‹ La France et le Sacré CœurChapitre 65 sur 148 · DE SAINTE-MARGUERITE DE CORTONE · texte numérisé non relu

DE SAINTE-MARGUERITE DE CORTONE

Le Christ crucifié apparut un jour à sainte Marguerite de Cortone et lui dit : « Mets tes mains dans les ouvertures que les clous ont faites à mes mains. » Et comme Marguerite répondait, à cause de son respect: « Mon Seigneur, je n’oserai jamais! » elle aperçut soudain toute béante la plaie du Dieu d’amour, et dans cette ouverture elle contempla le Cœur même de son Sauveur. (L'abbé J. Thomas, la Théorie de la dévotion au Sacré Cœur, p. 89. )

de battre pour toute la race humaine, et qui demeure à jamais Tardent foyer où se ravivent les flammes de la divine charité.

Une troisième vision la fait pénétrer plus avant encore dans la mystérieuse blessure du divin Côté. Jésus l’y invite à venir plus souvent retremper son âme à cette source de vie : « Souviens-toi, lui dit-il, de ce que je t’ai révélé dès mes premières communications : c’est que le sang de mon Cœur doit être l’aliment de ta piété ! » Signalons ici un monument remarquable, dont l’existence s’explique maintenant pour nous tout naturellement et qu’a reproduit

i8o JÉSUS-CHRIST ET LE DON SPÉCIAL DE SON CŒUR

le P. de Chérancé, mais en négligeant de nous en donner la date : c’est le sceau de la Congrégation de contrition et de pénitence de Sainte-Marguerite de Cortone, congrégation créée par la sainte ellemême. Ce sceau représente trois coeurs diversement transpercés : celui de Jésus, I; celui de Marie, M; celui de Marguerite, M. Au-dessus de ce dernier, les lettres CP désignent sans doute la Congrégation de Pénitence : Congregatio Pœnitenliœ l.

Sainte Marguerite s’éteignait en 1296, et treize ans après, en 1009, la B. Angèle de Foligno, comme elle appartenant à l’Ordre séraphique et comme elle honorée des plus intimes communications du Sauveur, s’envolait loin de la terre. Empruntons-lui seulement quelques lignes : « Au milieu du désir, je fus saisie par un songe, où le Cœur du Christ me fut montré, et j’entendis ces paroles : « Voici le lieu sans mensonge, le lieu où tout est vérité! » Et ailleurs, Jésus lui dit encore : « ... Pour les péchés de ton cœur, où se sont déchaînées la haine, l'envie et la tristesse amère d’un cœur possédé par la concupiscence et par l’amour mauvais, le mien a été percé d’un coup de lance; et c’est de ma blessure qu’a coulé ton remède : l’eau pour éteindre le mauvais feu, le sang pour racheter tes misères et tes fautes2... »

Saluons en passant l’illustre saint Bernardin de Sienne, dont l’apostolat eut un si fécond retentissement dans toute l’Italie pendant la première moitié du quinzième siècle ( 1 388 à 1444). On sait que c’est par le nom adorable de Jésus, partout prêché, partout invoqué et arboré, qu’il ébranlait les masses, convertissait les pécheurs, éteignait les haines les plus ardentes entre individus et même entre cités, et opérait des prodiges sans nombre. Mais le nom du Sauveur ne lui faisait pas oublier sa croix et ses plaies. A la fin d’un merveilleux sermon, ou plutôt traité sur la Passion, il laisse déborder en ces termes les sentiments qui le possèdent : « O souveraine douceur de la divine bonté! ô immenses profusions de la charité divine! ô prodi-

1. Voir l’ouvrage du P. de Chérancé, p. 8. Cf. p. 141,011 est reproduit le sceau du supérieur général de cette Congrégation, qui représente, avec une bordure toute semblable, le Cœur de Jésus, seul, percé d’une large blessure, et surmonté de flammes.

