‹ La France et le Sacré CœurChapitre 56 sur 148 · LE CHRISME A LA LANCE · texte numérisé non relu

LE CHRISME A LA LANCE

Clef de voûte de la première église du monastère de la Grande-Chartreuse, xive siècle.

C’est sous l’impression de ce sentiment que l’Époux du Cantique s’écriait : Vous avez blessé mon cœur, ô ma sœur ! ô mon épouse !...

« De cette même particularité de la Passion nous apprenons encore, suivant saint Chrysostome, que nous devons recevoir les sacrements de l’Église avec ferveur et dévotion, comme s’ils découlaient toujours pour nous du Cœur sacré de Jésus. La plaie de son Cœur est comme la source des sacrements.

« Nous apprenons enfin qu’il faut conformer notre volonté à la volonté de Dieu, en acceptant tout ce qui lui plaît. En effet, pourquoi le Cœur de Jésus a-t-il été blessé d’une blessure d’amour, si ce n’est afin que nous puissions pénétrer par la porte de son Côté jusqu’à son divin Cœur ? Là, nous lui rendrons amour pour

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amour ; là, nous unirons notre amour à son amour, pour ne plus former qu’un seul amour, de même que le fer brûlant ne forme qu’un seul corps avec le feu qui le consume l. »

Lansperge s’épanche encore avec plus d’clTusion, d’abondance et d’intarissable tendresse. Qu’on en juge par ce fragment pris entre cent autres non moins dignes d’être cités : « O Seigneur Jésus ! l’odeur de vos parfums, plus forte que tous les aromates, caresse suavement mon odorat, délivré maintenant de tout désir des jouissances charnelles et mondaines ; vos parfums me font une très délectable violence qui m’attire après vous, m’attire à vous, m’attire en vous ; je rejette le poids des affections éphémères d’icibas, et je vais à vous, je cours à vous, je me précipite après vous. Je place mon nid sur l’autel de votre Cœur ; c’est là que je dépose les enfants de mon âme : à savoir, mes œuvres, mes paroles, mes pensées ; je les jette en vous, et vous les nourrissez.

« Là, sur l’autel de votre Cœur, je trouve le port très sûr que les vents agités ne peuvent jamais troubler. Oui, dans votre Cœur je trouve le repos et je suis à l’abri des tempêtes. Dans votre Cœur je trouve des délices exquises, qui n’engendrent point le dégoût et qui ne sont sujettes à aucune altération. Dans votre Cœur, je trouve une paix profonde, que nulle dissension ne viendra troubler, une joie que nulle tristesse ne pourra changer, une félicité sans nuages, une douceur infiniment douce, une sérénité infiniment sereine, une béatitude infiniment heureuse. C’est dans votre Cœur que je trouve le principe premier de tous les biens, la source primordiale de toute suavité, de toute sainte allégresse.

« De votre Cœur, ô Dieu, la douceur même ! dérivent toute douceur, toute félicité, toute sérénité, toute tranquillité, toute joie, toute paix, toute allégresse, toute délectation, toute suavité, toute béatitude, en un mot tous les biens. Ils en dérivent comme de leur source unique et inépuisable pour passer ensuite dans les cœurs de tous les enfants de Dieu, qui sont les anges et les hommes. Et quel bien pourrait exister, et comment pourrait-il être bien, s’il ne venait de vous, Seigneur, bonté véritable, bonté souvei. Mois du Sacré Cœur, p. 29.

HORS DR FRANCE : ORDRES RELIGIEUX

raine, bonté unique ? Ah ! qu’il est bon de tirer tout ce qui est bon de cette source inépuisable du Sacré Cœur ! »

Quelles ardeurs ! Quels transports ! Et quand on pense que le même souffle de vie, la même flamme, circulent dans les livres d’une foule d’écrivains chartreux de tous les pays, parmi lesquels on distingue les grands noms de Denis, de Surius, d’Antoine de Molina, etc., on s’indigne qu’on ait osé parler de tristesse, de mort, d’anéantissement intellectuel et moral, à propos de ces cloîtres silencieux mais souriants, que Jésus-Christ lui-même habite et remplit de tous les charmes et de toutes les saintes énergies de son amour.

IV. — Le treizième siècle vit naître deux Ordres nouveaux qui modifièrent profondément, sinon le fonds intime de la vie religieuse, telle qu’on l’avait pratiquée jusque-là, du moins ses allures extérieures et son caractère organique : ce furent les Ordres à jamais illustres de Saint-Dominique et de Saint-François. On connaît les admirables tercets de Dante, au chant xic de son Paradis :

La Providence, en qui vit le conseil profond Qui gouverne le monde, abîme où l'œil se brise Avant que regard d’homme en atteigne le fond,

Voulant d’un pas plus sûr faire aller son Eglise Au Dieu qui, par son cri jusques au ciel monté,

La dotant de son sang, pour épouse l’a prise,

Voulant grandir sa force et sa fidélité,

Lui suscita deux chefs, deux soutiens héroïques,

Qui devaient la guider chacun de leur côté.

L’un d’eux fut tout brûlant des ardeurs séraphiques;

L’autre, des chérubins nous reflétant les feux,

Fit briller la splendeur des dogmes catholiques fi

C’est dire que, pour répondre à des besoins nouveaux, à côté du moine contemplatif et solitaire, vient désormais prendre rang parmi les familles religieuses, le moine militant, vrai chevalier du

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