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CHAPITRE IV

DU XIIIe AU XVIIe SIÈCLE

|e treizième siècle a été bien nommé le siècle des saints. A nous renfermer dans la France, et sans revenir sur ceux que nous avons déjà signalés, voyez autour de saint Louis :

la bienheureuse Isabelle de Longchamps, sa digne sœur; leur angélique petit-neveu, saint Louis de Toulouse; saint Félix de Valois, également issu du sang royal; saint Jean de Matha, saint Pierre Nolasque, saint Raymond Nonnat, ces trois derniers, glorieux fondateurs et promoteurs de la grande œuvre du Rachat des captifs ; saint Thibaud de Montmorency, etc.; remarquez, à l’ombre même du trône, ce magnifique renouvellement de la vie chrétienne et parfaite, dont nous avons déjà donné

Tiré des OEuvres du Bienheureux François de Sales. Paris, Sébastien Huré, 1652.

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quelque idée, et qui se personnifie dans les deux immortels patriarches, Dominique et François d’Assise; cet élan toujours si vif vers le tombeau du Christ, cette efflorescence merveilleuse de la théologie catholique et d’une architecture inspirée; l’institution, devenue si promptement populaire, de la Fête-Dieu... A de tels signes, comment ne pas reconnaître la mystérieuse et puissante influence de ces insignes reliques de la Passion, que la France de saint Louis mérite l’honneur de posséder, et aussi de Tardent amour envers Jésus-Christ dont leur présence avait partout avivé la flamme?

Avec le quatorzième siècle, la foi baisse et la charité se refroidit. C’est l’heure des tristes querelles, auxquelles demeure odieusement attaché le nom de Philippe le Bel. Voici venir les dissensions intestines, et bientôt l’invasion étrangère, cette horrible guerre de Cent ans où la France manqua de sombrer. En même temps le grand schisme désolait l’Église, et eût entraîné sa ruine si elle pouvait périr.

Cependant, sur un ciel si noir et tout chargé de nuages, quelques points lumineux se détachent. Ne parlons plus de Jeanne d’Arc ni de sainte Colette. Mais saluons ce couple virginal de saint Elzéar et de sainte Delphine, deux fleurs charmantes de cette terre de Provence, jadis évangélisée par les meilleurs amis de Jésus. On voit par leur histoire que les délicieux enseignements du Calvaire étaient compris et goûtés hors de l’enceinte des monastères, et que des chrétiens vivant dans le monde prenaient aussi l’habitude de demander un asile au Côté percé de Notre-Seigneur. Écoutez ce récit de saint François de Sales : « Le bienheureux Elzéar de Sabran, comte d’Arian en Provence, ayant longtemps été absent de sadivote et chaste Delphine, elle lui envoya un homme exprès pour savoir de sa santé; et il lui fit cette réponse : « Je me porte « fort bien, ma chère femme; que si vous voulez me voir, cher- « chez-moi en la plaie du Côté de notre doux Jésus; car c’est là « où j’habite et où vous me trouverez : ailleurs vous chercheriez « pour néant1. » Ce modèle d’innocence et de mâle piété mourut en 1 32 3, à l’âge de vingt-huit ans.

Quelques années plus tard, i332, naissait au château des Ro-

i. Introduction à la vie dévote , IIe partie, ch. xn.

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ches, en Touraine, la bienheureuse Marie de Maillé, qui devait

L'INSTITUTION DE LA FÊTE DU CORPS DU SEIGNEUR, EN 1264 Le pape Urbain IV, en exécution des desseins providentiels révélés à sainte Julienne, religieuse du Mont-Cornillon (près Liège), institue la fête du Corpus Domini. Saint Thomas d’Aquin lui présente l’office de la solennité nouvelle; saint Bonaventure, admirant l’œuvre du Docteur angélique, déchire ce que lui-même avait écrit sur ce suiet. — Peinture sur verre de la chapelle des religieuses de Marie réparatrice, à Pau. Dessin communiqué par M. Noël Lavergne. — La dévotion à la croix ne suffisait plus à entretenir une flamme qui manifestement baissait. Les croisades devenaient de plus en plus impossibles ; les papes s’épuisaient à appeler les populations au secours du tombeau profané de Jésus-Christ. Alors Jésus-Christ apparut à sainte Julienne et lui donna la mission de tourner les regards et les cœurs du côté de la sainte Eucharistie, et de demander pour ce mystère auguste des hommages nouveaux.

renouveler ce même phénomène surnaturel d’un mariage purement virginal. De bonne heure l’Époux céleste avait parlé à son cœur