2. Le Livre des visions et instructions de la B. Angèle de Foligno, trad. par Ernest Hello, p. 16 et i38. 1 vol. in-18. Poussielgue, 1 868 .

HORS DE FRANCE : ORDRES RELIGIEUX

galité vraiment incroyable de notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ, qui, comme dit saint Bernard, nous adonné sa chair en nourriture, son sang en breuvage, sa vie comme rançon, ses plaies comme remède, ses bras comme lieu de repos, sa croix comme bouclier, son Cœur comme bain salutaire et symbole d’amour! »

Or, pendant que le nom de Jésus remuait ainsi l’Italie tout

LE SACRE UE CHARLES Vil DANS LA CATHEDRALE DE REIMS Bas-relief de la statue de Jeanne d’Arc, sur la place du Martroi, à Orléans; œuvre en bronze de M. Vital-Dubray. xix' siècle. — « Nos rois, dit Mgr de Lathil, viennent rendre par leur consécration un hommage solennel au Roi des rois. » Le souverain n’est plus un maître, mais le ministre de Dieu pour le bien. Un jour, Jeanne d’Arc demanda au roi Chailes VU le royaume de France en présent. Le roi, étonné, réfléchit, mais confirma le présent. Alors Jeanne, dans une charte dont il fut donné 'ecture, livra au Dieu tout-puissant ce royaume qu’elle venait de recevoir en don, puis, au bout d’un instant, investit Charles VIL au nom de Dieu, et fit ensuite dresser de tout un acte solennel. (Bibliothèque vaticane, ms. lat. ’i'jS']-)

entière, ce même nom, associé à celui de Marie sur la bannière de Jeanne d’Arc, chassait l’Anglais de la France et relevait le royaume de saint Louis. Par une coïncidence frappante, une illustre réformatrice franciscaine, avec qui la Pucelle put être en relation, exerçait au même moment, par l’éclat de sa sainteté et de ses miracles, un incroyable prestige sur les peuples, les princes, les plus hauts seigneurs ecclésiastiques et séculiers, semant de Heidelberg à Bé-

i»2 jksus-christ et le don spécial de son cœur

ziers, de Gand à Nice, les couvents de son austère réforme; je parle de l’humble fille du charpentier de Corbie, sainte Colette, dont l’influence étonnante égala peut-être celle de sainte Catherine de Sienne. Elle aussi, en digne fille du stigmatisé d’Assise, fut une amante passionnée de la croix, au point de s’identifier au divin Crucifié dans la Passion de son corps et de son âme. C’est là le secret de cette puissance, en quelque sorte rédemptrice, qui lui fut si libéralement communiquée.

Avec sainte Colette, si Française par ses origines, par son caractère et par son œuvre, nous sommes rentrés en France. Notre excursion à travers les monastères étrangers est donc terminée. Avant de quitter ces solitudes fécondes et bénies, saluons-les une fois encore avec les beaux accents d’un jeune poète1, moissonné, hélas! dans sa fleur, qui en avait senti le vivifiant et patriotique rayonnement :

Oh ! non, ne craignez pas le cloître et ses ombrages !

Le cloître aime la France, il garde son trésor;

De son passé vaillant il assemble les pages,

Vers son grand avenir il guide son essor.

Et la France le sait, la Fiance le proclame;

Si d’indignes Français prétendaient quelque jour Lui faire renier ce séculaire amour,

Vite elle sentirait qu’on lui vole son âme :

On la verrait courir vers le cloître fermé,

Pour y chercher sa force et sa première flamme,

Et l’air pur des autels qu’elle a toujours aimé.

i. J. -B. Fougeray, S. J. Œuvres choisies. A Clairvaux, scène lyrique. Paris, Retaux- Bray, 1889.

Cerson enseignant la doctrine chrétienne.

Composition de B. Picart dans les Œuvres complètes de Jean Gerson, tome Ier. Anvers, 1706.

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