‹ La France et le Sacré CœurChapitre 57 sur 148 · Trad. du P. Cahour, Baudouin de Constantinople, p · texte numérisé non relu

Trad. du P. Cahour, Baudouin de Constantinople, p

Christ et de son Église : la prière et l’office divin demeurent l’âme de sa vie, mais ne l’absorbent plus tout entière, faisant une large place à l’étude et à l’apostolat.

Tel fut bien l’esprit des fils de saint Dominique, appelés dès leur origine les Frères Prêcheurs. « En ce qui touche au ministère de la sainte parole, but assigné à notre Ordre, raconte un de leurs anciens chroniqueurs1, une ferveur merveilleuse s’était emparée des Frères... C’est au point que beaucoup de religieux ne se seraient pas crus autorisés à prendre la nourriture de leur corps, s’ils n’avaient d’abord administré le pain de la parole à une ou plusieurs âmes. »

Mais ils n’oubliaient pas à quelle source il faut puiser la grâce qui féconde la prédication. Dans un pieux opuscule : « De l’Union avec Dieu », De adhærendo Deo , le bienheureux Albert le Grand recommande expressément que le religieux, « laissant de côté toutes les préoccupations terrestres, se recueille totalement pour attacher ses regards sur Jésus-Christ et sur ses plaies. Il faut qu’il pénètre par Jésus-Christ en Jésus-Christ, c’est-à-dire par l’homme en Dieu, par les plaies toujours ouvertes de l’humanité, jusqu’au sanctuaire de la Divinité 2. »

Ici déjà est inculquée la dévotion aux plaies du Sauveur, et spécialement, ce semble, à la plaie du Côté. Mais où cette dévotion apparaît avec un éclat et un charme incomparables, c’est dans une naïve légende qui remonte également aux premiers temps de l’Ordre. « Il y avait, au couvent de Metz, un Frère de grande vertu et connu par son assiduité à la prière. Une nuit qu’après matines il méditait sur la Passion du Sauveur, il crut voir, des yeux du corps, le Christ crucifié et comme nouvellement détaché de la Croix. Il commença par se prosterner à ses pieds. Après cela, considérant les blessures des deux mains, il repassa pieusement en son cœur les bienfaits de la Passion, et pria de la sorte pendant longtemps. Enfin, s’approchant de la plaie du Côté, il appliqua ses

1. Le F. Gérard de Frachet. Voir les belles Etudes des temps primitifs de l’Ordre de Saint-Dominique, parle P. Danzas, t. Ier, p. 1 55.

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