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et s’en était rendu maître pour toujours. Écoutez ce récit qui nous vient d’un contemporain : « Une nuit, pendant qu’elle dormait, plusieurs dames d’un aspect imposant lui apparurent au milieu d’une vive lumière. La plus majestueuse d’entre elles portait sur son bras gauche un enfant d’une merveilleuse beauté. De la main droite elle tenait un encensoir rempli de gouttes de sang. Comme on fait aux messes solennelles, elle encensa la jeune fille, répandant ces gouttes précieuses sur elle et sur ses vêtements. Au parfum, au contact de ce mystérieux encens, dont elle fut couverte et embaumée, Marie de Maillé reconnut aussitôt la Mère de Dieu et la vénéra profondément. La Vierge lui présenta alors l’Enfant divin qu’elle tenait dans ses bras et lui commanda de l’adorer. Puis elle la bénit et l’exhorta à méditer souvent la Passion du Sauveur, l’assurant qu’elle ne pouvait rien faire de plus agréable à Dieu. Pénétrée de reconnaissance, Marie se prosterna humblement, et, les mains jointes, pleine de ferveur, fit à l’enfant Jésus cette prière : « Seigneur Jésus, vrai Dieu et vrai homme, je me donne à vous de tout mon pouvoir et sans réserve; acceptez-moi, je vous prie, pour votre fille; et comme je vous offre mon cœur, donnez-moi le votre, ou plutôt que votre Cœur et le mien désormais n'en forment plus qu’un. » A partir de ce jour, elle goûta la très suave douceur de la Passion du Seigneur et devint l’amante passionnée de la Croix. Son histoire nous la montre réagissant avec force contre le luxe effréné et les habitudes sensuelles de son siècle. Nous la voyons à la cour de France, chargée d’une mission auprès du malheureux Charles VI; et plus tard, quand éclate le grand schisme, elle multiplie jusqu’à sa mort (1414), en vraie tertiaire de Saint-François d’Assise, austérités, prières, bonnes œuvres de toute sorte et même démarches personnelles, pour obtenir que la paix soit rendue à l’Eglise1.

Nous ne pouvons que nommer ce jeune et admirable prince, saint Pierre de Luxembourg, proche parent par son père de l’empereur, et par sa mère du roi de France, qui ne fit que passer dans les rangs du Sacré-Collège, pour orner la cour du pape d’Avi- 1. Acta SS. Bolland, 28* Martii.

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gnon, le bienheureux Urbain V, de l’éclat de ses vertus, et mourut à vingt ans, avec l’auréole d’une éminente sainteté qu’attestèrent des miracles sans nombre. C’était en 1387. On signale en particulier sa charité pour les pauvres et « son union intime avec Jésus crucifié ».

Mais déjà la compétition scandaleuse de deux pontifes se disputant la tiare commençait à jeter dans les âmes un trouble profond et partageait la chrétienté. Pour maintenir la foi ébranlée et dégager les cœurs des mauvaises passions, si malheureusement surexcitées par un tel spectacle, ce n’était pas trop de l’éloquence divinement enflammée d’un saint Vincent Ferrier, cet admirable dominicain espagnol, devenu en quelque sorte nôtre par ses travaux et sa mort. A partir de i3g8, on vit l’homme de Dieu parcourir une grande partie de l’Europe et presque toute la France, de la Provence à la Bretagne, au milieu d’un immense concours des populations subjuguées par sa parole, sa sainteté et ses miracles. Avec la trompette du Jugement dernier qu’il faisait retentir d’une manière effrayante, le grand instrument de ses victoires saint Vincent ferrier

. , Gravure tirée des Caractéristiques des

apostoliques n était autre que le Lru- Saints, par le P. Cahier,

cifix, qu’il avait toujours à la main et

dont il dressait partout l’image. Il mourut à Vannes, en 1429, entouré d’une vénération que la foi et la reconnaissance bretonnes lui gardent encore.

Saint Vincent avait été assisté jusqu’à sa dernière heure par la

pieuse duchesse de Bretagne, Jeanne, fille de Charles VI, une des princesses les plus vertueuses de ce siècle, que Dieu avait choisie pour élever dans sa crainte et dans son amour la bienheureuse Françoise d’Amboise, destinée, elle aussi, à porter la couronne ducale, et puis à la déposer avec joie pour revêtir la bure du Carmel. Amenée tout enfant à la cour de Nantes, Françoise révéla dès l’âge le plus tendre des dispositions merveilleuses à la piété. Un trait, entre beaucoup d’autres. A la messe, quand le prêtre montrait au peuple la divine hostie, on la voyait souvent verser des larmes de dévotion. Les jours où le duc, la duchesse et les personnes de la cour se préparaient à la communion, elle ne cessait de pleurer et refusait même de boire et de manger. Un jour la duchesse, l’ayant prise à part, la conjura de lui dire ce qui la rendait si triste : « Hélas! Madame, répondit en sanglotant la petite sainte, Monseigneur et vous et toute votre cour, vous avez reçu le corps de notre Sauveur, et moi seule, faute d’âge, je suis privée d’un si grand bien! Jugez, s’il vous plaît, si je n’ai pas sujet de pleurer! » Elle n’avait que cinq ans; mais comment refuser à cet ange de la terre le Pain des anges du ciel?

C’était comme un lointain prélude de cette ferveur qui, plus tard, plaça tant de fois sur ses lèvres ces belles paroles : « Sur toutes choses faictes que Dieu soyt le mieulx aimé! » Recueillons encore ce cri touchant, qui nous laisse entrevoir un autre côté de sa grande âme : « Mon Seigneur Jésus-Christ, c’est mon amour, c’est ma patience. » Et terminons par ce fait caractéristique. Tous les vendredis de l’année, tant qu’elle fut dans le monde, elle donnait à dîner à cinq pauvres en l’honneur des .cinq Plaies de Notre- Seigneur; elle les servait elle-même avec les plus profonds sentiments d’humilité, de foi et de charité; après le repas elle remettait à chacun cinq pièces de monnaie. Devenue veuve, elle ajouta au service des pauvres le jeûne de tous les vendredis. Ah! c’était bien « la féale amie de Jésus-Christ », qu’elle a si admirablement décrite dans ses suprêmes adieux à ses filles du monastère des Couets1.

i. Voir la belle Vie de la B. Françoise d’Amboise, par M. l’abbé Richard (aujourd’hui Msr Richard, archevêque de Paris). 2 vol. in-8". Nantes, i865.

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