-moi de le chercher, de le trouver, de l’accomplir. Montrez-moi vos chemins, indiquez-moi vos sentiers. Vous avez vos desseins sur moi, dites-les-moi bien afin que je les suive jusqu’au plein salut de mon âme.

« Qu’indifférent à tout ce qui se passe et ne voulant voir que vous, j’aime tout ce qui est à vous, mais vous surtout, mon Dieu, vous-même! Rendez-moi amère toute joie qui n’est pas vous, impossible tout désir hors de vous, délicieux tout travail fait pour vous, insupportable tout repos qui n’est pas en vous. Qu’à toute heure, ô bon Jésus ! mon âme prenne vers vous son vol; que ma vie ne soit qu’un acte d’amour! Toute œuvre qui ne vous honore pas, faites-moi bien sentir qu’elle est morte. Que ma piété soit moins une habitude qu’un élan continuel du cœur!...»

Telles étaient les flammes qui consumaient ce génie, que, d'autre part, on ne croirait fait que pour planer dans les sublimes régions de la science pure et de la raison théologique !

Or, Dieu avait suscité, pour conduire le chœur des saints et des grands hommes de cette époque, un prince incomparable, le fils de Blanche de Castille, saint Louis. Qu’il fait beau le voir entouré d’évêques, de barons, de docteurs, de chevaliers, de croisés, de moines, donnant à tous l’exemple de la foi la plus vive, de la plus parfaite vertu, imprimant à tout son royaume et, en quelque sorte, à tout son siècle un rapide mouvement vers la civilisation chrétienne, c’est-à-dire vers la conquête de la grandeur morale et même de la prospérité matérielle ! Mais que je l’aime mieux encore au milieu de sa cour de pauvres, vénérant en eux Jésils-Christ même, leur faisant rendre justice, les servant de ses propres mains et, à certains jours, leur lavant les pieds, assisté de ses frères et de ses enfants !

DE CLOVIS A SAINT LOUIS

Une telle sainteté méritait sa récompense. Dieu la fit magnifique et conforme à l’esprit profondément religieux de ces temps héroïques : ce fut le don de la sainte Couronne et d’autres insignes reliques de la Passion. «Dieu montra bien en cette rencontre, dit un vieux chroniqueur, qu’il aimait le roi et le royaume de France quand il voulut souffrir que de si précieux et sacrés trésors fussent apportés en la couronne et au royaume de France. De quoi le roi et le royaume ont été depuis honorés et le seront toujours, s’il plaît à Dieu et s’ils sont prud’hommes, car le roi de France est le chef des princes chrétiens h » Fières et chrétiennes pensées auxquelles ne s’élèvent plus, hélas! les générations présentes.

Gauthier, évêque de Sens, heureux témoin de ces pieux événements, où souvent même il fut acteur, nous en a laissé le récit ému et circonstancié.

Deux Frères prêcheurs eurent l’honneur d’être envoyés à Constantinople pour y chercher cette couronne, plus précieuse que celle de tous les rois et empereurs. Après de lentes négociations et divers incidents, trop longs à raconter ici, ils arrivèrent avec l’inestimable joyau au bourg de Villeneuve-l’Archevêque, à cinq lieues de Sens. C’est là qu’eut lieu la rencontre de saint Louis et de ses délégués. Le coffre de bois qui contenait le reliquaire fut ouvert, et l’on aperçut sur les parois d’une boîte d’argent les sceaux des barons de Constantinople, qui se trouvèrent conformes à ceux de leurs lettres adressées au roi de France et à l’empereur Baudouin. Les sceaux rompus et la boîte ouverte, apparut un magnifique reliquaire d’or pur, qui contenait la sainte Couronne. Bientôt il fut exposé aux yeux de tous, et l’on essayerait vainement de comprendre quelle fut l’émotion, la joie, quels furent les soupirs et les larmes du roi, de la reine et des autres fortunés assistants. Tous demeurèrent longtemps silencieux, contemplant la sainte relique, et ils ressentaient la même ferveur de dévotion que s’ils eussent vu là, présent, Notre-Seigneur lui-même couronné d’épines. C’était le jour de Saint-Laurent, 10 août i23q.

Le lendemain, la Couronne du Sauveur entrait à Sens, au milieu de l’immense concours d’un peuple ivre de joie. Aux abords de la

i. Historiens de France, t. XXI, p. 84.

ville, le roi, les pieds nus et sans manteau, porta la précieuse relique sur ses épaules avec le comte Robert son frère, qui marchait nupieds et en simple tunique comme lui. Des soldats, eux aussi les pieds nus, précédaient et suivaient. De toutes les églises sortirent des processions de clercs, de moines et de fidèles portant les reliques des saints, comme si les bienheureux habitants du ciel eussent voulu honorer encore sur la terre leur Rédempteur et leur maître. De toutes parts retentissaient des chants de fête. Les murs des maisons étaient couverts de tapis et de tentures; les rues, les places étincelaient d’innombrables flambeaux. Enfin, l’on arriva à l’église Saint-Etienne; et l’allégresse du peuple fut au comble quand on eut exposé le trésor sacré à ses regards avides.

Le jour suivant, le roi, toujours chargé du précieux reliquaire, s’achemina vers Paris, salué par des acclamations enthousiastes. Le huitième jour, on éleva dans la plaine, hors des murs de la ville, près de l’église Saint-Antoine, une estrade, du haut de laquelle on montra la relique à la multitude sortie de Paris pour la voir.

Tel est en substance le récit de Gauthier de Sens. Guillaume de Nangis raconte de son côté l’entrée de la Couronne à Paris. Nous lui empruntons ces quelques lignes : «Le vendredi, après la fête de l’Assomption de Notre-Dame, le roi Louis partit du bois de Vincennes, nu-pieds, sans ceinture et en simple cotte. Ses frères Robert, Alphonse et Charles étaient avec lui. Ils portèrent fort honorablement la relique de la sainte Couronne, au milieu d’une grande multitude de clercs et de religieux, faisant belle mélodie de chants, et se dirigèrent vers l’église Notre-Dame. » Puis, l’abbé et les moines de Saint-Denis, qui étaient venus en magnifique appareil se joindre au cortège, accompagnèrent la sainte Couronne jusqu’au palais, où elle fut déposée dans la chapelle du roi.

« Bientôt le bruit se répandit jusqu’au fond des provinces que la sainte Couronne était à Paris. On accourut de toutes parts pour la voir; mais comme il fut impossible de contenter les désirs de ces foules pieuses, elles allaient baiser dévotement l’estrade du haut de laquelle on l’avait montrée aux habitants de la cité. D’éclatants miracles récompensèrent cette ferveur. »

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